C'est quoi papa la politique ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 avril 2011. dans France, La une, Education, Société

C'est quoi papa la politique ?


Certains de mes petits collégiens disaient : «  la poulitique », faisant poétiquement s'envoler quelque oiseau d'une volière exotique . Au « ça sert à quoi ? », le silence se faisait, pas moins épais que pour la question jumelle  - sur les impôts, cette fois -  Pas de doute, un Grec, planté sur son agora, sous le soleil antique, aurait su  - même un métèque - eux, pas.

Au fur et à mesure des années, j'ai vu s'installer des sourires en coin (je ne démarrais pas, pourtant un cours d'éducation sexuelle !) ; ces derniers trimestres, c'est à des soupirs excédés que j'avais droit : «  c'est … des hommes politiques … ils parlent... on les voit à la TV... » et il y en avait toujours un pour ponctuer « ils disent tous la même chose »...

Tous pourris, UMPS, sussure la blonde au 20 h, avec le sourire affiché qui cache mal qu'elle a hérité des « dents du père » …


On regarde, effarés - on croirait sortir du sommeil - ces gens ordinaires - non, pas tous frustes ; pas tous beauf - ces parents de «  mes » élèves, loin des quartiers à problèmes, disant haut (demain, ce sera fort) et presque calmement que - oui, ils vont « essayer » le FN, parce que les autres, c'est mensonges, absence de suivi de commande et compagnie ; oui, le FN, ce qu'il dit, tout le monde comprend, que c'est peut-être du protestataire, mais qu'il y a à protester, et que le « yaka » des fois, ça soulage …

Et, ainsi, ce qui se « tempête » à la maison finit par atterrir - vlan - comme un gros pavé malodorant, au cœur de notre démocratie, et par la même occasion , en plein au milieu de la cour de récré. On vient de me rapporter le nouveau jeu à la mode où le balèze « fait » le FN et clame « vous, vous ferez les autres ».

Le crédit du politique - hommes, idées, institutions - est en berne, fait à l'évidence, presque fuir. Le mot lui même, qui chante pourtant avec cité, tous, courage, balance avec démocratie, ce mot est devenu inutilement obscène, pas vraiment propre ; on détourne le regard, comme s'il y avait un enjeu de pudeur.

Qu'ont donc raté ces générations d'hommes d'état, ces cohortes de députés, ces bannières partisanes voulant pourtant porter une république et ses alternances ? Quels mots ont manqué dans ces kyrielles de discours ? Quels slogans en ont fait trop, ou trop peu , ont été trop mièvres ou trop ambitieux ?  « Changer la vie », chantait pourtant JJ Goldman (que ne fredonnent plus mes collégiens). Quels mots, sûrement ont fini par sonner vides, comme les pas perdus attendant le train qui ne vous prend pas... Qu'ont oublié de faire ces enseignants - élus (pourcentage important de nos Chambres) ? n'ont-ils pas perdu de vue «  le niveau de la classe » ; ont-ils - plus grave, encore - renoncé à monter la barre des exigences ? Ce « c'est bien bon pour eux » sur lequel surfe le discours du FN, n'aurait-il pas été cuisiné ailleurs ?

Pourquoi s'étonner après, de ces palabres déconnectées sur l'estrade, tandis que l'ennui, le souk, le « faire autre chose sans bruits », gagne à grandes vagues noires l'espace - classe en contre-bas ! Eternelle ritournelle du peuple et des élites !

Mine de mine, avec des lampées gourmandes, le FN - ou l'abstention - engrange cette inlassable incommunicabilité dans un monde saturé de besoins de communiquer ; et voilà qu'au bout , les jeunes entre 18 et 25 ans  se prononçant pour l'extrême-droite, se sont trouvés sur représentés, dans les cantonales. On est un certain nombre à pouvoir se dire qu'on n'a pas fait son boulot, un jour, quelque part … Politiques, journalistes, enseignants, parents …

Politique, école du vivre ensemble dans la cité. J'ai eu de tout temps la faiblesse de croire que ça , on en cause à l'école - et pas qu'au lycée -

L'enseignant qui laisse filer la « règle », sacrifie la justice, néglige les revendications, n'instaure aucune plage de débat dans son cahier des charges, dénature l'éducation civique, considère que l'Histoire, ce n'est pas « connaître le passé pour comprendre le présent et aménager l'avenir » celui-là ne bâtit pas du citoyen !

C'est ainsi que des séquences - histoire/éducation civique - ont, il n'y a pas si longtemps, participé modestement et à leur place à étayer chez moi, avec des 4èmes  basiques leur familiarité avec le « politique ». Il s'agissait pour le groupe de « faire la loi » et de simuler la chose, dans une monarchie absolue, et dans l'Angleterre des débuts de la monarchie parlementaire . Nous fonctionnions avec une charte de classe et la notion de loi, de majorité, de bien collectif et de souci des autres étaient, vaille que vaille pratiqués au quotidien  ; cela facilitait le cours de l'expérience. La «  classe - monarchie absolue observait (admirative , je ne sais) son leader-roi perché sur l'estrade ; discours tonnant ; baguette intimidante montrant au moindre doigt qui faisait mine de se lever la direction de «  la prison » (2 chaises au dos tourné au fond de la salle). Il y en avait toujours un qui interrogeait, au bout d'un moment, montrant le camarade monarque : « pour combien de temps ? ».  Tête des collégiens entendant la réponse !

La classe - parlementaire écrivait, levait le doigt, amorçait des discussions  (attention, pas tous ; un groupe conséquent rassemblé dans un coin simulait les citoyens passifs) ; on votait - silence, respect, fierté - on comptait , on décidait. Dans ma classe évidemment, beaucoup de filles ; l'une, narquoise : «  madame, on aurait dû enlever toutes les filles, alors ! ». Regards de tous, conscience politique en marche, pourrait-on plaisanter, et les questions de fuser « c'est quand qu'on va voter ? »  demandaient mes futées ; et moi, de sourire « l'année prochaine, en 3ème, après la 2ème guerre et votre résistance ! »  « Et nous ? » mendiaient les citoyens passifs ; «  à la fin de l'année, en 1848  ; pour le moment nous en sommes au suffrage censitaire - matérialisé  par l'amoncellement des trousses sur les pupitres des heureux et possédants citoyens actifs - »

La politique, c'est dans des moments comme ça, noble, intéressant et surtout « ça les regarde »... Foin du balèze de la récré ! Les autres, tous les autres auront du répondant !

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (2)

  • Ficus Lissant

    Ficus Lissant

    02 avril 2011 à 11:38 |
    Quelques réflexions à propos de votre excellente chronique.
    1- