Pour toutes celles et tous ceux qui voudraient se faire entendre Taisez-vous !

Ecrit par Luc Sénécal le 24 janvier 2015. dans La une, Société

Pour toutes celles et tous ceux qui voudraient se faire entendre Taisez-vous !

Nous vivons une époque où tout va trop vite. Trop d’informations, trop de sollicitations, trop de pressions engendrent une sorte d’abêtissement de la population. C’est ainsi que l’on obtient également un asservissement quand trop de services et de produits viennent à tenir en laisse une population qui n’est plus capable de prendre en main sa propre destinée.

En France, la démocratie si chèrement acquise possède en elle une richesse inégalable. Celle de permettre à tous comme à chacun de s’exprimer par les urnes. Celle de permettre à tous comme à chacun de s’exprimer librement par le support qu’il choisit en toute liberté. Celle de permettre d’avoir accès à des choix qui sont, dans le principe, ceux qui lui correspondent le mieux.

Or c’est faux.

Incapable désormais, et cela est prouvé quotidiennement, de s’accorder le temps de réfléchir, de prendre du temps pour mieux examiner les problèmes au fond, autrement que par la forme, comme cela lui est soumis sans cesse, cette population va au plus simple, au plus pressé.

Non, elle ne veut pas faire entendre sa voix, parce qu’elle estime désormais que cela ne lui sert à rien. Elle ne veut pas non plus entendre la voix de celles et ceux qui lui demandent de prendre le temps d’aller plus en profondeur, en prenant connaissance des tenants et des aboutissants face aux problématiques auxquelles elle se confronte.

Elle mange, elle boit, elle jouit, elle s’enrichit de superflus, de virtuel, d’un rien qui lui paraît essentiel. Elle se soumet aux codes sociaux, aux modes commerciales, aux chants des sirènes de la pub, aux besoins inutiles qui lui semblent indispensables parce qu’ils ont pris une forme différente et que la précédente à peine sur le marché est déjà obsolète.

Elle s’enferme, se clôture, se digicode, met des caméras dans toutes les pièces, se méfie, se plaint, se radicalise, se sclérose. Elle n’ose plus. Elle reste sur ses acquis et a bien trop peur qu’on les lui enlève. Elle reconnaît qu’il convient de faire un effort, mais pour les autres, pas pour elle. Elle se reconnaît dans des associations, des regroupements d’intérêts communs professionnels ou autres. Elle se protège.

Réfléchir ? Réfléchir à quoi ? Là, je dois sortir faire des courses dans un supermarché, sorte de caverne d’Ali-Baba, dont je reviendrai avec bien plus que ce que j’avais prévu et dont j’avais besoin. Là, je dois sortir pour me saouler de plaisirs divers et variés, tant il y en a qui me sont proposés. Sans cesse, ils défilent devant mes yeux. Sans cesse, ils susurrent dans mes oreilles. Sans cesse mon entourage en parle, mes amis me défient, mes collègues en vantent l’usage.

Réfléchir ? Mais pourquoi ? Pourquoi devrais-je sortir de moi-même, de ce que je suis vraiment au lieu de me laisser aller dans l’opulence et le sentiment d’avoir sous la main tout ce dont on peut rêver ? Comme les autres. Comme tous les autres.

Pourtant, certains dans ma ville, dans mon village, dans ma campagne, connaissent des difficultés telles, qu’ils ne savent plus comment en sortir. Alors je pense à eux et je les plains. Ils n’ont pas su prendre le train en marche qui leur était proposé. Que puis-je y faire ?

Pour d’autres, ici ou là, je vois aux informations télévisées, j’entends à la radio, je lis dans les journaux, qu’ils subissent les affres de la famine, les blessures terribles de la guerre, qu’ils n’ont d’espoir que de survivre au jour le jour, comme ils le peuvent. Mais pourquoi serai-je tenu pour responsable. C’est à eux et à eux seuls qu’il appartient de prendre leurs responsabilités. Pas de venir m’encombrer, m’envahir, me solliciter en rêvant de vivre ma vie, puisque chez eux, ils n’en ont pas.

Et puis c’est si loin, tout ça.

Pourtant demain, je vais prendre l’avion et partir dans un pays touristique. Je vais fréquenter une hostellerie luxueuse et profiter de belles plages, de paysages fantastiques, de services facilités par l’emploi d’autochtones trop heureux de trouver du travail ou de faire du commerce. Quand je rentrerai, j’aurai profité de moments inoubliables dans un paradis, dans une région dont je ne veux surtout pas savoir qu’elle peut être tout aussi bien un enfer.

Je ne veux rien savoir de tout cela. Je n’ai pas le temps d’y réfléchir et je ne veux surtout pas me sentir responsable de ce qui leur arrive.

Je ne veux pas me rendre compte que la planète a rétréci et que le monde qui est le mien est aussi celui de tout le monde. Du monde entier. En me soumettant ainsi à des apparences, des besoins et des exigences qui n’en sont pas, je ne me rends pas compte qu’à terme je me condamne. Je condamne mes enfants et mes petits-enfants.

Mais ça, je ne veux surtout pas, non seulement le reconnaître mais le savoir.

Alors taisez-vous et laissez-moi vivre !

A propos de l'auteur

Luc Sénécal

Rédacteur

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