Monde

Helmut ist noch da !

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 juin 2017. dans Monde, La une, Politique

Helmut ist noch da !

Helmut est encore là. Reprise de la fameuse phrase-slogan de 1989, à la chute du mur : « Deutschland ist wieder da ! », l’Allemagne est à nouveau là !

En 1989, je partageais les craintes de Mitterrand. Quoi ? Moi, l’hyper germanophile, j’étais devenu germanophobe ? J’avais peur (au sens étymologique de « phobos ») des Allemands, seul et unique peuple pour lequel le cosmopolite apatride que je suis ressente des sentiments pseudo-patriotiques ?

Je craignais, en effet, que la frontière Oder-Neisse fut violée. La frontière Oder-Neisse, fruit du marchandage honteux qui officialisa la purification ethnique de la Silésie, de la Poméranie et de la Prusse orientale, au profit des Polonais ; en échange de la captation de la moitié orientale de la Pologne d’avant-guerre au profit de l’URSS… un marchandage qui marqua, à jamais, les accords de Postdam du sceau de l’infamie.

Oui, pourquoi avais-je peur ? Imaginaire fantasmatique de je ne sais quel gêne expansionniste du pays de Goethe (cf. la célèbre ironie de Mauriac : « J’aime tellement l’Allemagne que je préfère qu’il y en ait deux ») ? Non, c’était plutôt mon antinationalisme : pourquoi pas deux états également démocratiques ? Pourquoi – forcément – un état unique ? Parce ce qu’ils sont peuplés de germanophones ? Alors, il faudrait y adjoindre une bonne partie de la Suisse, l’Autriche, l’Alsace-Moselle et même – Why not ? – ce Südtyrol (Trento Alto Adagio) qu’Hitler lui-même avait renoncé à annexer…

C’était, de ma part, méconnaître une donnée fondamentale de la sociologie historique allemande. Vu d’Outre-Rhin, l’état repose sur le peuple historiquement – et non contractuellement – constitué, « ein staatstragendes Volk », un peuple « porteur » d’état ; en un mot quelque chose existant de toute éternité, « Hülle des Ewigen », comme dit Fichte : une enveloppe de l’éternité. Ce pacte, ce contractualisme de la philosophie politique française – de Rousseau à Renan (cf. le plébiscite de tous les jours) – demeure ici inconnu. Le « Staatsvolk » selon l’expression du sociologue Reinhart Koselleck, c’est-à-dire le peuple « citoyen » et dont la citoyenneté se fonde sur le droit – l’accord mutuel entre l’individu et la puissance publique – et non pas sur la nature ou l’histoire, ce Staatsvolk n’est pas une catégorie allemande.

Kohl ne méconnut pas cette différence. Il donna satisfaction aux aspirations fusionnelles allemandes, tout en offrant des garanties aux Français, et surtout un cadeau magnifique : le mark ! L’euro n’étant après tout que l’extension continentale de la devise, chérie, tel un enfant, par la Bundesbank.

C’est cette intelligence géopolitique d’Helmut Kohl qui scella – précisément au moment de la réunification – une amitié indéfectible avec François Mitterrand. On se souviendra longtemps de ces sanglots silencieux, aux obsèques de Notre-Dame, de ce masque impavide – germanique ! – sur lequel descendait, une à une, un flot continu de larmes…

A l’opposé de Bismarck, le chancelier de fer, Helmut Kohl, fut un chancelier de cœur.

Éditorial - Le fou du monde

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 juin 2017. dans Monde, La une, Environnement, Actualité, Politique

Éditorial - Le fou du monde

Plus aucun autre titre n’est à présent possible ; la prochaine fois qu’on le verra à l’œuvre, ce Donald qui ne fait plus rire, ce sera peut-être derrière des missiles face à la Corée…

Reprenant ses postures – le menton, avez-vous vu le menton ! – de sa campagne électorale qui l’a hissé sur le bureau ovale (sur, plutôt que au), le bonhomme-monsieur-le-président-des États Unis-hélas-hélas, a, au cœur de la nuit, décidé avec le fracas qui sied à la manœuvre de retirer son pays des accords de Paris sur le réchauffement climatique, qu’en son temps avait évidemment signé son prédécesseur, Barack Obama. La COP 21, pas moins ; les grands outils du monde, la marche du monde, quoi ! Simple et minable « chiffon de papier » que la chose, dit-il – d’autres et non des moindres ont fait en leur temps dans l’exercice – vision personnelle et des plus inquiétantes au poste où il est de la notion d’engagement, de responsabilité, de ce « ne pas tenir compte des autres et du reste du monde » qui finit par définir Trump. Certes, et si l’on prend l’affaire par ce bout un peu court, cela avait été martelé durant sa tonitruante campagne : le réchauffement climatique n’était-il pas un complot ourdi par l’ennemi chinois pour couler la puissance américaine, et cela avait voisiné dans l’extase des adeptes, avec le mur protégeant du Mexique honni, les musulmans rejetés des aéroports, et sans doute bien d’autres pépites qu’en ce temps, les opinions, dont nous, traitions d’un haussement d’épaules qu’on peut à présent trouver bien léger.

