Monde

RAMSES 2018 : La guerre de l’information aura-t-elle lieu ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 décembre 2017. dans Monde, La une, Politique

RAMSES 2018 : La guerre de l’information aura-t-elle lieu ?

Comme chaque année, RAMSES (entendez : Rapport Annuel Mondial sur le Système Economique et les Stratégies). Juste avant les fêtes ; un cadeau – absolument obligatoire – pour tout citoyen digne de ce nom. Tous, ceux qui croient savoir, ceux qui sont perdus, ceux qui ont peur – encore plus.

Le principe : à la fois un bilan de l’année d’où l’on sort et, bâti là-dessus, une prospective de ce qui arrive. Exercice parfaitement casse-cou, exigeant le professionnalisme rigoureux et abouti des chercheurs de l’IFRI. Réussite d’envergure chaque année. Trois branches à ce triptyque ; les interrogations sur l’année à venir, en articles-thèmes fouillés et ciblés ; ce qui va caractériser l’évolution de plusieurs endroits du monde : état des lieux, problèmes, risques, interactions, et enfin, une somme de chiffres et cartes pour mieux visualiser les problématiques en cours. Pas moins de 8 vidéos l’accompagnent (QR code à télécharger). Autant dire, un outil indispensable que ce RAMSES, rôle qu’il remplit auprès des chercheurs, journalistes, universitaires et autres étudiants. Mais cela ne serait qu’ordinaire en pays savant, s’il n’y avait que la chose se lit comme roman passionnant – ce n’est jamais que notre monde, demain – en langue pédagogique à la portée du citoyen de base, pour au bout s’installer là où est l’important de l’écriture : au côté de nos nuits, et être ouvert, ré-ouvert, consulté là, vérifié ici, tel livre de chevet de l’honnête homme…

Trois enjeux majeurs se partagent cette ouverture sur 2018 : Un monde brisé ; un monde nouveau ? Où va la Russie ? ; et La guerre de l’information. Chacun de ces « yeux » sur demain se déclinant en nombreux articles fouillés, confiés aux meilleurs spécialistes de la question. Tout vaut la lecture, et bien plus, la méditation qui la suit.

Dans Un monde brisé ; quel monde nouveau ?, piloté par Dominique David et Philippe Moreau Defarges, s’attarder sur Un nouveau jeu de puissance (au singulier), La mondialisation à l’ère du populisme, sans oublier Démocraties, états, peuples en crise. Le premier article Un changement de temps étant une merveille au croisement de géopolitique et de philosophie.

Les articles autour de la Russie, sous la direction de Tatiana Kastoueva-Jean, posent des interrogations en termes de stratégie, choix, devenirs ; ainsi de : La Russie a-t-elle une grande stratégie ?, Quelle place pour la Russie au Moyen Orient ? ou Moscou/Pékin, un pivot russe vers l’Est.

Quant à La guerre de l’information, confiée à Julien Nocetti, que pas un débat en ville ou dans les médias ne saurait actuellement passer sous silence, on lira justement dans ce RAMSES ce qui évite les à-peu-près, les mal dits ou non dits, les erreurs qui foisonnent ailleurs. Ainsi : De l’utopie d’Internet aux défis du monde numérisé ; La diplomatie à l’heure du numérique, Internet renforce-t-il l’autoritarisme ? ; ou Lanceurs d’alerte, garde-fous ou perturbateurs.

La honte du désossement des grands navires

Ecrit par Martine L. Petauton le 02 décembre 2017. dans Monde, La une, Politique, Littérature

à propos du livre Les vaisseaux frères, Tahmima Anam, Actes Sud, octobre 2017, 384 pages, 23 €

La honte du désossement des grands navires

Heureusement, progressivement, la dureté du Moyen Age est sortie des pages écrites par l’Occident, principal pourvoyeur du grand commerce maritime, de ces navires immenses comme gratte-ciel, tankers, et autres paquebots de luxe. Nous avons peu ou prou engrangé une législation, tant dans le domaine du droit du travail, des droits de l’homme en général, que dans celui – immense chantier en gestation – de la protection de l’environnement. C’est ainsi qu’à présent, nous, Occidentaux de tous horizons géographiques, n’avons tout bonnement plus le droit de faire – vite, pas cher, et complètement – ce qu’il faut faire en matière de destruction, de désossement plutôt, des épaves colossales que sont les grands bateaux en retraite. « Ne m’appelez plus jamais France ; la France elle m’a laissé tomber… » chantait un certain…

