Culture

L’hégémonie culturelle est-elle passée à droite ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 octobre 2017. dans La une, France, Politique, Culture

L’hégémonie culturelle est-elle passée à droite ?

Ce concept fut élaboré par Antonio Gramsci, un des leaders du PCI (fondé en 1921, un an après le congrès de Tours !) et condamné à vingt ans de prison par le régime mussolinien. Dans ses Quaderni del carcere (carnets carcéraux) et surtout dans Il materialismo storico, paru en 1966, Gramsci renverse et inverse le schéma marxiste de l’infrastructure économique déterminant les superstructures idéologiques : c’est, au contraire, cette dernière qui façonne les mentalités et influe à la fois sur le pouvoir politique et sur le modèle de production. Autrement dit, la bataille des idées précède et préfigure celle des urnes ; en vue de remporter la seconde, il faut d’abord gagner la première : « L’homme, écrit-il dans son Materialismo storico, n’est pas dirigé par la force seule, mais aussi par les idées, la fondation d’une classe dirigeante est l’équivalent de la création d’une Weltanschauung (vision du monde en allemand) ».

En 1981, se tint le XVIème colloque du G.R.E.C.E, groupe de recherches et d’études pour la civilisation européenne, dirigé par Alain de Benoist, le pape de l’extrême droite anti libérale et néo païenne, sur le thème « Pour un gramscisme de droite ». Un des participants, le docteur Wayoff, ouvrit le débat : « Pour nous, être gramscistes, c’est reconnaître l’importance de la théorie du pouvoir culturel : il ne s’agit pas de préparer l’accession au pouvoir d’un parti politique, mais de transformer les mentalités pour promouvoir un nouveau système de valeurs, dont la traduction politique n’est aucunement de notre ressort ». Alain de Benoist, de son côté, expliqua de cette manière la victoire de la gauche en mai 81 : celle-ci, au fond, n’a été que le fruit de la domination intellectuelle des marxistes pendant les années 50/60 et de l’influence sociétale de la révolution culturelle de mai 68. D’où un véritable programme de reconquête des esprits : « Répétons-le, ce n’est pas au niveau de la politique politicienne que nous nous situons. C’est au niveau des idées, au niveau du lent travail de transformation des idées du temps, que nous avons choisi de nous situer ».

Le processus, pour tout dire, avait déjà commencé. Robert Hersant avait fondé, en 1978, le Figaro Magazine, supplément culturel hebdomadaire du journal, destiné à jeter un pont entre la droite et l’extrême droite. Il plaça à sa tête, en 1980, l’inénarrable Louis Pauwels, l’auteur de la fameuse formule du « sida mental » lors des manifestations étudiantes de 1986 contre la loi Devaquet. Parallèlement, Yvan Blot, membre du GRECE et futur cadre du Front National, avait créé, en 1974, le Club de l’Horloge, Think Tank réactionnaire, visant à rallier à la cause hauts fonctionnaires et intellectuels. Bruno Mégret fut l’un d’eux.

Quand la Librairie Privat se fait Malouinière aux briques roses…

Ecrit par Sabine Aussenac le 09 juillet 2016. dans La une, Culture, Littérature

Quand la Librairie Privat se fait Malouinière aux briques roses…

Le cœur de l’Afrique bat au rythme de ce douzième Marathon des Mots. Et ses métissages bariolés se tissent au fil des récits, des lectures et des conférences…

Ce soir, bien en deçà des Tropiques, c’est la Bretagne qui a vogué vers nos briques roses, bercée par la goélette poétique de Yann Queffélec et de Patrick Poivre d’Arvor, dans la jolie cave aux mots de la librairie Privat ; et avec elle c’est tout un océan qui a salé Dame Garonne, improbable et délicieuse rencontre de deux grandes régions du pays de France.

Un véritable mascaret d’images a donc déferlé vers la Ville Rose. Les histoires croisées des deux écrivains voyageurs nous ont conté les fées des grèves et les embruns, les terres aux calvaires de granit rose et les noirceurs de l’Ankou. Complices de toujours, nos deux Bretons, l’un de sang, l’autre de sol, répondirent aux judicieuses questions du modérateur en un beau chiasme érudit et simple à la fois, l’incomparable douceur de la voix familière de Patrick contrastant agréablement avec le timbre âpre et profond de la voix de Yann, aussi sonore qu’une corne de brume.