Car la bête, une fois élue – mal, mais qu’importe – une fois lâchée, on a vu : le gouvernement des tweets, les signatures du gamin content de son stylo, le mépris dictatorialisant des « autres », le Congrès, la Cour suprême, les médias – ennemi obsessionnel déclaré – et, dirons-nous, le « reste des pas d’accord ». Foin de tout ça. On l’a dit partout, fallait pas élire – pour de vrai – un péquin comme Trump. Maintenant, faut gérer et digérer la pilule. Alors, ce « je veux agir pour Pittsburgh et non pour Paris… je n’ai pas été élu par Paris » (de mémoire), la bonne blague ! Pas innovante, puisque isolationniste à gros traits, cela a été l’Amérique si souvent, plus souvent d’ailleurs dans les intentions et menaces que dans les faits. Faisons confiance à Trump pour s’essayer, en vrai, à la démarche… et n’oublions dorénavant plus : c’est un gars qui veut voir comment ça fait, le « en vrai »…

Le « rest » du monde, secoué de la nouvelle toquade du monstre, s’ébroue ce matin – mais comment mener les objectifs de Paris sans Washington – pas une paille ! Et les mots de circuler en boucle : dévalorisation, dévalidation… Notre nouveau ministre en charge du secteur, Nicolas Hulot, relayait aux matines l’optimisme forcené qui se veut être la carte de visite de notre nouveau gouvernement, en soulignant une évidence, en montrant l’ouverture, de fait la faille du Donald ; un reste du monde se dressant uni, face à Trump, et une Europe vent debout qui reprend – enfin – du service à la proue des Droits de l’homme (l’environnement vivable en est un des premiers) et de garantie offerte aux plus fragiles, tous les Sud pauvres et parmi eux les réfugiés climatiques qui n’en peuvent mais. Donc, et le nez sur l’effet de souffle du beuglement américain (pardon ! Trumpien), ce choc de billard n’a pas forcément acté l’échec de la partie des « autres », ce mot détesté, presque recraché par le président américain. Or, se situer face, avec, et dans l’altérité n’est-il pas – au jugé de la psychiatrie – un signal de plus ou moins bon fonctionnement humain… et de vous renvoyer à l’abondante et assez pertinente littérature, qui, depuis les débuts fracassants et pas mal fracturés de l’élu américain, foisonne…

Au final, ce qui pourrait être le plus remarquable, mais effarant, dangereux, dans ce recul, refus, entrée en je ne sais quel autisme, de l’homme fort de Washington, acculé à endosser à nouveau les habits du candidat, faute d’avoir su prendre ceux du président, ce sont les incapacités, les positionnements et même les postures : décidément, discuter, négocier, écouter, se mettre autour de la table avec d’autres, tout ça est terre étrangère pour Trump, et il y a du souci à se faire, car comment marche le monde, sans ça ??

L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 avril 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

… Le huitième de la Vème république, celui – ou celle – qu’on élira le 7 Mai.

Il ne s’agit pas d’une comparaison des programmes en politique étrangère, même si, à la fin de chacun des 15 articles de cette somme de travail d’analyses, un tableau synoptique présente fort utilement les propositions des grands candidats. Il s’agit des thèmes qui seront ceux auxquels le nouveau président sera confronté dès son élection. A la fois, donc, des analyses et pistes destinées aux candidats eux-mêmes et bien autant à la réflexion de nous tous, lecteurs-électeurs.

Cet important travail que présente l’IFRI rassemble 15 articles courts et pas moins de 21 rédacteurs, sous la houlette du directeur de l’Institut, Thomas Gomart, et de Marc Hecker, dirigeant les publications de l’IFRI et rédacteur en chef de la revue de Politique Étrangère, dont nous sommes devenus familiers à Reflets du temps.

Impossible de recenser – vraiment – chacun des 15 articles, tous fondamentaux. J’ai pris le parti d’en extraire quelques éléments phares, à tout le moins, d’en éclairer le titre en forme de problématique parlante. Saluant chacun des chercheurs spécialistes qui ont dégagé la substantifique moelle de leur sujet, tous de façon pédagogique et remarquable ; me sera-t-il pardonné de n’en citer, pour cause de place, aucun de leurs noms !

L’introduction cible l’importance en politique étrangère, du Président, et depuis le passage au quinquennat en 2002, l’accentuation de la rupture Gaullo-Mittérandienne.

« La – future – politique étrangère sera entravée par la dette » à hauteur de 32000 Euros / Français de dette, d’où un incontournable : la baisse des dépenses publiques.

