De la possession à l’utilisation

Ecrit par Luc Sénécal le 27 septembre 2014. dans La une, Société

De la possession à l’utilisation

Dans notre société, au vu de l’importance considérable de la mise à disposition des biens ou des services, ne serait-ce que dès l’enfance avec les jouets ou autres manettes, il y a une toute autre façon de les considérer.

Déjà, en effet, on constate chez les jeunes adultes une considération toute autre pour, non pas les « posséder », mais les « utiliser ». La « possession » en soi n’est que temporaire et est destinée à revenir dans un cycle d’échange ou d’achat/vente permanent. Donc en effet, ce n’est plus la possession mais l’utilisation qui importe. Et celle-ci ne peut qu’être temporaire. Maintenant quelles seront les conséquences réelles dans un système d’ingénierie, de création, d’industrialisation, de distribution, de commercialisation et de consommation ? Actuellement les entreprises les plus en pointe s’arrangent pour que, lorsqu’elles mettent sur le marché un produit, il soit déjà obsolète vis à vis de celui qui est à l’étude au sein d’une recherche permanente pour aller plus loin encore.

Que deviennent les produits devenus obsolètes, déjà devenus « ringards » ? Ils partent pour le tiers-monde ? Ils sont recyclés ? Ils profitent à des gens démunis ? Il y a là effectivement une mutation dans l’esprit des consommateurs mais je doute fort que cela mette le monde capitaliste en défaut. Il s’adaptera.

On voit par exemple que la vaisselle héritée des parents, qu’elle soit belle et de valeur n’entre plus en considération. On la jette ou on la donne. On rachète. On est poussé d’ailleurs à le faire. C’est la mode. C’est aussi de la manipulation. La valeur ça se triture, ça se manipule tant qu’elle est d’ordre financier dans un sens comme dans l’autre. Ce qui est considéré comme « inutile », on met aux enchères ou à la disposition d’une association caritative. Quant à la valeur que l’on donne au titre de « souvenir » ou d’« héritage » des générations anciennes, qui est si chère justement aux générations anciennes comme la mienne, elle n’a plus cours chez la plupart des jeunes. Ils jettent, se séparent, quittent, rachètent, échangent provisoirement dans un cycle qui ne donne plus aucune valeur sentimentale aux objets. D’ailleurs, ils nous estiment nous, déjà, comme ringards, obsolètes, hors circuit… Gentils quoi, quand ils sont en bonne disposition à notre égard.

Le monde change en effet et d’autres paramètres (solutions écologiques, recyclage, lutte contre les pollutions, diminution des ressources naturelles, etc.), qui ne sont pas pris en compte ici, viennent aussi impacter sur les comportements des jeunes adultes, de plus en plus consommateurs désormais mais de moins en moins propriétaires.

Socialement, il y aura, il y a des conséquences, en effet. Ne serait-ce que dans la rupture d’un équilibre entre les couches sociales les plus défavorisées devenant encore plus fragiles et donc sensibles à cette rupture. L’échange et le partage sont alors une solution. Mais la propriété fait toujours envie ! Là est la pierre d’achoppement qui peut mener à la rupture.

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Luc Sénécal

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Commentaires (1)

  • Martine L

    Martine L

    30 septembre 2014 à 10:20 |
    Vous désignez - hélas, un fléau actuel et surtout à venir - ce circuit dans lequel nous semblons être prisonniers d'achat - mort de l'objet et cimetières à perte de vue. Consommer, vite et toujours plus, et se désintéresser du futur. A preuve, ces dingues d'ordi et autres smartphones qui campent sur les trottoirs à l'arrivée du " nouveau machin truc" ! Mais là, comme dans tout le sociétal, c'est aux gens eux mêmes de refuser la route et de valoriser en l'utilisant l'étape réparation. Les associations de consommateurs sont là, pour promouvoir d'autres modèles

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