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Communiqué : Manuel Valls est un homme politique ouvert aux initiatives de paix au Moyen-Orient

Ecrit par JCall le 21 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Communiqué : Manuel Valls est un homme politique ouvert aux initiatives de paix au Moyen-Orient

Parce que nous aimons relayer les billets de J Call, à RDT ; parce qu’on est un certain nombre aussi à avoir été choqués par la violence de l’attaque contre M Valls, à qui nous apportons notre soutien, ce billet figure cette semaine tout en haut de la « une ». Lisez – le !

La rédaction de Reflets du temps

 

Plusieurs organisations qui œuvrent à la résolution politique du conflit israélo-palestinien apportent leur soutien à Manuel Valls après la déclaration de Jean-Luc Mélenchon reprochant à l’ancien Premier ministre « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ».

Dans sa lettre de démission de la mission d’information sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie adressée au président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, Jean-Luc Mélenchon reproche à Manuel Valls « sa proximité avec les dirigeants de l’extrême droite israélienne ». D’après lui, elle « fait l’objet d’une ostentation choquante pour les militants de la paix de ce pays comme du nôtre ».

Les organisations signataires de ce communiqué, qui depuis de longues années soutiennent les initiatives de paix sur la base du principe « deux Peuples pour deux Etats » et la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens, tiennent à témoigner que les allégations de Jean-Luc Mélenchon à l’encontre de Manuel Valls sont erronées, fallacieuses et sans fondement ! Manuel Valls s’est toujours montré favorable aux démarches et solutions de paix que nous soutenons et qui diffèrent de celles prônées par l’actuel gouvernement israélien.

Sur quoi le dirigeant du parti des « Insoumis » se base-t-il pour accuser Manuel Valls de collusion avec l’extrême droite israélienne ? Uniquement sur quelques photos prises dans le cadre d’une visite semi-officielle, à l’occasion d’une conférence sur les questions de sécurité internationale qui se tient chaque année à Herzlia (Israël). Des centaines de responsables politiques et hauts fonctionnaires, représentant tous les pays, ainsi que les grandes organisations internationales, y participent régulièrement. Ces rencontres se déroulent dans le cadre d’un protocole auquel l’ancien Premier ministre d’un grand pays comme la France ne peut se soustraire. Le député de l’Assemblée nationale, Manuel Valls, comme tous les autres, doit saluer les organisateurs de la rencontre et les dirigeants du pays hôte de la conférence. Il s’agit d’une convention diplomatique et Jean-Luc Mélenchon, en vieux routier de la politique le sait parfaitement. Ce n’est pas parce que Manuel Valls rencontre en Israël Ayelet Shaked (Ministre de la Justice) ou Avigdor Lieberman (Ministre de la Défense) qu’il partage leurs opinions.

Identités nationales : deux poids et deux mesures

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 octobre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Identités nationales : deux poids et deux mesures

L’affaire catalane donne l’occasion de mesurer le gouffre qui sépare les vieilles métropoles dominantes, impérialistes et colonisatrices des jeunes « nations » en mal d’indépendance, quand il s’agit d’« identité » : celle des premières pue le nationalisme, le fascisme, le racisme – j’en passe et des moins bonnes – celle des secondes, au contraire, sont l’objet d’attendrissement, de soutien et de solidarité en tout genre ; bref les médias – Mediapart en particulier – se rejouent le « printemps des peuples » à la mode dix-neuvièmiste…

Retour au projet émancipateur de la philosophie des Lumières. A partir de la notion rousseauiste de souveraineté populaire, l’on en vint à considérer, non plus l’individu-citoyen en tant que partie d’un peuple, mais le peuple comme un tout, en particulier les peuples vassaux sous domination étrangère. « Un peuple a la faculté de conquérir son indépendance » proclame la déclaration des droits de 1793, concoctée par Condorcet et l’abbé Grégoire. Le romantisme aidant, l’attention se focalisa sur les « nations » au passé glorieux, mais tombées sous le joug de puissances oppressives. L’on plaignit ainsi les Polonais, écartelés depuis le partage de la Pologne (1772), entre Russie, Autriche et Prusse ; les Grecs martyrisés par les Turcs ; ou encore les Hongrois assujettis aux Habsbourg.

Le fameux « printemps » commence, de fait, dès 1830 avec le soulèvement de Varsovie. Le vieux Lafayette s’écrie : « toute la France est polonaise » ; Mickiewicz, le Victor Hugo polonais, chantre de la grandeur identitaire de son pays, prophétise : « la Pologne se relèvera et libérera toutes les nations d’Europe de la servitude » ; notre totor national, quant à lui, réservant sa sollicitude aux carbonari italiens : « n’ayez qu’une pensée, leur dit-il, vivre de votre vie à vous ». Mais évidemment, c’est en 1848 que les multiples « identités » éclosent tels des champignons. « Pour les hommes de 1848, écrit l’historien britannique, Sir Lewis Namier, le principe dynastique représentait un règne arbitraire et autocratique ; celui de la souveraineté populaire, au contraire, s’identifiait aux droits de l’homme et à l’autodétermination ».