Au-delà des « postures », « comment défendre les intérêts de la France commercialement ? » sachant que le débat actuel tourne autour d’un retour à un protectionnisme français, et qu’il faudrait chercher à influencer des réponses européennes aux défis de l’heure.

Point central, celui de « l’énergie et du climat, des enjeux de la transition énergétique »,une des réussites du quinquennat sortant, dont la progressive sortie du plein nucléaire reste à aménager.

5 défis pour la présidence à venir, autour – évidemment – du « terrorisme ». Connaître la source à travers la zone syro-irakienne ; cibler le problème des « revenants » et trouver la juste place et forme de la déradicalisation. Avoir en mire la réactivation des réseaux anciens, et « faire fonctionner » le fichier mis en place depuis 2015 des 12 à 16000 personnes susceptibles de passer directement à l’acte, de même que les « frappes obliques » venues de ressortissants étrangers.

La « défense » pourrait bien être à un « moment de vérité » dans le prochain quinquennat, avec une réaffirmation de l’objectif de l’autonomie stratégique, ce qui souligne le besoin de crédits et moyens insuffisants pour le moment.

Un article très actuel sur la « maîtrise du numérique en stratégie » apporte un utile éclairage sur la course aux cyberarmements, dont la Russie, s’est fait – on sait - une spécialité.

L’article sur « reformuler le défi migratoire » est – forcément – attendu, de même, pour le coup, que le tableau synoptique des programmes des candidats. Débats qui tournent depuis la fin des années 80 autour des notions de nationalité, régularisations, immigration choisie et/ou subie. Mais, l’été 2015 et la crise des migrants, la catégorie aussi de réfugié s’invitant dans les débats, a coloré différemment la campagne. Nécessité d’un traitement de ces sujets à l’échelle européenne, mais force est de constater que des approches irréconciliables, apparemment, se sont installées entre états européens ; Allemagne, par exemple, et Hongrie. Plusieurs articles éclairent les problématiques propres à nos relations à venir avec des États ou groupes d’états.

Que faire avec la Russie ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Revue de Politique étrangère de l’IFRI

Que faire avec la Russie ?

Dossier « Contre champ » de la revue Politique Etrangère, printemps 2017, une réflexion de toute première urgence : la Russie. Omniprésente dans notre actualité, encore cette semaine passée avec les évènements de Syrie. Omniprésente dans la géopolitique de notre quotidien, et forcément alimentant peurs et fantasmes à moins qu’enthousiasmes bruyants :« Le grand méchant loup est de retour. Et il est russe… La Russie serait au mieux imprévisible. Vladimir Poutine serait le nouveau maître du monde… ».

Deux articles charpentés essaient avec maestria l’un comme l’autre d’éclairer nos lanternes sur « nous et la Russie ». Les titres posent des nuanciers différents entre « vivre avec la Russie » et « faire face à la Russie ». Aucun propos simpliste, ni caricatural dans ces analyses de l’Occident face à la Russie, notamment l’UE ; derrière, les USA.

Dominique David (Vivre avec la Russie) tisse son analyse autour de deux idées force : « La Russie puise sa force dans les erreurs et les illusions de l’Occident de l’après guerre froide » mais  « ni leader, ni modèle, elle a besoin des nations occidentales ». Nous recevons de l’immense voisin des reflets manquant d’objectivité que nous lisons à l’ombre de pré-acquis historiques, de réflexes et de crispations idéologiques, nous empêchant de « mesurer ce qui fait la force et la faiblesse russe aujourd’hui ». Les signes de bonne volonté de Poutine vis-à-vis de l’Occident, Amérique comprise, sont listés, depuis 2011, de même que leur échec. D. David éclaire en l’Occident ce « remplacement d’une société de stratégies par une communauté internationale des valeurs, et l’alignement universel sur les principes formels de la démocratie ».Ce qui fait sens au regard de l’Histoire récente. Géopolitiquement parlant, l’accent est mis sur les changements qui s’ordonnent sur l’échiquier international ; fin des puissances intégrales ; multiplicité des puissances limitées (et mouvantes, peut-on ajouter) à la tête desquelles veut se positionner la Russie. Laquelle « dans l’air du temps » a su développer des langages d’« obsessions dominantes » tel « l’anti-islamisme virulent, le conservatisme des valeurs d’État, l’autorité martiale et la fermeture pour se préserver de l’autre… ».Pays qui a « les faiblesses d’une force », décline l’article : un camp du refus contre l’OTAN, y compris à l’ONU, immensité, richesses énergétiques, balancier Europe-Asie. Faiblesses en terme d’une économie qui a pâti de la chute des cours en énergie, de l’évasion financière, d’un secteur productif et d’infrastructures sacrifiées, d’une « puissance militaire » qu’il faut nuancer, si ce n’est que l’image supposée menaçante de cette force reste un atout.

