Société

Contre les violences faites aux femmes… et aux hommes !

Ecrit par Jean Gabard le 02 décembre 2017. dans La une, Actualité, Société

Contre les violences faites aux femmes… et aux hommes !

Avec la libération de la femme et le culte de la spontanéité, y a-t-il encore aujourd’hui beaucoup d’hommes qui n’ont jamais été insultés, voire même giflés, par une femme ?

La réponse risque d’être difficile à donner : les études ne concernent souvent que les violences faites aux femmes !…

Mais peu importe, il n’est pas question de comparer des chiffres. Ces derniers, d’ailleurs, sont-ils si importants par rapport à la gravité du sujet, surtout s’il s’avère que les mêmes violences n’ont pas forcément des effets identiques sur les hommes et sur les femmes ?

Les violences physiques paraissent en effet beaucoup plus graves pour une femme que pour un homme. Les menaces seules, pour elle, sont déjà totalement destructrices.

Pour un homme, les violences physiques ne sont pas insignifiantes mais ne l’atteignent guère autrement que physiquement…

Il n’en est cependant pas de même pour les insultes. Venant d’une femme, celles-ci l’ébranlent et il ressent comme un cataclysme qui le renvoie à sa castration psychique, quand il s’est aperçu qu’il ne pourrait plus être comme sa référence première qu’il perçoit « toute-puissante » : sa maman. Son impuissance devant ce qu’il vit comme un nouveau rejet décuple sa colère et lui donne souvent envie d’utiliser ce qu’il possède : sa force physique.

Si la femme frappe la première, il est plutôt soulagé ! Les coups replacent le conflit dans un domaine connu par lui et où il a l’assurance de pouvoir répondre s’il le souhaite. « L’adversaire » revient alors « à sa portée », sur un terrain qu’il maîtrise. Souvent même, il n’éprouve plus le besoin de riposter ou s’il le fait c’est pour la forme, pour sauver son honneur mais pas parce qu’il se sent menacé.

Une femme ne peut ressentir les effets de sa violence psychique chez un homme, pas plus qu’un homme ne peut ressentir les effets de sa violence physique chez une femme !

C’est la raison pour laquelle les hommes (niant la différence des sexes), ont pu penser (et certains le pensent encore) que leurs violences physiques sur une femme ne pouvaient être très graves, puisque pour eux, celles d’une femme, sur eux, ne l’étaient pas !

Aujourd’hui, certaines femmes n’ont-elles pas à leur tour tendance à croire que leur agression verbale sur un homme n’est qu’une affaire bénigne, parce que sur elles, la violence des mots peut être tolérable et n’est aucunement comparable aux violences physiques venant d’un homme et à ses conséquences ?…

L’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres

Ecrit par Léon-Marc Levy le 25 novembre 2017. dans La une, Société, Histoire

L’antisémitisme n’est pas un racisme comme les autres

Il est obstinément des bons esprits – même parmi mes ami(e)s – pour assimiler l’antisémitisme à une forme, parmi d’autres, de racisme. C’est là plus qu’une erreur, une faute dramatique. Si l’antisémitisme N’était QU’un racisme, ce serait épouvantable bien sûr mais assurément pas la tragédie qui poursuit un peuple depuis deux mille ans, assurément pas la malédiction qui l’a fait expulser de tous les pays où il a tenté de prendre racine, assurément pas la haine pure qui depuis le XIIIème siècle l’a mené de pogroms en pogroms jusqu’à la mise en œuvre d’un plan d’éradication totale dans une des nations les plus civilisées d’occident, l’Allemagne.

Le racisme est un affect épouvantable, la terreur de la différence, la faute permanente de l’autre, chargé de tous nos maux. On passe, depuis le XIXème siècle pour n’envisager que l’époque moderne en France, des Allemands aux Italiens, aux Polonais, aux Noirs, aux Arabes surtout aujourd’hui. L’objet du racisme est changeant, toujours inscrit historiquement dans des causes circonstancielles.