Mais, comme toujours – voyez comme le monde est bien fait – dans le doux univers capitalistique, tout ne marchant pas du même pas, il suffit de (de nos jours on dirait « délocaliser ») faire glisser les chantiers gigantesques ailleurs. Entendons, là-bas, loin, en Asie du sud, car il y faut moult main-d’œuvre, et bien sûr, pas onéreuse ni bardée de législations, et de syndicats revendicateurs. Il suffit à l’affaire de gens qui – simple, voyons – ont besoin de travailler d’une heure sur l’autre et sont disposés à obtempérer ; une brutale flexibilité à hauteur de feu le Tiers Monde. Plus de 200.000 ouvriers à moins qu’esclaves, s’activent – en ce moment – au démontage à mains quasi nues des géants des mers, sur la côte du Bangladesh, entre autres, à Chittagong, par exemple ; drôle de carte de visite. Avant – des décennies que ça dure – c’était en Inde ou au Pakistan, pays plus développés, qui, peu à peu (sous la pression de l’international dans lequel ils entendent jouer un rôle, de la partie éclairée de leurs propres opinions largement autant scandalisées que nous) ont renoncé à ces pratiques, les faisant glisser, de fait, vers des voisins plus pauvres, plus démunis, plus affamés, qui ont dû accepter ce bien curieux fardeau…

La honte nous poursuit de ces images, ces statistiques (l’âge à la mort, le taux des maladies professionnelles, l’âge des ouvriers, avec pas mal d’enfants, le salaire octroyé). Le scandale nous hante des conditions de travail en tee-shirt et en tongs, auprès desquelles la construction des pyramides prend un sérieux coup de jeune…

Il n’est sans doute pas trop tard – il n’est jamais trop tard – pour signer une pétition dans le net ou ailleurs, et se souvenir que « ça existe » en lisant Les vaisseaux frères chez Actes Sud ; celle qui écrit et parle – une vigie à sa manière – sait de quoi il en retourne ; elle est de là-bas.

 

Le titre reste énigmatique, plus sûrement métaphorique, jusqu’au bout du livre. Le dessin de la couverture, fin et délié – montrant deux filles à la surface de la mer ou du monde, l’une attrapant un croissant de lune – campe lui aussi dans la boîte interrogation, la meilleure porte, on le sait, pour entrer dans une histoire…

Et pourtant, le Togo se réveillait !

Ecrit par Michel Tagne Foko le 25 novembre 2017. dans Monde, La une, Politique

Et pourtant, le Togo se réveillait !

À Kpalimé, il faisait beau et frais. Les touristes affluaient. Même en temps de pluie, les gens étaient contents de visiter la cascade de Yikpa, de Gbalédzé, le mont Agou, etc. Au grand marché de la ville, tout était fleuri. Il y avait même des gens qui riaient et se prenaient dans les bras. Les fruits et légumes se présentaient en abondance sur les étals. Dans les allées, on pouvait apercevoir les femmes faisant frire des bananes plantains… c’était circulant. Il y avait dans certains coins de bonnes odeurs qui s’échappaient des restaurants, la vie était présente. Il y avait un certain bien-être qui se distillait comme ça… c’était l’extase !

À Badou, lorsque les gens arrivaient, ils étaient parfois accueillis par des danses traditionnelles, les invités semblaient heureux d’être à cet endroit-là, d’être proches de cet univers luxuriant, de la chute d’eau d’Aklowa, des somptueuses termitières, des cacaoyers, des papayers, des corossoliers…

Dans la deuxième ville du pays, à Kara, la vie n’était pas si différente que ça, chacun cherchait à gagner son petit sou comme il pouvait. Les gens allaient en safari à la réserve de Sarakawa, ils visitaient aussi les Tata Somba en pays des Batammaribas, etc.