Comment du coup départager ce qui doit exister et être pesé entre « l’intérêt russe et notre intérêt » ; partout la Russie existe et « marginaliser, refouler cet acteur serait dangereux ; l’inclusion étant le but d’une stratégie pacifique ». Négocier, donc, en Ukraine (lever à terme les sanctions), négocier sur le Levant, négocier l’ordre de sécurité européen… Coexister avec un régime qui ne nous agrée pas. Entre autres… dit D. David.

Thorniké Gordadzé, qui fut ministre d’état en Géorgie (Faire face à la Russie), insiste sur le rôle de diviseur des Occidentaux de Poutine, tant en géopolitique pure, qu’en soutien par exemple des populismes européens à l’intérieur des états. Analyse précise est faite du système Poutine, « un régime qui se caractérise par l’accaparement du pouvoir politique et économique par les acteurs venant des services de sécurité, la suppression des contre pouvoirs, médiatiques, comme opposition politique… Ces services s’auto investissant d’une mission quasi métaphysique de sauvegarde d’une patrie en constant danger ». Accent mis, chiffres à l’appui, sur la considérable baisse du niveau de vie d’une grande partie de la population – 16% vivent au-dessous du seuil de pauvreté. La Russie n’a donc pas les moyens de ses ambitions géopolitiques, essentiellement redevenir une très grande sur l’échiquier, via l’image martiale de son versus militaire. Elle se veut « un modèle alternatif à celui de la démocratie libérale occidentale », ce qui est plus difficile qu’au temps de l’URSS. Aussi, elle contourne ces réalités en s’attaquant – Wikileaks, et les réseaux sociaux – aux tares supposées du « modèle » occidental. Et échafaude un projet de sociétés conservatrices aux valeurs chrétiennes et familiales.

Sortir de l’Égypte des asservis et de l’Égypte des oppresseurs

Ecrit par JCall le 15 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Sortir de l’Égypte des asservis et de l’Égypte des oppresseurs

Chaque année, le soir du Seder de Pessah (la Pâque juive) commence par les quatre questions posées, généralement par des enfants, pour demander en quoi cette nuit est différente des autres nuits. En rappelant ainsi la singularité de cette fête qui commémore, à travers la Haggadah qui en est le récit, la sortie de l’esclavage et la naissance d’un peuple libre, ces questions confrontent ainsi chacun d’entre nous au sens du mot liberté. Il ne suffit pas de quitter l’esclavage pour devenir libre. C’est d’ailleurs pourquoi, selon le récit, les Hébreux ont dû rester 40 ans dans le désert avant de pouvoir entrer en « Terre promise », le temps de perdre cette mentalité de soumission et de recevoir et s’approprier la Loi, car sans loi il n’y a pas de liberté.

Ce renouvellement de la question confronte ainsi, génération après génération, chacun à son identité individuelle et collective qui est construite autour d’un texte et de ses commandements qui sont à l’origine d’une éthique. Rappelons qu’il est écrit 34 fois dans la Torah : « Vous aimerez l’étranger, vous qui fûtes étrangers dans le pays d’Egypte » (Deutéronome 10-19).

Il est bon de rappeler ce principe moral, à une époque où tant de personnes et de pays choisissent de fermer la porte aux étrangers et aux réfugiés.

Mais cette année la soirée du Seder aura un sens particulier. En effet, 2017 marque le cinquantième anniversaire de la guerre des Six jours qui fut – certes ne l’oublions pas – une guerre de défense pour Israël, mais qui fut aussi le début de l’occupation des territoires palestiniens, une occupation dont on ne voit pas la fin. Or, selon la tradition juive, la cinquantième année est celle de la liberté. Il est écrit en effet dans le Lévitique (25-8 : 13) : « Sanctifie la cinquantième année, et proclame la liberté d’un bout à l’autre du pays pour tous ses habitants. Ce sera celle du Jubilé pour vous ». N’est-il pas temps de mettre fin à cette situation, et qu’advienne pour ces deux peuples le temps de la liberté et de la paix ?

Pour marquer cette date, une Haggadah spéciale a été rédigée. Au texte traditionnel ont été ajoutés des textes écrits par des personnalités juives, essentiellement israéliennes et américaines, exprimant la contradiction morale existant entre cette fête, symbolisant la libération du peuple juif, et la domination par Israël d’un autre peuple privé de ses droits nationaux.

Vous pouvez vous procurer cette Haggadah éditée par Tomer Persico et illustrée par Michal Sahar, une célèbre graphiste israélienne, dans sa version anglaise en vous connectant sur http://nif.org/sisohaggadah

et, pour les hébraïsants, dans sa version en hébreu sur :

https://www.siso.org.il/sisohaggadah

Cette semaine de Pessah, seront organisées dans beaucoup de villes en Israël et en diaspora des soirées où seront lus des extraits de cette Haggadah. JCall s’est associé à l’organisation de ces soirées, ouvertes en priorité aux adhérents membres de notre association qui ont tous été prévenus en temps voulu pour s’y inscrire. Ce sera le cas à Paris le 11 avril, et à Genève le 12 avril.