L’antisémitisme n’est pas la haine de la différence. Les Juifs ne sont guère « distinguables » dans les pays où ils vivent. Les antisémites du XIXème et XXème siècle ont bien tenté d’imaginer un « type juif » – fondé sur certaines populations juives orientales – mais il était à mille lieues de la réalité perceptible par tous. Il suffit de revoir – encore et encore – le chef-d’œuvre de Joseph Losey, Monsieur Klein, pour comprendre l’incroyable folie identitaire que représente la volonté de donner un visage au Juif. Le Juif n’a pas de caractéristiques physiques, ni sociales, ni citoyennes. Il est blond, brun, noir même, grand, petit. Il est riche (parfois), pauvre (souvent). Il est très intelligent, très con, bon comme le bon pain, mauvais comme une teigne. Il s’intègre parfaitement à toutes les cultures dans lesquelles il vit, il est souvent un citoyen modèle, un soldat obéissant, un travailleur utile. Comme tous les autres.

« Comme tous les autres ». Ce n’est pas la différence, mais la ressemblance qui fait problème dans l’antisémitisme. Daniel Sibony, brillant psychanalyste, l’a débusqué depuis des décennies. Ce qui déclenche la haine c’est que le Juif permet de haïr l’autre qui me ressemble, de haïr mon semblable tout en me donnant le sentiment que je ne hais pas mon semblable mais un autre. Il est l’autre en moi, parmi moi. Donc facile à désigner comme la source de tous mes malheurs. Et c’est cela qui en fait la victime désignée dans toutes les cités dans lesquelles il a essayé de s’installer. Et c’est ce qui rend l’antisémitisme millénaire, continu. Et c’est cela qui rend l’antisémitisme unique (hélas) – même si le combat contre ce fléau doit évidemment se conjuguer à la lutte contre les racismes.

Retournez voir Monsieur Klein, (re)lisez Daniel Sibony (L’énigme antisémite, Seuil). Surtout, luttez chaque jour, individuellement ou collectivement (mais je ne crois pas au collectif), contre cette abjection de l’humanité qu’est l’antisémitisme.

Je ne peux rien de plus pour ceux et celles qui ne veulent pas le savoir.

Généalogie et légende familiale

Ecrit par Patrick Petauton le 25 novembre 2017. dans Souvenirs, La une, Société, Histoire

Généalogie et légende familiale

Ce n’était que lorsque le soleil disparaissait derrière les collines, et qu’une douce quiétude vespérale s’installait dans sa maison ouvrant sur le haut cher, qu’elle nous parlait de son passé, Marie-Louise notre grand-mère.

Lorsqu’elle naquit en décembre 1893 dans le petit village d’Epineuil-le-Fleuriel, à la limite du Cher et de l’Allier, la bonne fée des berceaux devait être retenue ailleurs, car sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille bordé de miel et autres fils de soie.

Fille de Louis, journalier agricole, et d’Eugénie, elle épousa en novembre 1911, à 18 ans, son voisin Sylvain Denizard, qui trois ans plus tard devait tomber sous les balles allemandes quelque part dans la Meuse, et comme tant de ces jeunes poilus, y demeurer, où, on ne sait, loin des siens jusque dans la mort…

Ne pouvant représenter une charge supplémentaire dans une famille pauvre, elle dut envisager de trouver un emploi loin de sa terre natale. L’occasion lui fut fournie parHenry Guilhomet, riche propriétaire et employeur de son père, alors son garde particulier, qui la prit à son service comme domestique dans sa maison parisienne. C’est surtout de cela qu’elle nous parlait.

« Dame ! j’en ai vu du beau monde chez les Guilhomet ! »

Elle évoquait alors des souvenirs chargés à la fois de plaisir, de fierté et de mélancolie. Les somptueux dîners des Guilhomet fréquentés par nombre de princes, princesses russes, duchesses et comtesses ! résonnaient à nos oreilles enfantines comme autant de contes de fée.

L’argent ne manquait pas, disait-elle. Accompagnés des domestiques, Henry et son épouse partaient chaque année hiverner au soleil et partager leur vie entre spectacles et réceptions mondaines, c’est ainsi que Marie-Louise, petite paysanne, aurait eu l’opportunité de vivre à Nice plusieurs fois.

Elle nous confia plusieurs anecdotes.