Elle est là, la magie de notre Marathon des Mots ; dans le mystère de ces jardins extraordinaires qui naissent en quelques riches heures, quand la littérature s’incarne soudain en réalité, tous les imaginaires volatils solidement amarrés à un anneau comme péniche en Canal, voyages immobiles offerts au marathonien ébloui d’immenses.

Oubliant l’Autan pour rencontrer le vent d’ouest, nous voilà, petit peuple de Toulouse, à escalader le Grand Bé ou à troquer nos espadrilles contre une promenade en « ondine », dégustant les enfances de nos deux compères comme nous aimerions une glace au caramel au beurre salé. Et quand Yann a lu quelques pages du roman de son père, Henri Queffélec, Un recteur de l’île de Sein, évoquant les rigueurs austères de ce pays où il fait beau, certes, « plusieurs fois par jour », mais où les hommes ont appris à lutter contre les éléments, le front de Patrick s’est froncé au récit des morts enfantines, en symbiose fraternelle avec le deuil éternel des parents orphelins.

Et nous aussi nous sentions en cousinades, quand nos écrivains racontèrent l’outrage fait à la langue bretonne honnie par les raideurs administratives. Notre Occitanie a vécu les mêmes ravages de l’uniformisation, et nos grands-pères aussi furent bâillonnés et privés de l’usage de leurs patois, avant que les calendrettes méridionales ne fassent écho aux écoles Diwan pour rétablir l’honneur des parlers perdus…

Je me demandais, justement, l’été dernier, au retour du FIL de Lorient, pourquoi cette âme celte résonne si fortement dans les cœurs de millions de Bretonneux dispersés au gré du globe, quand notre culture occitane ne dépasse guère les frontières pyrénéennes ou les Monts de l’Aubrac… Nos invités nous décrivirent la diaspora, fracture et lien à la fois, immense souffrance de ces Bretons expatriés, de la Galice en Acadie, mais aussi secret de la formidable liesse fédérative de ces peuples celtes qui aujourd’hui encore font exploser leurs retrouvailles, à grands coups de bagads et de biniou, de cornemuse et de Far Breton, quand notre « Qé Canto » a bien du mal à se chanter au-delà de Brive, malgré les talents d’un Nadau…

« L'oeil de Claude : de Merkel à Chancel »

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 10 janvier 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité, Culture

« L'oeil de Claude : de Merkel à Chancel »

Angela Merkel

 

Elue pour la 8ème fois à la tête de la CDU, avec 96,72% des voix, Angela Merkel, surnommée « Mutti » par ses compatriotes, a sans doute l’intention de se présenter une quatrième fois aux élections générales de 2017… Rien de comparable, on l’aura compris, avec la situation dans laquelle se trouve François Hollande, qui, lui aussi, espère se faire réélire la même année !

Là s’arrête la comparaison. Malgré d’évidentes difficultés internes – inégalités sociales, insuffisance de l’investissement public, refonte de la politique énergétique, etc. –, la chancelière pourra s’appuyer sur un budget 2015 à l’équilibre, ce qui n’était plus arrivé depuis 1969 ! A faire pâlir l’exécutif français, embourbé dans ses difficultés et ses contradictions, et, surtout, politiquement instable !

Si Mme Merkel a pris la liberté de « tancer » la France, comme une maîtresse exigeante, principalement au sujet des réformes urgentes à mettre en œuvre, c’est parce qu’elle doute de notre capacité à rebondir et se montre très inquiète quant à l’avenir du « couple » et de l’Union… « Mère Courage », avant tout, elle a toujours fait preuve d’un réalisme politique à toute épreuve et continue sur sa lancée, en ne confondant pas forcément « rigueur » et « rigidité »… Si seulement nos dirigeants actuels pouvaient s’en inspirer un tant soit peu, sans tomber dans le piège d’une victimisation stérile !

 

Jacques Chancel

 

Au tableau « Nature morte à l’échiquier », signé Lubin Baugin, peintre du XVIIe siècle, pourrait faire écho ce plagiat – qu’il me pardonne – « Nature morte au Grand Echiquier »… A quelques jours de Noël, s’est éteint Jacques Chancel, transformant les nombreux fans de son émission phare en orphelins inconsolables de la télévision de qualité !

