Santé

L’enfant forteresse

Ecrit par Pierrette Epsztein le 21 mai 2016. dans Ecrits, La une, Santé

L’enfant forteresse

Je vais vous conter une étrange histoire. Ce n’est pas un conte de fées. Pourtant, j’aimerais vous rassurer et vous dire qu’elle a une fin heureuse. Peut-être, par certains points, vous retrouverez-vous en pays de connaissance.

Je suis aux yeux de beaucoup, un machin inclassable. Pour moi, je me vis juste un peu énigmatique. Et j’ai le cœur battant quand on s’approche de moi avec les yeux de la vraie tendresse.

Je viens d’avoir treize ans. Treize ans dans la tradition juive, un moment clef, le passage à la majorité religieuse. Cet âge est consacré par la Bar-Mitsvah, un rituel aussi important que la circoncision. Par ce rite, on devient responsable. Pour moi, pas de grande célébration à la synagogue. Bien sûr, je portais une Kippa, j’ai eu droit d’endosser le talith qu’on a déposé sur mes épaules mais je n’ai pas récité les prières consacrées. Un rabbin s’est déplacé dans mon école spécialisée pour les dire à ma place. J’étais ému bien sûr, je sentais bien qu’il se passait quelque chose d’important.

Je sais que je n’aurai jamais le droit de monter à la Torah. Que je ne réciterai jamais la prière du kaddish. Ma vie a repris comme avant inchangée, inchangeable.

Entendez-moi bien. Je vis dans ma nuit. Je suis un adolescent forteresse. Je suis un pantin esclave de la volonté des autres. Entravé sans cesse, reclus dans mon monde étriqué, captif de mon silence.

Pour mes parents, ma naissance fut un ratage. Je suis un échec évident, trop évident. Je n’étais pas un enfant attendu, pas un enfant espéré. Un enfant promis. J’étais l’enfant du hasard, l’enfant accident, l’enfant de la malchance, de la déveine, l’enfant inapproprié, malvenu, imprévu. Un mauvais coup du sort. On m’a tout de même circoncis. Par ce geste, on a voulu m’intégrer à une communauté, mais en fait tout cela sonnait faux. Les visages qui auraient dû rayonner étaient tristes, les sourires crispés. Pas de photos, pas de traces. Une annulation en quelque sorte. Je suis un enfant annulé.

Les enfants Dépakine

Ecrit par Christelle Angano le 12 mars 2016. dans La une, Santé, Société

Les enfants Dépakine

Ils s’appellent Mélina, Juluan, Tony, Lisa, Clara…

Ils ne se connaissent pas, n’ont pas le même âge, et pourtant…

Mélina, Juluan, Tony, Lisa et Clara ont un point commun : ce sont des « enfants-dépakine ». D’ailleurs, ils se ressemblent un peu. Nez un peu large, lèvres fines, yeux un peu écartés. Certains souffrent de malformations cardiaques, de spinabifida, de retard intellectuel, psychomoteur, d’autisme…

Parfois, certains meurent.

Les enfants-dépakine… Mais qu’est-ce donc ?

Il y a fort à parier que vous en entendiez parler de plus en plus.

La dépakine (comme tous les traitements à base de valproate de sodium, le principe actif) est un anti-épileptique. On le prescrit également aux personnes atteintes de troubles bipolaires. La dépakine… Très efficace. Peut-être un des traitements les plus efficaces. Sur « le marché » depuis la fin des années 60, il a la faveur des neurologues. Une victoire, se félicite t-on.

Et alors, me direz-vous ?

