Foot : province française et désert parisien ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 07 août 2010. dans La une, Histoire, Sports

Foot : province française et désert parisien ?

Petite note introductive : mon titre – « Province française… » – est évidemment une allusion indirecte au célèbre livre du géographe français Jean-François Gravier, paru en 1947, et réédité de nombreuses fois : « Paris et le désert français ». Cet ouvrage montrait le gigantisme de la capitale à la tête de l’espace hexagonal, à la grande différence de la plupart des autres grands pays européens.

Tout(e) amateur(trice) de football, même le(la) moins éclairé(e), sait que le Paris-Saint-Germain (créé en août 1970) représente un cas assez unique par rapport aux grandes capitales « footeuses » européennes et aussi par rapport au comportement de l’essentiel de la Province française à son égard.

Un cas unique parce que, depuis le passage dans l’ombre du Racing Club de France et du Red Star, il n’y a plus qu’un seul grand club de football parisien. Et encore… ! Il ne porte même pas, symbole parmi les symboles, la seule mention de la ville capitale dans son nom ! Est-il vraiment considéré par tous comme l’équipe de Paris ?

De plus, Londres – en « Premier League » – compte quatre équipes de valeur (dont Chelsea et Arsenal). Madrid – en « Ligua » – au moins deux (Le Real et L’Atletico).
Milan également deux (L’Inter et le Milan AC). Seule l’Allemagne apparaît également comme étant un cas particulier, avec la domination – souvent contestée d’ailleurs – du Bayern de Munich – en « Bundesliga ».

Quant au comportement de la Province française à l’égard du club « parisien », nous savons tous qu’elle pose problème.
Qui d’entre nous n’a pas en mémoire les affrontements homériques – et pas forcément, certes, dans le sens le plus noble du terme – entre le PSG et l’OM ?
Lors de ces « classico(s) » (terme emprunté aux rencontres entre Le Real de Madrid et Le Barca), on assiste la plupart du temps à des débordements et à des déchaînements de violence entre supporters. Et pas seulement de la part des seuls « Ultras » ! Et il est rare que la violence marseillaise, notamment, soit placée sur un pied d’égalité par les médias notamment avec celle des « Hooligans » parisiens…

L’historien que j’essaye d’être ne peut que se poser la question des raisons profondes de ce qu’il faut bien appeler par son nom : un rejet certain, par la Province, de « sa » capitale, cette grosse tête (dix millions d’habitants environ sur les soixante quatre millions de Français) ; grosse tête pour un assez petit corps en fait.
Tentons rapidement de relier tout ce qui a trait au football, et qui découle sans nul doute de l’inconscient collectif des Français, à des faits historiques incontestables, et ceci depuis l’Antiquité gréco-romaine.

D’abord, rappelons que Paris ne fut pas la capitale de notre pays avant – disons – le XIIIe siècle, au coeur du « Beau Moyen-Age ».
Dans l’Antiquité, seule Lyon (Lugdunum) assurait cette fonction, au croisement des voies romaines les plus stratégiques.
Paris s’imposa avec les rois Capétiens, tel Philippe-Auguste, même si Louis XIV choisit Versailles contre Paris (pour des raisons politiques très connues). Premier contentieux.

Ensuite, notre grande Révolution de 1789 se fit contre la Province (insurrection Fédéraliste des Midis animée par les Girondins, Chouannerie). Les révolutionnaires Jacobins allèrent jusqu’à imposer la langue française à tous, réprimant les « patois ». Second traumatisme.

Puis, au XIXe siècle, toutes les tentatives révolutionnaires parisiennes (1848, la Commune en 1871) furent écrasées par des hommes de troupes recrutés en Province, tels que les Bretons par exemple. Série de traumatismes sanglants.

Malgré son essor démographique et économique à partir des années 1850-1860, la Région Parisienne, bien qu’étant peuplée par des quantités énormes de provinciaux (Auvergnats, Creusois, Bretons, etc.), n’a pas réussi à s’imposer psychologiquement, voire à se faire « aimer », par l’essentiel de notre population…

Pour en revenir au football, on peut tout simplement se demander si le rejet du « parigot », vécu comme n’ayant qu’une identité de nébuleuse, n’est pas un des éléments essentiels des violences qui se catalysent lors des rencontres, par exemple, entre l’OM et le PSG ?
Rivalité entre très grandes villes ? Jalousies largement recuites ? Mais aussi, vu de l’autre côté, morgue parisienne ? … Que de non-dits ! Que de malentendus !

C’est sans doute notamment dans ces directions qu’il faut rechercher les résultats extrêmement décevants du PSG depuis sa création, alors qu’il s’agit d’un des clubs les plus riches du football français…

ANNEXE sur le palmarès du PSG :

?    C2 (ancienne Coupe d’Europe des vainqueurs de coupes) : 1996
?    Champions de France : 1986 et 1994
?    Coupes de France : 1982, 1983, 1993, 1995, 1998, 2004 et 2008
?    Coupes de la Ligue : 1995, 1998 et 2008
?    Trophées des Champions : 1995 et 1998

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

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