Très rapidement cependant, une dérive organiciste se fait jour : le « peuple » ne forme qu’un organisme gigantesque, doté d’un seul corps et d’un seul esprit. Le Volksgeist (l’Esprit du peuple) est né ! Dans le Vormärz allemand de 1848, le professeur Mittermaier de Heidelberg, président du parlement insurrectionnel, déclare, dans un discours emphatique : « le géant s’éveille ! Le Volksgeist est ce géant. Il est éveillé » ; pour le philosophe allemand Jacob Gottlieb Fichte (1762-1814), une nation constitue une entité « supra-temporelle », elle se présente comme une « Hülle des Ewigen », une enveloppe de l’éternité. L’identité de la nation se veut donc organique, spirituelle et éternelle ; la race n’est plus très loin…

Elections allemandes : eine « GroKo » oder ein Kroko ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 septembre 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Elections allemandes : eine « GroKo » oder ein Kroko ?

Telles sont les principales données des résultats des élections allemandes du 24 septembre : à nouveau, une possible « Grosse Koalition » (GroKo) CDU/SPD ; mais, tapi en embuscade, « ein Krokodil » (Kroko), l’AfD, l’Alternative für Deutschland…

Die GroKo

Avec un peu moins de 35% des voix et 238 députés, la CDU/CSU reste – très largement ! – le premier parti allemand, mais n’atteint pas, loin s’en faut, la majorité absolue au Bundestag (313). Le SPD de Martin Schulz, ex-président du parlement européen, enregistre, quant à lui, avec quelques 20,4% des suffrages, son plus mauvais score de l’après-guerre – souvenir des effets sociaux dévastateurs des plans Harz successifs et de la paupérisation des salariés qui s’en est suivie ; mais aussi du débat télévisé perdu contre Angela Merkel. L’Allemagne se dirigerait ainsi peut-être, en dépit des réticences de Schulz, vers une reconduction de la « grande coalition » du centre droit et du centre gauche, le curseur – comme en France ! – penchant fortement vers la droite sur le plan économique… malgré – cerise sur le gâteau – une ou deux mesures sociétales « progressistes » (migrants, mariage gay). Tiens ! On dirait du Macron.

Das Krokodil

L’entrée en force – 13%, 94 élus – de l’AfD au parlement constitue évidemment LA grande nouveauté de l’heure, rendue possible par le mode de scrutin à la proportionnelle. « Vote historique », titre Die Zeit, « le jour le plus sombre », surenchérit la Frankfurter Allgemeine Zeitung. La journaliste Evelyn Peternel, du quotidien autrichien Kurier, comparant, elle, les trajectoires respectives du FPÖ de feu Jorg Haider et celle de l’AfD : « il y a manifestement des parallèles, écrit-elle, la xénophobie, la lassitude face aux grandes coalitions (en Autriche, celle du VPÖ démocrate-chrétien et du SPD) (…) je pense que la plus terrible erreur, en Allemagne, serait de former derechef une telle coalition ».

Au fait, qu’est-ce que l’AfD ?

Coexistent, en son sein, trois courants :

– Les « National-Deutschen » d’Alexander Gauland, dont les mots d’ordre sont sécurisation des frontières et contrôle des migrants… mais également une relecture de l’histoire. Gauland, par exemple, se déclare « fier de ce qu’ont fait les soldats allemands pendant les deux guerres mondiales ». Passe encore pour la première ; mais quid de la seconde ? Sachant que la Wehrmacht a prêté main forte, à l’occasion, aux Einsatzgruppen de la SS, chargés de liquider juifs et communistes, à l’arrière du front de l’est. Mais Gauland n’en a cure, il continue : « par conséquent, nous avons le droit de récupérer non seulement notre terre (allusion à la réunification) mais et non moins notre passé. On a plaqué, à la légère, un faux passé sur le peuple allemand, comme jamais sur aucun autre peuple ».

Vœux de nouvel an (et réunion annoncée avec Nicole Bacharan sur 9 mois d’administration Trump)

Ecrit par JCall le 27 septembre 2017. dans Monde, La une, Politique

Vœux de nouvel an   (et réunion annoncée avec Nicole Bacharan sur 9 mois d’administration Trump)

Chers amis,

JCall France tiendra son assemblée générale le lundi 2 octobre à 20h au Cercle Bernard Lazare, 10 rue Saint-Claude à Paris 3ème (métro Saint-Sébastien Froissart).

