Pourquoi la gauche devrait se reconnaître dans le pari de Macron

Ecrit par Pierre Windecker le 28 octobre 2017. dans France, La une, Politique

Pourquoi la gauche devrait se reconnaître dans le pari de Macron

On pouvait lire dans le n° du 3 octobre de Libération deux contributions hostiles à la politique socio-économique de Macron. Celle d’Albert Ogien affirmait qu’au nom d’une efficacité économique prétendue, on renonçait à des dépenses qui seraient favorables au bon fonctionnement de l’Hôpital, de l’Ecole ou de la Justice. Celle de Guillaume Duval dénonçait une politique fiscale qui consisterait à prendre aux plus pauvres pour donner aux plus riches. On reconnaît là des griefs habituels. C’est une première raison de revenir sur ces articles.

Leurs conclusions mériteraient certainement d’être discutées et contestées. A celle de l’article d’Albert Ogien, on pourrait opposer, par exemple, le dédoublement des CP, l’extension du programme Erasmus, l’augmentation des crédits alloués à la Justice ou à la Défense dans le prochain budget. De telles mesures prouvent que l’effort pour faire baisser la dépense publique ne signifie pas nécessairement un assèchement des ressources consacrées au bien commun. A la conclusion de l’article de Guillaume Duval, on pourrait opposer la suppression élective de la taxe d’habitation, l’augmentation de la prime pour l’emploi, la suppression de la part salariale des contributions sociales. De telles mesures montrent que, loin d’instituer un système de vases communicants entre la poche des pauvres et celle des riches, la réforme fiscale comporte un élément redistributif en faveur des rémunérations les plus modestes.

Mais ce qui devait frapper le plus dans ces deux articles était autre chose que les griefs qu’ils contenaient : c’était l’objet même du raisonnement. Non pas son enjeu conscient et revendiqué (la justice distributive et la sauvegarde d’un bien commun), qui est juste. Mais l’extension trop petite qui était spontanément retenue pour situer sa mise en jeu. Non pas le ballon lui-même. Mais l’idée qu’on se faisait d’avance du terrain de jeu. Comme la plupart des opposants « de gauche » à Macron raisonnent précisément de cette façon, c’est là qu’il est vraiment utile de regarder de près.

Dans le souci du bien commun et, partant, d’une certaine justice (re)distributive qui animait les auteurs de ces articles, on reconnaît l’exigence que la République soit aussi la « République sociale ». Il faut commencer par le dire clairement : sans cette dimension qui ne vient pas s’ajouter à elle du dehors, mais lui est essentielle, la République ne peut pas exister – quand cette dimension se rétrécit, la République ne se porte jamais bien.

Mais le propos des deux articles présupposait une chose étrange, surtout de la part de gens se situant « à gauche ». Il ne tenait aucun compte du fait qu’un capitalisme de plus en plus financiarisé et mondialisé, qui se joue des frontières, tend depuis quarante ans à tirer le coût des biens communs et de l’équité sociale vers le niveau le plus bas possible, n’y voyant qu’une nécessité qu’on doit tout juste tolérer, et sur laquelle on peut encore jouer à l’occasion comme sur une variable d’ajustement. Malgré tout ce que l’on sait, avec beaucoup plus de clarté maintenant qu’à l’époque, des raisons du tournant de la « rigueur » en 1983 – évasion massive des capitaux, assèchement brutal des caisses de l’Etat –, et bien que les facteurs qui ont joué à ce moment-là aient une emprise bien plus forte encore aujourd’hui, on pourrait croire, à lire ces articles, qu’on a encore tout loisir de prendre en mains le destin de la République sociale « dans un seul pays », comme d’autres ont fait de celui du « socialisme » après 1917. Beaucoup de gens à gauche – on serait hélas tenté de dire presque tous – raisonnent encore comme si la République sociale était seulement une idée sur laquelle il suffit de se régler pour en tirer un programme d’action (que l’anticipation prudente d’une possible alternance a tôt fait de réduire aux dimensions modestes d’un programme électoral), – un programme que l’on n’aurait plus qu’à mettre en pratique avec application, sans rencontrer d’obstacles, sans être battu par des vents contraires, dans les limites étroites de l’Etat où l’on vit. Malgré la liquidité et la mobilité croissantes du capital, le destin de cette idée n’apparaît jamais pour ce qu’il est devenu : un enjeu géopolitique, porté par l’histoire européenne sans doute, mais jeté désormais dans un espace politique divisé, en Europe même et encore plus au-delà, entre des puissances dont la rivalité entrave encore terriblement les convergences de volonté et d’action qui seraient nécessaires.

