Arts graphiques

« Dans le secret des œuvres d’art » Campagnes de restauration au Musée Fabre de Montpellier - exposition

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 juin 2018. dans La une, Arts graphiques

« Dans le secret des œuvres d’art »  Campagnes de restauration au Musée Fabre de Montpellier - exposition

Il est des gens, nombreux, qu’un musée fait bailler, qu’une expo fait fuir. Il est des personnes pour qui art rime seulement avec vague posture sociale, si ce n’est ennui. Alors, l’exposition temporaire de Fabre, démarrée ce printemps, est pile cousue pour eux. Parce qu’ils vont adorer et en ressortir passionnés, comme chacun d’entre nous en revient, changés dans le regard futur qu’on portera sur n’importe quelle œuvre d’art, et, ce, dans tous les musées du monde. Un outil de transfert, pas moins, qu’un public de jeunes voire d’adolescents, friands de technologies nouvelles ne peut qu’adopter avec enthousiasme !

Il s’agit de nous présenter, raconter, montrer la restauration de l’œuvre d’art, en ciblant 5 exemples, tous pris dans les collections du musée, et en réussissant un fabuleux deal : être le plus pédagogique possible, le plus efficacement communicant possible. Chacune des œuvres a des supports et des problématiques de restauration différents. Michel Hilaire, le directeur du musée, résume impeccablement la démarche de cette expo hors norme :« Amener le visiteur à appréhender l’œuvre d’art non pas seulement selon un critère esthétique, mais dans sa composante matérielle. Aller au-delà de la surface et se perdre dans les arcanes mystérieux de la science et de l’art ».

« La Sainte Trinité couronnant la Vierge » est un anonyme espagnol ou flamand ; panneau de bois, dont il faut connaître les recettes de fabrication, pour mesurer comment pouvoir le maintenir au mieux et le présenter au public de nos jours. Voyage dans le bois du tableau… toute une analyse d’un matériau mouvant qui réagit à la température et à l’humidité, étant ainsi hydroscopique. La restauration a placé le tableau dans une vitrine climatique, où il est soumis à des hausses et des baisses de température et d’humidité ; toutes mesures permettant de gagner un temps précieux, pour ensuite, en atelier de restauration des œuvres sur bois, être travaillé en termes d’adhérence, de collage…

Deux dessins du 18ème de Jakob Philipp Hackert ont bénéficié d’une restauration préventive. On nous montre l’état initial (taches, effacements partiels, piqûres, estompage des teintes exagérément jaunies). La sauvegarde a dû décoller des cartons abîmés (travail de fourmi à la fine spatule) parvenir (prouesse technique) à ne rien sacrifier. Le résultat tient du miracle : le dessin a retrouvé chèvres et frondaisons, les teintes sont revenues, l’espérance de vie des œuvres allongée, et l’exposition possible à nouveau.

Reflets des arts : L’inlassable quête du Vieux Fou de dessin

Ecrit par Jean-François Vernay le 26 mai 2018. dans La une, Arts graphiques, Littérature

Haikus, Les paysages d’Hokusai, Collectif, Le Seuil, 2017, 128 pages, 19 €

Reflets des arts : L’inlassable quête du Vieux Fou de dessin

Les tons mordorés de l’automne donnent une tonalité nostalgique à Obuse, la ville discrète pour laquelle Katsushika Hokusai (1760-1849) nourrissait une obsession au crépuscule de sa vie. À arpenter ces routes de campagne étroites qui délimitent les vergers d’Obuse, on est tout ébaudi devant une reproduction de La Grande Vague de Kanagawa (1831) en gravure couleur bronze, qui orne discrètement une plaque d’égout. Hokusai est une telle célébrité au Japon, que son ombre est partout, même dans les plus infimes détails.

On retrouvera cette grande vague en compagnie de nombreuses autres nikuhitsu ukiyoe (autrement dit, des peintures de style ukiyo-e (1)) dans Haikus, Les paysages d’Hokusai. L’estampe japonaise est le produit d’une sculpture sur un bois de cerisier qui sera par la suite enduit de couleurs pour impression sur un papier à base de moelle de mûrier. Cet art subtil qui exige à la fois maîtrise et minutie produit des œuvres lénifiantes, dont la clarté des tons invite à la médiation Zen et à la contemplation du « mystère des choses » que le « Vieux Fou de dessin » recherchait sans relâche jusqu’à un âge très avancé. Hokusai est aussi l’auteur d’une kyrielle de croquis préparatoires à son inspiration, témoignant d’un souci de perfectibilité propre à la culture japonaise qui force l’admiration.