Ils s’appellent Mélina, Juluan, Tony, Lisa, Clara…

Leurs mamans sont épileptiques. Et au début de leurs grossesses, on ne leur a pas dit…

On leur a peut-être vaguement parlé d’un risque éventuel mais tellement minime de malformation, fente palatale, ou très rarement, malformation cardiaque. Mais on les a rassurées : grâce à un apport en acide folique, le risque est quasi inexistant. Ou en tout cas minime par rapport au risque de faire une crise d’épilepsie qui mettrait leur bébé en danger… Et puis, les médecins savent et s’il y avait un risque avéré, vous vous doutez bien que…

Quelques années plus tard…

2016

Mélina a 20 ans. Scolarisée en IME (Institut médico-éducatif, pour les non initiés), elle se destine au métier de cuisinière. Opérée plusieurs fois du cœur, son enfance a été compliquée. Aujourd’hui, elle va bien, malgré quelques troubles du comportement. Les médecins ont décidé de lui prescrire… de la dépakine ! (cela ne s’invente pas !). Elle essaie d’apprendre à lire et à écrire. Il va bien falloir qu’elle réussisse si elle veut apprendre à prendre le bus toute seule pour pouvoir faire ses stages et accéder à l’autonomie. La MDPH lui a attribué un généreux 80% de handicap.

Le cerveau des artistes

Ecrit par Martine L. Petauton le 07 novembre 2015. dans La une, Psychologie, Arts graphiques, Santé, Musique

Le cerveau des artistes

« Maître cerveau sur son homme perché » Colloque de l’académie des sciences et lettres de Montpellier, 22 et 23  Octobre 2015

 

Foule à l’Institut de botanique, bordé, en cet automne lumineux comme peu, par les vénérables branches roussissantes des arbres centenaires du Jardin des Plantes. Plus bel endroit de Montpellier ; faut-il le dire !

Le colloque si joliment intitulé « Maître cerveau sur son homme perché », organisé par l’Académie des sciences et lettres de Montpellier, offrait – c’est le mot – à tout un chacun, et en termes compréhensibles, un voyage unique et dépaysant : le cerveau, ses dernières découvertes, éclairé de ses imageries, toutes plus ébahissantes les unes que les autres, de ce que nous disent maintenant les Neurosciences, époustouflantes, s’il en est. Pêle-mêle, on y put écouter Catherine Dolto sur « le cerveau et la vie prénatale », s’interroger sur « le cerveau en ébullition de l’adolescent », voir en quoi on peut « agir sur la fonction cérébrale », ou frapper à la porte de « la neurochirurgie éveillée »… Et tant encore. Sachant – bonheur pas mince – que les intervenants, pour savants et pointus qu’ils aient été dans leur domaine, avaient tous cette qualité rare : savoir communiquer et passionner leur auditoire. Lequel, sage et silencieux comme au concert ou à l’église, prenait des notes. Moment suspendu du bonheur d’apprendre gratuitement…

C’est du « cerveau artiste » que j’ai eu envie de vous parler. Toute une après-midi d’une grande richesse. Organisé comme un concert ( et du reste animé en son milieu par le Duo à cordes en sol majeur violon /violoncelle de Mozart ),  la séquence nous donna d’abord les clés de « cerveau et littérature » (par Etienne Cuénant), amenant – sélection attendue – Dostoïevski, ses 440 crises d’épilepsie déclenchées par le surmenage et l’alcool, ses addictions au jeu, son goût pour la toute puissance exaltante ; ses personnages toujours en bipolarité ; envers/endroit ; bien/mal. « L’idiot » – épilepsie magnifique, s’opposant aux « Frères Karamazov », épilepsie maléfique. Proust, ensuite, sa mauvaise santé redondante, son hypocondrie, la répercussion de la maladie – et surtout de sa représentation – dans son œuvre. Il paraîtrait qu’on puisse lire Proust « médicalement » comme « Madame Bovary ». Et puis, bien sûr, Nietzsche, le psychotique, à épisodes (rapprochés) délirants. Point commun entre ces trois exemples : la perception de l’urgence de l’œuvre à bâtir ; une certaine façon de muscler la partie « créative » du cerveau pour dépasser la maladie. De l’espoir en fait, pour ces terribles maladies psychiques, qu’on connaît. La créativité est la carte gagnante de certaines pathologies handicapantes. Formidable message. Pour la bipolarité, par exemple, dont l’image de l’IRM projette – sidérés, nous sommes – sur l’écran coloré, cet excès de vitesse d’arrivée des émotions, face à un autre endroit du cerveau correspondant au frein sur leur contrôle, qui, là est trop faible ; ceci avant l’interprétation des émotions elles mêmes. Tout n’est-il pas ici dit ?