Il est temps, pourtant, de se rendre à l’évidence : sur les questions relatives à la justice « sociale » et aux institutions garantes du bien public, comme sur les questions écologiques, comme sur celles que posent les migrations humaines, etc., l’être humain comme « citoyen » est réellement devenu un « citoyen du monde », les enjeux politiques qui concernent sa vie sont immédiatement projetés dans une dimension cosmopolitique qui transcende les frontières. Si l’on veut répondre précisément et de manière convaincante à la formule idéologique de l’ultralibéralisme lancée par Margaret Thatcher, il faut dire que ce n’est jamais sur le contenu de la politique, mais désormais – et pour toujours – sur son extension qu’« il n’y a pas d’alternative » : sauf pour ceux à qui leur imagination permet encore de migrer de temps en temps vers des exoplanètes, cette extension est réellement devenue planétaire, car la finitude du monde se laisse maintenant toucher, et les interdépendances sont toujours plus grandes.

C’est pourquoi faire l’Europe (disons en tout cas faire de l’Europe, car les configurations peuvent changer et se multiplier) est une priorité absolue : comme Emmanuel Macron vient de l’affirmer à la Sorbonne, c’est la condition pour retrouver, y compris au plan socio-économique, de la « souveraineté ». Non pas que cette Europe puisse s’édifier comme une citadelle isolée du reste du monde. Mais la « preuve par l’Europe » est de toute façon nécessaire pour faire naître l’idée et la possibilité d’autres accords, d’autres convergences allant dans les directions que l’on peut souhaiter. Et pour continuer d’exister et de résister aussi longtemps que cela demeure impossible.

Mais faire (de) l’Europe implique autre chose. La tâche est si élevée et si difficile à accomplir que cela exige de rassembler tous ceux qui veulent l’Europe contre ceux qui ne la veulent pas réellement. Pour cette raison de fond, et pour d’autres d’apparence plus contingente – pensons en particulier à la désynchronisation des résultats des élections entre les différents pays –, faire l’Europe exige qu’on recherche au maximum les possibilités d’alliance entre Droite et Gauche républicaines. La tension entre elles garde tout son sens, même si c’est peut-être au plan socio-économique seulement. Au tropisme vers la droite revient la défense et l’illustration du désir de l’entrepreneur dans le domaine économique. Au tropisme vers la gauche celles de l’exigence d’équité sociale. La tension entre les deux n’est jamais un obstacle, tant que chacun est capable de refléter et de reprendre à son compte quelque chose du tropisme opposé. D’Héraclite nous vient cette voix qui énonce que « le conflit » (polémos » la guerre) – non pas son résultat, mais le conflit lui-même – est « la justice », parce qu’il est comme l’« harmonie des retours opposés », ainsi, dit-il encore, qu’on peut le saisir entre le bois et la corde de l’arc, ou entre les cordes de la lyre.

Si l’on prend en compte l’état du monde, l’urgence de faire l’Europe, et l’absolue nécessité de rallier pour cela, en France, une aile droite et une aile gauche du combat républicain, on comprend que certaines décisions qui pourraient paraître justes en elles-mêmes ne pourraient en réalité que se retourner contre leur objectif, tout simplement parce qu’elles seraient incompatibles avec le projet européen, comme avec une alliance entre gauche et droite. La justice n’est pas seulement une idée dont nous pourrions recevoir des injonctions programmatiques intemporelles et non-localisées. Si l’on veut œuvrer pour elle, il ne faut donc pas se tromper d’échelle géopolitique, ni de timing historique.

Exemplaire est le cas de l’ISF. Le supprimer pourrait d’abord apparaître comme une option en elle-même déplorable. Il suffit de raisonner mathématiquement : si l’on poursuit les courbes, la répartition des richesses dans le monde dans cinquante ans est quelque chose d’absolument insensé. Socialement, l’inégalité est portée à son comble. Politiquement, on ne peut qu’assister à l’émergence ou au renforcement de ploutocraties presque partout. Mais si on ne supprime pas l’ISF actuel, adieu l’alliance avec la droite républicaine, et adieu le progrès vers l’unité européenne. Inutile de continuer à en parler. Pourquoi ? Parce que ce sont deux choses très difficiles à réaliser, qui tournent le dos à presque tout ce qui s’est fait en France (et souvent ailleurs) jusqu’ici. On ne peut pas commencer en conservant un dispositif fortement rejeté par les gens avec qui on est décidé à s’entendre. Ce serait une gageure intenable. D’autant plus qu’il faut comprendre que ce n’est pas seulement par égoïsme de classe que la droite (en France) rejette cet impôt, pas plus que les autres pays européens simplement par égoïsme national : sans qu’il soit besoin pour cela d’un égoïsme spécial, ce rejet serait déjà l’effet logique de la compétition économique entre Etats. L’ISF « dans un seul pays » (pas tout à fait, mais presque, et cela depuis 35 ans !), c’est l’incrément de la richesse mobilière qui est au moins tenté d’aller voir ailleurs, c’est la marche de l’économie qui est au moins menacée d’être un petit peu plus poussive, et ce sont en tout cas la droite républicaine qui rechigne à toute alliance et des pays tout voisins qui nous considèrent avec un regard à la fois d’ami apitoyé et de rival satisfait. Sans que cela empêche un instant la croissance exponentielle des patrimoines – l’ambition de l’ISF n’ayant d’ailleurs jamais été celle-là.