A l’ordre du jour : le bilan financier et moral de l’année écoulée, le renouvellement du bureau et la présentation des projets pour 2017 et 2018. Ne pourront participer au vote que les adhérents à jour de cotisation. Il sera possible de renouveler son adhésion sur place.

L’année dernière, nous avons poursuivi notre engagement en soutenant toutes les initiatives qui permettaient de sauver la solution à deux États. Nous avons ainsi participé – et continuerons à le faire cette année – à la campagne SISO (Sauver Israël, Stopper l’Occupation) lancée en Israël pour marquer le 50ème anniversaire de la victoire de la guerre des 6 jours et du début de l’occupation. Cet engagement s’est illustré, notamment, par notre participation à l’organisation à Paris, avec l’AJHL (Association pour un Judaïsme Humaniste et Laïque), d’un Seder Pessah alternatif auquel ont assisté 120 personnes. Nous avons continué à soutenir l’action des dizaines d’ONG israéliennes et israélo-palestiniennes qui, sur place, poursuivent leur combat quotidien pour rapprocher les deux populations et maintenir l’espoir de la paix, malgré les attaques et les entraves dont elles sont victimes par le gouvernement israélien dont la politique met en péril, de plus en plus, les fondements démocratiques du pays. En juin dernier nous avons été ainsi à la rencontre de ces ONG au cours d’un voyage en Israël et dans les territoires palestiniens qui a été un grand succès et auquel ont participé plus d’une cinquantaine de membres de JCall venus d’Allemagne, Belgique, France, Italie et Suisse.

Sur la scène internationale, nous avons salué la décision prise par la précédente administration américaine de ne pas mettre de veto à la résolution 2334 votée par le Conseil de sécurité qui condamnait la politique d’occupation et de colonisation menée par Israël. En introduisant une distinction entre les territoires occupés et le territoire d’Israël, cette résolution permettait de sauvegarder la solution des deux États. Elle deviendra peut-être, comme la fameuse résolution 242 du 22 novembre 1967, une référence qui aidera un jour les deux parties à retrouver le chemin de la négociation.

En France, nous avons aussi soutenu l’initiative prise par le précédent gouvernement d’organiser une conférence à Paris, tout en sachant qu’elle n’aurait aucun impact sur le terrain compte tenu du refus israélien d’y participer. Mais cette conférence avait le mérite de remettre le conflit israélo-palestinien à l’agenda des préoccupations internationales.

Cette année a été marquée par deux élections qui ont toutes deux bouleversé la situation internationale.

En France, la victoire d’Emmanuel Macron, que nous avons soutenu face aux dangers représentés par la candidate du Front National, a fait entrer un air de renouvellement dans la vie politique française et permettra peut-être de relancer le projet européen.

Par contre aux États-Unis, la victoire surprise de Donald Trump a ouvert une nouvelle page pleine d’incertitudes qui peuvent être lourdes de conséquences aussi bien sur la société américaine que sur le plan international.

IFRI, Politique étrangère, été 2017 ; la chasse aux idées reçues

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2017. dans Monde, La une, Politique

IFRI, Politique étrangère, été 2017 ; la chasse aux idées reçues

Inattendu, peut-être, ce regard sur la revue de PE de l’IFRI, cet été, mais bien réel. Que d’idées reçues, en effet, toutes faites et boulonnées, dans nos représentations, et en géopolitique, pas moins qu’ailleurs ! Le propre des chercheurs étant de les désigner et de tenter de les redresser. Dans ce numéro, la pêche est particulièrement bonne pour les lieux où stagnent les idées reçues, et réjouissants, leur déboulonnage et, sans doute, la saine déstabilisation qui suit, seule capable de faire avancer notre regard sur le monde, première mission que se donne l’IFRI.

Le sujet principal, ASEAN ; 50 ans d’une expérience singulière, est un nid d’idées reçues, notamment par sa situation périphérique dans les informations quotidiennes que nous utilisons, et, par ces monceaux d’ignorance, ces lacunes, et autres trous d’ombre, dans « notre » géopolitique personnelle, se révélant reléguée à un « quelque chose d’uni, aux bords de la grande Chine ». Fondée en 1967, l’ASEAN, allie Indonésie, Malaisie, Singapour, Philippines, Thaïlande, Brunei, Viet Nam, Laos, Birmanie, Cambodge, unis en cercles progressifs. Union d’Asie du sud-est, à la fois comparable, au premier regard du moins, à notre Union Européenne, et tellement différente – parallèle pédagogique énoncé dès l’introduction. On a là une marche discrète et continue, des « procédures et institutions légères, sans gouvernement central, ni fantasme d’unification politique » ; l’idée reçue chez nous étant – là, comme ailleurs, mais là, significativement – de penser tout à notre aulne, que nos analyses, procédures et même difficultés sont modélisables à l’infini. Or, si l’ASEAN sera demain bien obligée de marcher différemment avec l’émergence chinoise et son poids, l’IFRI rappelle à notre point de vue européen que « le monde est tout humain, mais nous ne sommes pas toute l’humanité ». Cinq forts articles devraient participer à « nous caler » le regard, sur cette fondamentale partie du monde.