Nous avons choisi deux extraits, parmi les textes rédigés spécialement pour cette Haggadah du Jubilé.

Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 avril 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

Parce que l'homme, on peut l'espérer, est aussi bâti de mémoires, celles des grandes guerres, des Hiroshima et du Viet Nam, celle – si près, si loin peut être, des villages kurdes de Sadam, de Damas, enfin – été 2013, en Août, au mitan des plages, quand la bagatelle des 1500 morts – déjà Sarin,  s'étala en une et, que la voix de Hollande – notre honneur - fut hélas seule à tonner.

Alors, ce coup-ci ( car Bachar-l'infâme glisse ses horreurs de coup en coup, du moment que ça bouge pas trop ; tuant comme un sale gamin qui profite de ce qu'on ne le voit pas à la récré), après Alep cet hiver, l'entrée dans l'été par l'aspersion d'un quartier dit « rebelle » au Sarin – 10 mm sur la peau suffisant à  provoquer des séquelles définitives.

 En finir avec un nid d'opposants ? Impressionner un adversaire qui n'en finit pas de mourir ? Ou voir et mesurer la capacité – la volonté - de résistance des autres en face, cet « Occident » globalisé... Le cerveau tordu de Bachar Al Assad n'en finit pas de nous sidérer.

Même scénario, ou peut s'en faut, qu'en 2013, profitant pour avancer de quelques cases sur cet échiquier de malheur, d'une situation internationale  devenue d'une autre teinte : l'appui, pensé sans doute sûr de la Russie et de l'Iran ; le changement Obama / Trump ; le premier étant vécu comme couard incapable de quitter sa tanière ; le nouveau ayant eu il y a peu, d'amènes propos sur Bachar, comme à vrai dire sur tout dictateur ; l'UE au pire de sa « décomposition  démocratique », Hollande sur le départ ; une Le Pen quelque peu fascinée, sous l'égide de son mentor en géopolitique , Poutine. Bref, un excellent créneau.

C'était sans compter avec, ce qui, de fait, est presque le seul vrai tangible de l'élection surprise de Donald Trump ; sa santé mentale. On le sait – un peu tard - l'homme est un narcissique médical, prisonnier de coups de sang non maîtrisés et d' affects désordonnés. Un compulsif aux manettes. Revoyez ces dernières 48 h : les images – beaucoup d'enfants - accompagnant les faits circulent en boucle sur les chaînes d'infos – seules validées par la Maison blanche. Choqué, bombardé d'émotionnel, Trump sombre – comme nous tous, mais d'une toute autre place - dans un compassionnel déchaîné et immédiat, et décide, que contrairement à tout ce qui a accompagné et fait sa campagne et sans doute son succès, on allait « sortir » de chez soi, armé de pied en cap et « intervenir ». Ce qui signifie d'habitude, quand on est un chef d'état, un protocole, éloigné de toute précipitation. On consulte les instances internationales, on essaie  de convaincre le conseil de sécurité ( ce qu'a fait du reste sa ministre, photos à la main), on consulte, à tout le moins on avertit ses alliés ( F. Hollande baragouine en regardant ailleurs, qu'il a ( aurait) été prévenu 1 h avant, ce dont on peut douter, à peser son mécontentement visible). Or, là, intervention en solo pur des États Unis, au débotté. Foin de la coalition ; quelle coalition ?? Attaque aérienne ciblée, certes, mais dans la foulée, autant dire, réaction « personnelle » du compulsif, pas mécontent dans le champ militaire, comme dans quelques autres depuis son élection, d'utiliser tous les jouets que le pouvoir lui a remis. J'entends ça et là quelques trémolos sur le Trump nouveau ; on me permettra d'y voir le même. Exactement, et dans un « jeu » qui peut légitimement inquiéter.

Pour autant, et comme en géopolitique, la fin compte bien autant que les formes et les moyens, faut-il attendre de vrais résultats des évènements du jour ? De nature, par exemple à infléchir le cours de la guerre en Syrie, voire de reposer les rapports internationaux ? Assad reculant, transi de peur, et préparant ses valises ? Probablement pas, d'autant que l'allié russe – l'Iranien, pas moins, s'est immédiatement porté à son secours, convoquant le post factuel, en renversant le récit – ce seraient les rebelles qui couveraient de tels entrepôts de gaz...

Quant à ceux à qui plaisait – le Munichois étant une espèce consubstantielle à l'homme, et hélas éternelle – l'idée d'une planète où les Grands, USA, Russie, se seraient « entendus », vaille que vaille, ces évènements là sont de nature à les faire déchanter.

L'avenir demeure donc  bien embrouillé, sur le théâtre syrien et j'entendais, hier, notre précédent ministre des Affaires étrangères – Laurent Fabius, un très bon cru ! commentant les évènements du sinistre Août 2013, en ces termes : - plusieurs hypothèses se présentent ; toutes se discutent avec les autres ;  parmi elles,  il n'y en a qu'une que je réfute absolument, celle qui dirait qu'il ne faut rien faire...