Faut-il voir dans ces magnifiques estampes de l’ère Edo un moyen de fixer, voire de vaincre l’impermanence d’une nature mouvante ? Il me semble qu’elles sont avant tout un tribut aux éléments et aux forces de la nature. En outre, cesœuvres d’art sont ourlées de poésie grâce à un florilège de haïkus sous les plumes de Bashō, Bosha, Buson, Chiyo-Ni, Dakotsu, Issa, Jōsō, Kyorai, Masajo, Moritake, Ryokan, Ryōta, et quelques autres écrivains. Nelly Delay nous rappelle la définition de ce genre poétique : « Par sa brièveté et son évocation de l’instant, le haïku s’apparente à l’esprit des koan. Un haïku exprime une illumination passagère dans laquelle nous voyons la réalité vivante des choses » (2).

Force est de constater que ce beau-livre d’un petit format propice à devenir un vade-mecum remplit bien son office en procurant un plaisir esthétique certain aux lecteurs. Ces derniers regretteront peut-être la désacralisation des œuvres d’art qu’opère la surimpression de haïkus sur certaines pages et l’absence du titre des nikuhitsu ukiyoe. Mais ce ne sont que des broutilles face à l’enchantement esthétique auquel nous conduisent ces artistes japonais.

 

Jean-François Vernay

 

(1) Ukiyo-e signifie Image du monde flottant, une école picturale d’estampes sous la période Edo incarnée par Katsushika Hokusai

(2) Nelly Delay, Le Japon éternel (Gallimard, 1998)

RDT / 68 - Mai 68 : révolution, création, art…

Ecrit par Johann Lefebvre le 12 mai 2018. dans La une, Arts graphiques, Société, Histoire

RDT / 68 - Mai 68 : révolution, création, art…

En mai 68, l’expression artistique comme véhicule de la contestation et, d’une manière plus générale, du désir révolutionnaire, se trouve être à la jointure de deux lignées historiques jusque-là distantes, même si leur histoire sociale prend source, au cours du XIXe siècle, avec d’une part la « critique artiste » du capitalisme et, d’autre part, les différentes déclinaisons théoriques du marxisme. Ces dernières s’intéressent aux deux pôles essentiels qui articulent les modes de production modernes, à savoir l’aliénation et l’exploitation, et sont les plus entendues jusqu’à la fin de la première guerre mondiale et la révolution bolchévique, avec une pointe insurrectionnelle lors de la Commune de Paris. Elles constituent un ensemble complexe et varié, avec ses socialismes à géométrie variable, ses anarchismes à plusieurs branches ou ses syndicalismes catégoriels. Quant à la critique artiste, elle concentre davantage son propos sur les conséquences de l’aliénation et de l’exploitation, en particulier la transformation du décorum social et de la vie quotidienne, transformation générée par la marchandisation totale de toutes les zones de la vie, produisant à la fois falsification et séparation. Cette critique spécifique est d’abord la plus discrète, au sens où elle n’est déployée que par un groupe restreint de théoriciens et praticiens. Son apparition, c’est-à-dire son premier effleurement historique, est contemporain de la monarchie de juillet, elle s’attaque avant tout à un état d’esprit, à une morale, à une ambiance, et annonce déjà les attaques contre l’utilitarisme, la médiocrité des goûts bourgeois, les notions de confort, de réussite sociale, de carriérisme. Dans la pratique, elle invente les formes comme la bohème, le dandysme, avec la création autonome comme cœur de l’existence humaine, préfigurant à cet égard la notion à venir et toute proche d’art pour l’art.

