De la montée de la violence

Ecrit par Luc Sénécal le 28 février 2011. dans La une, Société

De la montée de la violence


La différence entre la provocation et la violence concerne la maîtrise de soi. La violence est dit-on communément l’arme des faibles. C’est l’expression ultime de la frustration, de la colère, de l’impuissance. Elle peut être aussi l’un des rares moyens d’expression connu de certains individus. Elle est liée à la personnalité de l’individu. Elle est liée aussi à une défaillance d’éducation sociale et civique. Et pas forcément uniquement en famille ou dans un foyer.

Elle commence par de la provocation. Laquelle se manifeste verbalement ou par des attitudes agressives. Sans rencontrer une force mentale voire même physique mais surtout mentale, équivalente ou supérieure, elle continue par des petits actes en général liés à de la dégradation de matériel. Si la réponse sociale n’est pas à la mesure de ce genre de provocation, il n’y aura aucune raison pour que la poursuite de cette violence ne passe pas un cap. Celui de l’agression directe sur un être humain et parfois même (on en parle peu) sur des animaux.

C’est pourquoi la provocation inversée et surtout MAITRISEE, elle, peut traiter en amont toute tentative de violence. Cette provocation-là se présente sous plusieurs formes. Elle ne doit pas être physique. Elle peut être orale. Elle est surtout mentale. Elle peut présenter un caractère de violence verbale mais aussi être encore plus subtile. Elle peut utiliser l’humour, une manifestation ludique ou bien l’ironie, la moquerie pour mieux créer un effet « boomerang ». Qui renvoie la violence à son auteur par son propre propos.

L’essentiel est d’établir un barrage. C’est de dire « NON », impossible d’aller plus loin. C’est offrir un cadre. C’est poser des valeurs sociales de base. Donc apparaît la nécessité de sanction. C’est l’évidence. Mais là le discours des uns change vis à vis des autres. Les premiers étant ceux qui sont au contact quotidien avec la violence. Pour eux, ces sanctions doivent avoir un effet pédagogique INDISPENSABLE. En aucun cas marginaliser l’individu qui dans ce cas se retrouvera avec d’autres marginaux, avec ce que l’on peut imaginer (non seulement imaginer mais constater) comme dérapages. (Voir le film « Le Prophète »). Amener l’interlocuteur capable de violence à en retrouver les causes par lui-même. A avoir les capacités d’en comprendre les conséquences. Tant vis à vis de soi-même que de son environnement matériel, animal ou humain. Avoir la possibilité d’en évoquer les causes non plus comme de bonnes raisons voire des excuses viables mais réellement avec objectivité, voire même avec sincérité. Pour mieux les appréhender, les comprendre et les intégrer. Les accepter.

Un autre paramètre très important est l’effet produit sur un groupe de la part d’un provocateur qui franchit tous les caps d’agressivité sociale, avec l’assurance d’impunité et de facilité. Cette valeur d’exemple se révèle catastrophique si elle n’est pas systématiquement contrée. C’est d’ailleurs d’autant plus évident que le même provocateur « enlevé » de son groupe, redevient l’individu que l’on connaît dans des circonstances disons « standards », pour éviter le mot normales. En famille, vis à vis d’adultes ou encore face à des personnalités chargées de le remettre face à lui-même. Il convient de bien situer cette différence comportementale.

Ne pas prendre en compte ces quelques paramètres, c’est passer à côté des solutions que l’on peut proposer pour traiter le problème de la violence des jeunes en France. Le constat est patent à découvrir ce que les médias nous révèlent quasi quotidiennement. Et encore, quand les incidents ne sont pas couverts pour ne pas nuire à la réputation des organismes responsables de l’enseignement ou de « l’éducation » de cette jeunesse.

Malheureusement de nombreux amalgames viennent pourrir le débat. Des attitudes de xénophobie, de racisme, de refus voire même de déni ou autres de la part d’adultes, d’entreprises, d’administrations ou même de la part de responsables décisionnaires même à haut niveau, viennent donner une justification TOUT A FAIT ANORMALE à ces attitudes. En outre, l’affichage permanent et répétitif de ces anomalies par les supports médiatiques a une influence certaine sur les esprits et le mental de certains jeunes. Les individus coupables de violence qui n’en comprennent pas vraiment ni la signification réelle, ni les causes, se servent de ce genre d’anomalies comme de justificatifs.

Ne pas respecter une échelle de valeurs dans laquelle le respect s’applique de façon exhaustive et en suivant une exponentielle sociale, nuit gravement à l’intégration de toute fraction. Dans un sens comme dans l’autre.

Mais je dois ajouter un point important : Cette conception d’adulte face à des problèmes sociaux n’appartient pas à l’enfance. Elle ne doit en aucun cas lui être offerte. Pas plus qu’elle ne peut être au niveau de l’adolescence. Laquelle par nécessité est une période difficile de rébellion, de recherche et de transition. Le tout lié à l’émancipation proche et à la confrontation individuelle dans un monde d’adultes. Ce qui débouche par la nécessité de se situer dans le puzzle social et d’appartenance. En acceptation des challenges proposés ou en refus.

Confondre ces problèmes de société avec les perturbations naturelles de l’enfance et de l’adolescence, les offrir comme prétexte à notre jeunesse tient de la responsabilité parentale d’une part, et de tout corps social. Faute de respecter ce qu’est l’enfance et l’adolescence, sous prétexte de liberté d’information, conduit à ce que certaines oreilles n’aient plus aucun respect du corps social qui se discrédite en s’affichant continuellement. Quel espoir en ce cas leur est offert ? Quelle perspective d’avenir leur est proposée ?

Pire, en les sollicitant sans cesse par des biens de consommation qui leur deviennent essentiels par addiction, quel challenge d’intégration civique et sociale cela présuppose ? Vers quels moyens d’acquisition « faciles » vont-ils se tourner ? Que vaut « l’autorité » représentée par les corps de fonctionnaires sur lesquels la société rejette pour une grande partie ses propres responsabilités ?

Bref, où est la cohérence de tout cela ?

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Luc Sénécal

Rédacteur

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