Education

Le bac, cette Bar-Mitsva de la République…

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 juin 2017. dans La une, Education, Actualité

Le bac, cette Bar-Mitsva de la République…

Baccalaureus

Le mot « baccalauréat » viendrait du latin Bacca lauri, la baie de laurier…

Parfois, je ne suis pas d’accord avec Philippe Delerm. Dans Piscine avant l’oral, le voilà qu’il nous narre un adolescent songeur, à l’orée d’une vie estivale dont il se sent exclu, tout en procrastinant nonchalamment au rythme des cigales…

Moi, j’aime les examens, je suis une bête à concours : je les aime tous, de l’élection des Miss à L’Eurovision (« France, two points… »), du Certif de nos grands-parents à l’élection de la plus belle Charolaise sous l’œil mouillé du Grand Jacques, du BEPC – où je connus ma première humiliation publique, ne sachant plus situer Carthage durant l’épreuve de latin « Delenda est Carthago »… – aux multiples passages de l’agrégation, en passant par l’ENA et même la magistrature…

Passer un examen, et, à plus forte raison, un concours au nombre de places limitées, quel plaisir, quel challenge intellectuel, quelle extase même ! On est les Rois du Monde, on se penche comme Jack dans Titanic au bastingage du navire, la vie est à nous !

C’est simple, si je le pouvais, je repasserais mon bac chaque année ! Ah ces interminables listes de vocabulaire, ces citations plus marquantes les unes que les autres, et le PNB du Japon, et le pacte germano-soviétique…

Je ne connais pas de plaisir plus intense que celui de la joute intellectuelle que l’on se livre à soi-même, dans le plus pur genre d’une disputatio, afin de convaincre le fainéant qui dort en soi qu’il s’agit de se retrousser les manches… L’écrit nous découvre stratège et philosophe, inventeur et fin politique ; nous sommes tous des Marie Curie. Rien n’est plus excitant à mes yeux que ces heures passées à se colleter avec un sujet. Sa découverte, terra incognita à débroussailler ; les balisages en terre neuve ; les jalons posés pour dominer l’espace à définir : et, bien sûr, le paysage mental de la dissertation à modeler, à créer, à enfanter…

Et puis le jour des oraux, c’est l’Agora, nous voilà à haranguer une foule silencieuse au gré de nos jurys, il faut convaincre, se faire tribun. Souverain sur la matière et humble devant le jury, divine équation de la superbe contenue…

Le bac, le bachot comme le nommaient nos pères, c’est un peu la Bar-Mitsva de la République, le rite initiatique de l’Occident. D’aucuns doivent arpenter des savanes et se balafrer les tempes, nos chers boutonneux, eux, échappent difficilement, au rythme des réformes visant à amener quasiment l’ensemble d’une classe d’âge au niveau universitaire, au stress de la Terminale. Professeurs et parents auront beau se plaindre de concert de la baisse du « niveau », nul n’est besoin de toge ou de médaille pour comprendre les affres de ces lycéens soudain privés, quelques jours durant, de leur pain quotidien… Adieu, heures passées devant Facebook et Snap’ à disserter savamment (« Tu kiff koi ? / G jouer 5 heurs à Gladiatus trop for ! T ou ? / O laserkuest tu tamen ? ») : Le temps est à l’orage…

– Je t’interdis formellement de regarder ton smartphone !

– Mais m’man je bosse sur un site d’annales corrigées !!!

Ah, s’ils savaient, nos tendres, comme la vie est rude de l’autre côté du fleuve.

Laissons-leur encore un peu d’innocence, accordons-leur un répit.

Il ne faut pas leur dire.

Que la liberté sera violente. Que leurs rêves s’en iront, fleur au fusil, vers les sanglantes tranchées du réel. Que la vraie vie, c’est Verdun et le bombardement de Dresde réunis, sans aucun armistice, car les snippers ne lâchent jamais leurs cibles. Il ne faut pas leur dire. Que dans dix ans, ils n’écouteront plus NRJ, mais s’avachiront, moroses, devant leur écran plat, s’ils ont eu la mention, ou dans une petite cuisine de colocation, s’ils l’ont eu au rattrapage… Que « être déchiré » ne s’appliquera plus à leurs corps en éveil et à leurs cerveaux avides d’absolu, mais à un pantalon à recoudre – « allo, maman ? ».