Plus de trois heures de direct, un grand orchestre, des artistes prestigieux, un maître de cérémonie, toujours à l’écoute et d’une immense culture… Tous ces ingrédients réunis faisaient de ce rendez-vous un moment rare, où émotions de toutes sortes et intelligence se côtoyaient à longueur d’antenne !

Gros-câlin, Romain Gary : au Théâtre Le Poche avec Jean-Quentin Châtelain

Ecrit par Valérie Debieux le 10 janvier 2015. dans La une, Culture

Gros-câlin, Romain Gary : au Théâtre Le Poche avec Jean-Quentin Châtelain

« Je vais entrer ici dans le vif du sujet, sans autre forme de procès. L’Assistant, au Jardin d’Acclimatation, qui s’intéresse aux pythons, m’avait dit :

– Je vous encourage fermement à continuer, Cousin. Mettez tout cela par écrit, sans rien cacher, car rien n’est plus émouvant que l’expérience vécue et l’observation directe. Evitez surtout toute littérature, car le sujet en vaut la peine ».

M. Cousin, employé de bureau, œuvrant comme statisticien, ramène à Paris, à son retour d’un voyage organisé en Côte-d’Ivoire, un python pour lequel il a éprouvé, sitôt exhibé, « une amitié immédiate, un élan chaud et spontané, une sorte de mutualité ». Le sujet est là, présenté à vif. Un acteur, seul sur scène, pieds nus, vêtu d’une djellaba sombre, se promenant au milieu de quelques objets mobiliers, raconte sa vie. Sans bruit, ni éclats. Avec bonhomie et avec douceur. Avec intelligence et raffinement.

Se côtoient en autant d’anneaux sa vie en appartement avec Gros-Câlin, sa vie au bureau avec ses collègues, sa relation platonique avec Mlle Dreyfus, « une collègue de bureau qui travaille au même étage, en mini-jupe », sa vie solitaire entre le bureau et son appartement :

« Une autre fois, dans le même ordre de choses, j’ai pris à la porte de Vanves un wagon qui s’est trouvé être vide, sauf un monsieur tout seul dans un coin. J’ai immédiatement vu qu’il était assis seul dans le wagon et je suis allé bien sûr m’asseoir à côté de lui. Nous sommes restés ainsi un moment et il s’est établi entre nous une certaine gêne. Il y avait de la place partout ailleurs alors c’était une situation humainement difficile. Je sentais qu’encore une seconde et on allait changer de place tous les deux mais je m’accrochais, parce que c’était ça dans toute son horreur. Je dis “ça” pour me faire comprendre. Alors il fit quelque chose de très beau et très simple pour me mettre à l’aise. Il sortit son portefeuille et il prit à l’intérieur des photographies. Et il me les fit voir une à une, comme on montre des familles d’êtres qui vous sont chers pour faire connaissance.

– Ça, c’est une vache que j’ai achetée la semaine dernière. Une Jersey. Et ça, c’est une truie, trois cents kilos. Hein ?

– Ils sont très beaux, dis-je […]. Vous faites de l’élevage ?

– Non, c’est comme ça, dit-il. J’aime la nature.

Heureusement que j’étais arrivé parce qu’on s’était tout dit et qu’on avait atteint un point dans les confidences où il allait être très difficile d’aller plus loin et au-delà à cause des embouteillages intérieurs ».

Reflets des Arts. Stylisme : Paul Poiret

Ecrit par Johann Lefebvre le 26 avril 2014. dans La une, Culture

Reflets des Arts. Stylisme : Paul Poiret

« – Lotus…

Mme de Perseval s’étonna : Comment ? Que dit-elle ?

– Lotus…

On avait bien entendu. La maîtresse de maison, de cet air des grandes personnes qui renoncent à comprendre un enfant, tourna son interrogation muette vers Mme Barbentane, laquelle était habillée d’un fourreau gris avec le dos nu, et une de ces petites traînes qu’on faisait alors, carrée, juste assez grande pour qu’on s’y prît les pieds.

