Difret

Ecrit par Christelle Angano le 26 septembre 2015. dans La une, Cinéma

: En Ethiopie, le combat d’une femme contre les traditions, réalisateur Zeresenay Berhane Mehari, film sorti le 8 juillet 2015, durée 1h39min

Difret

Difret se déroule en plein cœur d’un village éthiopien, assez loin de la capitale. Nous sommes en 1996. Après quarante ans de règne du Négus Hailé Sélassié et seize ans d’une dictature militaire sans pitié, le pays se reconstruit économiquement. Il tente également, petit à petit, d’accéder à la démocratie. Ainsi, cette société patriarcale va voir naître des associations féministes bien décidées à défendre les droits des femmes et des filles, en leur donnant, en tentant de leur donner une place plus importante dans la société.

Le film Difret met en scène un événement extraordinaire qui a secoué la société éthiopienne.

Avant tout, vous dire que « difret » est polysémique. Ce terme signifie « le viol », mais aussi « le courage ». Aucun autre titre n’aurait pu mieux convenir à ce film.

On découvre Hirut, une jeune adolescente de 14 ans, fille de fermiers. Sa famille vit dans un village éloigné de la capitale, Addis-Abeba. Alors qu’elle rentre de l’école, Hirut est kidnappée par un groupe de jeunes hommes à cheval. L’un d’entre eux l’a choisie comme future épouse, et comme la tradition le veut ou en tout cas l’autorise, il choisit de l’enlever, de la séquestrer et de la violer. Mais Hirut refuse ce qui semble inévitable. Le lendemain, alors qu’elle a été battue et violée, elle réussit à s’échapper en volant l’arme de son agresseur. Poursuivie, la petite fille va se servir de l’arme et tuer son violeur.

Pour la justice locale, il n’y a pas l’ombre d’un doute, Hirut est coupable. Il y a mort d’homme (et l’expression prend ici tout son sens : c’est un homme qui meurt, pas une femme). Hirut mérite la mort. Le sang pour le sang.

Heureusement pour la petite fille, Maez Ashenafi, une avocate spécialisée en droit des femmes, à l’origine d’une de ces associations mentionnées plus haut, va la prendre sous sa protection et va mener une vraie bataille pour lui éviter la peine capitale.

Alors oui, le film se finit bien : Hirut a la vie sauve. Et puis aussi, depuis l’histoire de Hirut, les enlèvements sont interdits par la loi et passibles d’emprisonnement. Enfin, avec Hirut, la justice éthiopienne accepte la notion de légitime défense, une belle avancée. Cependant, il est évident que si Hirut a la vie sauve, cela ne l’empêche pas d’être très inquiète pour sa petite sœur de douze ans, elle aussi en danger. D’ailleurs, au moment du procès, les parents de Hirut on décidé de ne plus scolariser sa petite sœur, de peur qu’elle aussi se fasse enlever. Il faut du temps pour que les traditions, ancestrales, ne s’effacent.

Ce qui est intéressant à noter, c’est que Difret est un film 100% éthiopien. Tourné en Éthiopie, avec des acteurs éthiopiens. Les dialogues sont en amharique. Et le fait qu’un pays laisse un tel film se tourner chez lui est déjà une formidable preuve que quelque chose est bien en train de se produire (par exemple, le tournage du film Timbuktu a dû être déplacé. C’était trop dangereux. Au lieu d’être tourné à Tombouctou, a été en fait tourné à la frontière malienne, à l’extrême-Est de la Mauritanie).

Je connais l’Ethiopie, et je l’ai reconnue. Ce film est « authentique ». C’est d’ailleurs la remarque que m’a faite l’amie éthiopienne qui m’accompagnait. Un film plus proche du documentaire que du mélodrame. C’est, à mon avis, ce qui fait sa force.

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