Comprendre l’inclusion scolaire Julien Fumey, Annick Ventoso-y-Font

Ecrit par Matthieu Gozstola le 20 mai 2017. dans La une, Education, Littérature

Canopé éditions, coll. Éclairer, 2016, 128 pages, 9,90 €

Comprendre l’inclusion scolaire  Julien Fumey, Annick Ventoso-y-Font

Ouvrage essentiel, pour tout enseignant. Et, par voie de conséquence, pour tout parent attentif à l’enseignement au sein duquel se meut son enfant.

Ouvrage indispensable. Car ouvrage prenant en compte, de lumineuse manière (avec une clarté qui laisse à l’intelligence toute sa place), la question – peut-être – centrale de tout enseignement, à savoir celle de l’inclusion.

Un enseignant ne peut que donner corps, à sa manière, à une pratique de la pédagogie différenciée, « [l]’approche par compétences inclu[ant] nécessairement la différenciation pédagogique » [1] ; « [c]haque enfant arrive différent : il porte avec lui ses besoins, ses soucis, ses préoccupations. Comment tenir compte de cette diversité et mener quand même toute la classe vers des savoirs partagés ? » [2].

L’on comprend combien l’inclusion scolaire est nécessaire. Précisons d’emblée, comme le font Julien Fumey et Annick Ventoso-y-Font, que « [l]’inclusion scolaire n’est pas réservée à une catégorie spécifique d’élèves. Rappelons que dans l’idée de besoins éducatifs particuliers, la particularité est celle des besoins éducatifs, pas des individus. Il ne s’agit pas d’inclure des êtres considérés par exemple comme a-normaux ou a-sociaux. En d’autres termes, il ne peut plus être question de catégoriser des personnes en les figeant dans la radicalité de leur altérité, ce qui reviendrait à les discriminer. La subtilité de la logique inclusive vient du fait qu’elle n’est pas centrée sur la nature de la personne concernée, mais sur son rapport à l’environnement, et sur l’écoute de ce qu’elle a à en dire ».

Pour affiner le développement de cette éducation inclusive effective, l’enseignant pourra se baser avec profit, et autant que faire se peut, sur la typologie des besoins éducatifs particuliers présentée dans Comprendre l’inclusion scolaire, besoins à mettre en regard d’un objectif majeur : « construire un milieu d’apprentissage qui permette à chacun de construire ses connaissances », – l’objectif étant que « les difficultés d’apprentissage » puissent être considérées, jusque par les élèves eux-mêmes, « comme des opportunités de perfectionner la pratique » :

« – Des besoins en temps : laisser la possibilité à chacun de progresser à son rythme comme c’est déjà le cas par exemple pour les élèves bénéficiant de temps aménagés. Le rythme des programmes et des années scolaires rend souvent complexe cette adaptation au cheminement individuel qui peut paraître en décalage avec le rythme collectif de la classe. Cependant, admettre que tous les élèves n’apprennent pas à la même vitesse, c’est à la fois laisser la possibilité à certains de mieux maîtriser une notion et à d’autres de l’approfondir [3].

Des besoins matériels : la mise en place d’une perspective inclusive implique également des besoins matériels allant du plus simple et moins coûteux au plus complexe et onéreux. Ainsi, un élève dyspraxique n’aura peut-être besoin que d’un type de papier aux lignes aérées avec un système de couleur pour mieux se repérer sur la page ; le simple achat d’un dictionnaire bilingue simplifiera l’acquisition du vocabulaire pour un élève allophone. En ce sens, le développement des usages, des sources et des outils numériques est un levier de prise en compte des besoins éducatifs particuliers.

Des besoins d’adaptation des supports, des espaces de travail et des méthodes pédagogiques : répondre aux besoins spécifiques passe aussi par l’adaptation des supports qui […] peut être très variée. Le changement de la taille d’une police, la simplification d’une consigne ou la mise en place de repères visuels constituent autant d’aménagements compensatoires. Des considérations ergonomiques pourront conduire à des aménagements de l’espace qui au final seront bénéfiques à tous : moins de tables individuelles inamovibles, plus de regroupements mobiles avec mobilier adapté.

