Europe ... Europe ...

Ecrit par Luc Sénécal le 11 novembre 2011. dans Monde, La une, Politique

Europe ... Europe ...

S’il y a une Europe économique et financière, y-a-t-il pour autant des citoyens « européens » ?

Une information circule actuellement sur internet, et bien qu’il faille en authentifier la crédibilité, elle prête à réflexion.

Les grecs en grande difficulté, bénéficiant des aides financières de l’Europe et du FMI, auraient fait récemment l’acquisition de blindés américains d’occasion.

Soit.

J’espère que vous ne m’en voudrez pas si je vous dis qu’il ne faut pas regarder ce dossier par un petit bout de la lorgnette.

Le scandale existe en effet, par le fait que les causes de la quasi faillite de ce pays ne sont pas traitées. On ne soigne pas. On panse. On met un pansement fourni par la solidarité de pays dits « européens » et qui ne le sont que par la construction d’une structure financière et économique. D’européens, les peuples qui composent ce pays, n’en ont jamais ressenti la fibre. Pourquoi ? Parce qu’ils ont été le cadet des soucis des politiques et des grands groupes financiers qui ont construit cette structure.

De même, lorsque l’on érige un regroupement de ce genre, alliant des genres différents avec des us et coutumes variés, une historique de régimes politiques assez décalée pour certains, des cultures certes fort estimables mais quand même très diversifiées, on peut songer à tous les aspects concernant son fonctionnement. A savoir, faire rentrer ces pays avec des règles qui permettent une unification d’idéaux et de fonctionnement. A savoir, faire sortir un pays qui ne respecte pas ces règles et qui fait défaut, y compris s’il le désire lui-même.

On comprendra que les apparences d’une géopolitique globale ont entraîné la multiplication des nations au sein de l’Europe. Une Europe se gonflant avec un objectif qui n’a en fait tenu aucun compte des risques internes de chaque membre en cas de problématique grave de fonctionnement (et pas seulement sur le plan économique, comme on le voit aujourd’hui). C’est ce manque de clairvoyance, cette incohérence qui à mon sens, tout au moins, méritent d’être soulignés.

Si l’OTAN, les USA et d’autres puissances incitent la Grèce, malgré ses difficultés, à acheter des armes pour se défendre d’un éventuel agresseur incité par l’effondrement politique du pays, ce n’est pas dans ce cadre qu’il faut dénoncer un scandale. C’est en raison de menaces très claires émanant d’une région proche, bouleversée par un conflit larvé qui pourrait bien prendre de l’ampleur prochainement. Car cet achat de chars, ce n’est qu’un épiphénomène corollaire. Lequel vient, il est vrai, souligner les incohérences dénoncées plus haut. Nous avons là, mis en évidence, l’inadéquation entre des nécessités géopolitiques et militaires et le fonctionnement problématique de la structure européenne.

Par contre, on n’oubliera pas en accusant la Grèce de tous les maux, que l’Italie, l’Espagne, l’Irlande et dans un moindre degré (mais quand même) la France sont tout aussi concernés par le même mal. N’apprend-on pas aux citoyens à gérer leur budget sans se sur-endetter ? Comment ceux qui nous imposent les lois et les réglementations ont-ils pu le faire aussi inconsidérément ?

Etait-ce cela l’esprit de « l’EUROPE » de ceux qui ont œuvré, souvent avec difficulté, pour la créer ?

L’imprévoyance, la soif de profits rapides et considérables et encore une fois l’incohérence des acteurs qui nous dirigent et nous emmènent vers un avenir incertain, acteurs qui sont pour la plupart quand même des « élus » faut-il le rappeler, sont là, les facteurs du véritable scandale dont nous sommes les « otages ». Nous, les européens dans l’ensemble et non pas les seuls citoyens français.

Aussi, avant de chercher à régler des comptes, avant de dénoncer des culpabilités, conviendrait-il d’accepter les faits tels qu’ils sont et de relever les manches pour que, soit par aveuglement, soit par calcul partisan, soit par lâcheté mais en tous les cas, pas par esprit de solidarité, on achève de scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

Les structures politiques de l’après-guerre sont devenus obsolètes. Le monde a changé. Il convient d’en prendre compte et de s’atteler à reformuler avec un peu plus de sérénité, de cohérence et de bons sens, les mouvements qui se présentent pour nous diriger, en acceptant de se débarrasser d’une peau, d’une forme ou d’une formulation qui n’est plus en conformité avec les nécessités actuelles.

Ce, avant d’aller se réfugier inconsidérément vers des extrêmes, faute de mieux.

Il y a urgence. Du moins à ce qu’il me semble. Non ?


Luc Sénécal


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Luc Sénécal

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Commentaires (2)

  • Senecal

    Senecal

    12 novembre 2011 à 09:14 |
    Bonjour,

    Permettez-moi à la relecture de mon texte, d'apporter une modification que je crois nécessaire.
    "D’européens, les peuples qui composent ce pays, n’en ont jamais ressenti la fibre."
    Il conviendrait de modérer cette réflexion, car une partie de la population, proche des centres de gouvernance européenne (et je pense entre autres aux alsaciens) ou dont les activités sont directement liées, a probablement une idée différente de l'Europe. Parce que directement concernée. Différente par rapport à nombre de citoyens, de corporations ou autres secteurs sociaux. De ce fait, il sera facile de faire un amalgame entre des intérêts propres et un idéal d'ensemble, concernant toute une population. Et surtout plusieurs population d'origines différentes.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    12 novembre 2011 à 06:18 |
    Le système, tel que conçu en 1958, se compose d'un club d'états (le conseil européen, l'organe véritable de décision), flanqué d'un "exécutif" non élu (la commission), puis d'un législatif aux pouvoirs limités (le parlement). Un club à 12, 15, puis à 27, ça ne peut pas marcher : les hommes ne sont que très marginalement en cause, le défaut vient de la structure, de l'absence de centre de décision unique, comme pour la BCE. Il faut substituer à l'actuel conseil européen un organe élu au suffrage universel direct et responsable devant le parlement européen : ce serait là un véritable exécutif européen, démocratique, légitime et souverain dans ses décisions.

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