Ces deux approches critiques vont progressivement converger au cours du XXe siècle. D’un coté les formes théoriques et pratiques du marxisme auront surgi réellement, mais dans l’ébauche et dans l’échec, et le processus de désintégration stalinienne (le marqueur étant la Hongrie en 56) va finir de déshabiller Marx sauvagement travesti en même temps que les conduits médiatiques, en plein essor, vont permettre la pleine diffusion des productions culturelles. Par ailleurs, dès la fin de la seconde guerre mondiale, l’intellectualisation de la jeunesse fait un bond en avant, les facultés de sciences humaines et de lettres connaissent un large succès, elles permettent des jonctions inédites, des transversalités entre domaines d’études, car elles contiennent le lectorat des théories naissantes : Benjamin, Adorno, Lefebvre, Marcuse, les situationnistes et autres avant-gardes, permettent un déplacement des lignes, et même si la critique qu’ils ventilent demeure d’inspiration hegelo-marxienne, elle ne peut plus, face aux nouvelles conditions existantes, s’arrêter au simple décorticage, maintes fois resucé, de l’exploitation généralisée, elle progresse sur le terrain de la vie quotidienne où une multitude d’aliénations nouvelles est en train de s’installer.

RDT /68 - 68 et ses affiches

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 mai 2018. dans La une, Arts graphiques, Société, Histoire

RDT /68 - 68 et ses affiches

Des milliers d’affiches pour dire le monde et l’Histoire qui se fait… Celles de mai 68, qui ne les a encore au coin de l’œil ? (il paraîtrait qu’on se les arrache à prix d’or, en brocantes).

Je les ai retrouvées, exposées (trop petit nombre et surtout trop peu, voire pas, exploitées) aux archives de Montpellier. On comprend mal du reste ce parti pris de simple illustration, semblant ne mériter rien d’autre qu’un vague coup d’œil. Défraîchies, si fragiles (quand il s’agissait de rares originaux sous verre), le reste reproduit.

Assez petit format ; nous parlerions d’affichettes, à peine plus conséquentes que de gros flyers, aux couleurs et traits presque enfantins, mais tellement signifiantes entre slogan, banderole et message. Un discours bien autant qu’une image, presque un trait publicitaire parfois. Naïves, penseront certains ; pas du tout, profondément efficaces et inscrites dans l’époque, diront d’autres, presque sérieuses au fond. Fond d’air très soixante-huitard, que ces affiches en noir, rouge et blanc, couleurs hautement symboliques, avides de libertés de tous ordres, mais aussi réfléchissant une période d’abondance, montrant en creux, en la refusant, la société de consommation. Que de bonheur, finalement, dans ce monde si lointain du nôtre… L’affiche et 68 ; « sous les pavés la plage » et sur ses murs, l’image qui veut faire sens. Ne pas perdre de vue l’importance de la Chine de Mao, dans les imaginaires d’alors, ses dazibao – fresque murale portant message – en guise de langue politique.

Il faut souligner que communiquer en 68 – le nerf de la guerre en toute époque – ne pouvait comme maintenant s’offrir le Net et la fabuleuse machine des réseaux sociaux ; un 68 et ses face books ! imaginons juste un peu : le rapport au nombre, au temps, aux messages ; mobiliser en deux clics ! Mais également les risques, notamment en fake news ; cauchemardons aussi de ce côté-là…

J’ai compulsé, proposé parallèlement à l’expo, un livre intéressant sur « les affiches de 68 ». Des pages d’images ; aucun texte accompagnant, ce qu’on peut regretter ; mais quelle somme ! Toutes les stars y sont avec une tonne de pépites inconnues en sus. Toutes chronologiquement classables en ce Mai, une marque de fabrique, pas moins. Qui (au pluriel sans doute) pour dessiner ? imaginer ? façonner le message. Quelqu’un, quelque part, au début, a probablement donné le genre, appuyé à la fois sur les murs chinois ou d’Amérique latine, et sur les affiches proprement syndicales, et tout a suivi, reproduit aussi vite que les rotatives de ce temps, préhistorique face à nos imprimantes et leur vitesse de la lumière.

