Quel gérant en tant que "Capitaine" choisir ?

Ecrit par Luc Sénécal le 14 octobre 2011. dans France, La une, Politique

Quel gérant en tant que


Nous entrons déjà dans l’ère des élections et déjà le Sénat se voit revêtu d’une nouvelle tenue qui appelle certains à aller se rhabiller avant que de prétendre se présenter à nouveau aux électeurs. Soit.

Pourtant peut-on pour autant se réjouir ? Peut-on prendre enfin un peu de recul et considérer qu’à force d’opter pour la marine à voile et d’aller un coup sur tribord, un coup sur bâbord, nous naviguons dans une direction hasardeuse ?

Pourquoi ?

Parce que le véritable problème est la fragilité du système capitaliste, qu’il soit géré par l’une ou par l’autre des principales tendances politiques de ce pays. Parce que ce système est dépendant à l’international de ce colosse dont le pied grec commence à partir en morceau comme une gangrène, et que la jambe désormais est atteinte. Sans parler des craintes pour l’autre membre bien fragilisé aussi. Or le cerveau, dans une grande confusion, ne commande plus au corps, sinon faire semblant. Ce qui est bien pis.

Mais aussi, parce que, historiquement dans ce pays, aucune des deux forces en présence n’a jamais su empêcher la dette publique de gonfler et s’agrandir. Parce que, avec ces toutes dernières années, on a vu sinistrés le monde de l’agriculture, celui de la pêche, celui de l’enseignement pour ne citer que ceux-là. Comme on a pu constater que la fonction publique complètement remise en question, était en réalité une mise hors d’état de fonctionner des services publics. Avec des conséquences à venir probablement douloureuses pour le citoyen.

Ainsi on peut dire que si l’UMP présente le candidat que l’on devine, celui-là même qui a, excusez-moi du peu, confondu vitesse et précipitation et n’a jamais su donner ou plutôt suggérer un état d’esprit sain et positif à ces bouleversements, cela devrait en théorie faire le jeu de l’autre parti. Lequel n’en a pas fini avec ses querelles internes. Ce qui donne des idées à une aile droite très satisfaite de tous ces errements, dont elle compte tirer un grand bénéfice. Au point, faut-il le préciser, d’acquérir des forces non point pour ce qu’elle représente elle, mais justement pour ce que les deux autres représentent.

Pour autant, au bout de ce chemin qui ne nous mène nulle part, gardons-nous de jeter l’opprobre sur des élus qui, en définitive, subissent les contraintes et les pressions tant de la haute finance que des différents lobbies. Car le pouvoir politique n’a pas les moyens de lutter face à eux. Ne l’a-t-il pas prouvé tout au long de ces années ? A force de promesses impossibles à tenir, à force de manquer de discernement et de cohérence, à force de louvoyer, à force d’imposer des réformes dans la plus grande hâte, sans préparer en amont ni les procédures, ni les structures et encore moins le personnel, on perd de vue l’essentiel : la faillite de l’Etat.

Autrement dit, on ne peut prétendre imposer aux citoyens l’idée que s’endetter au-delà de ses capacités de remboursement n’est pas sain pour gérer un budget, et le faire exactement à la puissance plus au plus haut niveau. Le résultat est là, et il ne surgit pas comme ça d’un coup. Il est le résultat des politiques de plusieurs décennies. Il s’est érigé sur des années sans que rien ni personne, malgré la volonté de le réduire, n’ait jamais pu rien y faire. Vrai ou faux ?

Les scandales à répétition, les luttes de pouvoir dans tel ou tel parti, les déclarations fracassantes, les « scoops » du jour de la presse et des médias etc., ne sont que de la poudre aux yeux.