Elle dit Lotus, – expliqua Blanchette – c’est nom de la robe dans la collection du couturier…

– Ah bien… C’est de chez qui…

– Poiret !

Bérénice avait crié le nom avec une précipitation qui lui fit monter le rouge aux joues. Elle était fière d’avoir une robe de Poiret. Les yeux brillants, Mme de Perseval hocha la tête :

J’aurais dû m’en douter…

Aurélien sentit ce qu’il y avait dans ce bout de phrase de critique et de mésestime pour cette petite provinciale qui court naturellement chez Poiret. On ne pouvait pas savoir que c’était une idée de Blanchette qui avait donné cette robe à la cousine de son mari, tout exprès pour cette soirée » (Louis Aragon, « Aurélien », 1944)

D’aucuns pourraient s’étonner de voir apparaître ici, dans une rubrique consacrée aux arts et aux artistes, le nom d’un couturier, aussi célèbre soit-il. Mais moi qui suis marié à une styliste & costumière excellant dans la confection sur mesure et la haute couture, je suis en mesure d’affirmer sans me tromper qu’au-delà de l’artisanat, il existe bel et bien une réelle dimension artistique, depuis la conception jusqu’au montage, en passant par la coupe…

Il vient de passer son bac, nous sommes en 1898, Paul Poiret travaille chez un fabricant de parapluies et ombrelles et se passionne pour le dessin. A l’aide d’un mannequin offert par ses sœurs et avec des chutes de tissu, il élabore des modèles de robes. Après avoir fait ses classes chez Jacques Doucet où il est dessinateur puis modéliste, et travaillé pour la maison Worth, Paul Poiret fonde son entreprise à l’automne 1903, avec l’aide financière de sa mère, au 5 de la rue Auber, dans le quartier de l’Opéra. C’est Réjane, déjà cliente chez Doucet, qui lui permet de se faire connaître, ainsi que sa femme Denise qui porte le célèbre turban orné d’une aigrette.

[ La gastronomie dans Reflets ] Resto : L'ombre de Colette dans un coin d'assiette...

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 décembre 2013. dans La une, Culture, Gastronomie, Notre monde, Littérature

[ La gastronomie dans Reflets ] Resto : L'ombre de Colette dans un coin d'assiette...

Castel Novel… « au printemps, – écrivait-elle, avec cette coiffure ébouriffée, ces curieux chapeaux, ce visage que n’importe qui reconnaît sur la couverture du livre de poche ; irremplaçable Colette ! – les murs pétillent de lézards et sont blonds d’abeilles »… Nous en revenons, par un de ces derniers dimanches d’été. Début septembre ; calme après la vague touristique. Encore caniculaire, au mitan du jour, mais, par moments, le vent dans les grands arbres centenaires, qui ont vu la dame jouer à la fermière, agite la promesse de cet automne corrézien, habituellement « indien », et, pour tout dire, somptueux.

« Le rosier blanc de la façade est si blanc de fleurs qu’il trace la nuit sur la maison une voie lactée »… A l’ombre de quel grand arbre de la terrasse, écrivait-elle ça, dans les années qui finissaient la Belle Epoque ? Entendait-on déjà les bruits sourds, partout en Europe, de la boucherie à venir ? Son « amour », Henri De Jouvenel – le journaliste du Matin, le futur ministre – se penchait-il sur les nouvelles, assis, lui, sous cet autre arbre, à moins, si le vent soufflait, qu’il ne se fût réfugié au coin de la grande cheminée, et son « cantou », comme on dit ici…

[BestOf] Arts : Jean Faucheur, le silence revisité

Ecrit par Sabine Vaillant le 13 juillet 2013. dans La une, Arts graphiques, Culture

[BestOf] Arts : Jean Faucheur, le silence revisité

Sans bruit l’automne accomplit son travail, parant les arbres de leur habit de lumière dans une dernière flamboyance, sur fond de ciel souvent gris. Qu’importe ! Jean Faucheur présente Le Silence, une vingtaine de ses œuvres, dans le cocon de la Galerie MathGoth, au cœur du neuvième arrondissement de Paris.

 

Tout droit sorties de son atelier d’Épinal, après des mois solitaires de travail, loin de l’agitation parisienne et de ses sollicitations, les toiles de Jean Faucheur livrent le fruit de son cheminement artistique et culturel, commencé aux Arts déco – ou Beaux-Arts ?? dans les années 80.