Le retour, de Harold Pinter au Théâtre de l’Opprimé à Paris

Ecrit par Valérie Debieux le 17 mars 2018. dans La une, Arts graphiques

du 21 au 25 mars 2018 pour 5 représentations

Le retour, de Harold Pinter au Théâtre de l’Opprimé à Paris

Beaucoup de choses ont été écrites à propos de Harold Pinter : on dit souvent que ses pièces sont métaphoriques, particulières, difficiles et aliénantes, mais elles sont surtout très réalistes, et le « réalisme théâtral ne peut s’obtenir que par le sacrifice de la réalité ». Pinter a toujours compris que l’humanité était un profond mystère et que son travail, en tant que dramaturge, n’était pas de fournir des réponses, mais de dépouiller toute chose, jusqu’à ce que, de façon inattendue, quelque chose soit révélé… Pinter était un grand poète, il était capable de regarder la réalité et de la distiller avec ses mots de façon âpre et percutante. Plutôt que de raconter des histoires, il aimait surtout rendre compte de ce qui pouvait se passer sur le moment présent, dans un lieu précis, et surtout dans une pièce… Dans son écriture, ses mots peuvent résonner en même temps de façon hilarante et horrifiante. Pour Pinter, les personnages ne peuvent jamais être égaux et il est toujours question d’une lutte de pouvoir entre eux, et dans sa pièce de théâtre Le Retour, il n’y a rien en dehors des murs de la pièce où se déroule l’action et les gens disparaissent quand ils quittent la scène… Il y a un vide étrange et le spectateur est dans ce vide qui le rend inconfortable. Harold Pinter aime le silence… et les non-dits, car « c’est dans le silence que les personnages acquièrent pour lui le plus d’importance ». « Pour Pinter, l’espace de vie est de ces mots qui riment avec le ventre utérin et peut-être aussi la mort : “the room is the vomb is the tomb“ ». Toute la problématique de sa dramaturgie consiste à mettre en scène la place que l’Homme occupe dans l’Univers. « L’homme forge son propre destin en devenant son propre bourreau » et ce, toujours dans une forme de huis clos où les mouvements de dissidence règnent en maître.

Le retour est une pièce au verbe violent et cruel. Tout se trame autour de Ruth. Les hommes se battent tous pour elle, mais c’est elle qui définit les termes de son propre avenir et qui décide comment elle veut que ça se passe. Toutes portes closes, le fil de la trame se déroule à l’intérieur d’une maison sise au nord de Londres, en conciliabule familial, où « la parole, les rapports entre les êtres de cette même famille qui “forment un tout” sont âpres et tranchants, scellés de gouffre et de silences ; autant de troubles affectifs liés à l’expression des sentiments, propres à chacun, selon une histoire souvent bien commune ».

« Mes personnages possèdent une force d’impulsion qui leur est propre. Je ne dois pas forcer un personnage à parler là où il pouvait se taire, à le faire parler d’une manière dont il ne parlerait pas, de quelque chose dont il ne parlerait jamais (…) c’est de ces caractéristiques que naît un langage. Un langage, je le répète, où autre chose est dit sous ce qui est dit » (Harold Pinter).

Reflets des Arts Pierre Fournel à Montpellier

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 mars 2018. dans La une, Arts graphiques

Reflets des Arts Pierre Fournel à Montpellier

« La promenade » à l’ombre des platanes et du jeu des jets d’eau, entre Corum et Comédie. Passage obligé pour tout amateur d’art ; le fabuleux Musée Fabre au bout, et le Pavillon Populaire, faisant de Montpellier une très grande place d’expos photos. Discrète, presque en retrait, une petite salle – l’espace Dominique Bagouet – accueille des moments de rencontre entre artistes – leur œuvre mais aussi leur parole – et public. Nous sommes en Montpellier, et la tradition gratuité joue à plein, et il ne suffira pas de ce billet pour faire entendre l’infinie gratitude que tout citoyen ressent là.

Cette saison, de fin décembre au début avril, le détour, la visite toutes affaires cessantes, s’impose autour des œuvres de Pierre Fournel, un Pierre le Grand, assurément !

Ce très jeune vieux monsieur (né en 1924) est le dernier représentant d’un groupe de peintres « Montpellier-Sète ». Fil rouge entre des œuvres par ailleurs différentes, le Languedoc, le littoral, la garrigue. Originaire de Rodez comme l’immense Soulage, aujourd’hui vivant en Castelnau, aux bords du Lez, « aux pieds des arbres de Bazille », autre géant.

Fournel est pour moi, en ce jour d’hiver – et les lumières du dehors ont toujours leur rôle à jouer sur nos émotions du dedans – un parfait inconnu, et après ma visite – enchantée – devenu un repère artistique ancré dans mémoire et tissu émotionnel. J’ai simplement écrit sur le livre d’or ce « Qu’est-ce que j’ai aimé !! » qui dit tout et le reste.