Un matin où elle coiffait Madame Guilhomet, elle fut intriguée par un tableau suspendu au-dessus du miroir et n’hésita pas à demander à sa patronne ce qu’il représentait. Celle-ci lui expliqua qu’il évoquait une scène de la vie paysanne en Russie ; un ouvrier agricole était knouté pour avoir mal travaillé. Profondément choquée par de telles méthodes, notre grand-mère qui n’avait pas sa langue dans sa poche fit part à sa maîtresse de son peu de respect pour ce pays bien peu civilisé à ses yeux, et la conversation aurait pu s’envenimer si Madame Guilhomet n’avait eu une parole forte pour couper court : « Marie-Louise ! Espèce de bolchevique ! » dit-elle en lui arrachant la brosse à cheveux des mains.

Rapport hommes-femmes : du chevalier servant au porc

Ecrit par Jean-François Vincent le 04 novembre 2017. dans La une, Actualité, Société, Histoire

Rapport hommes-femmes : du chevalier servant au porc

Weinstein, DSK, Baupin, et combien d’autres ? Certains même seulement en paroles et non en actes, tel Dominique de Villepin, songeant un instant à se présenter à l’élection présidentielle et murmurant : « la France a envie qu’on la prenne, ça la démange dans le bassin ».

Ainsi l’omerta a été levée ; on avait déjà ressorti les texto salaces de Denis Baupin adressés à l’adjointe verte à la mairie du Mans, Elen Debost : « je suis dans le train et j’ai envie de te sodomiser en cuissarde », ou encore « j’ai envie de voir ton cul »… Maintenant, on déballe tout et la chasse est ouverte. La journaliste Sandra Muller, de la Lettre de l’audiovisuel, a lancé le hashtag #balance ton porc, avec le tweet inaugural suivant : « Toi aussi, raconte en donnant le nom et les détails du harcèlement sexuel que tu as connu. Je vous attends ». Bref, appel à la délation, dénonciation des ci-devant mâles libidineux, épuration des cochons impénitents…

Faire la cour risque de devenir un parcours du combattant, une ordalie, un peu comme à l’époque du Fin’amor médiéval. L’on se souvient, en effet, que le chevalier passionnément amoureux d’une dame mariée (mais qui ne repoussait pas totalement ses avances respectueuses), devait se soumettre à toute une série d’épreuves destinées à tester sa flamme, épreuves qui culminaient dans l’asag : le chevalier devant rester nu toute une nuit, à côté de sa bien-aimée, également nue, avec – souvent, entre les deux – une épée, gardienne de la vertu de chacun… frustration terrible mais délicieuse, « j’aime mieux, dit Arnaud de Mareuil, dans son Saluts d’amour (XIIème siècle), le désir de vous que d’avoir d’une autre tout ce que reçoit un amant charnel ». C’est l’amor imperfectus, imparfait physiquement au sens de non parachevé par une émission de semen. Tout au plus l’amoureux transi peut-il espérer un chaste câlin. Dans le Roman de Jaufré (XIIIème siècle), la comtesse de Die récompense de la sorte son soupirant : « j’aurais grand plaisir, sachez-le, à vous presser dans mes bras, pourvu que vous m’ayez juré d’abord de ne faire que ce que je voudrai ». Tout chevalier se devant, avant tout, de demeurer obediens, obéissant…

Ce passage d’un excès à l’excès inverse invite à réfléchir sur le caractère éminemment subjectif du délit de harcèlement : ce dernier, en droit, repose, non sur élément matériel, mais sur un élément psychologique (art. 222-33 du Code Pénal) : « Le harcèlement sexuel est le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante ».

De la part d’une truie gauloise, en réponse au texte d’Ivan Rioufol dans le Figaro

Ecrit par Sabine Aussenac le 04 novembre 2017. dans La une, Actualité, Société

De la part d’une truie gauloise, en réponse au texte d’Ivan Rioufol dans le Figaro

Qu’un prétendu journaliste employé dans un des plus grands quotidiens de l’hexagone ose mélanger un sursaut masculiniste et un machisme primitif à des relents islamophobes en faisant passer Le Monde pour une Pravda locale à la solde des Khmers rouges ne m’étonne même pas. Car somme toute, la solidarité masculine n’a pas attendu le scandale Weinstein et la parole féminine –  j’insiste sur cet adjectif, sans avoir écrit « féministe » – ni l’écriture inclusive pour dominer le globe, de tous temps et dans toutes les civilisations, religions, politiques…

Oui, chers mâles blancs, je sais, ça fait mal.