La réalité est là. Alors que les banques et la spéculation, capables de créer de formidables richesses, prouvent aussi qu’elles peuvent tout aussi bien ruiner un ou plusieurs pays, surtout avec des conséquences dramatiques sur leurs populations, sans qu’aucun pouvoir politique n’ait la possibilité de l’empêcher, il convient d’en tirer les conséquences, d’en comprendre les causes et d’agir avec un peu plus de cohérence. Ou bien « l’Europe » qui est celle de la finance, mais n’est pas celle des citoyens, car personne ne s’en est véritablement soucié, serait une « Tour de Babel ».

C’est ainsi et maintenant que la complexité de la problématique politique d’aujourd’hui se montre dans toute son ampleur. Impossible, dans le cadre des élections et par le fait même que celles-ci imposent comme attitude et comme discours, d’examiner ce propos avec la sérénité requise. Impossible de se mettre d’accord sur des actions et des stratégies, d’autant que les moyens financiers, structurels et humains sont sinistrés. Impossible même d’imaginer qu’aucun des partis qui vont se présenter là, demain, n’a la capacité, même avec la volonté d’y réussir, de changer réellement de cap.

Il n’y a rien, quel que soit l’équipage proposé, qui puisse aujourd’hui empêcher ce beau navire qui est le nôtre, d’aller de droite et de gauche, dans une direction inconnue. Et comme en plus, la mer appartient à tout le monde, à la satisfaction d’autres belles flottes de navires…


Luc Sénécal


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Commentaires (5)

  • l.senecal

    l.senecal

    29 octobre 2011 à 09:20 |
    "Le politique ne se réduit pas à l'économique."

    Exact. Et heureusement. Mais justement, pourquoi avoir donné autant d'importance à la finance ? Au-delà des idéaux, ce qui est la base de l'engagement politique. Au-delà de ce que peuvent penser, choisir et faire celles et ceux qui sont à la barre. Au-delà de la sincérité du sentiment citoyen, de la volonté d'agir utilement, de l'envie de partager une conviction commune. Au-delà d'un pouvoir qui n'a d'autres choix que de se soumettre à une force bien plus grande encore.

    Non, tous pourris, tous pareils, la lecture est erronée.
    Non, l'espoir n'est pas éteint, il convient d'élargir le sens du texte par rapport à sa lecture vers celui qu'il induit, qu'il espère comme réaction, comme réflexion.

    Oui, "l'outil" capitaliste est une structure absolument géniale, non pas la meilleure mais l'une des moins injustes qui soit. Du moins dans le principe.

    Seulement, elle présente par l'étendue de sa bienfaisance tout autant d'influence malsaine, de compromission, de courants sous-marins qui n'ont plus rien à voir avec les perspectives d'origine. Car la puissance créatrice qu'elle représente apporte tellement de pouvoir qu'elle piège littéralement le comportement humain, par son humanité. Justement.

    Ce, par son influence sur ce que "l'humain" est essentiellement. C'est à dire fragile, inconstant, susceptible, jaloux, envieux, méfiant, inquiet et incapable de prendre suffisamment de recul pour appréhender, accepter, intégrer, comprendre. Comprendre que par son génie, par sa capacité créatrice, l'Homme peut se perdre.

    Il peut anéantir l'espoir, refuser l'évidence par le déni, s'inventer milles et une raisons de continuer dans une voie qui l'engloutit lentement mais indubitablement.

    Pour autant, être sorti de ce qui est la nature profonde de la vie sur cette planète, la survie, la règle fondamentale, prédateur-proie, la misère (qui n'est pas la pauvreté), la maladie, la dégénérescence, l'horreur d'un avenir compromis par des conditions d'existence tenant plus de la désespérance que de l'enthousiasme et de la transmission des valeurs et des savoirs...On n'a pas le droit de perdre confiance.

    A condition d'accepter de se remettre en question, d'admettre ses erreurs, sans chercher obstinément à accuser l'autre ou les autres, de fautes qui n'ont de réalité que dans l'évolution d'un contexte social, politique liés eux-mêmes à l'exponentielle stupéfiante du progrès. Un progrès matériel et scientifique qui n'a pas son pendant côté humain. Précisement.

