Effets secondaires, film de Steven Soderbergh

Ecrit par Jean Le Mosellan le 27 avril 2013. dans Auteurs, Cinéma

Effets secondaires, film de Steven Soderbergh

En médecine l’expression effets secondaires désigne par euphémisme des effets indésirables, parfois incontrôlables, allant de l’inconfort au décès, comme on en a vu rapporter de nombreux cas ces temps-ci par les journaux, mettant en cause l’autorisation de mise sur le marché de certaines molécules par l’industrie pharmaceutique. Les procès intentés par les victimes deviennent inquiétants par leur nombre. Le terme side effects, titre original, utilisé en pays anglophones, quoique pas moins effrayant en soi, ne prétend pas que ces effets soient ipso facto, en impact mesurable, secondaires, leur reconnaissant peut-être dans cet usage une dimension parfois majeure, supérieure aux effets thérapeutiques escomptés, ravalés pour l’occasion au statut d’effets secondaires.

Quand on va voir le film de Soderbergh, on s’attend à assister un thriller fonctionnant sur ce thème. Eh bien, pendant la moitié du film, sinon les trois quarts, c’est bien le cas, avec les victimes désignées, des psychiatres dépassés, et un laboratoire pharmaceutique en action. Dans le quart restant, la fiction prend une autre direction. En fait, rétrospectivement, tout le film est dans cette direction, dès le début. Le spectateur s’en rend bien compte, plus ou moins vite, comme dans The Informant, autre film de Soderbergh, que les apparences sont trompeuses.

L’action du film se déroule dans le milieu de la finance. On comprend que dans un contexte de vie fastueuse, Emily (rôle joué par une Rooney Mara remarquable) ait subi un énorme choc avec l’arrestation de son mari en pleine garden-party, évacué menotté par plusieurs policiers. Qu’a-t-il fait ? Convaincu de délit d’initié, il sera condamné à quatre ans de prison. Le récit commence à sa sortie de prison. Il croit pouvoir reprendre sa vie, mais ça va lui être difficile, car Emily a beaucoup changé. Elle se soignait pendant son absence chez une psy (Catherine Zeta-Jones très convaincante), avec laquelle elle a entamé une relation homosexuelle. Dégoûtée des hommes ? Possible, toujours est-il qu’elle fait une tentative de suicide, au retour de son mari, en lançant sa voiture dans un garage souterrain contre un mur. Elle sera hospitalisée. Là-dessus entre en scène un second psychiatre (Jude Law, dans un rôle à sa mesure, véritable héros d’une aventure psychiatrique peu ordinaire) tombé par hasard à l’occasion d’une garde dans l’histoire d’Emily. Toujours sous psychotropes, elle va tuer son mari au cours d’une crise de somnambulisme. Elle ne se souvient de rien. A cause des effets secondaires reconnus de son traitement, la justice ne la déclare pas coupable.

En fait, l’arrivée du psychiatre de garde fait basculer une machination diabolique dans une direction tout à fait imprévisible. C’est l’impondérable qui remet tout en question. Et ce n’est plus à un thriller psychologique qu’on a affaire, mais à un film policier à suspense hitchcockien, genre Le faux coupable, ou Le crime était presque parfait.

A propos de l'auteur

Jean Le Mosellan

Jean Le Mosellan

Membre du Comité de rédaction et rédacteur

Médecin

Auteur de nombreuses chroniques au "Monde.fr"

Commentaires (2)

  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    29 avril 2013 à 12:35 |
    Chère Martine, on peut être sûr que Hitchcock aurait donné un autre film, dans le genre Psychose par exemple, où on aurait tremblé différemment. Sonderbergh a cependant fait un excellent thriller. Certes son art du suspense est redevable dans une certaine mesure au maître, mais Hitchcock lui-même n’a-t-il pas subi l’influence de Fritz Lang, pour le jeu de l’ombre et de la lumière, et surtout de Cecil B. De Mille, pour les mouvements de la caméra ? Quoi qu’il en soit Sonderbergh est bien en train de nous imposer une autre manière.

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  • Martine L

    Martine L

    28 avril 2013 à 09:51 |
    J'ai vu le film, cher Jean, et, il faut dire qu'on passe un bon moment ! mais, quand on ressort, une seule pensée : " qu'aurait fait un Hitchkock, d'un pareil sujet ?"...

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