Décompositions démocratiques Revue de Politique Étrangère de l’IFRI

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Décompositions démocratiques Revue de Politique Étrangère de l’IFRI

Remarquable(s) contenu(s) pour ce numéro de printemps de PE. Deux très forts angles d’attaque sur des préoccupations de chacun de tout premier plan : les décompositions démocratiques – Europe et USA, et la Russie, ou plutôt nous et la Russie. Les deux dossiers étant fondamentaux, ce sera donc deux recensions pour Reflets du temps, cette semaine et la suivante.

Quatre articles nourris sont consacrés à ces « décompositions démocratiques », titre fort pertinent, dont tous les jours ou presque, on entend le bruit de la menace, des peurs qui accompagnent, plus peut-être que les analyses distanciées. D’où le précieux du dossier.

Laurence Nardon(Trump et la crise de la démocratie américaine), spécialiste des USA, cale son téléobjectif dans les recoins d’une Amérique devenue Trumpiste. Elle revient sur les causes de ce qu’on présente comme « l’échec du système politique américain avec l’élection de cet homme d’affaires à la personnalité narcissique et impulsive », prouvant que de fait le dysfonctionnement était à l’œuvre depuis plus d’une décennie, par les institutions et le rôle de l’argent. Blocage du mécanisme de séparation des pouvoirs, morcellement du paysage médiatique, et montée en puissance des réseaux sociaux, dérive droitière du parti républicain, tandis que les démocrates évoluaient, eux, vers la gauche, « captation du processus démocratique par les plus riches, et mobilité sociale entravée, au point que la société serait aussi inégalitaire à présent qu’à la veille de la crise de 29 »… C’est donc sur ce « terreau » que les thèmes populistes et protestataires de Trump ont pu prospérer auprès de petits blancs déclassés, subissant de plein fouet les effets de la désindustrialisation, et goûtant aux thèmes identitaires. Fort intéressante est l’analyse d’un éventuel « fascisme » de l’épopée Trump, « révolutionnaire » en période 1, puis réactionnaire et conservateur, une fois au pouvoir. Les références historiques ne manquant pas, les éléments comparatifs, ailleurs qu’aux States, s’invitant presque naturellement dans la lecture, l’outil de réflexion sur notre réel que propose L. Nardon devient d’une brûlante actualité, en associant Trump et son élection au « post verity », soulignant notamment combien les faits (qu’on dit d’usage têtus) semblent n’avoir que peu d’importance au regard du récit véhiculé par Trump lui même. Et l’Europe et notre campagne présidentielle de s’afficher en fond d’écran…

Sabine Sauruggers’attaque à un gros morceau, celui de L’Union Européenne (Crise de l’Union Européenne ou crises de la démocratie ?). Utile déroulé historique démontrant que les crises de la démocratie sont anciennes dans l’UE, que les choix ont privilégié le recours aux experts, et les politiques de régulation, que l’élection du Parlement européen, et la complexité aggravée des institutions, n’ont pas enrayé l’abstention des Européens électeurs (58% en 2014). La citoyenneté européenne a été mal saisie et a mal fonctionné. La volonté d’inclure d’autres acteurs non étatiques, économiques et civiques, par exemple, originalité qui aurait pu déboucher sur une démocratie associative, n’a que peu réussi. Bref, l’UE, contrairement à l’image que nous véhiculons, ou qu’on veut nous donner, a tenté de remédier à ses difficultés. Europe vivante jusque dans ses maladies. Ce qui creuse si dangereusement son déficit démocratique actuel c’est « la politique d’asile et d’immigration, et le système économique et financier », autant dire la perception de la « passoire » et du « gouffre ». Il nous suffit de voir à quel point l’image dégradée de l’Union, son utilité interrogée, alimentent les colères des partis protestataires, « chez nous », et ailleurs, pour comprendre que la partition raisonnable et hiérarchisée entre fantasmes et réalité risque d’avoir du mal face aux opinions : « dès lors que la démocratie est critiquée et rejetée dans ses fondements mêmes, les perfectionnements apportés au système démocratique ne suffisent pas à susciter l’adhésion citoyenne ».

« Orban et le souverainisme obsidional » est le sujet décliné par Paul Gradvohl, élargissant son propos à la Pologne et la Tchéquie. Obsidional se disant d’une ville assiégée, on a là une composante d’impression de menaces extérieures, se « consolant » par le recours à un passé mythique et s’articulant à des pratiques des temps communistes, sans négliger des résurgences religieuses chrétiennes. « Exceptions propres à l’Europe centrale, ou éléments précurseurs qui se diffusent ailleurs ? », voilà la problématique de l’article, examinant le retour au passé et l’identitarisme forcené (« l’humain n’est plus le nord magnétique, il est remplacé par le national ») qui renforce la politique férocement anti-réfugiés. Est observée l’importance de la paranoïa face aux média ; est souligné dans les heures récentes le rapprochement économique avec la Russie. Autre façon de narguer et de s’éloigner de l’UE, à laquelle on est pourtant rattaché ! L’auteur, dans une longue conclusion, appelle à soutenir les résistants d’Europe centrale (« le contrat Hongrois nucléaire avec la Russie pourrait être bloqué »), et demande à l’UE une vigilance particulière face à ces territoires du souverainisme obsidional.