D’ailleurs, étant pour ma part bien moins bornée que mon confrère du Fig, j’irai même jusqu’à écrire « chers mâles du monde entier »…

Oui, parce que quand on connaît les chiffres des violences sexuelles faites aux femmes en Inde, au Maroc ou dans d’autres pays où ne sévit pas le « mâle blanc », il est évident que les accusations de Monsieur Rioufol paraissent ridicules…

Oui, ça fait mal, je sais, de se sentir soudain avili, rabaissé, soumis à l’opprobre de toute une partie de l’humanité, à savoir des femmes ; je ne parle pas seulement des féministes, mais des femmes, de toutes les femmes, solidaires enfin, qui, sororalement, osent (même si mon correcteur d’orthographe me souligne ce mot…) prendre la parole ENSEMBLE.

Donc, le seul fait de dénoncer des actes de harcèlement ferait donc de nous des truies ?

Et alors même que cette parole s’est libérée dans le monde entier, et bien entendu aussi dans les pays arabes, nous, truies de garde, ne mettrions en cause que de vilains mâles blancs ? Ce pauvre Monsieur Rioufol doit décidément vivre en zone blanche, puisqu’il fait mine de pas avoir eu vent du succès mondial du hashtag #balancetonporc…

http://www.slate.fr/story/152684/mouvements-balancetonporc-metoo-exportent

Sachez, cher confère, que ce mouvement n’en est qu’à ses balbutiements. La révolution est en marche, et j’ose espérer que d’autres libérations verront le jour. La langue est, par exemple, en train de se libérer de la gangue masculiniste où l’avaient bâillonnée les savants et les censeurs de l’Académie. Les artistes, un jour, prendront leur vraie place dans la société, car comme le démontrent les chiffres de la SACD et du mouvement www.ousontlesfemmes.org, la parité est loin d’être acquise. La politique a commencé sa mue, les femmes conduisent depuis peu en Arabie saoudite, et, qui sait, peut-être verrons-nous un jour une papesse ?

 

ISF ; Emmanuel et le yacht

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 octobre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

ISF ; Emmanuel et le yacht

Serions-nous des gauchistes excités, mieux des Guevaristes bavant de haine, ceux qui n’ont pas avalé il y a une pincée d’heures le discours des Macroniens de Bercy, dévoilant – prière de chausser de bonnes lunettes – le comment du début d’assassinat de l’Impôt sur la Fortune ; le nôtre, puisqu’il paraît que nous, français, étions une peuplade sentant encore les coupeurs de tête de l’An II avec cet outil, fiscal et bien plus politique.

De quoi s’agissait-il ? D’attaquer l’ISF (ce que nous savions, notons-le, en votant pour le président Macron), de lui rogner ce qui lui restait d’ailes, à cet oiseau – majestueux quand même et peint des trois couleurs plus quarante-huitardes que tout le reste des républiques – né dans l’ombre non moins politiquement épique du premier François Mitterrand, en 1982. Et certains d’ores et déjà de glapir, que cet impôt n’eut de cesse, depuis, d’être épluché voire vidé par diverses lois, hélas pas toutes de Droite sonnante et trébuchante… Vrai, et que je te tricote des exemptés plus vite que des assujettis, des passe-droit fleurissant en parfois aussi grand nombre que ce que notre fisc républicain faisait rentrer dans ses caisses. Vrai, car qui dit impôt, dit, chez nous, astuce pour y échapper, dans ce peuple qui décidément ne s’est jamais vraiment amouraché de ses institutions fiscales…

