A ces professeurs-là… Chronique de colère

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 mai 2015. dans La une, France, Education, Politique, Actualité

A ces professeurs-là… Chronique  de colère

A ces collègues, les immobiles, les pires de pires, ceux qui étaient là, le stylo au poing, quand je suis rentrée dans la carrière ; ceux (leurs enfants, peut-être ?) qui sont encore là, la souris au poing, des années après ma retraite sonnée. Quand cela finira-t-il, la litanie des plaintes en tremolos, souvent faux qui plus est, de ceux qui ne veulent JAMAIS entendre ni les raisons, ni les façons de réformer (juste un peu) l’Éducation Nationale.

Énième projet de réforme des collèges. Gauche au pouvoir ; on vote pour eux, non ? Les affects compliquent la crise…

 Que le collège soit le maillon faible du circuit et de plus en plus dramatiquement, c’est un fait aussi dur que le système solaire et son fonctionnement. Que l’élève de collège, naviguant au plus juste entre vague réformette de l’orthographe, bidouillage des obligations en mathématiques, et changements prétendument structuraux en Histoire-Géo, ne retrouve plus depuis des lunes son chemin – ni les donnés pour bons, ni les considérés comme nuls – c’est aussi acté que 2 et 2 font 4. Mais, baste, peu leur chaut, semble-t-il, à ces gens dont le métier, que dis-je, la mission est la plus haute qui soit : former l’élève, l’élever – un avant, un après.

Qu’on me comprenne bien. Je ne saurais m’en prendre – même après toutes ces années de bonheur d’avoir enseigné, devant classes pleines, l’Histoire, la géographie, l’éducation civique, et la citoyenneté dans un collège en Corrèze – à ces collègues, ou ces anciens professeurs stagiaires que j’ai fréquentés, épaulés, parfois conseillés, et qui, pleins de bonne volonté, flanchaient, ça et là, au détour d’obligations, de modifications, dont les noms seuls surnagent dans ma mémoire (Projet d’action éducative, 10%, Parcours diversifiés…). Qu’on fléchisse un peu sous l’averse poétique et si notoirement lisible des contenus d’obligations de programme pondus par le ministère, si loin des rangées de nos classes, ce n’est que normal, humain. Sain, même. Non, ce ne sont pas d’eux, dont je parle ici – autrement dit, je ne m’adresse pas à la majorité des professeurs. Mais à une petite, solide troupée qui campe, voyez-vous, dans le Non perpétuel – idem, les concessions des cimetières ! – et dans le « moi-je, mes cours à moi, mon emploi du temps-le mien, mes élèves à part, tellement mieux que la masse, et le toutim ». Vous les connaissez, que vous soyez parent d’élève, collègue, chef d’établissement. Les inspecteurs les connaissent. Chikungunyas de malheurs : ceux qui bloquent l’avancée du train, en se couchant sur les rails.

Que nous serinent-ils encore cette année – copié-collé de ce que polycopiaient au bleu qui tache, leurs quasi grands-parents : comme à chaque projet de réforme ! le niveau baisse, ma pov’dame, on tire vers le bas. Dans le grand trou – l’Inferno des images d’Epinal, pas moins – les gamins, happés par les plus faibles ; les leurs, les dites têtes de classe. Sachant que leur définition de « tête de classe » est facile, simplette, fausse ; c’est l’excellence scolaire en caricaturée : mémoire récitative et accumulative, capable – fi l’ordi – de vous cracher en un temps record les déclinaisons de ce pauvre latin menacé, les dates de l'Histoire de Mallet (enfin, les dates !!), salivant, ou pas loin, – las, ça ne se fait plus -  sur les départements, leurs préfectures… cliquer sur Google ? vous n’y pensez pas ! Où serait l’élégance, ou le goût du sport… Je vous entends d’ici : – elle en a contre le Latin, l’Allemand première langue, elle ne comprend pas les attendus culturels et gratuits de ces types d’apprentissages ; chut ! elle cautionne le nivellement, mais elle est de mèche avec le gouvernement... Sus à la traître…

Or, c’est leur « façon » d’enseigner que je ne supporte pas, maintenant encore moins qu’hier. Je les vois encore ; je sais d’avance qu’ils existent encore – une « espèce » à part, inamovible : ils étaient – ils sont – « en » « lettres classiques » (les « modernes » savent-ils lire ?), en Allemand – la langue qui, mise au bout du latin, fabriquait sans faute un élève « trié » dont le passage dans un bon lycée était écrit dès le septembre de la 6ème. On en rencontrait encore quelques-uns dans les matières dites fondamentales ; mathématiques (discipline la plus facile à enseigner) aux mains, en ce cas, de (vous avez dit, professeur ?) frigides de toute pédagogie, voire de tout élève. Qu’on m’entende bien encore, là : je n’ai rien contre le contenu, en soi, de ces matières – hors l’absolue impossibilité de garder TOUS les enseignements dans leur jus d’origine, et le temps imparti  qui va avec ; tous, y compris chez moi, en Histoire géo, mes amours – mais contre l’absence d’inventivité, d’adaptation, de prise en compte du réel aussi, de certains de leurs maîtres. On peut enseigner en interdisciplinarité, par exemple, un latin d’excellent cru, ou porter (j’en ai connu !) un Allemand vivant et leader, boostant tout un collège, en « sachant » enseigner ! Rien que ça, mais tout ça.