Et l’enfer s’appela bipolarité…

Ecrit par Martine L. Petauton le 18 avril 2015. dans La une, Santé, Littérature

« Nous l'appelions EM – Jerry Pinto » Actes Sud -2015

Et l’enfer s’appela bipolarité…

« Je grandis en entendant dire que ma mère avait un problème de nerfs. Plus tard, on m’expliqua qu’il s’agissait d’une dépression nerveuse… on nous dit qu’elle était schizophrène… finalement, tout le monde s’accorda à dire qu’elle était maniaco-dépressive. Tout au long, elle n’utilisa pour elle-même qu’un seul mot : folle ».

Alors, adulte, il en fit un livre : sa mère, sa sœur, lui et son père, plus quelques autres, parents, amis, psychiatres, face à ce qu’on nomme maladie chronique bipolaire, et qu’on devrait plutôt nommer : monstre ou fauve, qui épuise, et terrorise, revient en boucle, et s’accroche. Un de ses proches mentalement atteint ; un drôle de voyage. Parce qu’il y a sa mère malade, et puis, eux tous, et encore le reste du monde qui regarde et juge. Une douleur fragmentée. Infinie, mâtinée pour autant ça et là de l’émotionnel « normal » et banal de toute vie. Et au bout, ce livre, magnifique, écrit de main de fils, avec la pudeur, l’humanité, le juste, que pas un documentaire ne parvient à rendre (tout en en étant pourtant un, et des meilleurs).

Autopsie d’une maladie – ici, en Inde, à Bombay, années 60, milieu catholique à la sauce-Goa, en résonance exacte avec ce qu’est cette maladie partout dans le monde, et à n’importe quelle époque. Un manuel sur tout ce que vous voulez savoir sur ces gens (10%, dit-on, de la population mondiale, qui – infimes erreurs de dosages de leurs neuro-transmetteurs – se trimbalent avec ces « humeurs » prenant le grand-huit chaque jour de leur pauvre vie).

Les formes. D’abord : l’exaltation : « elle rugit, secouée d’un rire gai et maniaque » ; la phase basse, qu’on appelle descente, comme pour un drogué : « c’est comme de l’huile, de la mélasse. J’ai cru que j’allais me noyer. Alors je mes suis levée, habillée, je suis sortie dans la rue, et j’ai essayé de me jeter sous un bus… », les TS, entendez tentatives de suicide, sanglantes à souhait, que les enfants ou le père « encadrent », vaille que vaille. Qui, mieux que ce fils et cette – formidable – Susan, de sœur, montreraient à quel point être l’enfant de ces malades fait grandir, et raye d’un trait de lithium toute tentative de vivre une jeunesse insouciante. Les délires paranoïaques : « tout a commencé quand tu étais bébé ; quand tu as montré du doigt le ventilateur, j’ai su qu’ils étaient là, qu’ils nous écoutaient ». Nos deux enfants/adultes ont comme des antennes pour repérer le  balancement – terrible manège – des périodes ; la maniaque, la dépressive ; les nuits sans sommeil, la logorrhée intarissable qu’ils ne pouvaient juguler qu’en prétendant « réviser ». Les séjours hospitaliers, le risque effroyable pour la mémoire des électro-chocs.

Les rapports entre les époux – monsieur Hmm, le père, ainsi nommé pour sa placidité, son infinie patience : « mon roc, mon refuge il savait quand nous laisser faire et quand reprendre les rênes » ; les rapports enfants/mère, quand ses débordements verbaux fortement teintés de sexualité renversent les rôles : – enfin ! Em !