Mais… il s’agirait là de bien autre chose, non de baisser tel taux ou de rehausser tel seuil, mais bien d’isoler cet impôt, en l'amoindrissant. La  taxe nommée à présent, en affichant haut sa casquette, « impôt sur la fortune immobilière », permettrait de sortir du dispositif des pans considérables d’anciens assujettis. Une flopée ? non, carrément une foule. Tous ceux qui collent leurs « éconocrocs » (comme dit mon fils, né pile avec l’ISF, qui ignorait visiblement qu’il y ait eu un avant, et qu’un après soit, comme il dit joliment, « légitime ») dans les outils bancaires type placements, assurance-vie et le toutim ; ça fait du chiffre. Plus spectaculaire, et sujets des agitations actuelles un peu partout ; sujet de conversation on ne peut plus consensuel, à « droite et à gauche », « points de détail » de l’inénarrable député LREM Barbara Pompili aux dents longues, les signes extérieurs de richesse, ce haut symbole de la justice quelque part en nous tous irait nager dans d’autres eaux beaucoup moins froides que celles de l’impôt sur la fortune. Voyez, ainsi une voiture de luxe, un jet privé, un cheval de course, et bien sûr un yacht (je ne dis « un » que par facilité). Hors jeu, tout ça, hors prélèvement. L’autre soir, dans le journal de la « gauchiste » Anne-Sophie Lapix, une petite addition-soustraction au tableau noir jouait avec quelques chiffres : le prix d’un yacht, son ISF avant la réforme Macron ; en face, ce qui serait demandé à son propriétaire (0 ct d’euro) dorénavant. Bouche bée des spectateurs, vaguement écœurés au point d’en poser la fourchette ! Quelqu’un, soutenant il est vrai fortement notre gouvernement, de me rétorquer : encore un bashing des médias !… Car le motif invoqué de ces prouesses réformatrices échappant à grands coups d’ailes à la morale la plus élémentaire, tient en un credo vieux comme la Droite libérale : on peut ainsi espérer (j’aime ce mot qui sent sa rationalisation économique) le retour des fonds planqués à l’étranger, mieux, l’arrivée en terre de France de tous les exilés de la City londonienne sous le vent aigre des suites de son Brexit. Bref, on peut aussi se demander si quelques bricoles type république bananière n’auraient pas un succès plus rapide et en rien moins sûr...

EDMOND MAIRE : UN HOMME, UN COMBAT, UNE CONSCIENCE

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 03 octobre 2017. dans La une, Société, Histoire

EDMOND MAIRE : UN HOMME, UN COMBAT, UNE CONSCIENCE

Edmond Maire, dirigeant emblématique de la CFDT pendant une longue période, et qui fut l'artisan du « recentrage » de la centrale syndicale vers la fin des années 1970, est décédé dimanche 1er octobre, à l'âge de 86 ans, « des suites d'une maladie », comme l'annonça sa famille dans un communiqué ; il avait été aussi précisé que ses obsèques auraient lieu « dans l'intimité ». Il y a des moments et des événements, comme celui-là, où notre histoire personnelle (je parle ici pour moi) peut être profondément touchée par la disparition d'un homme, qui fut une grande figure du syndicalisme et – d'une certaine façon – de la politique (au sens le plus noble de ce terme), et ceci alors qu'il y avait longtemps que l'ancien leader de la CFDT avait quitté la scène dans les domaines où il fut tellement actif. Je précise qu'Edmond Maire avait fait ses dernières apparitions publiques en juillet 2016, lors de l'hommage national rendu à l'ancien Premier ministre socialiste Michel Rocard, et en janvier dernier aux obsèques de François Chérèque, l'un de ses successeurs à la tête de la CFDT.

Né en 1931 à Epinay-sur-Seine, dans un famille catholique, Edmond Maire était chimiste de formation. Il avait participé à la création de la CFDT en 1964 ( à l'âge de 33 ans), une nouvelle structure syndicale née d'une scission avec la CFTC, sur la base d'une véritable déconfessionalisation (par rapport au christianisme) et d'un engagement politique de gauche assez radical (pendant un certain nombre d'années). C'est en 1971 qu'il devint le secrétaire général de la CFDT, et pour une période très longue, puisqu'il ne céda la main à son successeur Jean Kaspar qu'en 1988. Edmond Maire était entré dans le syndicalisme pour, disait-il lui-même, « changer le syndicat et changer la société ». Pour lui, l'un n'allait pas sans l'autre, en tant qu'intellectuel du mouvement syndical, dont la pensée continue toujours de marquer profondément l'organisation qu'il avait dirigée. Et ce n'est pas un hasard si Laurent Berger, l'actuel numéro un de la centrale syndicale, se faisant le porte-voix de ses camarades, à l'annonce du décès d'Edmond Maire, dimanche, déclara : « On perd une référence, on perd un immense syndicaliste, un des fondateurs de notre type de syndicalisme ».