L’article d’Albert Ogien dans Libération nous rappelait que L’Efficacité n’est pas un programme politique. Rappel bien utile, pense-t-on d’abord, dans un contexte où les mots mêmes de « bien public » ou de « justice sociale » paraissent souvent être devenus imprononçables et où, de fait, celui d’« efficacité » semble occuper cette place dominante et exclusive qui est la marque de fabrique de l’idéologie. Mais l’article avance ensuite cette idée simpliste que la question de l’efficacité ne doit être posée qu’en second, une fois que les finalités d’une politique juste ont été définies en elles-mêmes et pour elles-mêmes. Rousseau raisonnait autrement : il exigeait que « la justice et l’utilité ne soient point divisées ». Chacune, en effet, doit inclure l’autre, car les deux se sauvent ensemble, ou bien sombrent ensemble. Des mesures comme celles évoquées par Albert Ogien en direction de l’Hôpital, de l’Ecole ou des Prisons ne peuvent, certes, qu’être favorables au bon fonctionnement des institutions publiques, mais à la condition qu’elles n’aillent pas jusqu’à se couper elles-mêmes le pied : si leur mise en œuvre requérait des moyens fiscaux ayant pour effet d’entretenir une grève perlée des capitaux, une perpétuation du chômage, peut-être un enchérissement de la dette publique, et avec cela de fortes réserves de la droite et une distance critique de nos voisins européens, elles se compromettraient elles-mêmes, tout simplement.

La Lettre à un ami macroniste de gauche de Guillaume Duval a le même auteur qu’un livre intitulé La France ne sera plus jamais une grande puissance ? Tant mieux. On est en droit de supposer qu’il existe une certaine consonance entre les deux textes. Réfléchissons donc au sens du titre du livre. Tant qu’on entend par puissance un pouvoir exercé sur d’autres et à leur détriment, comme dans un jeu qui, au mieux, resterait à somme nulle, on peut en effet se réjouir d’être contraint d’y renoncer. Mais si l’on entend par puissance le pouvoir de faire, de réaliser, de créer quelque chose, et de le transmettre aux générations futures et au reste du monde, alors il est tout simplement impossible d’y renoncer. Toute puissance dont on ne peut plus disposer seul, il faut tenter de la recréer et de la retrouver à un niveau supérieur, par une entente avec d’autres. Comment pourrait-on rester juste, par exemple, si on renonçait à la puissance d’agir efficacement dans cette intention ? Une politique fiscale « plus à gauche », qui viserait à une justice plus grande en France seulement, mais gênerait l’émergence d’une entente puissante en Europe, n’aurait aucune chance de promouvoir durablement la justice en France même. Et irait-on prétendre que le monde serait plus juste, si le seul modèle d’une puissance active et réalisatrice était donné par les USA, la Chine ou la Russie tels que nous les voyons aujourd’hui ?

La plupart des critiques « de gauche » de Macron paraissent raisonner comme s’il nous était, en somme, indifférent de devoir agir seuls, en France seulement, pourvu que ce soit « par la gauche ». Ils sont donc prêts, au minimum par défaut, à poursuivre sur un chemin balisé « en France seulement et avec la gauche seulement ». Mais, justement, c’est se placer très en-dessous du destin historique de la France et de la Gauche. On attend des deux qu’elle soient plus ambitieuses. Car, à moins de conserver un goût douteux pour l’échec répété et pour le risque de faire un jour les pires rencontres, il est temps de se dire qu’il n’y a plus rien à chercher sur ce chemin. On ne peut que s’y embourber. Pourquoi ? Simplement parce qu’il est devenu définitivement trop étroit.

 

N.B. Cet article paraît avec un léger contretemps. Comme il répond à deux articles publiés dans Libé, il a été d’abord proposé à ce journal.