80 élèves et moi, et moi et moi…

Ecrit par Leia Organa le 28 janvier 2017. dans La une, Education

80 élèves et moi, et moi et moi…

Lorsque je discute avec certaines personnes, j’entends souvent le refrain selon lequel un prof est replié sur lui-même et ne connaît pas « la vraie vie ». Cette remarque est à mon sens erronée pour plusieurs raisons. Le métier offre un réel avantage pour capter un certain « air du temps » et approcher les diverses catégories de la population. Loin d’être un métier replié sur lui-même et corporatiste comme on l’accuse souvent à tort et à raison, il offre cette fenêtre sur la diversité et l’époque, peut-être aussi à un âge que l’on qualifie souvent d’ingrat.

Moi, professeure… Enseignante en lycée public en région parisienne, cette diversité, que je n’avais pas connue moi-même au lycée, mérite que l’on s’y arrête un instant. Actuellement, 80 élèves répartis sur les niveaux de 1ère et Terminale générale me font face chaque semaine. Il sont issus de plusieurs catégories sociales et culturelles souvent perplexes face à des programmes qui leur semblent parfois bien loin de leurs préoccupations personnelles, sauf exception. Faisons le compte : sur ces 80, je retrouve des fils et des filles de caissières de supermarché, de policiers, de dentistes, de commerciaux, de techniciennes de surface, etc. Il n’est donc guère possible d’enseigner de manière monolithique à des élèves certes issus de la classe moyenne mais vivant dans des milieux bien différenciés, culturellement et ethniquement.

Globalement, les parents sont très inégalement investis dans la scolarité de leurs grands ados. Une discussion avec mes collègues, eux-mêmes parents et habitant aux alentours de mon établissement, m’a alors éclairée : une bonne partie considère qu’à partir de la classe de 4ème leurs enfants sont grands et qu’à ce titre ils n’ont plus à se mêler de la scolarité de leur progéniture – d’autant que les passages dans la classe supérieure sont devenus quasi automatiques… jusqu’à celle de 1ère et l’arrivée du bac et son obligation de résultats ! C’est à ce moment que les parents jouent à nouveau leur rôle et sollicitent le lycée. En ce sens, le niveau de 1ère est devenu synonyme de stress et où s’expriment les attentes, les doutes et les interrogations.

Face aux maux contemporains présents chez les élèves… Selon les situations, que faire ? Comment susciter cette envie et cette implication en classe d’élèves plus ou moins motivés ? Globalement, le professeur d’histoire-géographie n’a pas de souci à se faire : le capital sympathie de la matière est au beau fixe (ce qui n’est pas forcément le cas des mathématiques par exemple, les collègues concernés me pardonneront…). Mais, comme ses collègues, il doit faire doit faire face à trois problèmes généraux. D’abord, il doit affronter le consumérisme, illustré par la question « mais madame, à quoi ça sert ? », qui revient souvent, notamment en cartographie où je dois parfois faire face à un véritable challenge : montrer que cela sert à « quelque chose » et que ce « quelque chose » est déjà présent dans leur vie de tous les jours. En première, lorsque la question surgit, j’opte alors pour une petite séquence destinée à leur démontrer que « tout est cartographie » autour d’eux, du jeu vidéo au téléphone portable en passant par le GPS de la voiture de leurs parents. Un exercice fondé sur la cartographie de l’imaginaire vient parachever la démonstration. Ensuite, il se heurte au niveau d’écriture et de vocabulaire. Et enfin, il se trouve face à une culture générale assez faible et même problématique chez certains élèves qui arrivent en classe de terminale avec un niveau proche de l’illettrisme (je mesure le poids de ce dernier mot…). Face à ce triple problème, le souci pour moi est de trouver un juste équilibre : ne pas sacrifier une forme, un fond et aussi une certaine exigence. J’estime que simplifier le vocabulaire ne rend pas service aux élèves, mais j’avoue que depuis cinq ou six ans, j’ajoute à mes devoirs d’étude documentaire un petit lexique pour expliquer des termes qui leur semblent compliqués afin que les plus faibles ne soient pas désavantagés. En classe, je termine toujours la lecture du document par une question rituelle : « y a-t-il des termes que vous ne comprenez pas ? ». Je pense que cette manière de procéder peut contribuer à enrichir leur vocabulaire d’une manière ou d’une autre. A ce titre, les vieux mots de vocabulaire comme « chienlit » fonctionnent très bien, retenus par les élèves.

