De quoi Mélenchon est-il le nom ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 juillet 2017. dans France, La une, Politique

De quoi Mélenchon est-il le nom ?

Ah le « méluche » ! On l’affublé de tellement de noms (d’oiseaux !) : pitre, fasciste d’extrême gauche, lider maximo, tribun de la plèbe, léniniste, « staluche » (ça, c’est moi !)… Difficile de définir – sérieusement – cet authentique intellectuel, espèce rare dans notre classe politique. Quelles idées se cachent-elles derrière le personnage qu’il s’est créé ?

Bernard Ravenel, auteur d’une histoire du PSU, compare les Insoumis à ce mouvement, que Mélenchon pourtant quitta, en claquant la porte (plus précisément de l’UNEF que ce parti tentait de noyauter), pour rejoindre la – plus trotskiste à son goût – OCI (Organisation Communiste Internationaliste). Ce que les Insoumis et le PSU ont en commun ? « Lier le nouveau et l’ancien, refonder, en devenant le lien entre la social-démocratie et la pureté léniniste », en un mot, reprendre le flambeau de la lutte culturelle contre le capitalisme.

Mais le tout nouveau parti se voit confronté à deux thématiques épineuses : l’une venue de l’extrême droite et issue de la fameuse poussée « dextriste », initiée par Patrick Buisson : le thème de l’identité ; l’autre venue, elle, des verts et tout aussi dérangeante pour le marxiste que Mélenchon n’a cessé d’être : l’anti-productivisme, le retour à une consommation à la fois locale et frugale.

Le jacobinisme comme identité nationale

« Je suis d’accord pour qu’on discute de l’identité, déclare-t-il, sur son site internet, jlm2017.fr ; je crois à l’identité républicaine de la France ». Oui, mais la France, au juste, c’est quoi ? Et Méluche de rire du « roman national » : les Gaulois, Clovis, les rois, bref, le répertoire classique à la Michelet. Pour lui, la « France », celle qu’il aime, la France jacobine, commence à la révolution : « dans l’histoire de France, ce qui fait sens, c’est la rupture, pas la continuité ; la grande révolution de 89, voilà ce qui fait notre identité ».

Un incident récent vient d’ailleurs d’illustrer ce credo. Danièle Obono, élue Insoumise, était invitée à l’émission Les Grandes Gueules de la radio RMC. On l’interrogea sur son soutien, en 2012, à la chanson du groupe ZEP, Nique la France. Un peu désordre pour une députée, qui justement représente ladite France. Devant ses atermoiements, un intervenant, un peu énervé, lui demande tout de go : « diriez-vous vive la France ? ». Refus de répondre. Pourtant, l’attitude de la députée était d’une logique en totale adéquation avec la pensée du maître : La France, c’est – au fond, ce n’est que – la République. Confirmation en a été donnée par Éric Coquerel, autre député Insoumis, au micro, cette fois, de RTL : Jean-Michel Aphatie le soumet au même test : « crieriez-vous vive la France ? » Réplique en pirouette : « crieriez-vous vive la République une et indivisible ? ». La République, pour les Insoumis, plus encore qu’une patrie, s’érige en identité…

L’écosocialisme comme projet de société

Le mot d’ordre, tel qu’énoncé par le sociologue Razmig Keucheyan, aux universités d’été de la France Insoumise, se résume à « abattre la frontière entre la question sociale et la question environnementale ». Capitalisme et pollution se confondent : le premier prospère sur l’exploitation forcenée et l’empoisonnement de la nature. Il convient, par conséquent, de combattre le productivisme – le toujours plus ! – et ce qui l’encourage et le nourrit : le consumérisme (vieux slogan soixante-huitard : « à bas la société de consommation ! »).

Alors quoi ? « Réduire la croissance ? » comme disait déjà ce bon Dumont aux présidentielles de 1974 ? Jean-Luc Mélenchon, aux Assises de l’écosocialisme, le 1er décembre de l’année dernière, se veut formel : « la décroissance n’est pas une option, c’est une nécessité. Nous devons décroître, décroître le superflu, les consommations ostentatoires ». Et d’ajouter : « oui, ce sera une violence ! ».

Violence. Ce terme, en définitive, caractérise le mieux Jean-Luc Mélenchon : violence verbale tout d’abord ; un tribun ne saurait être doux, un tribun se doit de « cogner ». Violence conceptuelle ensuite : rompre avec, s’imposer aux « ennemis », à tous ceux (les tenants de la continuité) qui s’opposent à la rupture. Le « progrès » prend ainsi un tour militant, au sens militaire de l’étymologie du mot. L’insoumission, si elle devenait majoritaire, reposerait donc sur la soumission des vaincus/minoritaires à la loi des vainqueurs. Vae Victis, malheur aux vaincus disait sans ambages le chef gaulois Brennos, après avoir défait Rome…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (1)

  • Martine L

    Martine L

    01 juillet 2017 à 13:48 |
    Va pas être content, le Jean Luc, si d'aventure, il lit tout ce qu'on écrit sur lui dans RDT, toutes opinions et origines politiques confondues ( hors les FN, espèce qu'on élève pas chez nous). Ce qu'on écrit en chroniques mais aussi ce qu'on lit en commentaires. Fait consensus ( mot qui lui est totalement étranger) : on n'aime guère, voire, on rejette, parce finalement, il est facile à décrypter, à autopsier, cet homme pétri d'un ego pathologique, et rétif à – toute, je dis bien toute – alliance, rapprochement, discussion. C'est presque fou, cette totale allergie à ce qui construit – toutes ! Les composantes de la Gauche. Mais, on le lit souvent aussi dans RDT : Melenchon de gauche ?? vaste question.

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