DSK hors-jeu. Mais alors qui d'autre ?

Ecrit par Eric Eymard le 26 août 2011. dans France, La une, Politique

DSK hors-jeu. Mais alors qui d'autre ?

Il faisait beau. Un soleil rasant et matinal avait envahi la surface de l'île arctique de ses rayons tièdes et aveuglants. Ce jour-là, j'en profitais pour regarder paisiblement la rue déserte qui borde le jardin de notre maison Islandaise en sirotant mon café. Deux chats s'observaient silencieusement, tels deux amants dénudés espérant que l'autre se déclare enfin. Deux corps souples et poilus enfouis dans les hautes herbes et miaulant de désir. "Il va me falloir le tondre ce gazon !" m'étais-je dit en attendant que l'une des bestioles se décidât à grimper sur son congénère. Loin du monde, de ses turbulences et de ses clameurs, je laissais quelques vagues et érotiques pensées vagabonder à travers les volutes caféinées, tout en scrutant oisivement le spectacle des matous hésitants.

Lorsque soudain, la sonnerie du téléphone me fit sursauter. Tandis que les deux félins entamaient leurs ébats, l'arpège lancinant me rappelait à la réalité.

Un proche nous apprenait la triste et surprenante nouvelle : Dangerous Sexual Killer (tel qu'il eut pu être surnommé par la presse américaine, qui n'a cessé d'en rajouter) venait d'être appréhendé par la police de New-York. Diantre ! Murmurai-je l'esprit alerte et le verbe à-propos.

Celui qui, à la tête du FMI, avait volé au secours de l'Islande en lui accordant un prêt de 2,1 milliards de dollars en octobre 2008, s'était fait pincé dans un avion en partance pour l'Europe. L'ex futur candidat aux primaires socialistes aurait eu des rapports sexuels partiellement consentis avec une femme de chambre. Durant les jours qui suivirent, l'homme nia le viol.


"Le viol c'est quand on veut pas. Moi j'voulais"

eût commenté en son temps un Coluche provocateur. Il y a quelques semaines, la seule information confirmée tenait au fait que Dominique avait malencontreusement taché le chemisier de Nafissatou. A moins de souffrir d'une incontinence séminale caractérisée, Dominique ne s’était donc pas contenté d'évoquer les modalités de versement de la 6e tranche du prêt Islandais avec la femme de chambre. Les procédures en cours ne permettent pas encore de cerner la nature exacte des pathologies strauss-kahniennes évoquées. En attendant, je ne regrette qu'une chose : que le vivier des prétendants à la Présidentielle soit si restreint qu'il eût fallu choisir entre un Nicolas et un Dominique. Le premier est un communicant énergique qui témoigne à l'égard des revendications citoyennes une indifférence confinant à l'autisme populaire (lorsqu'elle ne se mue pas en manifestations agressives et impulsives) et qui voue à son propre personnage une admiration aussi tendre que paroxystique. Le second n'est pas moins charismatique. Et il semble avoir fait, au moins au FMI, la démonstration de ses compétences et de ses talents de dirigeant. Malheureusement, l'homme vient aussi de révéler, au mieux un intérêt pour l'autre sexe proche de l'addiction, au pire les penchants d'un possible psychopathe. Reverra-t-on ce fin connaisseur du "Point G" prodiguer ses conseils à un sommet du G8 ? Rien n’est moins sûr.

Bref : aujourd’hui plus qu’hier, le choix du candidat "idéal" s'avère donc cornélien.


"L'enfer, c'est les autres"

Vous me direz qu'il existe d'autres prétendants déclarés. Soit. Alors prenons rapidement quelques exemples et privilégions le commentaire succinct, partial et subjectif. A droite, je rame un peu. Il n'est pas aisé de trouver des personnalités ayant à la fois déjà exercé leurs "talents" au plus haut niveau de l'état et en même temps assez audacieux pour ruiner les espoirs déjà fort menus de Nicolas.

J'ai pensé à Villepin. Rappelez-moi d'éviter de penser. A vrai dire, j'attends qu'il ait achevé sa dernière conférence de presse pour me prononcer. Je ne saurais dire si cette apathie narrative qui le conduit à espacer chacun de ses mots de silences répétés...

 

a) répond à un souci opportun et néanmoins condescendant d'être compris de ceux qui tentent de l'écouter jusqu'au bout,

 

b) révèle son ignorance des moyens d'enregistrement ayant dorénavant détrôné le bloc-note et émoussé concomitamment l'attrait de l'option sténo-dactylo dans les écoles de journalistes,

 

c) ou bien n'a pour seule finalité que de lui donner le temps de réfléchir avant de parler.