François Fillon et l’Histoire

Ecrit par Gilles Legroux le 03 décembre 2016. dans La une, Education, Actualité, Société

François Fillon et l’Histoire

Les contre-vérités proférées par M. Fillon sur les programmes d’histoire et les attaques frontales contre son enseignement suscitent dans la communauté des professeurs d’histoire-géographie de vives réactions. D’autant plus qu’elles ont été clairement exprimées devant des millions de téléspectateurs. Nous sommes nombreux à considérer cela comme des propos offensants qui dénaturent ce qu’est notre métier. Cet aspect constitue la face « culturelle » du programme d’essence réactionnaire de M. Fillon. Le programme économique et social est l’autre face d’un projet politique qui a somme toute une cohérence idéologique forte.

Parcourons les mesures-phares, dont chacun d’entre nous est libre de penser ce qu’il veut : abolition des 35 heures, abolition de l’ISF, hausse de la TVA de 2 points, baisse massive du nombre de fonctionnaires, réduction du droit des chômeurs, simplification du droit du travail, recul de l’âge de la retraite à 65 ans etc… Tout homme politique qui vise les sommets de l’Etat est animé d’un puissant imaginaire. M. Fillon se voit sans doute déjà en nouveau Reagan ou en fils spirituel de Margaret Thatcher, version 2016. Mais M. Fillon n’étant ni américain, ni britannique, son imaginaire a bien dû puiser quelque chose dans notre bonne vieille terre de France. D’autant que dans notre pays, avec l’empreinte du gaullisme, le libéralisme économique « à l’anglo-saxonne » n’a jamais été un courant de pensée dominant à droite. Mes réflexes professionnels et mon (mauvais) esprit historien me poussant à mettre les choses en perspective, je me suis posé la question suivante : qu’y a-t-il derrière le libéralisme « moderne et adapté aux réalités de la mondialisation » de M. Fillon ? Autrement dit, j’ai essayé de voir quelles peuvent être les valeurs culturelles des droites françaises qui constituent le socle de ce programme ?

D’abord l’expression d’un remords qui taraude une bonne partie de la droite depuis l’élection de Jacques Chirac en 1995 puis 2002 : celle de pas avoir « su faire les réformes nécessaires » et surtout de ne pas avoir été capable de crever l’abcès des 35 heures. Dans l’esprit de nombreux électeurs de droite, peut-être, seul un vrai chef ayant le sens de l’Etat, celui de l’Histoire, l’autorité et le courage nécessaires, peut conduire le navire dans la tempête jusqu’au port du « Renouveau » et résister aux lames puissantes de la contestation sociale que ne manquerait pas de déclencher l’application d’un tel programme… C’est l’image que F. Fillon cherche à donner de lui-même. Il y a là de quoi séduire un électorat à la recherche d’un « homme providentiel » et orphelin du lointain (?) général de Gaulle.

L'Histoire, le retour de Vichy ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 01 octobre 2016. dans La une, France, Education, Politique, Actualité

L'Histoire, le retour de Vichy ?

L’Histoire et son enseignement ont toujours été une sorte de champ de bataille idéologique entre les politiques, parfois pour le meilleur (de vrais débats), mais le plus souvent pour le pire. Il y eut une époque où la gauche, prise dans son ensemble, apparaissait comme relativement hégémonique, dans le cadre de la grande tradition issue des recherches d’universitaires éminents, depuis la IIIème République (Albert Mathiez, Albert Soboul, puis l’École des Annales avec son « pape » Fernand Braudel, etc.). De plus, qui pourrait oublier notamment en ce qui concerne les politiques la célèbre formule prononcée devant les députés le 29 janvier 1891 par Georges Clémenceau : « La Révolution française est un bloc » ? Ajoutons qu’à partir des lendemains de la Seconde Guerre mondiale, sur la forme, une pédagogie active et individualisée commença à se mettre en place avec des hommes de talent tel que Célestin Freinet, et que par la suite d’autres pédagogues de renommée internationale, comme le philosophe et chercheur (sur la gestion mentale) Antoine de La Garanderie (décédé en 2010), apportèrent des ouvertures insoupçonnées. Or, il se trouve que, depuis quelque temps, nous assistons à une offensive de type conservatrice, voire réactionnaire, à la fois sur le fond et la forme de l’Histoire et de son enseignement à venir, en liaison avec les déjà relativement proches élections présidentielles de 2017.