La rubrique Contrechamps s’attaque avec deux articles essentiels à l’Union européenne, particulièrement :« Zone Euro : sous les dettes, la croissance ? ». Crise, croissance, dettes… triptyque d’importance en matière de représentations tenaces et peut-être fallacieuses, en matière de thèse, point de vue arrêté, genre front contre front, encore davantage. Quel débat, chez nous, n’aborde pas, même aux marges, ce sujet ?

Un premier article, très argumenté : « Les politiques européennes et le futur de l’Euro » met à mal « l’interprétation politique dominante accusant les excès de dette publique accumulés par des pays du sud, dits indisciplinés, ayant ainsi financé leur État providence ».Idée reçue, s’il en est, dans l’imaginaire de chacun sur les problèmes actuels d’une Europe en dérive, voire en échec. Des responsables désignés, pas vraiment loin du bouc-émissaire, toujours utile. On reconnaît dans le développement des pans entiers d’opinions politiques, partitaires, en France et en Europe. Mais, les compétences économiques de l’auteur, sa capacité pédagogique à poser les idées reçues, les décrypter avant d’avancer d’autres hypothèses étayées, donnent à cet exposé une force convaincante et armée qui manque à plus d’un débat. Le second article se pose « en face », et nous y reconnaissons là aussi l’argumentaire face B, prôné dans maints débats ; les mêmes évidemment : « stabilité et croissance en zone euro ; les leçons de l’expérience ». Le « retour au réel » est fortement convoqué ; « la croissance et l’emploi ne proviennent pas des miracles de la manne répandue par les États ou des fabricants de bulles spéculatives, mais bien du travail productif, de l’épargne et de l’investissement ».

Confrontant ces deux lectures, toujours étayées, comme d’usage à PE, de références multiples et précises, faut-il dire qu’on en sort, interrogés, mieux armés face à ce temps européen qui est notre logiciel indépassable.

En rubrique Actualités, chaque article est de nature à fusiller quelques idées reçues, mais c’est celui sur « L’état islamique, l’autre menace » qui peut paraître le plus urgent (l’autre, consacré à la Turquie, pas moins pour autant !). A la veille des défaites sur le terrain du califat, Mossoul et Raqqa, faudrait-il « souffler » et considérer Daech comme une menace derrière nous ? Outre le fait que les attentats de cet été sur le sol européen démontrent la puissance de nuisance des terroristes parfaitement capable de s’adapter à leurs défaites, mais aussi – c’est là l’argumentaire de l’article – l’hydre existe, prolifère, voire naît ailleurs dans le monde : Afrique, Asie du Sud-Est, et ceci, même en termes d’assises territoriales.

Une histoire d’africanité

Ecrit par Michel Tagne Foko le 30 août 2017. dans Monde, La une, Politique, Société

Une histoire d’africanité

Il y a un débat qui va dans tous les sens. Les gens parlent de l’Afrique avec beaucoup de verbe. Des émotions qui se conjuguent au pluriel. Ça se développe admirablement et parfois avec des approximations. Tout le monde veut avoir raison. Ce n’est pas possible autrement. Il y a le camp des gens qui disent qu’il existe plusieurs Afrique et le camp des autres qui disent qu’il n’y a qu’une Afrique. Le sujet qui remonte le plus, c’est celui du patriotisme africain.

Il y a un monsieur qui se dispute avec un autre. Il dit : « c’est à cause des gens comme vous que l’Afrique n’avance pas ». Son interlocuteur lui répond : « c’est ton problème là-bas ». Le monsieur continue en disant : « c’est bien, tu es comme ces gens qui vivent chez les “Blancs” et votent pour le FN, hein ? Pauvre de nous Africains ». Son interlocuteur lui répond : « au premier tour de l’élection présidentielle, le FN était en tête au Sénégal. Tu ne vas quand même pas me dire que les Français du Sénégal ne sont que des “Blancs” ». Le monsieur : « Arrête de me parler parce que là tu racontes des conneries. Seules 400 personnes ont voté FN et tu appelles ça être en tête ? ». L’interlocuteur : « toi aussi arrête de me parler parce que là tu vas m’énerver. Déjà que je ne vote même pas dans ce pays… ».