Risques…

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 avril 2015. dans La une, Actualité, Santé, Société

Risques…

On l’a compris avec l’affaire – sa médiatisation, mais pas que – de l’A320 : on veut vivre dans une société sans risques, maîtrisée, disons, à 90%. Les attaques qui se présentent, imprévues, forcément – attentats, accidents où nous ne sommes pas aux commandes, nous !! quand même – deviennent insupportables. Et, dans d’autres domaines, quand il nous faut (faudrait) peser le rapport bénéfices/risques, on sait que le mot « risque » passe à la trappe de nos conscients inconscientisés. Et vite.

Alors là, ça a pris un tour particulièrement bruyant, malmenant, sans que grand monde (plus de techniciens que d’observateurs de nos façons mentales de fonctionner dans les X débats sur la chose ces temps derniers et ce, même passé le « jour du copilote ») ne soit là pour entendre et faire entendre ce qui est le maître-mot : une vie collective sans risques n’existe pas. Sans compter celui-là, non moins important : on vit en société, donc - faudrait-il dire, hélas - on dépend des autres, des avions qu’ils construisent, vérifient, de ceux qu’ils conduisent…

 Quoique, là, ça coince quand même un brin – au moins au premier regard.

Vous êtes – je suis, et pas qu’un peu – bouleversé par ce qui semble s'annoncer comme la cause première, sinon la seule : ce n'est plus la machine toujours un peu étrangère à nous, qu'on devrait condamner, c'est d'un homme dont il s'agirait. D'un homme ? Enfin, c'est vite dit ! Plutôt , de ces monstres rampants en bordure de nos imaginaires, puisqu'il y a du dérangement mental dans l'équation. C'est déjà difficile, pour le tout venant, de penser un crash, sa violence inouïe, sa façon de rayer la vie à la vitesse du son, mais, là, il faut enregistrer quelque chose qui ressemble à une volonté ; un passage à l'acte. Notre rapport au risque est quasi menacé d'éclatement.

Psychose ? certainement pas tout le temps, plutôt schizophrénie dysthymique ? celle qui arrive par crises et repart se terrer des années durant ; celle qu’on sait soigner, surveiller, si c’est fait en milieu psychiatrique, avec traitement réglé ; celle dont, au bout, on ne sait pas tout, selon ce mental, ou l’autre. Celle qui au mieux entrera en rémission, plutôt qu’en guérison... C’est plus compliqué qu’un moteur d’avion, un mental ! Aucune posture déterminée – même avec l’arsenal toujours plus performant de la chimiothérapie. De l’à-peu-près. Loin de toutes les certitudes, ce champ de la médecine : « peu ou prou, le patient nous échappe toujours un peu ; il masque, on se trompe… » me dit à l’instant une connaissance, médecin de la chose. On le sait – faits divers à l’appui – on a peur, évidemment ; certains en viendrait à regretter les anciens bûchers de sorciers. Chaque fois, on se tourne vers ces spécialistes qui, c’est vrai, communiquent peu, bossent et réussissent – totalement, jamais. Un fémur à réparer ! j’en rêve ! me dit la dame…

Reflets du temps a lu pour vous

Ecrit par Gilberte Benayoun le 17 mai 2014. dans La une, Santé, Littérature

Reflets du temps a lu pour vous

« Le rire est le propre de l’homme » dit-on. Selon cette célèbre devise et autres nombreux dictons (« Il vaut mieux en rire qu’en pleurer »… « Plus on est de fous, plus on rit »… etc…), voici pour nos reflets du temps, cette semaine, une petite séance de « rigologie », aux couleurs du rire et de l’humour, essentielles et indispensables à notre bonne santé.

Michel Guilbert est médecin généraliste, écrivain et artiste. Mais pour le bonheur de ses patients, de ses lecteurs et de ses fans, sa spécialité c’est : « rigologue »… Il écrit des livres sur des sujets sérieux (la santé c’est sérieux), dans lesquels sont diffusés à haute dose son humour, sa bonne humeur et son rire.