Il y eut tout d’abord les déclarations récentes de Nicolas Sarkozy et de François Fillon. Le premier par ses propos (affirmés par deux fois) choqua la plus grande partie (voire l’intégralité) des professeurs d’Histoire et des historiens chercheurs. Rappelons en effet que le candidat aux primaires de la droite et du centre affirma que « pour être et se dire français, il faut devenir gaulois ». Plus idiot que cela, on ne pouvait dire, puisque tous les spécialistes savent que la Gaule n’était qu’une expression géographique (employée essentiellement par les Romains, dans l’Antiquité), et que de multiples cultures et civilisations peuplaient notre territoire, dont notamment (mais pas seulement) les Celtes. Il y eut aussi les annonces d’un autre important candidat à ces primaires, en l’occurrence François Fillon. Celui-ci déclara que s’il devenait président de la république, l’enseignement de l’Histoire se fixerait comme objectif – au moins dans le primaire pour un premier temps – de tout fonder sur « le récit national » ; en somme, une Histoire de France, mais avec forcément (en parallèle) une diminution de la place accordée à celle des Français (fait qui fut un acquis absolument considérable de l’École des Annales).

Deux poids et deux mesures

Ecrit par Sabine Aussenac le 10 septembre 2016. dans La une, Education

Deux poids et deux mesures

Quand tu es prof « normal », en « poste fixe », ta rentrée c’est :

Une bonne demi-heure de plus sur l’horaire indiqué pour la pré-rentrée, quand tu arriveras tranquillement dans la grande salle du self qui bourdonne de voix connues qui t’interpellent. Un quart d’heure durant, ce ne sont que rires, sourires, embrassades, compliments sur ton bronzage, photos échangées, potins et commérages, cris de joie en revoyant tel collègue de retour après une longue absence ou en apercevant le ventre rebondi d’une jeune prof, clins d’œil en attendant le sempiternel discours hyper supra méga rasoir du chef d’et’ qui pourtant fera de son mieux pour captiver son auditoire…

La salle des profs qui t’accueille comme une matrice bienveillante et chaleureuse, « ton » casier que tu avais vidé en juin qui déborde déjà de tracts syndicaux, de spécimens offerts par les éditeurs espérant toujours que tu changeras de manuel à la Toussaint, de consignes de rentrée – selon ton établissement invitation à la réunion de rentrée du Rotary, date du Ramadan, et j’en passe… Ton code ENT est déjà dans le casier, super, tu pourras dès demain faire l’appel et dès ce soir rédiger tes cours jusqu’à la Toussaint en les mettant sur l’Espace Numérique de Travail… (tu savais dès juin que tu aurais tel ou tel niveau, tu as pu préparer tout un tas de choses à l’avance…).

« Ton » coin qui n’a pas changé, à droite de la photocopieuse et la machine à café à portée de main, tu sais aussi où tu accrocheras ton manteau par les petits matins blêmes, entre les premières gastros et les conseils de mi-trimestre, quand ton bronzage se sera dissipé depuis longtemps. Tu te souviens d’ailleurs avec émotion de ces salles des profs des débuts de ta carrière, quand il y avait encore la petite pièce réservée aux non-fumeurs, les casiers des agrégés séparés des casiers des certifiés, et puis les gros registres d’emploi du temps, aussi lourds que les cahiers de textes des classes et que ces bulletins que vous remplissiez à la main…

Et puis tu claqueras des bises sonores à une centaine de personnes : au concierge qui te parlera de ses petits-enfants ; au chef cuistot qui te parlera de l’Euro ; aux dames de la cantine qui te taperont sur l’épaule pour t’encourager car elles sauront que tu as la 4°4 ou la seconde 8 ; aux petites stagiaires un peu rougissantes à qui tu expliqueras qu’elles doivent te tutoyer car dans l’EN, tout le monde se tutoie ; à la boulangère du coin de la rue toute contente de te revoir quand tu iras chercher ta baguette ; au patron du bistrot d’en face où tu te réfugieras quand tu auras d’énormes trous dans ton emploi du temps ; aux collègues du CDI, ravis de te monter les nouveaux abonnements…

Montessori et les autres ; questions à ces écoles-là

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 juin 2016. dans La une, Education

Montessori et les autres ; questions à ces écoles-là

Précieux moment, devenu rituel à la Comédie Du Livre de Montpellier, que la séquence animée par « Les amis de la mémoire pédagogique ». Chaque année, une rencontre souvent riche d’échanges, éclaire histoire et positionnements pédagogiques, ici et par le monde. Enseigner, mais comment… disait quelqu’un.