La technique est sûre, professionnelle à l’appui d’études à l’école des beaux arts de Paris, puis d’une trajectoire d’enseignant à Montpellier. Mais celle utilisée dans cette expo Errances et Itinérances, interpelle puisqu’il s’agit de panneaux de bois habillés de sable et de résine. On aimerait savoir, et bien plus, voir comment « ça marche » cet alliage, son bâti, son temps (on suppose sans être savant que le temps est de premier plan dans l’affaire), mais comme dans toute haute cuisine gastronomique, on nous laisse seulement une sorte de goûté, le voir, le humer presque, hélas, on nous interdit ce toucher qui pourtant nous titille. Mais… le miracle de l’alchimie.

La tonalité – sa note première, comme on dit en parfum, est dégradés de beiges, blancs cassés, marrons peut-être Sienne, chaleureux et prenants ; quelques touches de différents bleus se nommant évidemment Languedoc. Un cercle « chemins sauniers » de 1975, prend d’entrée l’œil, certes, mais bien autant notre rapport au sol, somptueux paysage de mer, de ciel, de terre. Le « site cathare » bien plus sombre, élancé dans sa géographie spirituelle, dit tout de ce pays entre Aude et Ariège, sa sauvagerie, ses signaux historiques. Quant à ce « Jérusalem » 1987 que le Conseil départemental de l’Hérault conserve jalousement, on y contemple l’Orient, mais aussi l’Arabie et notoirement le Yémen. Alors, le sable, ses grains et leurs palettes infinies, leur relief, leur architecture pour ainsi dire, le sable là, est une évidence.

Le Cabaret Sauvage boucle ses 20 ans

Ecrit par Nadia Agsous le 06 janvier 2018. dans La une, Arts graphiques

Le Cabaret Sauvage boucle ses 20 ans

Décembre. Le Cabaret Sauvage affiche une programmation éclectique. Cette immense salle de spectacles en forme de chapiteau clôt la célébration de ses vingt ans en fanfare, dans la joie et la bonne humeur. Méziane Azaïche est le créateur de ce lieu, haut en couleur, où l’ambiance est à la fête et au divertissement.

« C’est un vrai professionnel du spectacle » déclare d’emblée Mohamed Ali Allalou, acteur et ancien animateur de la Chaîne 3 (radio algérienne), au sujet de Méziane Azaïche, directeur du Cabaret Sauvage. Si cet homme, souriant, au verbe direct et passionné, est présenté comme le fondateur du Cabaret Sauvage, en réalité il est plus que cela. Méziane est concepteur, créateur, entrepreneur et producteur. Il est aussi artiste dans l’âme.

Le Cabaret Sauvage, lieu de fête et de divertissement devenu une référence du spectacle dans la capitale parisienne, doit son existence à un rêve qui remonte à l’enfance. Dans la Kabylie natale de Méziane. Le rêve parisien ! A cette époque déjà, le jeune garçon se représentait Paris comme la ville du possible. En allant vivre à Paris, il était persuadé qu’il réaliserait son rêve. Rêve qu’il concrétisa des années plus tard. Mais à quel prix ! Car à son arrivée dans la ville lumière, à l’âge de 23 ans, Méziane se retrouve confronté à la dure réalité parisienne. Paris est une ville qui avale et broie ; « c’est une ville difficile. Il existe un code pour ouvrir les portes, et j’ai mis longtemps pour le trouver », confie Méziane Azaïche.

La tête pleine de projets, Méziane ne se décourage point. Déterminé à réaliser son rêve de créer des « lieux de convivialité, d’échanges non conformistes et métissés », il ne se laisse surtout pas prendre dans le filet de la désillusion. Il prend conscience qu’il ne doit compter que sur lui-même. Il rallume le feu de son rêve d’enfance. Il se jette dans la gueule du loup. Il s’affaire. Il entreprend. Il persévère. Méziane parvient à se frayer un chemin dans la ville froide et impitoyable. « Méziane Azaïche a un parcours exceptionnel. Parti de rien, il s’est forgé une crédibilité exceptionnelle en termes de programmation de spectacle vivant et comme propriétaire d’un lieu exceptionnel, le Cabaret Sauvage, lieu incontournable pour les arts du cirque ou les musiques du monde » déclare Naïma Yahi, historienne.