J’ai choisi pour nos reflets du temps des extraits de son dernier ouvrage, « C’est grave docteur ? », et de son tout premier ouvrage : « Le Magasin des capotes zinzins ».

 

Quelques perles de « C’est grave docteur ? Les plus belles perles entendues par votre médecin » :

 

Pas question de participer à une étude, j’ai pas envie de servir de cow-boy !

J’ai fait un coma idyllique.

Je fais de la spasmofolie.

Dès qu’on me parle de maladie, je sodomise de partout !

Je suis mort de trouille, j’ai rendez-vous avec l’euthanasiste.

Je suis comme François Hollande, j’aime pas les sondages.

Il a failli mourir d’une embellie pulmonaire.

… … …

« Le crapaud, tribune libre ! »

Ecrit par Jean-François Joubert le 22 mars 2014. dans Ecrits, La une, Santé, Société

« Le crapaud, tribune libre ! »

Notre ami et rédacteur Jean François Joubert nous donne cette semaine, un texte particulièrement fort, dont nous le remercions. Qu'à cette occasion, il soit rappelé les contributions souvent de toute première importance, à la création, de ces esprits agencés autrement, que sont les malades psychiques. Et, ceci, dans tous les domaines : écritures, peinture, sculpture et tous les arts graphiques ; musique, bien évidemment !

La Rédaction de Reflets du Temps

 

L’égalité du drapeau dans le handicap psy !

Bleu, blanc, rouge sang de France, deux rapatriements « sanitaires » au compteur, un aux Antilles, un au Portugal. Merci ! Fiché, épinglé, pas de moyens financiers autres que les 790 Euros de mon allocation, condamné à être pauvre, au fond du trou. L’avenir ? La vieillesse ? Le droit au minimum social ! L’avenir, sombre ! Né sain, la maladie arrive comme un cheveu sur le hamburger, je suis mangé au quotidien par mes angoisses, aussi sensible qu’un ordinateur qui bug. Se laver, communiquer, sortir du mode parano, est une mission impossible, non, je ne suis pas normal au sens commun du terme !

 

Vous ne me voulez pas de mal, alors osez entrer dans mes divagations :

 

...En colère, nu, je rentre dans la maison, je me couvre. Juste avant, comme si j’avais eu une réponse du Tout Puissant, j’ai senti comme une aiguille entrer dans mon pouce, et puis, la terre tressauter tandis que la nuit peinait à chasser ses étoiles, comme si le temps s’était suspendu. Un passant... je l’agressai presque. Il est témoin involontaire de ce coup d’éclat, de la nuit retenue, de cette nuit qui refusait de laisser l’aube entrer. À cet instant, j’étais si sensible que je ressentis la rotation de la terre. Je venais d’entrer ailleurs… dans un monde de folie. Une crise paranoïaque, une crise spirituelle, une crise contre le monde, contre tout le monde.

Les prémisses philosophiques de la chirurgie

Ecrit par Jean-François Vincent le 15 mars 2014. dans Philosophie, La une, Santé

Les prémisses philosophiques de la chirurgie

« Homo homini lupus, medicus homini lupissimus ». Cette maxime, dont la paternité de la première partie est attribuée – faussement ! – à Hobbes, figure dans une comédie de Plaute, Asinaria, ou comédie des ânes (on pressent les pièces satyriques d’un Molière !)… mais si le médecin est un loup puissance dix – un « lupissime » – pour l’homme, que dire du chirurgien ?