Cette année – Comédie du Livre à l’heure italienne oblige – Maria Montessori, son parcours, son éthique, sa philosophie au regard de l’existence actuelle des écoles qui s’en réclament, s’imposait. La tribune autour d’un directeur Montessori était enrichie d’« un » Freinet, tandis qu’un enseignant chercheur en écoles et éducation nouvelles – défendant ailleurs la pédagogie Decroly qu’on sait liée à une école sans notes – fermait le ban. Une tribune-écoles alternatives seules, donc, et on peut regretter d’entrée l’absence de contradicteurs, et même simplement la voix de l’école publique, implicitement reléguée au rang des « vieilles choses obsolètes » ?

Les écoles Montessori, et autres, sont des écoles alternatives, fonctionnant hors de l’école publique. Privées, non confessionnelles pour autant, pas sous contrat non plus. Ces « libres écoles Montessori » occupent un espace social, juridique à part, et mobilisent plus d’un débat familial ou sociétal depuis près d’un siècle d’existence. Toutes, que ce soient les plus connues comme Montessori, Cousinet, Decroly, Steiner, ou une pléiade d’autres, défendent peu ou prou le même crédo a priori sympathique : un enfant plus libre, pris comme individu, traité de façon différenciée dans la démarche enseignante, dont on espère faire un citoyen plus adapté, plus résistant, plus conscient. Écoles transmettant toutes de belles valeurs. Ce n’est donc pas l’éthique qu’elles affichent, ni les projets ou fonctionnements pédagogiques souvent très novateurs qui les animent, qui peuvent interroger, mais plutôt leur place dans la société et dans les Institutions, et leurs demandes actuelles. Ce que je suis, moi, citoyenne, face à ce type d’école, dans l’obligation scolaire légale.

Le directeur d’une de ces écoles Montessori – seule de la région, à ce jour, aujourd’hui installée dans la périphérie Montpelliéraine – expliqua, du reste, les difficultés rencontrées pour monter son école ; réticences, méfiances, refus des maires ; interrogations multiples des familles. Lesquelles semblent mi-chèvre, mi-chou, puisqu’au-delà des classes maternelles, beaucoup de parents rapatrient le gamin dans l’école publique pour y « apprendre à lire », sérieusement ? Ajouterait-on...

L’école Freinet représentait, sur l’estrade, l’école alternative officielle à l’intérieur des murs de l’Éducation Nationale. Elle campe complètement à l’intérieur de l’école de la République ; ses instituteurs choisissant des chemins particuliers pour remplir les objectifs communs à toutes les écoles.

Défense de la filière L

Ecrit par Sabine Aussenac le 28 mai 2016. dans La une, Education

Défense de la filière L

Un médecin sans histoire peut devenir un Mengele

Chers élèves de troisième, germanistes ou pas, voici quelques pistes de réflexion pour ne pas vous priver d’une magnifique orientation !

Il n’y a pas que la filière S dans la vie, quoi que puissent en dire certains !

Je suis chagrinée de voir que la plupart d’entre vous semblent se destiner à de diverses orientations certes toutes prometteuses, mais sans aucune envie d’intégrer un jour une filière littéraire. Ce serait vous priver d’une réflexion passionnante que de ne pas réfléchir à toutes les possibilités offertes et à tous les métiers envisageables…

Non, la section L n’est pas une section « poubelle » ni une « voie de garage » !

Non la section L n’est pas réservée aux « fumistes », aux « glandeurs », à ceux qui n’ont pas d’autres possibilités car trop faibles en maths ou en sciences économiques ! Et même si ce type de profil se rencontre, oui, mais pas plus qu’ailleurs, on trouve heureusement de « véritables littéraires » et des élèves et étudiants enthousiastes, brillants et cultivés.