Dans l’ensemble du pays, des associations s’activent, s’activaient, il y avait de jeunes Européens, Américains, Asiatiques et Océaniens qui débarquaient pour des missions humanitaires. Le bénévolat prenait tout son sens. Il y avait des échanges de connaissances. Les gens combattaient la pauvreté de la manière la plus digne possible, les ONG venaient en aide aux habitants de coins reculés où seul le tourisme est la source de revenus…

Soudainement, les gens sont allés rouvrir les vieilles plaies. Les politiques ont parlé de cérémonies de purification. Ils ont décidé d’exorciser ce qui s’est passé entre 1958 et 2005. À la place de la justice qui doit lire le droit et être l’arbitre d’une société démocratique, les politiques ont décidé que les croyances devraient régner. Il y a eu des cérémonies pour des catholiques, protestants, musulmans, vodoo, et même pour les buveurs de bière dans les boîtes de nuit, etc.

Le monde semblait beau, comme s’il n’y avait jamais eu de coupables, comme si les morts n’étaient pas morts. Mais tout le monde croit-il en la même chose ? Les victimes n’étaient pas des êtres humains ? Ce sont toujours des rêves collectifs et individuels brisés à tout jamais ! Des épouses, des époux, des parents, des frères, des sœurs, des cousins, des cousines, des enfants de…, des filles de…, les garçons de…, la mère de…, le père de…, lorsqu’un ami se fait tuer, ça ne s’oublie pas. Le reste du monde peut oublier les victimes, mais les familles n’oublieront jamais…

« Doctor Tariq and Mister Ramadan »

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 11 novembre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

« Doctor Tariq and Mister Ramadan »

Il y a longtemps que Tariq Ramadan fait parler de lui, avec la complicité d’un bon nombre d’émissions-débats du type « talk show » à la Télévision française, mais aussi sur internet, ce qui lui donna – auprès d’un certain nombre de personnes – le statut « d’homme de dialogue », correspondant à l’image d’un « islam ouvert », en opposition avec l’islamisme radical. Il devint ainsi une sorte de Monsieur fréquentable par opposition par exemple, avant tout, sur l’autre rive (si je puis m’exprimer ainsi), à un Manuel Valls vilipendé et considéré par certains comme un « islamophobe » proche des « dérives ethnicistes de l’extrême droite » (citation provenant d’une déclaration de Jean-Luc Mélenchon !). Ce Tariq Ramadan-là, c’est celui que j’appelle « Doctor Tariq »… Mais, il se trouve qu’il y en a un autre, en réalité cryto-islamiste à peine déguisé, et de plus vautré dans le harcèlement sexuel et même accusé de viols (tout ceci provenant de plaintes de femmes de plus en plus nombreuses). Et c’est bien sûr cet autre Tariq Ramadan que j’ai pu nommer « Mister Ramadan ». Il est temps maintenant de développer mon propos en passant à une démonstration argumentée par rapport à cette introduction.

Comment se présenta – et continue de se présenter – le « Doctor Tariq » ? Ce Monsieur naquit en Suisse, à Genève, en 1962, ce qui lui fait aujourd’hui l’âge de 55 ans. Après avoir passé un doctorat à l’université de Genève, sa thèse ayant porté sur son grand-père d’origine égyptienne (je reviendrai plus loin sur cette question), il s’adonna parallèlement à des études de littérature française, puis à l’université al-Azhar du Caire, qui lui conférèrent l’autorisation d’enseigner « les sciences de l’islam ». C’est dans ce contexte que ce Monsieur se présenta comme un « islamologue » et devint jusqu’à il y a quelques jours (puisqu’on vient de lui supprimer cette fonction en rapport avec les accusations de frasques de nature sexuelle) professeur d’études islamiques contemporaines à Oxford. Ceci l’amena d’ailleurs à être invité dans de multiples universités ! De plus, s’exprimant en plusieurs langues, le « Doctor Tariq » occupa le terrain en tant que conférencier, prédicateur, et auteur de divers ouvrages portant sur l’islam. J’ajoute que ce Monsieur est marié (depuis l’âge de 24 ans) à une française d’origine bretonne s’étant convertie à l’islam, avec laquelle il a eu quatre enfants. Soit un profil prétendument tout à fait honorable, affirmant passer des ponts « d’intégration » entre l’ensemble du monde occidental (essentiellement européen) et islamique.