Place de la laïcité dans la République et la position des partis à l’égard des tentations communautaristes

Ecrit par JCall le 01 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Rencontre avec Laurent Bouvet, cofondateur et animateur du Printemps Républicain, mardi 28 mars à 20h30 au Cercle Bernard Lazare

Place de la laïcité dans la République et la position des partis à l’égard des tentations communautaristes

La question de la place de la laïcité dans la République et la position des partis à l’égard des tentations communautaristes font partie des sujets qui sont au cœur de la campagne présidentielle.

Pour nous éclairer sur ces questions, JCall organise mardi 28 mars à 20h30 au Cercle Bernard Lazare, 10 rue St Claude dans le 3ème, une rencontre avec Laurent Bouvet, cofondateur et animateur du « Printemps Républicain », mouvement de citoyens « déterminés à défendre et promouvoir, dans le débat public, la République et ses principes : l’égalité, la laïcité, la solidarité et la souveraineté ».

Laurent Bouvet est Professeur de Science politique (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines) et codirecteur du master « Métiers du politique et gouvernance territoriale ».

Observateur actif de la scène politique, Laurent Bouvet intervient souvent dans les médias et les réseaux sociaux, pour analyser et commenter les mutations douloureuses des différentes composantes de la Gauche française, et en particulier ses compromissions communautaristes.

Il publiera son dernier livre La Gauche zombie (Lemieux Editeur) le 21 mars.

Parmi ses ouvrages précédents : L’Insécurité culturelle (Fayard, 2015), Le Sens du peuple (Gallimard, 2012), Le Communautarisme. Mythes et réalités (Lignes de Repères, 2007).

Vous pouvez le retrouver sur son blog https://laurentbouvet.net/

 

CBL, 10 rue Saint Claude, Paris 75003 (M° St Sébastien-Froissart).

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JCall, le réseau juif européen pour Israël et pour la paix, est une initiative de citoyens juifs européens favorables à la solution « 2 Etats pour 2 Peuples ».

Profondément attachés à l’existence et à la sécurité d’Israël, ils voient dans la poursuite de l’occupation en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est une menace pour l’identité de cet Etat.

Ils sont à l’origine de l’Appel à la Raison lancé au Parlement Européen le 3 mai 2010 et signé depuis par près de 8000 personnes dont Daniel Cohn-Bendit, Alain Finkielkraut, Bernard Henri Lévy, (…).

Voir le texte de l’appel et nos informations sur notre site http://www.jcall.eu

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Mimoum… Macron et Mimouna : Les trois « M »+1

Ecrit par Ahmed Khettaoui le 25 février 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Mimoum… Macron et Mimouna : Les trois « M »+1

Dans une déclaration à la presse nationale et internationale, lors de sa visite récemment à Alger, Emmanuel Macron qualifie officieusement les crimes du colonialisme français en Algérie comme « actes de barbarie » intolérables sous des gants en soie et en fer, avant d’assommer la salle de conférence de l’Hôtel Aletti à Alger par cette multi-déclaration à double sens…

Citation : Macron – « La France a importé la déclaration universelle des droits de l’Homme en Algérie, mais elle a oublié de la lire ».

Je tiens à signaler dans tout cela que je ne suis ni politologue ni élu à la présidentielle. Je suis qu’un humble digne prénom classique, traditionnel, qui s’ajoute à Mimoun, ce dernier qui veut dire en langage courant algérien : présage ou chance.

Une voix de l’autre rive s’éveille. Elle s’échauffe tel un joueur remplaçant dans une compétition de Rugby : lance dans un cri strident, qualifiant cette déclaration « d’indigne ».

La polémique n’est pas du tout là, tant elle est ailleurs et autrement.

Dans le mythique et la mémoire populaire orale algérienne, notre patrimoine honore et qualifie Mimouna comme étant héros de la naïveté et la sérénité, voire la candeur. Sa traduction en français : Mon Seigneur me connaît et moi je digne à mon Seigneur et je le connais ». Avec cette répétition styliste simple, je traduis cette phrase de Mimouna adressée à son Seigneur et le nôtre.

Mimouna « la naïve » ; cette servante spirituelle, en outre, n’a jamais pratiqué la politique ni la démagogie… Elle faisait toutes ses pierres à base de cette simple phrase, telle une marmite à une seule « sauce » qui se répète à chaque « cuisson » ainsi que son ablution.