Non, on ne devient pas « que prof » en préparant un bac L ! On devient aussi journaliste, employé(e) de collectivité locale ou territoriale, rapporteur au Sénat, avocat, infirmière, communiquant, manager, patronne de PME, notaire, courtier en assurances, agent de voyage, guide touristique, traducteur, énarque, élève à Normale Sup ou à Sciences Po, cadre, préfet, artiste, intermittent du spectacle, producteur, acteur, directeur de maison de retraite, d’hôpital, chauffeur de bus, psychologue, kiné, orthophoniste, routière, ministre, président de la république, architecte, commerçant…

Cette liste à la Prévert n’est pas exhaustive, mais soyez certains qu’elle est exacte, car un bac L mène certes à de classiques études littéraires, mais aussi au droit et aux sciences économiques, aux écoles d’arts et d’architecture, aux écoles de commerce ou aux filières de tourisme et de l’hôtellerie, voire même aux écoles d’infirmières, à tous les concours de la fonction publique, de gardien de la paix à l’ENA, et à mille autres voies plus variées les unes que les autres ! En effet, il existe en première et en terminale différentes options et spécialités, comme « droit et grands enjeux du monde contemporain », art, histoire des arts, maths… Certaines écoles, comme les grandes écoles de commerce, recherchent depuis quelques années des candidats issus de la filière littéraire, justement au vu de leurs profils atypiques…

Pédagogie : le renseigné et l’enseigné

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 mars 2016. dans La une, Education

« Éduquer, ce n’est pas remplir un vase, mais allumer un feu » Montaigne, De l’éducation dans Les Essais

Pédagogie : le renseigné et l’enseigné

On trouve, c’est vrai, à peu près tout dans les réseaux sociaux ; le vrai du faux de Facebook, on le sait, étant loin de fermer boutique… mais un post récent, dirigeant nos émois vers un lien (dont je ne garantis pas l’intégrale véracité du récit) vaut qu’on s’y arrête.

On nous y raconte les malheurs d’un professeur des écoles, pas soutenue par sa hiérarchie – la pauvrette ! Avait-elle molesté un petit élève ? Que nenni. Dans une leçon de géographie, sur les fleuves français, au lieu de « faire cours », elle avait donné directement à son élève le nom du fleuve arrosant Paris, la Seine. Et vous tous – hormis peut-être quelques enseignants – de s’esclaffer, à la suite des x commentaires du post sur FB : – franchement, du n’importe quoi, cette école, en France, ma pov’dame !

Depuis quand donner la réponse, en classe, sans les procédures, serait-il contestable ? A mon modeste avis, depuis qu’enseigner existe.

Si le récit sur le nom du fleuve est, certes, un mauvais choix, propre à tous les raccourcis fallacieux pouvant sembler friser le ridicule, ce n’est pas pour autant qu’il soit à négliger, car il éclaire à nouveau ce conflit renseigner/enseigner, qui couve la redondante et importante fracture entre les tenants de la pédagogie active, et ceux, non moins nombreux, des leçons magistrales, à fonctionnement du haut vers le bas – « descendant », disait du reste, joliment, le contenu de l’article proposé par le lien FB.

Le gamin, qui, dans la rue, m’apostrophe en me demandant le nom du fleuve qui… je le renseigne, mais s’il est dans ma leçon de géo, ce n’est pas le même cas de figure. On peut aussi imaginer qu’un guide ou conférencier de talent lui fournisse plein d’infos sur la chose. On ne dira rien, évidemment, des clics-savoirs-Google-Wikipedia, fondamentaux, utilissimes mais d’une autre nature que le rôle du maître. Aucune concurrence entre l’école et ces outils de renseignements, précieux, mais autres. En classe, c’est d’un autre service qu’il s’agit. Tout autre. J’enseigne, donc je dois faire pratiquer à l’élève des process, qu’il a acquis, ou qu’il acquiert, qui vont ensuite et ailleurs l’équiper pour cet « apprendre à apprendre » si fondamental. La Seine n’est qu’un prétexte à engranger des savoir-conduire. Ce n’est en rien, pour l’enseignant, un simple renseignement, une bribe de connaissance.

Mais pour les contestataires des pédagogies actives – toutes espèces confondues – c’est le chiffon rouge du « pédagogisme », l’ombre portée des Sciences de l’Educ… Pftt !! l’enfer dans le cartable. On ne va pas, ici, lister à nouveau – la plupart de mes chroniques sur Reflets l’ont modestement recensé – ce qui fait se fâcher tout rouge l’honnête parent en prise avec les « toquades » des enseignants de sa progéniture ; le non-compréhensible, le mal-lisible, le non-sens, la perte de temps apparemment abyssale (pourtant, « enseigner c’est l’art de perdre son temps » disait un certain) de manières de faire, un vocabulaire, surtout, qui, la plupart du temps (sauf à avoir été solidement expliqués) ont comme défaut majeur d’être différents des pratiques de l’école fréquentée en son temps par le parent. On ne se retrouve pas dans ce qu’on vit comme étrangeté. Et l’école, c’est son enfance, donc le soi du soi…

O réforme, ô désespoir (partie 2) Comment ?