Enfants de Raqqa…

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 novembre 2017. dans Monde, La une, Politique

Enfants de Raqqa…

… Qu’en fait-on, maintenant, de ces petits, nombreux – combien ? vague – Français pour un bon nombre, abandonnés au fond des pick-up de la fuite des Djihadistes, sur le bord d’improbables fossés de ces terres de poussière, avec parent(s) ou sans ; je parle de ceux qui sont encore vivants, car combien pourrissent sous les pierres de la ville pilonnée…

On en parle si peu. L’autre soir, quelques images glacées au 20h, d’une ville détruite, miettes de maisons ouvertes sur un ciel dur et bien sûr silencieux, rues – ce qu’il en reste, images qui nous poursuivent du temps de la Seconde Guerre, en passant par Beyrouth, et finalement toutes les guerres contemporaines ; quelques chats efflanqués, dont on pouvait difficilement détourner le regard, tellement ils semblaient le souffle ténu de la vie. Ruines, après la bataille de Raqqa, suivant quelques mois avant, celle de Mossoul. Légitime soulagement de chacun, partout : car enfin ! des points décisifs marqués contre le cancer Daech, sur leur terrain, dans leur califat noir de tous les malheurs ; d’où partait l’ordre des attentats, où se déroulait leur ordre et leur terrible gouvernance, où allaient tant de nos jeunes, pour vivre ce Djihad, terreur à l’ancienne des temps de maintenant.

Deux ou trois journalistes TV, une pincée d’articles documentés, illustrés parfois d’entretiens cachés ou vaguement consentis de ces anciens habitants de Daqqah-côté Djihadistes, ont courageusement soulevé un coin de la couverture : que fait-on à présent de ces « ressortissants » français, pour ne parler que des nôtres, ayant un temps, plus ou moins long, volontaires, le plus souvent, été « citoyens de Daech en sa ville de Raqqa » si toutefois, on dit ainsi. Ces daechisés, comment les nommer à présent ? Prisonniers, à l’évidence, de ces troupes Kurdes (ceux qui, une fois encore, ont fait le travail, et qui campent en ce territoire revendiqué), de ces soldats Syriens, versant El Assad, prêts à toutes les vengeances contre Daech, soit, mais bien autant contre ces « occidentaux, versus droits de l’homme ». Des troupes de la coalition aussi, dont un pan de militaires français, qui du haut des avions et de la technologie de pointe est depuis si longtemps sur ce terrain d’opération, et qui, n’en doutons pas, a rassemblé la plus haute haine de ces djihadistes occidentaux, émigrés à leur façon, au Moyen Orient. Prisonniers, donc, à moins que terroristes, au titre de ce à quoi ils ont participé, de ce qu’ils ont signé en quelque sorte en arrivant là-bas. Responsables, du coup, partout où ils passeront et en particulier devant nos cours internationales… Évidemment. Passe pour les parents, encore que certains d’entre eux, certaines femmes entre autres, nécessiteraient forcément le cas par cas. Il semblerait que les adultes vont être remis aux juridictions locales (Syriennes, notamment) sous couvert de ces lois internationales qui accompagnent la fin des guerres, dont on connaît, de fin de bataille en balbutiement de paix, le cortège d’erreurs. Mais, les enfants ! il y avait dans ce simulacre infernal d’État beaucoup de jeunes ; des arrivés avec parents, à la suite d’une mère rejoignant le père, des nés sur place, avec place notoire occupée pour les accouchements des « fiancées des princes », esclaves sexuelles des combattants de l’EI. A peine enregistrés, du reste, ou perdus dans la flopée des archives de la débandade, ces enfants, au point que leur nombre et leur existence est plus qu’aléatoire. Pour autant, ayant vécu les restrictions, les apprentissages de secte autoritaire, le dur d’un pays en guerre, ces petits perdus de parents non moins perdus, pour une bonne partie d’entre eux. Ils ont grandi, joué, ri, évidemment, là-bas. Mais leurs yeux ont enregistré des exécutions en pleine rue, une violence à peine croyable, et le drapeau noir hissé sur les pick-up de Daech leur a servi de projection dans l’avenir. Alors, oui, qu’en fait-on ? On nous dit que bien entendu « on traitera les enfants à part », ce qu’on veut croire. Mais sera-ce si aisé que ça ? Ces petites bombes à retardement, petits fauves en devenir (formules dures mais de bon sens) font déjà frissonner nos « Une » ; à quel niveau sont-ils radicalisés, et plus tard radicalisables, au regard par exemple du sort subi par leurs parents ; ces orphelins d’un genre inédit finiront leur pousse où, comment, accompagnés ou laissés à leur sort… il faudra, là, porter la plus grande attention aux outils de déradicalisation dont on a vu que beaucoup étaient peu opérationnels. Enfin, que dire des familles d’ici qui voudront récupérer leurs petits-enfants ?

Arctique : Une exploration stratégique - Revue de Politique étrangère de l’IFRI

Ecrit par Martine L. Petauton le 28 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique

Arctique : Une exploration stratégique - Revue de Politique étrangère de l’IFRI

Dans son numéro d’automne, la revue de PE de l’IFRI nous emmène en deux endroits du monde, à la fois connus de chacun d’entre nous, mais souvent embarrassés de représentations fantasques ou incomplètes. L’Arctique d’abord, qui fera l’objet de cette recension, mais aussi L’Arabie Saoudite en question qui nourrit deux articles passionnants et complémentaires de la rubrique Contre champs (ainsi de celui intitulé « Arabie Saoudite, faux ami ou vrai ennemi ? »).

En dehors de l’introduction, « Les dynamiques géopolitiques de l’Arctique », pas moins de trois forts articles nous emmènent là-haut, dans les glaces qui fondent, où les appétits se déchaînent, et où, probablement pourront se jouer, demain, quelques cartes maîtresses d’importance du monde à venir. L’introduction le pose d’emblée sur la table : « Les dynamiques s’inscrivent à la fois dans un contexte régional caractérisé par des revendications territoriales, et dans un contexte global marqué par des tensions accrues entre Russie et Occident ».

« Comprendre les rivalités arctiques » revient utilement sur un espace qui fut stratégique durant le dernier conflit mondial, ainsi que pendant la guerre froide, pour ensuite s’assoupir. Territoires – 15% de la planète pour 4 millions d’habitants – qui actuellement concentrent bien des regards, tant inquiets (marqueur terriblement spectaculaire du réchauffement climatique) que concupiscents ; réserves considérables en matières premières et sources d’énergie, mais aussi route nouvelle Est/Ouest, rendue possible dans des eaux devenues plus navigables, sans oublier l’usage des mers, la pêche, et l’extension des plateaux continentaux. Tout étant en partie lié – d’un mal, un bien ? – à la fonte des glaces.

Les états de l’Arctique (Russie, Canada, USA, Islande, Danemark, Norvège, Suède, Finlande) sont tous membres de l’OTAN sauf évidemment la Russie. On saisit donc la portée stratégique de la zone dans la géopolitique actuelle, d’autant que passent le nez à la fenêtre, la Chine, ou l’UE, intéressés au plus haut point, bien qu’extérieurs.

Immenses anciens « déserts blancs », à la gouvernance particulière, ce que montre le second article « Le conseil de l’Arctique, la force des liens faibles ». Créé en 1996, ce conseil s’est d’emblée positionné en « soft law » ; le dialogue, la mise en place de projets de coopérations, notamment scientifiques, étant le mode choisi de fonctionnement. Une forte dépolitisation caractérisait les débats, considérant comme extérieurs à leurs pouvoirs toute position de médiation ou de prise en mains des conflits. Le sujet pressant du changement climatique et de ses diverses implications bien au-delà des frontières de la zone arctique, exige depuis peu un fonctionnement – et des institutions – moins « soft ». Des états observateurs (dont la France depuis 2000) participent dorénavant au conseil ; les ordres du jour se penchent sur des revendications de peuples autochtones, la délimitation des lignes côtières, la souveraineté au-delà des zones économiques exclusives. Même si la construction institutionnelle impose encore à ce jour une gouvernance non coercitive, se tenant fortement éloignée des problématiques militaires, le climat général change, et le conseil évolue, piloté par faits et demandes même extérieurs à la zone.