    Alors la réflexion, si je puis me permettre, se doit d'être beaucoup plus sereine, plus sincère et accepter de prendre bien plus de recul qu'il n'y paraît à première vue. Du moins si j'en juge par ce qu'il m'est donné à lire dans certaines réponses. Ce, sans que cela soit pour autant condamnable pour autant, tant ce monde dans lequel nous vivons va vite. Très vite. Trop vite.

    Au point qu'on hésite à descendre en route en ouvrant la porte, de peur d'être largué. Mais au fait, où va-ton ?

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  • eva talineau

    eva talineau

    19 octobre 2011 à 15:46 |
    je partage la perplexité de l'auteur de cet article, le sentiment d'être sur un bateau sans capitaine qui va vers l'inconnu - je préfère cette formulation, de la fin, plutôt que celle du début, où il dit qu'on ne va "nulle part". J'espère que peut-être, les passagers du bateau - nous - arriveront à inventer quelquechose pour que celui-ci ne sombre pas, ne s'auto-détruise pas, et même continue à avancer - il y a peut-être, sous le chaos apparent, des forces à l'oeuvre, que nous ne voyons pas forcément, qui s'y préparent. Des gens qu'on croit peu inventifs, usés, face à des circonstances exceptionnellement difficiles - ce qui, sans aucun doute est le cas - peuvent se trouver inspirés au-delà de ce qu'on pouvait attendre d'eux. Peut-être. Impossible de le savoir à l'avance. Il ne me semble pas que M. Senecal dit que "tous pourris", "tous pareil", mais que la situation est telle que les contraintes qui pèsent sur les politiques qui seront élus, quels qu'ils soient, laissent peu de marge de manoeuvre, financièrement.
    Je ne vois pas comment on peut contester cela. Cependant, malgré cela, ce n'est pas sans importance ce qu'ils vont faire et dire - ils peuvent soit accélérer le délitement du lien social, proposer des boucs émissaires à la vindicte publique, soit, modestement, sans faire d'esbrouffe, s'employer avec sérieux à soutenir le tissu social là où il existe encore, le raccomoder là où il s'est troué, ou le raccorder à des fragments moins troués lorsque c'est possible. Le politique ne se réduit pas à l'économique.

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  • Lévy Maurice

    Lévy Maurice

    18 octobre 2011 à 15:52 |
    Malgré mes 81 printemps, je continue d'espérer, de militer, de construire ...
    C'est le meilleur moyen de combattre l'âge destructeur ... Non ?

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    15 octobre 2011 à 12:25 |
    Alors? Tous pareils? Tous pourris? Tous à la botte du grand capital et de l'europe technocratique? La droite, c'est la gauche, et inversement? On a déjà entendu ce langage sommaire à la pensée indigente dans les extrêmes de droite comme de gauche...

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  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    15 octobre 2011 à 12:11 |
    Bien sûr, rien que votre titre donne le «  la » de votre chronique – avec humour, du reste – un gérant, c'est bien tristounet, ça ne porte pas beau, c'est du «  petit », sans aucun panache ; mais un capitaine, c'est quand même une autre musique ! Sauf à être, notez le, celui du Titanic !
    Votre propos est intéressant, centré sur l'endettement que – on l'a vu encore dans les débats des Primaires – personne, évidemment ne revendique plus comme «  locomotive » . ( il y a eu, il n'y a pas si longtemps, un crédo très différent !) Pour autant, faut-il dire, avec vous que «  tout se vaut », renvoyer dos à dos Gauche et Droite ( ne parlons pas des extrêmes ) je ne le pense pas ; vous observez ça de trop haut ! Changez de télescope ! Fort heureusement, la façon de voir le «  big problème » n'est pas exactement le même ! Laisser croire que la couleur est identique – la marge de manœuvre étant évidemment délimitée – serait dangereux pour le fait démocratique

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