Chez les vieux illettrés chez nous aussi, on entend souvent ce mot « macro » qui se répète à chaque fois, signifiant chez eux : malin… or, sa signification et utilisation désignent autre chose.

En somme : Mimoum, Mimouna et mon imaginaire qualifient tout mon bavardage sus cité par un autre « bavardage » voire un soulèvement de sable et d’herbes par des lièvres et qui s’appelle tout simplement selon leur échelle compréhensive, méditative, « campagne électorale », soit ici, ou dans l’autre rive de ce bassin méditerranéen.

Ces 3 « M »+moi, porteurs de turbans, ne connaissent ni « Groupe des huit » ni groupe des sept… ou en abréviation : G8 et G7.

Point à la ligne.

Méditerranée, mer de toutes les crises ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 18 février 2017. dans Monde, La une, Politique

Revue de Politique Étrangère de l’IFRI, Hiver 16/17

Méditerranée, mer de toutes les crises ?

« Méditerranée, une idée d’empire. Du Mare Nostrum romain à l’empire européen sans frontière, qui s’imagine aujourd’hui rongé par les vagues de migrants ».

Formidable sujet que celui de la revue d’hiver. Un espace maritime et ses rives, brassant toute l’Histoire au carrefour de civilisations de première importance, comportant les zones sensibles où bat le plus dangereusement le pouls de la Géopolitique actuelle, charriant les flux de populations, migrants fuyant les guerres ou émigrés clandestins, par voies de terres et bien plus de mer, qui donnent à la Méditerranée cette représentation de tombeau – 10000 morts depuis 2014 – qui pour la plupart d’entre nous signe indéfectiblement cet espace géographique. Méditerranée, zone de tous les dangers, malheurs, et, pour certains, menaces ? Réalité, qui, comme tout ce qui porte un tel niveau de crises, véhicule son lot de fantasmes et de représentations approximatives ou fallacieuses.

Aussi pouvons-nous être particulièrement reconnaissants à la revue PE, qui, tout en mettant sur la table l’état le plus pointu des savoirs géographiques, historiques, géopolitiques, aborde également ce sujet, vaste et mouvant, par des faces moins connues, pour autant parfaitement pertinentes, et garantes de mieux armer nos connaissances. Méditerranée ; a priori, du « connu » ? A voir.

6 solides et copieux articles se partagent ces regards croisés sur La Méditerranée, mer de toutes les crises ? Le point d’interrogation n’étant pas rien dans la problématique. Jean-François Daguzan place d’utiles jalons d’entrée :« Les politiques méditerranéennes de l’Europe : trente ans d’occasions manquées ».

« Jamais le fossé n’a été  plus profond entre les rives de la Méditerranée alors que se dresse un mur physique et mental qui a pour nom : terrorisme, réfugiés, conflits ». L’auteur place le sommet de Barcelone 1995 comme l’ambition type et le ratage classique d’unir le destin de l’UE en plein élargissement et de certains pays riverains, s’étendant jusqu’à Israël, la Palestine, la Mauritanie, la Jordanie, excluant la Lybie. Objectifs de paix, dans cette après-guerre froide, et de coopération économique, se donnant à l’horizon 2020 la possibilité d’une zone méditerranéenne de libre échange (Shimon Pérès en était l’un des inspirateurs, au nom du « New Middle East »). L’échec à venir à bout du conflit Israélo-Palestinien fut une des grandes raisons de sa paralysie. L’UE se rabattit sur « une politique de voisinage » en 2003, ensemble de partenariats bilatéraux entre l’Europe et les pays de la zone méditerranéenne. Dès son arrivée au pouvoir en 2007, N. Sarkozy mena « L’Union pour la Méditerranée », dont l’échec vint d’une volonté affichée de contourner la domination allemande, et de repousser aux calendes l’adhésion de la Turquie. Comme on descendrait des marches, ces stratégies passent, voit-on, d’ambitions de haute voilure, à de « simples » et habituels contrats de coopération entre l’UE et les Etats. Les Révolutions arabes de 2011 changent totalement la donne – les interlocuteurs ont changé, le terrorisme islamiste, et son volet sécurité, colorent tout. En 2016, une nouvelle politique méditerranéenne est amorcée ; on baigne encore dans cette séquence. Plus large, elle s’ouvre vers le Golfe et le Sahel, plus attentive aux nouvelles donnes, le défi démographique, les migrations, le climatique. L’article souligne les défauts réitérés d’une UE menant le bal, dans un modèle de toute puissance, n’ayant pas suffisamment saisi les changements structuraux de ses partenaires méditerranéens (ainsi, d’Israël bunkerisé, de l’Egypte paralysée, de la Tunisie aux prises à ses équilibres, de la Turquie renvoyée dans un rôle de frontière). La puissance supposée de l’UE s’effrite du coup en méditerranée, et montent les voix des pays du Golfe, notamment, sans compter la Chine.

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