Communiqué : Manuel Valls est un homme politique ouvert aux initiatives de paix au Moyen-Orient

Ecrit par JCall le 21 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Communiqué : Manuel Valls est un homme politique ouvert aux initiatives de paix au Moyen-Orient

Parce que nous aimons relayer les billets de J Call, à RDT ; parce qu’on est un certain nombre aussi à avoir été choqués par la violence de l’attaque contre M Valls, à qui nous apportons notre soutien, ce billet figure cette semaine tout en haut de la « une ». Lisez – le !

La rédaction de Reflets du temps

 

Plusieurs organisations qui œuvrent à la résolution politique du conflit israélo-palestinien apportent leur soutien à Manuel Valls après la déclaration de Jean-Luc Mélenchon reprochant à l’ancien Premier ministre « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ».

Dans sa lettre de démission de la mission d’information sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie adressée au président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, Jean-Luc Mélenchon reproche à Manuel Valls « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ». D’après lui, elle « fait l’objet d’une ostentation choquante pour les militants de la paix de ce pays comme du nôtre ».

Les organisations signataires de ce communiqué, qui depuis de longues années soutiennent les initiatives de paix sur la base du principe « deux Peuples pour deux Etats » et la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, tiennent à témoigner que les allégations de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de Manuel Valls sont erronées, fallacieuses et sans fondement ! Manuel Valls s’est toujours montré favorable aux démarches et solutions de paix que nous soutenons et qui diffèrent de celles prônées par l’actuel gouvernement israélien.

Sur quoi le dirigeant du parti des « Insoumis » se base-t-il pour accuser Manuel Valls de collusion avec l’extrême droite israélienne ? Uniquement sur quelques photos prises dans le cadre d’une visite semi-officielle, à l’occasion d’une conférence sur les questions de sécurité internationale qui se tient chaque année à Herzlia (Israël). Des centaines de responsables politiques et hauts fonctionnaires, représentant tous les pays, ainsi que les grandes organisations internationales, y participent régulièrement. Ces rencontres se déroulent dans le cadre d’un protocole auquel l’ancien Premier ministre d’un grand pays comme la France ne peut se soustraire. Le député de l’Assemblée nationale, Manuel Valls, comme tous les autres, doit saluer les organisateurs de la rencontre et les dirigeants du pays hôte de la conférence. Il s’agit d’une convention diplomatique et Jean-Luc Mélenchon, en vieux routier de la politique le sait parfaitement. Ce n’est pas parce que Manuel Valls rencontre en Israël Ayelet Shaked (Ministre de la Justice) ou Avigdor Lieberman (Ministre de la Défense) qu’il partage leurs opinions.

Identités nationales : deux poids et deux mesures

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Identités nationales : deux poids et deux mesures

L’affaire catalane donne l’occasion de mesurer le gouffre qui sépare les vieilles métropoles dominantes, impérialistes et colonisatrices des jeunes « nations » en mal d’indépendance, quand il s’agit d’« identité » : celle des premières pue le nationalisme, le fascisme, le racisme – j’en passe et des moins bonnes – celle des secondes, au contraire, sont l’objet d’attendrissement, de soutien et de solidarité en tout genre ; bref les médias – Mediapart en particulier – se rejouent le « printemps des peuples » à la mode dix-neuvièmiste…

Retour au projet émancipateur de la philosophie des Lumières. A partir de la notion rousseauiste de souveraineté populaire, l’on en vint à considérer, non plus l’individu-citoyen en tant que partie d’un peuple, mais le peuple comme un tout, en particulier les peuples vassaux sous domination étrangère. « Un peuple a la faculté de conquérir son indépendance » proclame la déclaration des droits de 1793, concoctée par Condorcet et l’abbé Grégoire. Le romantisme aidant, l’attention se focalisa sur les « nations » au passé glorieux, mais tombées sous le joug de puissances oppressives. L’on plaignit ainsi les Polonais, écartelés depuis le partage de la Pologne (1772), entre Russie, Autriche et Prusse ; les Grecs martyrisés par les Turcs ; ou encore les Hongrois assujettis aux Habsbourg.