Ses débuts sur la scène parisienne s’annoncent encourageants. Il achète deux cafés-resto, Le Baladin et Le Zéphir, situés dans le vingtième arrondissement de Paris. Les soirées musicales organisées dans ces lieux accueillent un grand nombre d’artistes.

Parler d’un tableau qu’on aime…

Ecrit par Jean-François Joubert le 25 novembre 2017. dans Ecrits, La une, Arts graphiques

Parler d’un tableau qu’on aime…

Dans la toile d’araignée qu’est Facebook, rencontre du phénomène Monsieur Stéphane Marceau, pas sot pour un clou, un sceau, royal, au premier abord ce tableau marque de la douleur, et observez, sa femme aux lèvres tendres, l’Amour enfin trouvé, le grand A qui cesse de meubler le grand vide de son atelier, le regard d’un homme blessé par ses concitoyens qui vole telle une cigogne vers son enfance brisée, admirez le travail, les yeux, le visage, de cet extra-terrestre qui lit dans vos pensées, l’estran sauvage, notre plage à tous, vous savez ce petit « moi », ce « ça », la porte ouverte vers l’inconscient, il y voyage ! Moi aussi. Fêlure blessures riment ses créations comme tout grand artiste. Ah ce regard qui me submerge d’embrun un ouvert sans fissure, l’autre qui se rappelle quoi, ceci : « les arbres sont cendre, la nuit est claire, tiens une comète qui troue un nuage ! que puis-je dire ? rien ! ne rien nier serait me plagier, je me sens sans sens, sans montre et sans aiguille…

Le ciel pleure, les âmes crient, et moi je me ballade en levant le nez, rhum au cœur de la mer de stratus, altostratus, cumulus et autre poussière de ouate, quand on calcule plus les watts de nos jours, je suis un perdu dans le système, un saule pleureur, qui convole vers l’ennui, nué de moineaux, non, des étourneaux, que sais-je, je ne dis rien !

Heureusement, dans un siècle dernier une dame de nage a sauvé mon esprit, comment ? En m’aimant, me bordant comme le lit d’une rivière borde les champs auprès de la mer !

Un aber, au pays du Léon, mes vers s’y reposeront un jour, je recule la date de la traversée de l’espace, tiens mars ! Ou le « pourquoi pas », ce bateau au nom qui me plaît, je pagaie à l’avant, le moteur est derrière, coup de chance, une veine de courant dans Lanildut pour rentrer à bon port : je crève, je rêve plus, ma prison mes lèvres, mes cris qui me désolent, ma nuit est longue et sombre, naufrage en absurdie ! Ce matin, une volute de fumée, je sais que je mangerai pas du goéland à la table de mes ancêtres, mais je donne de la couleur aux couleuvres, une œuvre qui me secoue, j’aime mon regard d’acier sans véhicule, sans permis de conduire sur les restes d’un règne animal, les dinosaures, et mes z’amis sont des oiseaux, pie, pivert, mouette, chouette…

Lui, il colle de la couleur sans masque, fruit de printemps, pas d’automne, cheveux vert prairie, il rigole de ses pairs qui vont un jour tenter d’écrire des maux sur ce regard d’acier qui est tendresse, lettre à sa douce à bâbord toute ! Tout de suite la puissance de l’Homme, pas de l’humain, il est terre, eau, feu follet, mer et ciel à la fois, il déshabille vos habitudes, il ne crie pas comme j’écris ce mot vers mes illusions perdues, il assume ses propos, se gausse car sa mémoire d’homme mûr est ce gosse unique qui porte la tunique du silence et peint, fils de rien, jamais Homme de lettres peut-être, sa vie privée ne regarde que sa lumière, ne voyez-vous pas qu’il possède cette chance d’être innocent, le regard droit tourné vers vous et sonne l’entrée de sa mise en scène, ce portrait gigantesque, ce rouge à lèvres, il aime sa tendre, et vous le rappelle, et dans la comédie, le théâtre de la vie, il dit sans un mot « Merde » ! Osez être vous !

Reflets des arts : Vermeer au Louvre (expo à ne pas rater !)