 

Dans les trois cas, le résultat est rarement à la hauteur de ces interminables moments d'attente.

A gauche, deux personnalités paraissent émerger. J'écarte Manuel Valls, dont les analyses sociologiques atteignent le plus souvent les sommets enneigés de la Beauce en période de canicule. Je sais, le phénomène reste rare. Au moins autant que les manifestations fulgurantes d'intelligence du Maire d'Evry sont fréquentes.

 

Restent François Hollande et Martine Aubry. Las, les propositions convenues de François font naître en moi cet état de niaise béatitude nocturne qui précède l'assoupissement. Indéniablement capable de m'endormir, François peine en revanche à me faire rêver lorsqu'il évoque l'avenir du pays. L'homme est assurément intelligent ; il semble honnête. Peut-être même serait-il un Président compétent. Trois qualités que la patronne de la Gauche peut aussi se targuer d'avoir.

 

"Bon et alors ?" me hurlez-vous agacés. Alors ? Alors les ministères regorgent de technocrates constipés, de comptables zélés, de spécialistes dévoués capables de gérer une nation. Mais sauf erreur de ma part, Martine et François n'auraient pas encore inventé ce que les précédents auraient à mettre en oeuvre. Pas seulement un énième programme de parti politique. Pas uniquement une succession de mesures revisitées par des économistes adeptes d'objectifs tangibles et chiffrés. Pas les nouveaux clones de réponses attendues aux maux que traverse le pays depuis plus de trente ans (chômage, pauvreté...).  Mais un dessein. Un destin peut-être. Un nouveau paradigme, une Idée, une utopie raisonnable... Bref : un projet ambitieux et créatif de société.

Malgré mes efforts, je ne distingue pas, au sein des partis en présence, cet oiseau rare. Avant même d'avoir confirmé sa présence et présenté sa vision, DSK avait suscité l'attirance chez certains. Son éjaculation féroce nous prive d'un coït de société et semble nous condamner à l'onanisme politique.

Alors, qui d'autre ? Qui diable pourrait offrir ce supplément d'âme sociétal, faire bander nos esprits mollassons et complaisants, réveiller nos désirs atrophiés par l'autophilie ? Lequel de nos leaders d'opinion nous promettra, à défaut de la réussir, une véritable révolution pacifique ?

Personnellement, j'aurais bien une suggestion. Mais je crains qu'elle ne fasse pas partie des intentions du principal intéressé.


Eric Eymard


A propos de l'auteur

Eric Eymard

Eric Eymard

Auteur

Blog "Vivre en Islande" http://vivre-en-islande.blogspot.com/

Commentaires (16)

  • Eric Eymard

    Eric Eymard

    29 août 2011 à 15:41 |
    Martine Aubry, François Hollande ou Nicolas Sarkozy : voilà une sélection qui doit contenter votre inclination pour les "trios" :)
    (cf. le billet d'Eric du 14 février dernier)
    Quant aux difficultés qui nous attendent, je partage votre diagnostic.
    J'ai plus de mal à cerner les explications que vous donnez "ici" ! Mais où ?

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    • Eric Thuillier

      Eric Thuillier

      29 août 2011 à 21:54 |
      Aveuglé par la passion politique, je n’avais pas prêté attention à cette trace de mon addiction au chiffre trois. Pour le «ici», j’ai tenté d’utiliser la fonction de lien qui apparaît sur ce que j’ai préparé mais disparaît lors du transfert vers RDT, il doit traîner dans mon ordinateur un lutin numérique qui me joue des tours. J’essaie à nouveau : ici. Cela dit, il s’agit d’un texte trop ambitieux dans une forme inachevée et maladroite que j’ai tout de même mis en ligne parce que j’ai vraiment la flemme de continuer tout seul. J’aimerai bien qu’on soit trois.

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      • Eric Eymard

        Eric Eymard

        30 août 2011 à 21:04 |
        Décidément les voies de la virtualité sont impénétrables : il semble que votre essai a bel et bien été contrarié par un lutin taquin !

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        • Eric Thuillier

          Eric Thuillier

          31 août 2011 à 08:48 |
          ... lequel m'évoque un câlin tatin, une super recette...