A propos de l'auteur

Pierre Windecker

Rédacteur

Agrégé de philosophie


Commentaires (19)

  • Jean-Luc Lamouché

    Jean-Luc Lamouché

    01 novembre 2017 à 09:29 |
    Merci pour votre si belle chronique, Pierre Windecker, car, tout comme vous, je me sens totalement l'âme d'un "constructif de gauche" par rapport à l'action de l'Exécutif français actuel - et absolument pas celle d'un "béné-oui-oui" qui accepterait systématiquement, voire aveuglément, toute mesure ! Je ne suis d'ailleurs plus membre d'aucun parti politique depuis 2006 (ayant appartenu pendant très longtemps au Parti Socialiste). C'est donc en tant qu'électron-libre que je partage votre analyse. Et je renvoie tous ceux que mes propos pourraient intéresser à ce que j'ai écrit comme commentaire pour soutenir le mot de BPP. Je voudrais ajouter juste un élément à ce que j'ai rédigé par rapport à ce qu'il avait dit de la gauche soutenant Emmanuel Macron et Edouard Philippe, et dont je fais partie. A mon avis, au niveau européen et mondial, pour aujourd'hui, nous nous trouvons un peu dans le même cas de figure qu'en 1875 lorsque le centre-droit orléaniste (se convertissant à l'idée d'une République modérée) et le centre-gauche des républicains passèrent - malgré leurs différences - un accord politique, dans l'intérêt général de notre pays. A ce moment, il s'agissait certes de questions d'un autre ordre, puisqu'on avait à mettre en place de nouvelles institutions, avec une Constitution ; et ce fut effectivement celle de 1875... Cette sorte de "synthèse républicaine" globale ressemble, selon moi, à la position "centrale" (et absolument pas centriste, contrairement à ce que fut VGE - n'en déplaise à certains...!) qu'occupe Emmanuel Macron, dont la majorité marche (et doit marcher davantage encore) sur trois jambes : une libérale-sociale centre-droit, une axiale sociale-libérale, et une sociale-démocrate (à développer) centre-gauche... Voilà ma modeste contribution destinée à compléter votre brillante et éclairante chronique - même si vous prêchiez déjà un convaincu...

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    • Pierre Windecker

      Pierre Windecker

      02 novembre 2017 à 10:39 |
      Merci, Jean-Luc Lamouché, pour tous ces éclairages supplémentaires. L'analogie avec 1875 est lumineuse, au-delà des différences historiques : il n'y a pas de force "centriste", mais il y a le centre comme lieu logique, ou géométrique, vers lequel on peut tendre des deux côtés, à la fois par reconnaissance de la légitimité de l'adversaire et par sens du compromis capable de pousser vers l'avant. Rien de plus fort pour réveiller une confiance critique. "Confiance" : on peut assumer le mot. La politique et l'économie, n'étant pas gouvernées par la science, sont d'ordre fiduciaire. Il faut parier sans barguigner, à condition de garder son intelligence en éveil.

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      • Jean-Luc Lamouché

        Jean-Luc Lamouché

        03 novembre 2017 à 00:16 |
        Cher collègue (puisque je suis agrégé d'Histoire), l'analogie avec 1875 n'était bien sûr, dans mon esprit, située que sur le plan institutionnel et hors contexte historique, comme vous l'avez parfaitement compris. Mais, il s'agissait à ce moment de l'Histoire d'une redistribution des cartes par rapport à l'impossibilité "d'en sortir" sur le plan politique, puisque le Comte de Chambord (chef des monarchistes, et avant tout des légitimistes) avait affirmé (en 1873-1874) qu'il n'accepterait de régner (ce fut la célèbre "affaire des drapeaux") que si l'on reprenait le drapeau blanc à fleurs de lys... ! En somme, le symbole d'un système à bout de souffle et réactionnaire, qu'il voulait ressusciter, au moins en partie : celui de la monarchie telle qu'elle avait vécu sous l'Ancien Régime, sans pour autant vouloir parler de "monarchie absolue de droit divin", comme à l'époque du Roi Louis XIV... etc...
        Mais alors, quelle comparaison avec aujourd'hui ? Eh bien, en 2017 (et depuis des années et des années !), le système politique était à bout, la droite classique et la gauche de gouvernement ayant échoué aux yeux d'une grande majorité de français - à tort ou à raison -, et apparaissant comme menant, au moins sur les principales questions (sauf en matière de mœurs) la même politique (?). Il fallait donc en sortir, et à l'origine avec bien peu de forces démocratiques "en magasin" - au niveau des partis. Personnellement, et même si je fus pendant très longtemps membre (et même un des responsables de fédération) socialiste, depuis près de 15 ans (au moins), je me considère aussi comme un mondialiste de gauche, un citoyen du monde, et d'abord, bien évidemment, un français et un européen... D'abord... ? En fait, je dirais plutôt "en même temps"... Clin d’œil appuyé... !
        J'ai compris très tôt, même avant Maastricht, que les nouveaux clivages allaient opposer les mondialistes-européistes de "droite", du "centre", et de "gauche", aux nationalistes anti-système (comme ils disent) de "l'extrême droite", de "droite", et de "gauche(s)"... J'avais déjà choisi mon camp depuis l'époque de cette réflexion de fond, tout en demeurant socialiste. Et Emmanuel Macron toucha juste en montrant - à ce niveau - le nouveau chemin. J'espère, pour mon pays, que son "pari" sera, au moins partiellement, gagné, car le socialisme démocratique aurait tout à perdre si c'était le contraire...

