« Darkest hour » : dommage !

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 février 2018. dans La une, Cinéma

« Darkest hour » : dommage !

Oui, dommage, car c’est un film de qualité. Une minutieuse reconstitution du cadre londonien de 1940, des détails historiques méconnus, tels la passation de pouvoirs entre Chamberlain et Churchill – suscitée par une bronca des députés travaillistes contre le premier ministre sortant et leur demande de former un cabinet d’union nationale les incluant – l’hostilité du secrétaire au Foreign Office, lord Halifax (que Churchill lui rendait bien : il le surnomme « holy fox » !), le scepticisme du roi Georges VI qui lui rappelle ses déboires passés, en particulier la désastreuse expédition de Gallipoli durant la grande guerre ; et, par-dessus tout, le coup de maître par lequel Churchill parvint à contourner la majorité du cabinet restreint (war cabinet) en faveur de l’ouverture de négociations avec Hitler…

C’eut pu être une réussite totale si le personnage même de Churchill avait été mieux traité. C’était un bipolaire, mais ici l’on ne voit que ses phases dépressives, alors que celles-ci alternaient avec des épisodes d’enthousiasme et surtout un grand sens de l’humour qui n’apparaît pas assez. Le réalisateur, Joe Wright, devait d’ailleurs ne pas ignorer la multiplicité des facettes de son héros, puisqu’il lui met dans la bouche une réplique qui ne trompe pas : au moment de partir rencontrer le roi qui le convoque pour l’investir, Churchill s’interroge : « what self shall I be today ? », quel moi serai-je aujourd’hui ? Un Churchill très lucidement rimbaldien, « je est un autre »… Mais cela malheureusement ne se voit pas dans le film, Gary Oldman arborant imperturbablement une face de carême, dont certaines expressions d’ailleurs ne sont pas sans rappeler, par moment, celles d’un Stan Laurel…

Bref, je préfère de beaucoup Gathering storm, datant de 2002, qui évoque la traversée du désert de Churchill, dans les années 30, époque où il était unanimement considéré comme un « has been » de la politique britannique. Albert Finney – beaucoup plus ressemblant physiquement – exprimait bien mieux la complexité de l’homme Churchill et, en particulier, dans ses rapports avec sa femme, Clementine.

A voir cependant pour mieux connaître ce tournant crucial qui aurait pu être celui de la fin – sans doute provisoire mais la fin malgré tout – du conflit mondial.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

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