Parfois imprévisible, l'homme Edmond Maire était farouchement indépendant, visionnaire pour son organisation et le rôle qu'elle pouvait jouer dans la société. En tant que leader de la CFDT, il apparut, à l'origine, comme étant véritablement issu de la culture de « mai 1968 », l'homme (un des principaux hommes) du « socialisme autogestionnaire » et de la « planification démocratique », par opposition avec les conceptions centralisatrices et totalitaires du « Gosplan » de type soviétique, en URSS et dans ses pays satellites (notamment en Europe de l'est). Dans ce contexte, et en compagnie du PSU, également très radical, du jeune Michel Rocard, il fit tout pour contribuer à transformer le nouveau PS dirigé par François Mitterrand, et qui était issu du congrès d'Epinay-sur-Seine (en 1971), en un « parti ouvrier de masse », incitant de nombreux membres de son syndicat à adhérer au PS dans le cadre des « Assises du socialisme » (en octobre 1974). Mais, les aspects « deuxième gauche » (décentralisatrice par comparaison avec la « première gauche » jacobine regroupée autour de François Mitterrand), quasiment « révolutionnaire » (dans un premier temps), se heurtèrent à de dures réalités. Edmond Maire comprit les difficultés qu'il y allait avoir à synthétiser ses aspirations autogestionnaires avec les visions qui étaient celles du PCF (encore très puissant dans les années 1970), ceci d'autant plus que François Mitterrand semblait valider certains aspects proches des conceptions communisantes. Il y eut aussi la rupture entre communistes et socialistes en 1977 – lors de la renégociation du Programme Commun de Gouvernement (signé en 1972) -, puis la défaite électorale de la gauche en 1978, ce qui provoqua une profonde évolution dans les positionnements du leader cédétiste.

Funambule

Ecrit par Michel Tagne Foko le 03 octobre 2017. dans Racisme, xénophobie, La une, Société

Funambule

Le goût de l’évasion.

C’était enfin l’été. Il faisait beau. Il faisait chaud. C’était aussi le temps des barbecues, des vacances, pour certains, des rêveries de voyages, pour d’autres. Les appétences étaient multiples. Ça papotait plus. Ça riait plus. Ça se rencontrait plus. Ça draguait plus…

Il y a quelqu’un qui a dit : « J’irai me faire bronzer en Indonésie ». Les gens ont ricané. Il y a une personne qui lui a répondu. Elle a dit : « tous ces kilomètres… que pour ça ? » Une autre personne a dit : « Tu vas au spa et le tour est joué, et si tu veux toucher l’eau ou nager, tu vas aux bords de la Seine ou à la piscine municipale… ». Il y a aussi eu ces dires : « si j’étais toi, je filerais plutôt à Deauville ». « Tu es fou ou quoi ? La Manche ? Tu rigoles ? » « Tais-toi, tu connais quoi à La Manche ? En été, c’est blindé de monde, et en plus, c’est cher Deauville ». « Si tu veux, je peux te donner de bonnes adresses si tu vas à Copacabana au Brésil ou à Cancún au Mexique ». « Tu veux un conseil, ne les écoute pas. Évite la mer du Nord ou l’océan Atlantique, c’est toujours mieux la Mer méditerranéenne, et en plus, au sud, il y a des prix pour tout le monde : briqué et peu friqué. Bien sûr, il faut quand même avoir du pognon ». « Si j’étais toi, j’irais plutôt savourer un bon moment de baignade avec les éléphants à Jaipur, au Rajasthan (Inde) ». « Qu’est-ce que vous avez tous avec la flotte ? Si moi je vais en Asie, c’est pour faire la fête avec les machins boys-là de Bangkok (Thaïlande) ». « Tu veux parler des ladyboys ? » « Tu as grave raison ». « Tu es fou ». « Il paraît qu’aller là-bas est moins cher ? » « Là-bas où ? En Thaïlande ou en Indonésie ? » « Ce n’est pas la même chose ? Les Chinois se ressemblent tous ». « Ce ne sont pas des Chinois ». « Ce sont des quoi alors ? ». « Ce sont des Thaïlandais ou Indonésiens ». « Et la différence, c’est quoi alors ? ». « La différence, c’est que tu es con ! ». « Moi aussi je pars bientôt, dans quelques jours, je mets le cap vers l’Afrique. Je vais m’amuser avec des prestigieuses dames galantes du Bénin ». « Tu as raison, tu es tellement laid que tu es obligé de payer pour ça ». « Et toi, tellement beau que tu dois supplier madame tous les soirs ». « Tu parles du Bénin ou de Benin City ? » « Quelle est la différence ? ». « Il y a un des deux qui est un pays et l’autre une ville ». « Alors, c’est l’un des deux ». « Tu es fou ». « Et toi donc ? ». « Si c’est de Benin City que tu veux parler, ça se trouve plutôt au Nigeria. Il paraît que là-bas, il y a en circulation le sida congelé des terroristes de Boko Haram… »