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        • Pierre Windecker

          Pierre Windecker

          03 novembre 2017 à 17:19 |
          Je partage entièrement cette analyse - et ce pari. Je n'ai jamais été militant, ni même adhérent au PS, mais je suis électoralement de ce côté depuis très longtemps - c'est ma "base", depuis l'abandon du "gauchisme", et je crois aussi que le pari de Macron est une fenêtre qui s'ouvre, à la fois nécessaire et improbable, pour tout ce que nous pouvons souhaiter. Mon vœu européen et mon souhait d'un rapprochement entre une partie de la droite et une partie de la gauche pour progresser dans cette direction sont également très anciens. Mais je n'ai compris que très récemment qu'ils ne pourraient se réaliser qu'en fracturant la gauche tout autant que la droite, et qu'il apparaîtrait à gauche aussi un "nationalisme antisystème"...
          .

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        • Jean-François Vincent

          Jean-François Vincent

          03 novembre 2017 à 13:25 |
          Ah, parce qu'avec Macron, ce n'est pas la même politique?!!!...Sur le plan économique, économie de l'offre, respect de la "règle d'or " des 3% de déficit; et sur le plan régalien, transcription des mesures de l'état d'urgence dans le droit...je ne dis pas que ce soit - en soi - un mal, mais qu'on ne vienne pas nous chanter un "changement" qui n'existe que dans l'esprit des convaincus...

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          • Jean-Luc Lamouché

            Jean-Luc Lamouché

            03 novembre 2017 à 22:42 |
            Et votre cher DSK ? Et François Hollande ? Ce n'était pas avant tout l'économie de l'offre... ?! J'ajoute que vous avez bien mal lu mon commentaire, Monsieur Vincent (si c'est bien à moi que vous vous adressez) ! En effet, ce à quoi je faisait essentiellement allusion, c'était au système politique, qui, incontestablement, était à bout de souffle... Maintenant, en ce qui concerne la poursuite (voire l'amplification) de la croissance, avec un développement de la confiance, ainsi que des investissements, et une éventuelle relance européenne (appuyée par l'Allemagne), je suis vraiment désolé de vous dire que je ne puis pas vous livrer tout ça "clef en main"... Mais, quant à vous, dîtes-nous donc quels sont vos choix... !

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  • Pierre Windecker

    Pierre Windecker

    29 octobre 2017 à 09:40 |
    Merci de cette belle prise de position ! Au fond, ce que je souhaiterais, c'est qu'il apparaisse des "constructifs" de gauche. Mais pas pour peser tout de suite (ou alors, très à la marge) sur les choix économiques et sociaux du gouvernement. Sur ce plan, la vague mondiale est (pour longtemps : cela dépend d'abord de ce qui se passe chez les "émergents") à un libéralisme débridé, fortement teinté en Europe d'austérité d'origine ordo-libérale par le leadership de l'Allemagne. Il faut "faire avec", en ce sens que, selon moi, dans un monde effectivement "mondialisé", choisir à qui l'on s'adresse (et élargir cette audience) compte plus que ce que l'on dit (ou fait). Le ballon compte moins que le terrain de jeu.

