Démagogie quand tu nous tiens !

Ecrit par Luc Sénécal le 02 mars 2012. dans France, La une, Politique

Démagogie quand tu nous tiens !

 

Taxer les grandes fortunes pour un revenu mensuel de plus d’un million d’euros à soixante-quinze pour cent, ça fait du bien à toutes celles et tous ceux qui n’arrivent même pas à aligner mille cinq cent euros pour vivre, tout simplement.

Voilà une idée et une annonce qu’elles sont bonnes !

Il est vrai que certains salaires de PDG paraissent indécents, ne serait-ce que par certaines primes qui viennent s’y rajouter. Mais n’est-ce pas aussi prendre les électeurs pour une bonne pâte que l’on manipule à souhait et méconnaître quand même les véritables besoins et les souhaits exprimés par ceux-ci, que de faire ce genre de réflexion ?

Les français ont besoin d’un président de la république traitant des problèmes de fond et ce ne sont pas les effets d’annonce, comme on l’a vu, qui vont pouvoir les régler. Car en réalité, avec une formulation comme celle-là, on peut se demander si le fond de la problématique est la préoccupation réelle du candidat à la présidentielle.

Par exemple, que deviennent ces millions d’euros gagnés par quelques personnalités (une centaine paraît-il, sauf erreur) ? Que faire d’une somme pareille, pourraient se dire certains qui ignorent tout du monde du capital ? L’utiliser pour des besoins personnels ? Même ceux-ci n’osent y songer sauf à faire un raccourci plutôt absurde.

Car à partir d’un certain revenu, ce n’est plus en termes de besoin mais de puissance financière qu’il faut parler. Une puissance destinée en fait à être redistribuée, le plus souvent en actions et en obligations. En participations pour assurer les moyens nécessaires pour que prospèrent les entreprises et par voie de conséquence, la production, la distribution bref le travail et l’emploi.

N’aurait-il pas été judicieux de demander à ces véritables fortunes de faire preuve de transparence quant à la redistribution de ces moyens financiers, pour que l’on sache quand même dans le public, comment fonctionne ce monde dans lequel nous vivons et que l’on appelle le capital ?

Car là est le véritable nœud du problème. A force de vivre entre soi, d’estimer le reste de la population comme incapable de comprendre le fonctionnement de la machine, de chercher à manipuler les opinions par les supports les plus évidents en termes d’audience et d’impact sur le public, on crée de plus en plus un fossé d’incompréhension qui finira bien par éclater un jour.

Et justement telle nous apparaît cette annonce simpliste, on ne peut plus démagogique, manquant totalement de profondeur et j’irai même jusqu’à dire presque de « bon sens ».

Lorsque mes apprentis exprimaient leur révolte face à ce qu’ils appelaient « l’exploitation » dont ils s’estimaient victimes, je leur rappelais qu’ils travaillaient dans une « exploitation commerciale ».

L’outil, le commerce, étant exploité tant par l’immobilier, le mobilier, le financement, le budget, les moyens matériels et humains. Et ils font partie des moyens humains. Ce qui les surprenait.

Pour en rajouter une couche, je rappelais certaines manifestations publiques comme des salons et des conférences dans lesquelles les grands patrons s’imposaient les uns aux autres, qui en louant trois superbes suites de palaces, une flotte de voitures de luxe, des yachts prestigieux, pour un seul d’entre eux. Une dépense pharaonique a priori absurde et indécente.

Cette profusion de richesses leur semblait complètement hors de propos pour une personne seule. Mais et c’était là l’erreur dans le raisonnement. Ce n’était pas la personne qui était représentée mais l’entreprise à la tête de laquelle ce patron-là, ce PDG, se trouvait. Et la nécessité d’en remontrer aux autres était une nécessité face à d’autres entreprises de même importance ou d’importance plus grande encore, avec lesquelles soit on était en concurrence, soit on devait traiter un marché.

La conclusion étant strictement budgétaire. Pour cinquante mille ou cent mille euros par exemple dépensés, on décrochait des contrats représentant plusieurs millions d’euros.

Lesquels cinquante ou cent mille euros faisaient, soit dit en passant, travailler pas mal de monde.

Comme quoi il convient, avant de juger, de connaître les tenants et les aboutissants et de mieux appréhender et comprendre le propos évoqué. Et le dossier que l’on veut traiter.

On peut espérer quand même que l’auteur de cette proposition de taxation des grandes fortunes a une toute autre idée de l’utilisation réelle de ces fonds qui sont autant de moyens pour faire fonctionner justement la « machine ». Et qu’il ne prend pas les électrices et les électeurs comme des gens incapables de comprendre et d’apprécier ce fonctionnement, puisqu’il aboutit à des possibilités d’emploi d’une part et aux moyens de consommer ce qui est produit de l’autre.

Sauf à faire justement comme certains membres de ces grandes fortunes, considérant le reste de la population dont la valeur ne se juge qu’à la hauteur du revenu. Une erreur qui devient par les temps qui courent une faute. Non ?

 

 

Luc Sénécal

 

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