 J’habitais, moi et mon Hist-Gé – quelle chance, ce mi-pente des matières avec les Sciences et vie de la terre, quelques physiciens. On nous cherchait moins noise (apprenait-il au moins ses leçons, le drôle !) On nous regardait quelquefois de haut, en voulant nous mesurer la parole dans les conseils de classe… Mais, souvent, nous, on faisait dans le projet, l’interdisciplinarité était notre langue naturelle ; du coup, on gagnait nos galons. On se remuait d’année en année – quelquefois vainement - de programme nouveau en nouveau programme. Ça marchait ? Pas toujours, mais souvent. On n’avait pas l’impression de « les tirer vers le bas » ; oui,  la culture (celle qui bouge avec le gamin ; pourquoi refuser ce nom aux films, aux BD ?) toquait même assez souvent à nos portes.

Le prof-heureux ; le prof-capable et adaptable ; celui – fonctionnaire- qui a le sens du service public ; il en reste, Najat ! j’en ai vu – encore plein – dans les salles des profs.

Continuez, tenez bon ! Ça passera ; il faut que ça passe…

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (5)

  • Bernard Péchon Pignero

    Bernard Péchon Pignero

    18 mai 2015 à 09:48 |
    Je suis d'accord avec Martine sans être en mesure de faire la distinction entre des catégories de profs. Dans l'ensemble je crois que mes enfants ont eu et ont encore de bons profs avec quelques exceptions inévitables. Mais pour autant que j'aie pu évaluer l'impact de la réforme sur l'enseignement du latin, il me semble qu'en faire une option n'est pas une bonne idée. Je signale à ceux qui l'auraient manqué l'émission de France culture de la Grande Table du 12 mai ( 2ème partie)qui était assez édifiante sur la question ( avec Antoine Prost)

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    • Martine L

      Martine L

      18 mai 2015 à 23:19 |
      Mais de toutes les façons, et sur tous ces "morts annoncés" de la Réforme, il n'y a en fait mort de matière pour aucune ; la réforme n'est ni brutale , ni menaçante, mais aménageante ! on est dans les peurs et les fantasmes de pertes. Les enseignants, décidément ne grandiront jamais

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    16 mai 2015 à 15:46 |
    Je comprends votre agacement face au « mammouth » de l’Education Nationale, dénoncé par Claude Allègre : surtout de rien changer ! Que tout reste comme avant…
    Néanmoins le linguiste que je suis s’inquiète de la portion congrue réservée au latin et à l’allemand. Ces langues ne sont « élitistes » que dans la mesure où, en effet, leur grammaire exige de la discipline et un effort de logique. Mais que dire, dans ce domaine, des maths !!! Autrefois, on n’en avait que pour les « forts en thèmes » ; maintenant il n’y en a que pour les « forts en maths »…plus démocratique ? Il serait bon qu’il y ait plusieurs types d’excellence et pas seulement une…numérisée !

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  • Aussenac

    Aussenac

    16 mai 2015 à 15:22 |
    Hum, comment te dire? Tu as peut-être sauté des paragraphes...Parce que là, même si je te suis dans presque toute ta réflexion sur le savoir enseigner et le bien fondé des réformes, qui ne sont qu'une infinie répétition de la querelle d'Hernani et de la sempiternelle ritournelle de la querelle des Anciens et des Modernes, il me semble qu'il y a réellement PÉRIL EN LA DEMEURE.
    En nos vastes contrées antiques; et en nos belles et majestueuses cathédrales; et, en ce qui me concerne, de l'autre côté de moi, au-delà du Rhin...
    Je serai en grève, et je ne cèderai rien à ma Chef, malgré tout le respect que je lui porte en regard de l'aide qu'elle a apporté aux femmes et à ma propre histoire...
    Elle met en danger l'enseignement des lettres classiques et des langues, à ce seul titre j'en suis horripilée. Et elle fait sombrer dans le néant notre histoire de France, ce que je ne peux tolérer, et nulle visée réactionnaire là dedans, du simple bon sens.

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    • Martine L

      Martine L

      16 mai 2015 à 16:15 |
      On pourrait dans les réformes passées – et deviner dans celles à venir, ce qui a fait – fait - va faire - bramer d'horreur les tenants de l'orthodoxie en Hist-géo ( probablement les mêmes ressorts des «  Lettres », «  Langues anciennes » etc). Ciel ! ce n'est plus ce qu'on avait ! on « perd » ! et dans ce mot, il y a, tous les deuils impossibles, Sabine, les chagrins enfantins de la – obligatoire – séparation avec la mère. Laquelle, pourrait être ici, «  nos humanités à nous », notre fac, qui, forcément vaut pour les siècles des siècles. En Hist géo – que je connais un peu, on sait qu'on ne peut emporter à l'identique, et au même niveau d'horaires, de concepts détaillés, toute l'Histoire. Donc, il faut choisir, éclairer, donner à manger autrement, faire passer comme ça, ou ci ( ou déléguer à d'autres matières en s'appuyant sur elles). Modestement, je dois dire que je n'ai pas – ou, si peu - sacrifié ce qui me semblait in-sacrifiable. J'ai beaucoup, par contre imaginé d'autres chemins. Les obligations de programme ne demandent aucun sacrifice définitif, mais des aménagements de contenus. Toute latitude étant laissée à l'enseignant pour construire «  son » bâti. «  Sauver les Lettres », «  sauver l'Hist-géo » à présent... Marre !! sauver l'élève. Oui.

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