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    • martineL

      martineL

      29 octobre 2017 à 12:06 |
      Peut-on être «  constructif de gauche » ? il y en a qui revendiquent cette étiquette ; leur pedigree est difficile à cerner car il ne s'agirait pas seulement d'échappés ( ou de fuyards, ou de couards attachés à leur carrière) de feu le PS. Si on adopte la même grille qu'à Droite, ce serait des encartés PS ou Radicaux de gauche, qui auraient l’œil plus que bienveillant et une jambe fixée en terre macronienne ; l'autre – jambe, demeurant dans la famille d'origine, quant à l'autre œil, demeurerait-il bienveillant ; autre affaire ! Cela poserait – cela pose à Droite les mêmes interrogations le problème de cette «  double vie », de cette conjugalité plurielle, peu en usage en France. Nous avons l'habitude longuement historique des obédiences amarrées à des programmes, des axes pour le moins, des références ( idéologiques, même si le mot tend à quitter les dictionnaires). Ainsi où classer M Valls, ayant quitté le PS, sans trouver sa vraie place bien visible. Mais il est d'autres gens, habitant encore avec belle fidélité un PS qu'on dit mort ; parlant en opposant responsable et non systématique à la Mélanchon ; on peut les nommer « vigies » ; ça me conviendrait. Accoudés au balcon de chez eux, ils surveillent et commentent, évitant l'invective et mesurant leurs remarques à l'aulne d'une honnêteté citoyenne. Mais leur projet est autre . Ils parlent d'ailleurs que de la maison Macronienne.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    28 octobre 2017 à 20:48 |
    Le pari de Macron? Il est ce que le pari de Giscard - lui aussi, à l'époque, "le plus jeune président de la république de l'histoire" - avait été...
    Vous vous souvenez? Le libéralisme "avancé"? Le "changement"? Certes, celui de Giscard n'était que "dans la continuité"; il n'osait pas se dire "révolutionnaire" (Giscard, il est vrai, avait moins de culot et plus d'honnêteté que Macron)...
    Et le panachage droite/gauche, vous vous souvenez?. Giscard n'avait pas été jusqu'au "et,et"; mais il avait pris plusieurs mesures sociétales remarquées (majorité à 18 ans, loi Weil), et nommé Françoise Giroud ministre de la condition féminine ainsi que Jean-Jacques Servan-Schreiber "ministre des réformes", voilà pour la gauche.
    Cependant il gardait le cap d'une stricte orthodoxie budgétaire (déjà dans les années 60, comme ministre des finances de De Gaulle, se vantait d'avoir remis le budget en équilibre) et d'une économie de l'offre, plans Barre successifs à l'appui. Voilà pour la droite.
    Le pari de Macron est vieux, très vieux...vieux comme Giscard!

    Alors Giscard - dont Macron est l'avatar - de droite ou de gauche?...

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    • Pierre Windecker

      Pierre Windecker

      29 octobre 2017 à 09:53 |
      Je me souviens de tout ça. Et des régressions politiques (yoyo des illusions et désillusions, programmes attrape-tout, repli sur de prétendus problèmes périmétrés en France - cela n'existe plus -, montée des passions tristes - notamment du mépris - , montée des extrêmes fleurant un peu une reviviscence des années 30) qui ont accompagné "l'alternance". C'est vrai que je ne veux plus de "l'alternance", ou le moins possible. Il y a une légitimité dans le conatus "entrepreneurial" de la droite, comme il y en a une dans l'exigence d'équité de la gauche : c'est le mot d'Héraclite, "la guerre est la justice". Je préfère le courant alterné à l'alternance, le compromis aux prétendues victoires qui se succèdent sans fin. Maintenant, il est incontestable que sur le plan économique, et donc social, le balancier mondial penche "à droite". Et le balancier électoral français aussi. C'est comme ça. Bien des mesures de Macron prouvent que le souci de la "gauche" n'est pas absent. Je ne veux pas qu'on fasse plus. Je ne le veux pas. Je ne veux pas de Wauquiez.

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        29 octobre 2017 à 10:58 |
        Merci, M.Windercker, d'avoir donné cette superbe définition de l'éthos économique de droite : le "conatus entrepreneurial"!! Cet "effort" capitaliste qui, dans la grande tradition de la Réforme (cf.Weber) et de saint Paul, justifie et légitime le profit individuel. En un mot, la peine, le travail, exige une récompense, fut-elle inégalitaire...la gauche, elle, sur le plan économique, est moins "laboriste" : le travail est, tout au plus, un moyen, jamais une fin.

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        • Pierre Windecker

          Pierre Windecker

          29 octobre 2017 à 12:22 |
          C'est à ces gens-là surtout que je pense... Car, pour dire les choses simplement, je ne crois pas du tout qu'il existe un "centre", sinon comme lieu logique des compromis qu'on peut (ou doit, dirais-je volontiers) passer. Mais en France, on pouvait toujours attendre la formation d'un compromis entre des éléments de la droite et d'autres de la gauche, selon une formule proche des "grandes coalitions" : rien ne serait venu - surtout dans un contexte où les grandes coalitions se portent mal un peu partout. Il fallait donc, je crois, bousculer les affiliations anciennes, accoucher au forceps d'un centre artificiel - un ovni (le "et...et.." a quelque chose d'un "ni...ni..." si on le rapporte aux forces d'origine). Cela est fragile et a quelque chose de bonapartiste - à la mesure de la crise politique traversée et des abîmes où elle peut nous conduire. J'y vois un peu une vraie chance, mais peut-être la dernière pour longtemps.