Et voilà que s’est ouvert le sujet de la démocratie et de l’identité. Il y a quelqu’un qui a dit : « Je suis africain avant d’être guinéen ». Un autre a dit : « laissez-moi avec vos conneries là. Je suis moi camerounais d’abord ». Il y a quelqu’un qui a dit que les Camerounais sont atteints du syndrome de Stockholm. Plus précisément, il a employé ce genre de mots : « même s’il y a les élections transparentes au Cameroun, le vieux Biya va toujours gagner. Vous êtes amoureux de votre geôlier ». Ils me demandent où est-ce que je me situe dans leurs causeries. Ils insistent. Je dis que je suis d’abord l’enfant de ma mère, avant d’être aussi celui de mon père, après l’enfant de ma famille, de mon royaume, du pays bamiléké avant d’être celui de mon pays d’origine le Cameroun, de mon pays d’accueil la France, et citoyen du monde. On me dit que je suis hors sujet. Alors là, irrité, je me tais et j’observe.

Il y a un certain Onana qui se dispute l’Afrique avec Jean-Luc. Il est clair qu’ils n’ont pas du tout la même vision de l’Afrique ou pour l’Afrique. Jean-Luc dit : « il faut qu’il y ait davantage d’actions humanitaires vers l’Afrique ». Quant à Onana, il dit : « non, je ne suis pas d’accord, il faut que cela cesse. Ces machins humanitaires-là salissent le nom de l’Afrique ». Onana continue en disant : « il faut laisser aux Africains le choix de construire leur avenir ». Jean-Luc rétorque en disant : « Je suis d’accord avec le fait qu’il faudrait qu’on nous laisse le choix de construire notre avenir, mais cela ne doit pas damer le fait que le continent a besoin d’humanitaire à l’heure actuelle pour s’en sortir ». Exacerbé, Onana lui dit : « Nous ? Nous quoi ? Tu n’es pas africain ! ». Ces quelques mots ont du mal à être digérés par Jean-Luc. Il est en colère. Il dit : « tu sais quoi de moi ? qui es-tu pour m’interdire d’être africain ». Les deux protagonistes sont au bord d’en finir avec les mains, dans ce pays où les gens se disent civilisés…

Helmut ist noch da !

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 juin 2017. dans Monde, La une, Politique

Helmut ist noch da !

Helmut est encore là. Reprise de la fameuse phrase-slogan de 1989, à la chute du mur : « Deutschland ist wieder da ! », l’Allemagne est à nouveau là !

En 1989, je partageais les craintes de Mitterrand. Quoi ? Moi, l’hyper germanophile, j’étais devenu germanophobe ? J’avais peur (au sens étymologique de « phobos ») des Allemands, seul et unique peuple pour lequel le cosmopolite apatride que je suis ressente des sentiments pseudo-patriotiques ?

Je craignais, en effet, que la frontière Oder-Neisse fut violée. La frontière Oder-Neisse, fruit du marchandage honteux qui officialisa la purification ethnique de la Silésie, de la Poméranie et de la Prusse orientale, au profit des Polonais ; en échange de la captation de la moitié orientale de la Pologne d’avant-guerre au profit de l’URSS… un marchandage qui marqua, à jamais, les accords de Postdam du sceau de l’infamie.

Oui, pourquoi avais-je peur ? Imaginaire fantasmatique de je ne sais quel gêne expansionniste du pays de Goethe (cf. la célèbre ironie de Mauriac : « J’aime tellement l’Allemagne que je préfère qu’il y en ait deux ») ? Non, c’était plutôt mon antinationalisme : pourquoi pas deux états également démocratiques ? Pourquoi – forcément – un état unique ? Parce ce qu’ils sont peuplés de germanophones ? Alors, il faudrait y adjoindre une bonne partie de la Suisse, l’Autriche, l’Alsace-Moselle et même – Why not ? – ce Südtyrol (Trento Alto Adagio) qu’Hitler lui-même avait renoncé à annexer…

C’était, de ma part, méconnaître une donnée fondamentale de la sociologie historique allemande. Vu d’Outre-Rhin, l’état repose sur le peuple historiquement – et non contractuellement – constitué, « ein staatstragendes Volk », un peuple « porteur » d’état ; en un mot quelque chose existant de toute éternité, « Hülle des Ewigen », comme dit Fichte : une enveloppe de l’éternité. Ce pacte, ce contractualisme de la philosophie politique française – de Rousseau à Renan (cf. le plébiscite de tous les jours) – demeure ici inconnu. Le « Staatsvolk » selon l’expression du sociologue Reinhart Koselleck, c’est-à-dire le peuple « citoyen » et dont la citoyenneté se fonde sur le droit – l’accord mutuel entre l’individu et la puissance publique – et non pas sur la nature ou l’histoire, ce Staatsvolk n’est pas une catégorie allemande.