Soudain, le monsieur dont le sujet est d’aller se bronzer en Indonésie se lève. D’un pas pressé, le visage froissé, il se racle la gorge et puis émet un bruit assez désagréable de déglutition. Il dit : « J’ai de la famille à Bali, femme et enfants. Alors quoi de plus simple et de plus beau que d’être en famille au bord de la plage à Pandawa Beach ? ».

 

Levothyrox, le labo et l’armée des otages

Ecrit par Martine L. Petauton le 13 septembre 2017. dans La une, Actualité, Société

Levothyrox, le labo et l’armée des otages

La bête ne tuera pas, comme le Médiator de sinistre mémoire, se contentera de mettre dans l’inconfort force 10, d’heure en heure et jusqu’à quand, pas mal de gens dans les millions (3) d’utilisateurs du correcteur thyroïdien. Presque rien, presque tout, selon que vous appartenez ou non à l’armée des otages du problème qui raffutent dans tous les médias ces jours-ci.

Sire Levothyrox, qu’on peut nommer tel un monarque, vu qu’il trône seul en son rayon médicamenteux. Seul, en compagnie de son père, le laboratoire Merck Serono, de Lyon, seul aussi à fabriquer de telles pilules – le(s) concurrent(s), on voit pas… otages bien en main, allez ! disons seulement patients captifs dont Levothyrox-Merck démarre et finit l’alphabet… Mais que serait Sire Merck sans les consommateurs de sa pilule, écrirait n’importe quel écrivain public d’antan.

Affaire de solitude, donc – mot que vous avez le droit impératif de traduire illico par monopole (essayez donc de mendier dans vos officines autre chose que Levothyrox !), – de silence au fond des locaux impeccables et quasi futuristes de ces grands labos pharmaceutiques, gloire de notre industrie, en passe de devenir intouchables ; de dysfonctionnement sanitaire, pour autant, au bout. Que de (s) dans la chose… seul à manquer, peut-être, celui de santé ?

Le petit cachet blanc ; goût insipide, molécule essentiellement iodée, que l’on prend – que je prends – chaque matin, compense le dysfonctionnement (ou l’ablation totale ou partielle) d’un tout petit organe à la forme presque jolie de papillon à la base du cou : la thyroïde. Si petite qu’on en viendrait à négliger sa présence ; rien, à comparer, d’un poumon, d’un foie, alors d’un cœur, n’en parlons même pas ! Et pourtant, ce micro robinet de poupée, goutte à goutte, distille rien moins que l’équilibre. Il régule et sans lui, on est mal, soit excité à n’en plus finir – dysfonctionnement hyper, soit épuisé à ne plus pouvoir se lever – hypo, en ce cas. Je fais trop vite à l’évidence, mais le gamin de 10 ans qui me lit ne manquera pas de laisser tomber ce « mince, c’est embêtant ça ! » qui comme tout ce que saisissent les enfants, n’est pas loin d’une certaine vérité.

Jusqu’à la fin de l’hiver dernier, notre armée de dopés au Levothyrox, tous dosages confondus, était quasi inconnue, car, bon an mal an, « corrigée ». Progressivement, montèrent alors de loin en loin des plaintes argumentées : qui perdait ses cheveux, qui voguait de vertiges en nausées, qui se réveillait dans les crampes, qui était épuisé, perdait le sommeil, et j’en passe. Pour ma part, la fatigue ressentie était d’une intensité et d’une nature telle, que, presque naturellement, elle me renvoyait au souvenir de l’état d’hypothyroïdie que j’avais traversé avant « mon dosage ». Mais, comme les autres « nouveaulevothyroxés », d’autres causes firent alors office de présumés coupables, cachant le papillon et sa nouvelle boîte bleue ; nous vivions depuis si longtemps en compagnie du petit cachet blanc !