On s’est – bien à tort – esbaudi sur la « performance » qu’avait constituée l’implantation du cœur artificiel « Carmat » chez un patient (volontaire, il est vrai) de 76 ans… Las ! Le malheureux n’a survécu que 75 jours. Toutefois, au-delà de l’échec technique, c’est toute la conception chirurgicale de l’homme qui est remise en cause ; cette idée que l’être humain est une mécanique, dont on pourrait « remplacer » les pièces défectueuses comme on le ferait pour une voiture…

L’idée remonte à Descartes et sa théorie de l’animal (mais aussi de l’homme) machine. Il écrit dans son Discours de la méthode, Vème partie : « ceux qui, sachant combien de divers automates, ou machines mouvantes, l’industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces, à comparaison de la grande multitude des os, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal, considéreront ce corps comme une machine qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée et a en soi des mouvements plus admirables qu’aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes ».

 Médecin et philosophe matérialiste, Julien Offray de La Mettrie, dans L’homme machine (1747) parachèvera le concept : « Le corps humain est une Machine qui monte elle-même ses ressorts ; vivante image du mouvement perpétuel. Les aliments entretiennent ce que la fièvre excite. Sans eux l’Ame languit, entre en fureur, & meurt abattue. C’est une bougie dont la lumière se ranime, au moment de s’éteindre. Mais nourrissez le corps, versez dans ses tuyaux des Sucs vigoureux, des liqueurs fortes ; alors l’Ame, généreuse comme elle, s’arme d’un fier courage, & le Soldat que l’eau eût fait fuir, devenu féroce, court gaiement à la mort au bruit des tambours. C’est ainsi que l’eau chaude agite un sang, que l’eau froide eût calmé (…) Etre Machine, sentir, penser, savoir distinguer le bien du mal, comme le bleu du jaune, en un mot être né avec de l’Intelligence, & un Instinct sûr de Morale, & n’être qu’un Animal, sont donc des choses qui ne sont pas plus contradictoires, qu’être un Singe, ou un Perroquet, & savoir se donner du plaisir ».

Les gens

Ecrit par Mélisande le 02 mars 2012. dans Ecrits, La une, Santé

Les gens


« Il conviendrait de ne les connaître que disponibles à certaines heures pâles de la nuit… avec des problèmes d’hommes, simplement, des problèmes de mélancolie ». Léo Ferré.


Les gens, dans les hôpitaux psychiatriques, sont comme des âmes errantes, cachés loin derrière leur souffrance, cette béance de l’être qui est à vif. Nous visitons ici des frères d’âme, qui n’ont pas su engoncer les oripeaux du « moi », cette structure policée de l’être, qui est d’abord un bouclier formaté pour acquiescer dans une soumission déchirante à l’ordre dominant. Ce sont des blessés silencieux du consensus, ils saignent !

Parfois c’est une histoire de vie et de mort ! Déchiré, l’être coincé entre sa demande d’amour, et son besoin impérieux de liberté, se retrouve parfois « Grosjean comme devant », au seuil de la folie..

Le deuxième oeil

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 juillet 2011. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits, Santé

Le deuxième oeil

Je fus en un temps une primipare âgée ; me voilà devenue, sur le tard, une cataracte jeune… « c’est rien du tout ! Une pitchenette… tu sors de là rajeunie de vingt ans ! (seigneur !!) ». En avant donc pour une cataracte – œil droit.

Tant qu’à faire, j’investis (oui, c’est privé, il y a la ronde des sur-honoraires) dans la clinique B, la meilleure de France, LA spécialiste, me dit le classement Nouvel Observateur – journal sérieux qui, il y a longtemps, me disait le monde et la politique, mais qui a glissé vers un mixte / 60 millions de consommateurs / tout sur la grossesse présumée de la reine. Font maintenant ces gens dans le classement à tout va : le meilleur lycée pour nos gamins, le meilleur investissement immobilier et, bien sûr, le meilleur hôpital, avec sous-classements selon vos besoins…

La rigolade m’est proposée par une chaude matinée de Mai – qui se prend pour un mois d’Août, ce qui alimente les conversations dans la file d’attente, la carte vitale à la main. « Présentez-vous à jeun depuis la veille ; pas une goutte d’eau ; pas un chewing-gum ; pas de maquillage… êtes-vous toujours d’accord pour être opérée ? ». Je signe ; 3 exemplaires.

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