Ecrit par Matthieu Gozstola le 18 mars 2017. dans La une, Arts graphiques

Vermeer et les maîtres de la peinture de genre Paris, musée du Louvre, 22 février / 22 mai 2017

Reflets des arts : Vermeer au Louvre (expo à ne pas rater !)

Même si les conditions de visite de cette exposition sont quelque peu déplorables, et même si le choix des œuvres donne envie de retourner au Mauritshuis, pour y admirer notamment La Jeune fille à la perle et la Vue de Delft, qui à ma connaissance ne voyagent jamais*, cette exposition est un événement. Pensez : douze Vermeer sont présents ! Pensez à réserver, ici (la réservation par créneau horaire est obligatoire).

Et le catalogue de l’exposition, de grande qualité, s’avère être un guide idéal. Le travail de Piet Bakker, Quentin Buvelot, Blaise Ducos, E. Melanie Gifford, Lisha Deming Glinsman, Eddy Schavemaker, Eric Jan Sluijter, Adriaan E. Waiboer, Arthur K. Wheelock, Jr., et Marjorie E. Wieseman est remarquable. Il ne fait pas que – c’est la fondamentale raison d’être de cette exposition – contextualiser finement la vie et l’œuvre de Vermeer, montrer que son unicité s’inscrit pleinement dans un cadre aux contours repérables. Il défait aussi, avec pertinence et de salutaire manière, les interprétations trop hâtives qui, bien souvent, ont fini par faire corps avec les œuvres.

Ainsi La Laitière du Rijksmuseum, chef-d’œuvre de jeunesse (lorsqu’il peint ce tableau, Vermeer est âgé de vingt-cinq ans environ, puisque l’on s’accorde aujourd’hui à dater le tableau de 1657-1658).

Pour accréditer « la thèse [répandue] d’une laitière discret objet de désir », certains « des accessoires peints par Vermeer sont mis en avant : le carreau de faïence de Delft figurant un amour avec son arc ; la chaufferette, dont les connotations sensuelles sont alors soulignées ; le pot de lait, avec son ouverture béante, noire, d’où s’échappe un filet blanchâtre. Les jeux de mots, pris dans le lexique hollandais du temps, complètent l’analyse, puisque les termes liés à la traite des vaches (melken, “traire” mais également “séduire”), comme cette opération rustique elle-même, mènent tout droit à des sous-entendus très explicites. Le trouble point : le bras dénudé de la servante, révélé par une manche en rude tissu retroussée (il s’agit de manches de travail, indépendantes des manches du gilet lui-même), découvrant une peau pâle qui contraste avec la main et avec le poignet de la travailleuse manuelle, n’est-il pas au milieu de l’image et en pleine lumière ?… » Enfin, et surtout, le commentaire cite « les proches précédents flamand (Frans Snyders) et hollandais (Peter Wtewael) de scènes de cuisine, dans lesquels de robustes et complaisantes filles de peine sourient à un garçon qui les aborde sans ambages, ou même au spectateur lui-même, qui se voit confronté à un regard franc, amusé, pour tout dire déluré ».

Tout serait-il sexuel, pour reprendre l’un des propos de la pièce bavarde de Valère Novarina Le Vivier des noms,récemment rejouée à Paris ?

En réalité, « la thèse d’une Laitière ensorceleuse sans y toucher, inconsciente de ses charmes mais à moitié seulement, repose sur certains arguments qui peuvent apparaître outrés, à tout le moins forcés. Par exemple, l’idée que la chaufferette atteste à tout coup la connotation érotique de l’œuvre paraît orientée pro domo. En vérité, l’objet est bel et bien délaissé, dans un coin ; Vermeer, cet artiste au sens de l’observation si développé, n’a pas cru bon de suggérer le rougeoiement des braises dans le récipient glissé dans la partie en bois : autrement dit, ce brasero dont on a tiré tant de conséquences sur le caractère discrètement provocateur de la toile, ce brasero semble éteint et froid. Il n’est pas même certain que la chaufferette soit pleine, prête à servir. D’ailleurs, est-il bien clair que cet ustensile ait pu être utilisé par une servante ? Il ne s’agit pas de nier que la chaufferette, dans l’art hollandais (et dans des scènes qui concernent les classes sociales aisées), évoque traditionnellement des bouffées de chaleur bien physiques ; mais de noter que Vermeer montre sa laitière tournant le dos à une chaufferette froide, inutilisée ». Dans un même ordre d’idées, suggérer que le carreau cassé de la fenêtre « éclairant la pièce (le quatrième en partant du bas, le long du montant) a une fonction sexuelle, entre évocation de la vertu féminine menacée et peephole, est-il très sûr ? De même qu’un cigare est, parfois, simplement un cigare, un carreau cassé peut bien n’être qu’un carreau cassé. Et ne pas devoir être pris pour une cruche cassée à la Greuze. À la perspective d’une Laitière savamment mais sûrement érotique s’oppose ainsi un caveat dans l’ordre de l’argumentation ».