Kohl ne méconnut pas cette différence. Il donna satisfaction aux aspirations fusionnelles allemandes, tout en offrant des garanties aux Français, et surtout un cadeau magnifique : le mark ! L’euro n’étant après tout que l’extension continentale de la devise, chérie, tel un enfant, par la Bundesbank.

C’est cette intelligence géopolitique d’Helmut Kohl qui scella – précisément au moment de la réunification – une amitié indéfectible avec François Mitterrand. On se souviendra longtemps de ces sanglots silencieux, aux obsèques de Notre-Dame, de ce masque impavide – germanique ! – sur lequel descendait, une à une, un flot continu de larmes…

A l’opposé de Bismarck, le chancelier de fer, Helmut Kohl, fut un chancelier de cœur.

Éditorial - Le fou du monde

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 juin 2017. dans Monde, La une, Environnement, Actualité, Politique

Éditorial - Le fou du monde

Plus aucun autre titre n’est à présent possible ; la prochaine fois qu’on le verra à l’œuvre, ce Donald qui ne fait plus rire, ce sera peut-être derrière des missiles face à la Corée…

Reprenant ses postures – le menton, avez-vous vu le menton ! – de sa campagne électorale qui l’a hissé sur le bureau ovale (sur, plutôt que au), le bonhomme-monsieur-le-président-des États Unis-hélas-hélas, a, au cœur de la nuit, décidé avec le fracas qui sied à la manœuvre de retirer son pays des accords de Paris sur le réchauffement climatique, qu’en son temps avait évidemment signé son prédécesseur, Barack Obama. La COP 21, pas moins ; les grands outils du monde, la marche du monde, quoi ! Simple et minable « chiffon de papier » que la chose, dit-il – d’autres et non des moindres ont fait en leur temps dans l’exercice – vision personnelle et des plus inquiétantes au poste où il est de la notion d’engagement, de responsabilité, de ce « ne pas tenir compte des autres et du reste du monde » qui finit par définir Trump. Certes, et si l’on prend l’affaire par ce bout un peu court, cela avait été martelé durant sa tonitruante campagne : le réchauffement climatique n’était-il pas un complot ourdi par l’ennemi chinois pour couler la puissance américaine, et cela avait voisiné dans l’extase des adeptes, avec le mur protégeant du Mexique honni, les musulmans rejetés des aéroports, et sans doute bien d’autres pépites qu’en ce temps, les opinions, dont nous, traitions d’un haussement d’épaules qu’on peut à présent trouver bien léger.

Car la bête, une fois élue – mal, mais qu’importe – une fois lâchée, on a vu : le gouvernement des tweets, les signatures du gamin content de son stylo, le mépris dictatorialisant des « autres », le Congrès, la Cour suprême, les médias – ennemi obsessionnel déclaré – et, dirons-nous, le « reste des pas d’accord ». Foin de tout ça. On l’a dit partout, fallait pas élire – pour de vrai – un péquin comme Trump. Maintenant, faut gérer et digérer la pilule. Alors, ce « je veux agir pour Pittsburgh et non pour Paris… je n’ai pas été élu par Paris » (de mémoire), la bonne blague ! Pas innovante, puisque isolationniste à gros traits, cela a été l’Amérique si souvent, plus souvent d’ailleurs dans les intentions et menaces que dans les faits. Faisons confiance à Trump pour s’essayer, en vrai, à la démarche… et n’oublions dorénavant plus : c’est un gars qui veut voir comment ça fait, le « en vrai »…

Le « rest » du monde, secoué de la nouvelle toquade du monstre, s’ébroue ce matin – mais comment mener les objectifs de Paris sans Washington – pas une paille ! Et les mots de circuler en boucle : dévalorisation, dévalidation… Notre nouveau ministre en charge du secteur, Nicolas Hulot, relayait aux matines l’optimisme forcené qui se veut être la carte de visite de notre nouveau gouvernement, en soulignant une évidence, en montrant l’ouverture, de fait la faille du Donald ; un reste du monde se dressant uni, face à Trump, et une Europe vent debout qui reprend – enfin – du service à la proue des Droits de l’homme (l’environnement vivable en est un des premiers) et de garantie offerte aux plus fragiles, tous les Sud pauvres et parmi eux les réfugiés climatiques qui n’en peuvent mais. Donc, et le nez sur l’effet de souffle du beuglement américain (pardon ! Trumpien), ce choc de billard n’a pas forcément acté l’échec de la partie des « autres », ce mot détesté, presque recraché par le président américain. Or, se situer face, avec, et dans l’altérité n’est-il pas – au jugé de la psychiatrie – un signal de plus ou moins bon fonctionnement humain… et de vous renvoyer à l’abondante et assez pertinente littérature, qui, depuis les débuts fracassants et pas mal fracturés de l’élu américain, foisonne…