Ecrit par Lilou le 28 novembre 2015. dans La une, Education

O réforme, ô désespoir (partie 2) Comment ?

Et puis, à la porte de ma classe, ça toque dur… « Comment qu’on fait » crient en chœur les chefs d’établissement et les inspecteurs ? Ben je sais pas… N’est-ce pas à vous d’organiser les emplois du temps et de dire comment vous mettrez EPI et AP à l’intérieur des emplois du temps, en relation avec les moyens annuels que l’on appelle la dotation horaire globalisée ? N’est-ce pas à vous que de nous accompagner avec l’éclairage des accompagnements aux programmes ? N’est-ce pas à vous, coiffé du statut de premier pédagogue de l’établissement que de faire du « conseil pédagogique » l’instance qui permettra la résonance de toutes les énergies que vous devez identifier et qui ne demandent qu’à essaimer ? N’est-ce pas à vous de repérer, les uns et les autres, qui pourrait accompagner (quelle horreur dans ce cadre-là le terme de « former ») la mise en place de la loi avec les relais que sont les corps d’inspection, les pilotes de projets existants, les directeurs d’écoles primaires plus à même avec les professeurs des écoles de généraliser l’intelligence de ce qu’est l’interdisciplinarité ? N’est-ce pas aussi à nous tous la tâche ardue de convaincre les sceptiques par la parole et ce mot qui n’est pas gros : « la pédagogie de projet » qui n’abandonne en rien la discipline parce que justement elle la conforte avec d’autres ? N’est-ce pas à vous que de missionner les coordonnateurs sur la base de cette pédagogie de projet, disciplinaires et interdisciplinaires, et de faire en sorte que le projet d’établissement et le contrat d’objectifs ne soient pas que des rengaines de façades ?

Peut être Watson mais quels sont les moyens accordés ? Les moyens !!! Le mot est lâché. Traîtres comme les obus allemands sur le Bois des Caures en février 1916 ! Le mot est lâché, « les moyens »… Félonie, Allemands de la Guerre ou Anglais de Fachoda, levez-vous !

N’est-il pas temps de calmement nous pencher sur… nous-mêmes, sur l’organisation de notre temps de travail. Sur notre capacité retrouvée à dire et redire encore ce que nous faisons dans notre temps de travail (oui, nous ne sommes pas qu’au golf, au shopping ou à Roland Garros quand nous ne sommes pas devant les élèves…) et comment nous le faisons afin que de pouvoir dégager quelques éclaircissements à minima, et peut être aussi quelques marges de manœuvre ?

Nous travaillons 18 heures (ou 15 heures) en classe face aux élèves. Pour tout un chacun c’est ici que se situent nos leviers d’actions, c’est ça dire que c’est là que se fonde notre temps de travail. Mais bon, il faut corriger un peu. Ce chiffre est donné sans compter les corrections et les préparations de cours. C’est sans compter aussi le travail de concertation qui se fait déjà, les conseils de classe, les réunions avec les parents, les évaluations au socle (à condition que, et en vieux briscard des collèges que je suis et qui peut voir, chacun le fasse ce qui est très très très loin d’être le cas), sans compter aussi les participations aux instances pour certains d’entre nous. Et sans compter enfin le débit normal ou anormal que proposent parfois les réunionites aigües de certains établissements. Tout cela fait (ou doit faire) 1607 heures annuelles, comme tout le monde soumis aux 35 heures. Fait… Doit faire en tout cas. Parce que si un paquet de copies de Troisièmes est équivalent en temps qu’il faut pour peler des cacahuètes à un paquet de Premières ou de Terminales, c’est qu’il y a un problème quelque part. Il existe la même distorsion pour ne pas dire « silence pesant » avec les collègues des écoles primaires qui sont présents face aux élèves 23 heures par semaine (et qui ont eux aussi leur lot de préparations, de corrections, de réunionites aigües et de rencontres avec les parents ou de formation à l’initiation musicale, le pédalo sur les lacs en pente ou la place du futur antérieur dans la grammaire française). La capacité à mesurer le temps de travail des enseignants pose problème ! Stop d’avance avant de prendre un destroyer contestataire sur le museau.

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