L’info finit pourtant par passer le bout du nez – articles, brèves, bouche à oreille, reportages : le labo avait modifié – presque rien, se défendit-il – un excipient de son médicament (remplaçant le lactose pas toujours toléré). Presque rien, et pour certains, quasiment tout. « Notre » Levothyrox était changé, aux marges, certes, mais changé. Or, dans ce domaine des régulateurs, un rien, une tête d’épingle peut – pas forcément chez tout le monde – perturber grandement l’organisme. Exit donc, la réponse cinglante et inqualifiable du labo monopolistique : « les effets secondaires évoqués sont imaginaires ». Assorti d’un revers de main méprisant : « les plaignants se montent le coup via les pétitions internet »(la principale atteignant à ce jour, sous le patronage de l’association des déficitaires thyroïdiens, le nombre infime de plus de 200.000 signatures).

 

Loi travail ; faudrait-il rester Schumpeterien ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 06 septembre 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Loi travail ; faudrait-il rester Schumpeterien ?

Il n’en pouvait mais, dans la matinale de France Inter, Thomas Piketty, face à Léa (Salamé) qui tirait des petits missiles du genre : – êtes-vous comme Macron, Schumpeterien ?

D’abord, on sourit – ce vieux Schumpeter de nos grimoires ! Puis on se souvient de deux ou trois choses qui nous avaient agacés dans notre jeunesse quand même assez marxisante ; la « destruction créatrice », par exemple, le titre de ce livre : Le capitalisme peut-il survivre ?, et c’est là – bon sang, mais c’est bien sûr ! – qu’on se prend l’évidence en pleine figure devant le café matinal : Macron ne peut être QUE de ce côté-là de la balance des théories économiques. Pile pour lui et les siens, cousu pour eux, ce discours vieux comme l’Europe d’antan. Immensément vieux, mais – en même temps – en capacité, une fois ripoliné, de reprendre du service, descendu du grenier, et – même – de finir dans le flou du soir qui tombe, comme neuf de chez neuf…

Schumpeter – petite fiche de révision ; n'est-on pas en pleine rentrée scolaire – est un économiste « politique », de l’ancienne Autriche-Hongrie, né fin XIXème ( la même année que Keynes ! L'année de la disparition de Marx! En même temps, disait l'autre !) parti aux USA – temple du capitalisme en marche – où il finira sa vie dans les années 50. Pas vraiment classable, le bonhomme et sa vision, dans les écoles économiques, mais regrettant suffisamment que le capitalisme peine à la tâche (raisons politiques et sociales) pour qu’après sa disparition, un Milton Friedman, chantre du libéralisme le plus dur (dont les Chiliens du temps d’Allende, et quelques autres, ont conservé un cuisant souvenir) reprenne haut et fort son flambeau.

On lui doit plein d’ouvrages et – mondialisation libérale débutant son spectacle - à la veille de sa mort, il était en passe de prendre la présidence de la « nouvelle association internationale d’économie ». Intéressantes, pour autant, les analyses, fouillées, sur les mécanismes / innovations (il est un peu le père du mot) / progrès techniques et technologiques / croissance. Tout ça, cependant, comme si le monde s’arrêtait aux portes des usines – les grandes, américaines, de préférence, se lançant à la conquête économique de la planète –, comme si le libéralisme était le seul modèle sérieux et viable, comme si le train ne pouvait quitter les rails – un seul sens au voyage, évidemment. Trois mots vaguement importants, n’existaient visiblement pas chez Schumpeter : ouvrier-employé-personnel. Un seul être était vivant au milieu des machines innovantes, l’entrepreneur – c'est même le titre d'un de ses livres - (ça sonne du coup formidablement actuel, ce discours). Pour autant, quant à moi, j’ai le souvenir d’une certaine fascination pour ce système de pensée, facile à comprendre et à retenir – les systèmes étant les préférés de nos mémoires, lycéennes du moins… Depuis – on l’aura remarqué – le monde a tourné – mal, quelquefois, et la moustache de Schumpeter a quitté la scène. Jusqu’à notre Macron, son programme teinté de sacrifices – faisables mais obligatoires – sa loi travail et sa dame Pénicaud campant sur tous les Danone de ses expériences.

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