Au final, ce qui pourrait être le plus remarquable, mais effarant, dangereux, dans ce recul, refus, entrée en je ne sais quel autisme, de l’homme fort de Washington, acculé à endosser à nouveau les habits du candidat, faute d’avoir su prendre ceux du président, ce sont les incapacités, les positionnements et même les postures : décidément, discuter, négocier, écouter, se mettre autour de la table avec d’autres, tout ça est terre étrangère pour Trump, et il y a du souci à se faire, car comment marche le monde, sans ça ??

L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 avril 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

… Le huitième de la Vème république, celui – ou celle – qu’on élira le 7 Mai.

Il ne s’agit pas d’une comparaison des programmes en politique étrangère, même si, à la fin de chacun des 15 articles de cette somme de travail d’analyses, un tableau synoptique présente fort utilement les propositions des grands candidats. Il s’agit des thèmes qui seront ceux auxquels le nouveau président sera confronté dès son élection. A la fois, donc, des analyses et pistes destinées aux candidats eux-mêmes et bien autant à la réflexion de nous tous, lecteurs-électeurs.

Cet important travail que présente l’IFRI rassemble 15 articles courts et pas moins de 21 rédacteurs, sous la houlette du directeur de l’Institut, Thomas Gomart, et de Marc Hecker, dirigeant les publications de l’IFRI et rédacteur en chef de la revue de Politique Étrangère, dont nous sommes devenus familiers à Reflets du temps.

Impossible de recenser – vraiment – chacun des 15 articles, tous fondamentaux. J’ai pris le parti d’en extraire quelques éléments phares, à tout le moins, d’en éclairer le titre en forme de problématique parlante. Saluant chacun des chercheurs spécialistes qui ont dégagé la substantifique moelle de leur sujet, tous de façon pédagogique et remarquable ; me sera-t-il pardonné de n’en citer, pour cause de place, aucun de leurs noms !

L’introduction cible l’importance en politique étrangère, du Président, et depuis le passage au quinquennat en 2002, l’accentuation de la rupture Gaullo-Mittérandienne.

« La – future – politique étrangère sera entravée par la dette » à hauteur de 32000 Euros / Français de dette, d’où un incontournable : la baisse des dépenses publiques.

Au-delà des « postures », « comment défendre les intérêts de la France commercialement ? » sachant que le débat actuel tourne autour d’un retour à un protectionnisme français, et qu’il faudrait chercher à influencer des réponses européennes aux défis de l’heure.

Point central, celui de « l’énergie et du climat, des enjeux de la transition énergétique »,une des réussites du quinquennat sortant, dont la progressive sortie du plein nucléaire reste à aménager.

5 défis pour la présidence à venir, autour – évidemment – du « terrorisme ». Connaître la source à travers la zone syro-irakienne ; cibler le problème des « revenants » et trouver la juste place et forme de la déradicalisation. Avoir en mire la réactivation des réseaux anciens, et « faire fonctionner » le fichier mis en place depuis 2015 des 12 à 16000 personnes susceptibles de passer directement à l’acte, de même que les « frappes obliques » venues de ressortissants étrangers.

La « défense » pourrait bien être à un « moment de vérité » dans le prochain quinquennat, avec une réaffirmation de l’objectif de l’autonomie stratégique, ce qui souligne le besoin de crédits et moyens insuffisants pour le moment.

Un article très actuel sur la « maîtrise du numérique en stratégie » apporte un utile éclairage sur la course aux cyberarmements, dont la Russie, s’est fait – on sait - une spécialité.

L’article sur « reformuler le défi migratoire » est – forcément – attendu, de même, pour le coup, que le tableau synoptique des programmes des candidats. Débats qui tournent depuis la fin des années 80 autour des notions de nationalité, régularisations, immigration choisie et/ou subie. Mais, l’été 2015 et la crise des migrants, la catégorie aussi de réfugié s’invitant dans les débats, a coloré différemment la campagne. Nécessité d’un traitement de ces sujets à l’échelle européenne, mais force est de constater que des approches irréconciliables, apparemment, se sont installées entre états européens ; Allemagne, par exemple, et Hongrie. Plusieurs articles éclairent les problématiques propres à nos relations à venir avec des États ou groupes d’états.