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          • Pierre Windecker

            Pierre Windecker

            29 octobre 2017 à 12:29 |
            Encore une erreur de fenêtre : je répondais à Martine L. !
            A vous, je répondrais ceci : le problème, c'est que cette définition (fragile et précaire par ailleurs) de l'ethos économique n'est pas celui de l'ethos économique de droite, mais celui de tout ethos économique. A moins que tout ethos économique ne soit de droite ? C'est possible. Mais dans ce cas, ne faut-il pas être "et de droite et de gauche" ? Par ailleurs, l'enracinement paulinien et calviniste de cet ethos m'apparaît de plus en plus, si on regarde la monde, une contingence historique locale, même si elle a pu avoir une énorme importance.

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    • martineL

      martineL

      28 octobre 2017 à 22:43 |
      Macron /Giscard, des ressemblances, ne serait-ce que ce «  rassembler 2 français sur 3 », niche-objectif ensuite largement occupée par ce cher Bayrou. Mais, que de différences ! un contexte tellement aux antipodes ; la quasi prospérité des années Giscard, face aux difficultés qu'on connaît aujourd'hui, et donc, un électorat profondément dissemblable ; celui de Giscard, largement droitier, mais à la manière économique plus que le Gaullisme classique ; Droite d'argent , se voulant bourgeoisement moderne. Macron engrange ( a engrangé plutôt) un vaste panel de mélanges de déçus, d’apeurés, de gens ayant aussi un goût pour l'aventure, dont l'appartenance politique est plus que sinueuse ; enfin, derrière Giscard, arrivera Mitterrand portant au pouvoir un PS triomphant et une gauche forte. Inutile de dire, qu'on est tout ailleurs.

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        28 octobre 2017 à 22:50 |
        Chère Martine, ce n'est pas - que je sache - son électorat qui détermine la couleur politique d'un homme (ou d'une femme)...à ce compte là, Marine Le Pen aussi serait "et de droite et de gauche" :-)...

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  • bernard pechon pignero

    bernard pechon pignero

    28 octobre 2017 à 20:01 |
    Tiens tiens! Un nouveau prof de philo sur RDT et qui n'envoie pas d'emblée les électeurs de gauche de Macron au pigeonnier ! intéressant !

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    • Jean-Luc Lamouché

      Jean-Luc Lamouché

      01 novembre 2017 à 08:47 |
      Parfaitement d'accord avec vous, BPP ! Quitte à reprendre certains éléments déjà évoqués, je vais développer ici quelques points qui me semblent fondamentaux. En premier lieu, le fait qu'il est totalement faux historiquement de comparer Emmanuel Macron et VGE. Pourquoi ? Parce que nous sommes en 2017 et non plus dans la période allant de 1974 à 1981. Une telle comparaison est donc a-historique, dans la mesure où les grandes questions économiques actuelles n'ont plus rien à voir avec celles qui se posaient juste après 1973 - lors du premier choc pétrolier. J'ajoute que même le célèbre "deux français sur trois" est une expression vraiment inadaptée. A nouveau, pourquoi ? Eh bien parce qu'il suffit de rechercher les scores comparés en % pour Emmanuel Macron et VGE lors du premier tour de leur(s) élection(s) présidentielle(s) respective(s) et d'en tirer des conséquences de simple arithmétique... Même s'il y a pensé, Emmanuel Macron savait très bien qu'il n'arriverait jamais à regrouper à l'origine, sur son projet (et non pas sur le refus de tout ce que proposaient les autres partis, à l'extrême droite, à droite, à gauche, comme chez le social-nationaliste bolivarien Jean-Luc Mélenchon), ces "deux français sur trois"... ! VGE, lui, y croyait... Encore une question d'époque, d'Histoire, voyez-vous... décidément, on y revient, un peu comme pour un aimant...
      En second lieu, et contrairement à ce que peuvent penser certaines personnes, je fais toujours partie de la famille du socialisme démocratique au sens le plus large de ce terme, même si j'y ajoute - car nous sommes au XXIe siècle et non plus au XXe (que certains sortent donc "...de leurs sarcophages !", comme le disait Edmond Maire il y a déjà longtemps, et qui nous a quittés !) - une dimension européiste à refonder et une globalisation de gauche (ou progressiste). Quand je vois les oppositions de "gauche" attendre avec gourmandise les premiers échecs d'Emmanuel Macron, j'ai envie de leur dire : "Vous méritez le grand prix de la bêtise !"... Pourquoi ? Eh bien, c'est très simple, en fait. Si le quinquennat actuel est raté sur le plan économique (donc également social), la "gauche" sera condamnée à l'opposition pour un très long moment, et ceci en rapport avec de multiples raisons (qui sont aussi de nature politique). Par contre, si ce même quinquennat (et pourquoi pas un second ?) est (sont) globalement réussi(s) économiquement, le "grain à moudre" de la croissance revenant, le socialisme démocratique retrouvera sa mission historique : redistribuer de la manière la plus juste possible les richesses enfin créées à nouveau.
      Tiens... ! Avez-vous remarqué qu'entre la fin du quinquennat de François Hollande (qui mena une politique dite "de l'offre") et les quasi-cinq premiers mois de l'action d'Emmanuel Macron, dans un contexte international un peu plus porteur, il est vrai, (mais...), la France a réalisé quatre trimestres à plus de 0,5% de croissance chacun, soit un total de plus de 2% sur un an... L'INSEE avait annoncé pour les 12 derniers mois une croissance française de 1,7%. Eh bien, figurons-nous que ce sera probablement, n'en déplaise à ceux qui souhaitent consciemment ou inconsciemment le pire (et uniquement pour des raisons de tactique politicienne), de l'ordre de 1,9% ; et l'on sait qu'avec des chiffres de cet ordre, plus les mesures d'accompagnement qui existent encore, le chômage commencerait de baisser - sauf événement international négatif d'importance... Donc, sur ce site, certains devraient revoir (ou voir ?) les bases de ce qu'est l'économie et la "confiance" - celle-ci comptant autant que l'évolution de la conjoncture et des cycles en tant que tels...