Le fameux « printemps » commence, de fait, dès 1830 avec le soulèvement de Varsovie. Le vieux Lafayette s’écrie : « toute la France est polonaise » ; Mickiewicz, le Victor Hugo polonais, chantre de la grandeur identitaire de son pays, prophétise : « la Pologne se relèvera et libérera toutes les nations d’Europe de la servitude » ; notre totor national, quant à lui, réservant sa sollicitude aux carbonari italiens : « n’ayez qu’une pensée, leur dit-il, vivre de votre vie à vous ». Mais évidemment, c’est en 1848 que les multiples « identités » éclosent tels des champignons. « Pour les hommes de 1848, écrit l’historien britannique, Sir Lewis Namier, le principe dynastique représentait un règne arbitraire et autocratique ; celui de la souveraineté populaire, au contraire, s’identifiait aux droits de l’homme et à l’autodétermination ».

Très rapidement cependant, une dérive organiciste se fait jour : le « peuple » ne forme qu’un organisme gigantesque, doté d’un seul corps et d’un seul esprit. Le Volksgeist (l’Esprit du peuple) est né ! Dans le Vormärz allemand de 1848, le professeur Mittermaier de Heidelberg, président du parlement insurrectionnel, déclare, dans un discours emphatique : « le géant s’éveille ! Le Volksgeist est ce géant. Il est éveillé » ; pour le philosophe allemand Jacob Gottlieb Fichte (1762-1814), une nation constitue une entité « supra-temporelle », elle se présente comme une « Hülle des Ewigen », une enveloppe de l’éternité. L’identité de la nation se veut donc organique, spirituelle et éternelle ; la race n’est plus très loin…

Elections allemandes : eine « GroKo » oder ein Kroko ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 septembre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Elections allemandes : eine « GroKo » oder ein Kroko ?

Telles sont les principales données des résultats des élections allemandes du 24 septembre : à nouveau, une possible « Grosse Koalition » (GroKo) CDU/SPD ; mais, tapi en embuscade, « ein Krokodil » (Kroko), l’AfD, l’Alternative für Deutschland…

Die GroKo

Avec un peu moins de 35% des voix et 238 députés, la CDU/CSU reste – très largement ! – le premier parti allemand, mais n’atteint pas, loin s’en faut, la majorité absolue au Bundestag (313). Le SPD de Martin Schulz, ex-président du parlement européen, enregistre, quant à lui, avec quelques 20,4% des suffrages, son plus mauvais score de l’après-guerre – souvenir des effets sociaux dévastateurs des plans Harz successifs et de la paupérisation des salariés qui s’en est suivie ; mais aussi du débat télévisé perdu contre Angela Merkel. L’Allemagne se dirigerait ainsi peut-être, en dépit des réticences de Schulz, vers une reconduction de la « grande coalition » du centre droit et du centre gauche, le curseur – comme en France ! – penchant fortement vers la droite sur le plan économique… malgré – cerise sur le gâteau – une ou deux mesures sociétales « progressistes » (migrants, mariage gay). Tiens ! On dirait du Macron.

Das Krokodil

L’entrée en force – 13%, 94 élus – de l’AfD au parlement constitue évidemment LA grande nouveauté de l’heure, rendue possible par le mode de scrutin à la proportionnelle. « Vote historique », titre Die Zeit, « le jour le plus sombre », surenchérit la Frankfurter Allgemeine Zeitung. La journaliste Evelyn Peternel, du quotidien autrichien Kurier, comparant, elle, les trajectoires respectives du FPÖ de feu Jorg Haider et celle de l’AfD : « il y a manifestement des parallèles, écrit-elle, la xénophobie, la lassitude face aux grandes coalitions (en Autriche, celle du VPÖ démocrate-chrétien et du SPD) (…) je pense que la plus terrible erreur, en Allemagne, serait de former derechef une telle coalition ».

Au fait, qu’est-ce que l’AfD ?