ARTS - Le cadeau dans la peinture

Ecrit par Yasmina Mahdi le 17 décembre 2016. dans La une, Arts graphiques

ARTS - Le cadeau dans la peinture

La représentation du cadeau est ancienne, celle du don plus exactement, comme en témoignent les nombreuses œuvres d’un des épisodes religieux du Christianisme, celui de La Nativité. Le cadeau se fait offrande dans la merveilleuse peinture de Sandro Botticelli, réalisée vers 1475, L’Adoration des mages. Les personnages aux attitudes gracieuses semblent se découper tant la rutilance des couleurs ensoleillées et des apparats de leurs costumes Renaissance est grande. Les présents apportés par Melchior, Gaspard et Balthazar – l’or, la myrrhe et l’encens – sont enfermés dans des contenants précieux, afin d’être déposés aux pieds du Christ, mais presque dérobés aux regards. Dans le thème identique traité par Albrecht Dürer, daté de 1504, l’attention se porte immédiatement sur les messagers venus d’Orient et leurs cadeaux royaux en mains, faisant de ces objets exceptionnels des sujets à part entière. Dans le chef-d’œuvre du flamand Hugo van der Goes, peint vers 1470, le présent royal, posé sur une pierre, figure au premier plan une coupe ouverte comme s’épanchant vers le spectateur, vers laquelle l’enfant Jésus coule un regard. Cercles de dévotion et d’humanité vibrante.

Aux trésors des Rois mages se substituent des cadeaux plus simples destinés aux enfants. Le cadeau devient profane lors de La Fête de la Saint-Nicolas, dans cette scène immortalisée par Jan Steen, vers 1665-1668, d’une Joyeuse famille, d’ailleurs illustration d’un dicton néerlandais. L’ambiance, déjà bourgeoise, épicurienne, symbolise tout autant une certaine aisance, une certaine liberté des faits et gestes, qu’une morale sous-jacente. La petite fille semble se détourner de sa mère, après avoir reçu une poupée et un seau empli de confiseries, un des fils pleure, contrarié et frustré, d’où la chaussure sans cadeau jetée au sol, avec une badine à l’intérieur (l’attribut du Père Fouettard). Une corbeille de gâteaux et de fruits est posée négligemment à terre, près de quelques bris de noix. S’agit-il de la signification du gaspillage, de l’égoïsme, de l’individualisme dans la sphère domestique, entre les relations familiales ?

L’installation de la bourgeoisie au pouvoir apporte des changements profonds des rites et des coutumes ; la peinture s’en ressent. Henri Jules Jean Geoffroy (1853/1924), nommé « peintre de la maladie et de la misère » sous la troisième République, occupé de sujets laïcs, nous transmet ce tableau noir et gris d’écolières et d’écoliers en sarraus, L’arbre de Noël. Des femmes et des hommes du peuple ainsi que leurs enfants se regroupent sous un sapin de Noël, esquissé de moitié en angle. La classe laborieuse se trouve réunie sous une couronne de ramures décorées : célébration de la vertu et de la bonté des gens simples ou bien permanence et respect de la tradition – un certain conformisme (?) Saint-Nicolas, patron des enfants et de plusieurs corporations (prisonniers, avocats, boulangers, mariniers, etc.), a un trait commun avec le père Noël, celui de la distribution de cadeaux. Le père Noël, personnage folklorique et archétypal, dans son traîneau, syncrétiserait la migration américaine, par ailleurs figure riche d’emprunts antiques et païens. John Tenniel fut en 1850 le premier à le représenter, bravant le froid, sa carriole et sa hotte chargée de sapins et de jouets.

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