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        01 novembre 2017 à 17:04 |
        La confiance? Macron n'est pas Pinay...quoique il aimerait l'être :-)...

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  • martineL

    martineL

    28 octobre 2017 à 17:54 |
    Votre article est remarquable au temps des post fb « balancés » à la va vite, et surtout des tweets à la Trump ; merci pour avoir pris le temps et le sérieux de nous écrire cet argumentaire – c'en est un, qui sent son Descartes et ça fait du bien en soi. Merci aussi pour ce qu'on sent de sincère, de valeurs longuement pesées ( mon premier choix d'illustration pour votre chronique était justement le tableau de Metsys – le changeur et sa femme), et – si précieux en ces temps d'engouements fulgurants – d'interrogations d'honnête homme.
    Quant au fond de l'affaire : faut-il, que le militant ou simple citoyen de gauche suive le Macronisme en son pari ? J'en suis évidemment moins sûre, tout bien pesé, moi aussi. A l'évidence, nous avons – plus ou moins enthousiasmés – voté pour élire Macron. Sans états d'âme, face aux tempêtes ; celle de la menace Le Pen ( qui m' a d'un bout à l'autre, semblé devoir échouer sur la ligne d'arrivée, ce qui n'enlève rien à sa dangerosité ) à celle d'un Fillon et des troupes qui le portaient, qui me paraissait elle, tout à fait réalisable et dès lors, fort menaçante. On a aussi voulu pousser un Européen dans un contexte où peu se réclamaient de ce drapeau. Mais comme vous nous lisez, vous savez tout ça...
    Nous ne fûmes pas dupes du libéralisme qui serait porté en triomphe, en étant conscients du côté libertaire dans les mœurs – à l'Américaine, à la Californienne, même, qui plaît à beaucoup dans le jeunesse mais pas que. Pour autant, cette acceptation ( cette évidence) de la mondialisation ; qualités, défauts majeurs, menaces même – un seul package, manque nettement de nuances, de précautions, de volontés affichées de corrections. Nous sommes dans le global et devons faire avec, mais rien n'interdit à la politique d' y mettre son grain de sel ; c'est là sa définition et l'honneur de son utilité. Et, là, voyez-vous, un Social Démocrate, même aux griffes limées comme F Hollande, même tutoyant le social libéralisme comme un M Valls, serait plus fiable, plus en capacité de protéger les plus faibles  ; c'est du moins, mon point de vue. Pour autant, ce qui a été initié et porté par Macron sur le travail détaché au niveau européen, ces jours derniers serait une bribe d'objection à mon argument, puisque là, on a cherché – et en partie réussi – à faire bouger l'Europe, dans le sens ( comme dirait notre ami JFV) de l'intérêt général...
    L'intérêt général, le « tous ensemble », le sens du collectif, dans ce domaine économico-international, mais bien plus encore dans la politique sociétale et budgétaire, voilà la ligne de partage entre les eaux de gauche, et celles de Macron. Attendons la suite, me direz-vous ; je vous accorde que c'est là, politesse du citoyen digne de ce nom.

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