Coexistent, en son sein, trois courants :

– Les « National-Deutschen » d’Alexander Gauland, dont les mots d’ordre sont sécurisation des frontières et contrôle des migrants… mais également une relecture de l’histoire. Gauland, par exemple, se déclare « fier de ce qu’ont fait les soldats allemands pendant les deux guerres mondiales ». Passe encore pour la première ; mais quid de la seconde ? Sachant que la Wehrmacht a prêté main forte, à l’occasion, aux Einsatzgruppen de la SS, chargés de liquider juifs et communistes, à l’arrière du front de l’est. Mais Gauland n’en a cure, il continue : « par conséquent, nous avons le droit de récupérer non seulement notre terre (allusion à la réunification) mais et non moins notre passé. On a plaqué, à la légère, un faux passé sur le peuple allemand, comme jamais sur aucun autre peuple ».

Vœux de nouvel an (et réunion annoncée avec Nicole Bacharan sur 9 mois d’administration Trump)

Ecrit par JCall le 27 septembre 2017. dans Monde, La une, Politique

Vœux de nouvel an   (et réunion annoncée avec Nicole Bacharan sur 9 mois d’administration Trump)

Chers amis,

JCall France tiendra son assemblée générale le lundi 2 octobre à 20h au Cercle Bernard Lazare, 10 rue Saint-Claude à Paris 3ème (métro Saint-Sébastien Froissart).

A l’ordre du jour : le bilan financier et moral de l’année écoulée, le renouvellement du bureau et la présentation des projets pour 2017 et 2018. Ne pourront participer au vote que les adhérents à jour de cotisation. Il sera possible de renouveler son adhésion sur place.

L’année dernière, nous avons poursuivi notre engagement en soutenant toutes les initiatives qui permettaient de sauver la solution à deux États. Nous avons ainsi participé – et continuerons à le faire cette année – à la campagne SISO (Sauver Israël, Stopper l’Occupation) lancée en Israël pour marquer le 50ème anniversaire de la victoire de la guerre des 6 jours et du début de l’occupation. Cet engagement s’est illustré, notamment, par notre participation à l’organisation à Paris, avec l’AJHL (Association pour un Judaïsme Humaniste et Laïque), d’un Seder Pessah alternatif auquel ont assisté 120 personnes. Nous avons continué à soutenir l’action des dizaines d’ONG israéliennes et israélo-palestiniennes qui, sur place, poursuivent leur combat quotidien pour rapprocher les deux populations et maintenir l’espoir de la paix, malgré les attaques et les entraves dont elles sont victimes par le gouvernement israélien dont la politique met en péril, de plus en plus, les fondements démocratiques du pays. En juin dernier nous avons été ainsi à la rencontre de ces ONG au cours d’un voyage en Israël et dans les territoires palestiniens qui a été un grand succès et auquel ont participé plus d’une cinquantaine de membres de JCall venus d’Allemagne, Belgique, France, Italie et Suisse.

Sur la scène internationale, nous avons salué la décision prise par la précédente administration américaine de ne pas mettre de veto à la résolution 2334 votée par le Conseil de sécurité qui condamnait la politique d’occupation et de colonisation menée par Israël. En introduisant une distinction entre les territoires occupés et le territoire d’Israël, cette résolution permettait de sauvegarder la solution des deux États. Elle deviendra peut-être, comme la fameuse résolution 242 du 22 novembre 1967, une référence qui aidera un jour les deux parties à retrouver le chemin de la négociation.

En France, nous avons aussi soutenu l’initiative prise par le précédent gouvernement d’organiser une conférence à Paris, tout en sachant qu’elle n’aurait aucun impact sur le terrain compte tenu du refus israélien d’y participer. Mais cette conférence avait le mérite de remettre le conflit israélo-palestinien à l’agenda des préoccupations internationales.

Cette année a été marquée par deux élections qui ont toutes deux bouleversé la situation internationale.

En France, la victoire d’Emmanuel Macron, que nous avons soutenu face aux dangers représentés par la candidate du Front National, a fait entrer un air de renouvellement dans la vie politique française et permettra peut-être de relancer le projet européen.

Par contre aux États-Unis, la victoire surprise de Donald Trump a ouvert une nouvelle page pleine d’incertitudes qui peuvent être lourdes de conséquences aussi bien sur la société américaine que sur le plan international.

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