Que faire avec la Russie ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 avril 2017. dans Monde, La une, Politique

Revue de Politique étrangère de l’IFRI

Que faire avec la Russie ?

Dossier « Contre champ » de la revue Politique Etrangère, printemps 2017, une réflexion de toute première urgence : la Russie. Omniprésente dans notre actualité, encore cette semaine passée avec les évènements de Syrie. Omniprésente dans la géopolitique de notre quotidien, et forcément alimentant peurs et fantasmes à moins qu’enthousiasmes bruyants :« Le grand méchant loup est de retour. Et il est russe… La Russie serait au mieux imprévisible. Vladimir Poutine serait le nouveau maître du monde… ».

Deux articles charpentés essaient avec maestria l’un comme l’autre d’éclairer nos lanternes sur « nous et la Russie ». Les titres posent des nuanciers différents entre « vivre avec la Russie » et « faire face à la Russie ». Aucun propos simpliste, ni caricatural dans ces analyses de l’Occident face à la Russie, notamment l’UE ; derrière, les USA.

Dominique David (Vivre avec la Russie) tisse son analyse autour de deux idées force : « La Russie puise sa force dans les erreurs et les illusions de l’Occident de l’après guerre froide » mais  « ni leader, ni modèle, elle a besoin des nations occidentales ». Nous recevons de l’immense voisin des reflets manquant d’objectivité que nous lisons à l’ombre de pré-acquis historiques, de réflexes et de crispations idéologiques, nous empêchant de « mesurer ce qui fait la force et la faiblesse russe aujourd’hui ». Les signes de bonne volonté de Poutine vis-à-vis de l’Occident, Amérique comprise, sont listés, depuis 2011, de même que leur échec. D. David éclaire en l’Occident ce « remplacement d’une société de stratégies par une communauté internationale des valeurs, et l’alignement universel sur les principes formels de la démocratie ».Ce qui fait sens au regard de l’Histoire récente. Géopolitiquement parlant, l’accent est mis sur les changements qui s’ordonnent sur l’échiquier international ; fin des puissances intégrales ; multiplicité des puissances limitées (et mouvantes, peut-on ajouter) à la tête desquelles veut se positionner la Russie. Laquelle « dans l’air du temps » a su développer des langages d’« obsessions dominantes » tel « l’anti-islamisme virulent, le conservatisme des valeurs d’État, l’autorité martiale et la fermeture pour se préserver de l’autre… ».Pays qui a « les faiblesses d’une force », décline l’article : un camp du refus contre l’OTAN, y compris à l’ONU, immensité, richesses énergétiques, balancier Europe-Asie. Faiblesses en terme d’une économie qui a pâti de la chute des cours en énergie, de l’évasion financière, d’un secteur productif et d’infrastructures sacrifiées, d’une « puissance militaire » qu’il faut nuancer, si ce n’est que l’image supposée menaçante de cette force reste un atout.

Comment du coup départager ce qui doit exister et être pesé entre « l’intérêt russe et notre intérêt » ; partout la Russie existe et « marginaliser, refouler cet acteur serait dangereux ; l’inclusion étant le but d’une stratégie pacifique ». Négocier, donc, en Ukraine (lever à terme les sanctions), négocier sur le Levant, négocier l’ordre de sécurité européen… Coexister avec un régime qui ne nous agrée pas. Entre autres… dit D. David.

Thorniké Gordadzé, qui fut ministre d’état en Géorgie (Faire face à la Russie), insiste sur le rôle de diviseur des Occidentaux de Poutine, tant en géopolitique pure, qu’en soutien par exemple des populismes européens à l’intérieur des états. Analyse précise est faite du système Poutine, « un régime qui se caractérise par l’accaparement du pouvoir politique et économique par les acteurs venant des services de sécurité, la suppression des contre pouvoirs, médiatiques, comme opposition politique… Ces services s’auto investissant d’une mission quasi métaphysique de sauvegarde d’une patrie en constant danger ». Accent mis, chiffres à l’appui, sur la considérable baisse du niveau de vie d’une grande partie de la population – 16% vivent au-dessous du seuil de pauvreté. La Russie n’a donc pas les moyens de ses ambitions géopolitiques, essentiellement redevenir une très grande sur l’échiquier, via l’image martiale de son versus militaire. Elle se veut « un modèle alternatif à celui de la démocratie libérale occidentale », ce qui est plus difficile qu’au temps de l’URSS. Aussi, elle contourne ces réalités en s’attaquant – Wikileaks, et les réseaux sociaux – aux tares supposées du « modèle » occidental. Et échafaude un projet de sociétés conservatrices aux valeurs chrétiennes et familiales.

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