Le Western (3) : Une jeune fille orpheline

Ecrit par Yasmina Mahdi le 04 août 2011. dans La une, Cinéma, Société

Le Western (3) : Une jeune fille orpheline

En hommage à Jane Russel (1921/2011)

Serrons dans le cadre, comme dans une prise de vue, le cas particulier de Rio Mac Donald, une jeune fille orpheline, pour en démontrer le caractère typique. En contrechamp de ces femmes blondes, aux yeux clairs, actrices anonymes, tenantes de la vertu, ou pulpeuses vedettes du moment, blondes platine, s'oppose, telles l'ombre et la lumière, une image érotique, fortement indicielle. Le Banni (The Outlaw) [d'H. Hawks et H. Hugues] révéla l'icone brune -la "brune incendiaire"- sous les traits de Rio Mac Donald, interprétée par l'inoubliable Jane Russel.

Le Banni relate les retrouvailles de deux hommes mûrs au Nouveau Mexique, dont l'un est devenu récemment shériff. L'ami venu rejoindre le shériff est un hors-la-loi finissant, qui va recueillir le terrible Billy le Kid, au gran dam du shériff. Rio qui paraissait être la petite amie de ce vieux protecteur va tomber amoureuse de l'éblouissant Billy (Jack Buetel), blessé et couché. Rio vit dans un monde où le groupe contient très peu d'individus (d'où la sobriété du film). Elle va se détacher de ce groupe restreint, où le père est mort, la mère absente, le frère tué, et rejoindre un monde hors-la-loi hyper individualisé. Dans Le Banni, la communauté est défendue contre un individu qui sème la terreur.

Tout le long du film, Rio est dans des préoccupations et des rêves de jeune fille amoureuse, en dépit de sa tante qui fait peser sur elle la culpabilité de la mort de son frère, le deuil. Rio participe totalement à l'histoire, y est totalement imbriquée. Elle y apporte un éclairage subversif d'éros et de mort, accentué par la profondeur des noirs de la pellicule, des ombres portées et du type scuptural et ténébreux de Jane Russel.

Rio évolue dans un climat de tension et de séduction, de rapports ambigus qu'elle génère tout autant qu'elle reçoit, par son éclatante beauté, d'un éclat presque tapageur. Jane Russel, la rivale de Marilyn et son complément en quelque sorte, (l'illustration de la vamp ténébreuse contre et à côté de la femme solaire) est une fabrication iconique érotique. Son son de voix, les modulations qu'elle y apporte sont calculés en fonction des archétypes accolés à "la brune", ton grave, rauque, sensuel et un peu caverneux... Comme il est précisé (dans Le Western, éd. Gallimard, 1993), "dans les années quarante, les mots érotisme et western commencent à être mêlés, [avec] Le Banni, 1943, et Duel au soleil, 1945. Le genre "acquit une libido". Rio incarne une jeune fille ambigüe, bienfaisante et diabolique à la fois, dans un monde de règlements de comptes, de bannissement et d'ostracisme.

Dès l'arrivée de Rio, le problème de la justice est posé. Rio vient venger son frère mort. C'est aussi la constitution d'un mythe : celui de Billy le Kid. Et Billy le Kid a assassiné le frère de Rio. Rio/Jane Russel se présente dans la menace; une ombre dans la nuit qui traque Billy, arme chargée, et se prépare à le tuer. La jeune orpheline règle ses comptes seule, à l'abri des regards, sans témoin et par surprise.  Nous assistons à une scène  dans "l'espace apprivoisé", celui de l'intérieur nuit de la grange d'une ferme. La caméra va et vient sur un ou deux éléments discernables dans l'obscurité. Les corps qui se déplacent dans le noir sont à peine distincts. Rio n'hésite pas à feindre pour s'emparer d'une fourche, fichée dans la paille à quelques mètres d'elle. Billy le Kid rampe vers le personnage sur une musique de suspense. Billy, rapide comme l'éclair, plonge sur le corps du tireur embusqué et invisible. La surprise est partagée avec le spectateur. Une femme est livrée au regard, les bras en croix. Billy le Kid a dévoilé et déjoué le plan de Rio.

Rio voulait venger son frère mort tué par Billy le Kid, qui se révèle à cet instant, un meurtrier. C'est une séquence très sombre, à la fois esthétiquement et moralement. Le Kid force la jeune fille à se nommer, et elle nous apprend la raison de sa haine. Jusqu'au bout de la séquence, Rio restera fidèle à son motif de vengeance. Son visage magnifique, filmé en gros plan, en légère plongée, accentuent sa détermination passionnée. La jeune fille souhaite venger son frère, sans connaître les événements précis des circonstances de sa mort.

Le ton de l'oeuvre paraît osé, avec la scène de la grange, des étreintes de vie et de mort (de viol?) dans le foin, la paille, au sein d'une forte pénombre, entre deux jeunes gens aussi farouches et troublants l'un que l'autre. Jane Russel offre son corps comme spectacle total et image glacée et intouchable, inaccessible comme une photographie. Pour auréoler de grâce et de mystère le caractère vénéneux de la rencontre amoureuse, Rio rejoindra le camp de l'illégalité en fuyant avec Le Kid, au détriment de la morale commune.


Yasmina Mahdi


A propos de l'auteur

Yasmina Mahdi

Rédactrice

Yasmina MAHDI, plasticienne d'origine franco-algérienne, titulaire d'un DNSAP des Beaux-Arts de Paris et d'un DEA d'Etudes Féminines de l'Université de Paris 8 ainsi que d'un corpus de 4 années de thèse sur le cinéma français

A dirigé la Revue universitaire Parallèles et Croisées

Dernières expositions : Faculté des Lettres de l'Université de Limoges, MJC La Souterraine Achat 2009 de l'Artothèque du Limousin (FRAC)

Dirige un atelier d'Arts plastiques à l'Université de Limoges

 

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