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  • Eric Thuillier

    Eric Thuillier

    27 août 2011 à 22:20 |
    Je réponds à la question pour ce qui me concerne, Martine Aubry.
    Cette fois, après l’expérience précédente, je n’ai plus envie de jouer la distance. Il semble bien qu’à l’heure qu’il est, (sauf surprise et nous en avons eu une de taille, une certaine Nafissatou, femme de chambre américano-guinéenne, s’étant invitée dans la compétition), notre futur président sera Martine Aubry, François Hollande ou Nicolas Sarkozy. Je choisis tout de suite. Foin de programme, ils ne les tiendront pas, ce ne sont que des attrape nigauds. L’important est de sentir lequel des trois sera le mieux à même de faire face à des difficultés qui jetterons tous les programmes aux oubliettes. Or si nous pouvons douter de bien des choses, la multiplication et l’interaction des problèmes couplés à la liberté qui crève dans ses propres excréments ne nous laissent pas de doute : les difficultés seront au rendez vous.
    C’est une intuition qui vaut ce qu’elle vaut mais Martine Aubry me semble la seule à pouvoir y opposer la robustesse d’une femme. Je m’explique plus longuement de tout cela ici.

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  • Emile Eymard

    Emile Eymard

    27 août 2011 à 02:53 |
    Moi, mon Cher fils, qui, comme tu le sais, suit assidûment la politique, il me paraît que tu as oublié Zidane, un hgomme de tête, et Mimi Mathy qui serait de taille face à Nicolas, Jamel Debbouze un généreux économiste qui n'hésiterait pas à mettre sa main dans la poche...

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    • Emile Eymard

      Emile Eymard

      27 août 2011 à 03:00 |
      ...vous aurez traduit "hogmme" par "homme", qui pour Zidane ne peut être qu'une faute de frappe !

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      • Virginie Holtzer

        Virginie Holtzer

        27 août 2011 à 13:57 |
        Bravo, merci pour cet article "pépitant" (si plein de pépites...!). Les commentaires ne sont pas mal non plus !

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        • Eric Eymard

          Eric Eymard

          30 août 2011 à 12:21 |
          Un article à croquer dirait Pépito :)
          Merci Virginie

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      • Eric Eymard

        Eric Eymard

        27 août 2011 à 12:27 |
        Il me semble que "gnome de tête" pouvait aussi convenir pour Zidane !
        Je reste plus circonspect sur ton humour à propos des deux autres.

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        • Emile Eymard

          Emile Eymard

          27 août 2011 à 21:05 |
          Hgnomme, mon cher, était effectivement une faute de frappe
          que je proposais de corriger.Ta proposition perd donc l'association que je faisais avec la bavure de Zidane. Un "gnome", dit le dico, est un homme très petit et contrefait. Est-ce un lapsus, un acte manqué ou un transfert par ressemblance? Je reste tout aussi circonspect

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          • Eric Eymard

            Eric Eymard

            29 août 2011 à 15:33 |
            Méconnaître le gnome au pays des lutins ? Ne penses-tu pas que ce serait sacrilège !
            Mon "gnome de tête" n'a manifestement pas été compris. Est-ce le fait d'une mauvaise foi caractérisée, d'un esprit de contradiction dogmatique ou d'une défaillance dans la neuro-transmission ?
            La prochaine fois, c'est promis, je légenderai pour toi mes tentatives drolatiques.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    26 août 2011 à 23:37 |
    Je vous concède que "Flamby", comme on l'appelait du temps où il était premier secrétaire, n'est pas très "bandant" pour l'esprit...Mais Martine vous stimule-t-elle davantage? Le choix, dans ce Kriegspiel qu'est une élection (ou une primaire), consiste le plus souvent à éliminer celui - ou celle! - dont ne veut pas...Hollande pourrait, à cet égard, servir de plus petit dénominateur commun, même si, en l'occurence, le dénominateur est vraiment très petit...

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    • Eric Eymard

      Eric Eymard

      27 août 2011 à 12:20 |
      Cher Jean-François, concernant Martine, la galanterie m'empêche d'évoquer la piètre envergure de l'érection dont vous parlez.
      Je partage en souriant (bien que je la déplore) votre méthode de sélection des candidats.

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  • Martine L

    Martine L

    26 août 2011 à 17:40 |
    Bravo, pour ce moment excellent passé en compagnie de votre café islandais et de vos chats ( c'était quand même prémonitoire !! ) vous lire a été un plaisir - en tout bien, tout honneur, vu le sujet ) on pourra réexaminer votre analyse politique après !

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    • Eric Eymard

      Eric Eymard

      27 août 2011 à 12:10 |
      Merci Martine. Les chats n'étaient pas les miens, mais le plaisir de les observer n'en fut pas moins fort. Quant à l'analyse politique, j'avais prévenu : "succinct, partial et subjectif" !

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