 

 

La vie en grand

Ecrit par Pierre Windecker le 29 juin 2013. dans La une, Education, Culture

A propos de l’exposition du Museum consacrée aux grands dinosaures

La vie en grand

Se livrer à une critique négative n’est pas seulement désagréable : cela crée aussi une dette. Ce petit billet est une manière de m’acquitter de celle que j’ai contractée en exerçant dans Reflets du temps une critique suspicieuse à propos de l’exposition du Museum Au fil des araignées.

Pour résumer d’un mot, je m’y inquiétais d’une débauche d’interactivité ludique qui faisait de l’ombre à des explications déjà par elles-mêmes trop dispersées et, par-là, trop fuyantes. Un processus anti-didactique me paraissait travailler dangereusement le dispositif et l’itinéraire de l’exposition et en subvertir en partie l’intention.

La visite de l’exposition La Vie en grand – à l’intention des mêmes petits-enfants, n’ayant grandi depuis que d’un an – me donne cette chance : pouvoir parler favorablement cette fois du travail du Muséum, tout en ayant le sentiment de lui rendre justice.

Je conserve intacts mes doutes à propos des écueils sur lesquels butait l’exposition précédente. Mais la nouvelle exposition permet de replacer l’autre dans la continuité d’un effort didactique et muséal qui, malgré des erreurs toujours possibles, peut mériter approbation et, pourquoi pas aussi, quelque admiration.

On doit d’abord reconnaître un mérite partagé en fait par les deux expositions (et par bien d’autres antérieures), mais qu’il m’avait paru hors de propos de signaler dès lors que c’était la pertinence didactique elle-même qui faisait problème : ces expositions sont en soi de pures réussites esthétiques, tant par leur art de « l’installation » que par celui dont elles font preuve dans l’utilisation des ressources techniques classiques (mécaniques) ou technologiques récentes (numériques).

De l’influence de la lecture sur les comportements de la bourgeoisie

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 06 avril 2013. dans La une, Culture

De l’influence de la lecture sur les comportements de la bourgeoisie

Les bourgeois de ma génération auront vécu dans le souvenir d’une époque que nous n’avons bien connue que par la littérature. Ce sont les livres, les romans en particulier, bien plus que les souvenirs qu’ont pu nous transmettre nos grands-parents, qui ont donné un fond de légitimité à cette nostalgie.

La peinture, la musique et surtout le cinéma nous ont permis de composer, autour de ce passé que nous situons de façon assez vague avant la guerre de 14, des atmosphères visuelles et sonores qui ont étayé notre imaginaire sans doute au prix d’anachronismes. Du côté de chez Swann comme Le grand Meaulnes sont publiés en 1913 mais se réfèrent à des périodes antérieures mal déterminées.

Notre fascination pour cette préhistoire de nos temps modernes ne nous met pas à l’abri d’idéalisations naïves voire de contresens. Ainsi, les jeunes filles en fleurs de Proust qui papillonnent sur les planches de Balbec, les robes à crinolines ou à tournures et les ombrelles peintes par Monet ou Renoir évoquent des cotonnades et des soieries claires et fleuries dont s’inspirent les costumes du film de Bertrand Tavernier Un dimanche à la campagne, délicieusement nostalgique d’un passé recomposé. Mais chez mes amis brocanteurs qui vident les quelques vieux greniers de province encore inviolés, on trouve surtout d’austères robes noires parées de dentelles aussi funèbres que les colliers de jais que portaient nos arrière-grands-mères dès leur premier deuil.

INDIE 184 GRAPHE LA FEMME

Ecrit par Sabine Vaillant le 19 février 2013. dans La une, Arts graphiques, Culture

INDIE 184 GRAPHE LA FEMME

Wild at Heart

Galerie Mathgoth

32, rue Rodier Paris IX

du 7 au 21 février 2013

 

2013 sera féminine. La galerie Mathgoth l’affiche sans complexes avec Wild at Heart, l’exposition de INDIE 184.

La jeune grapheuse new-yorkaise débarque à Paris avec une douzaine de toiles hautes en couleur, pour sa première exposition solo.

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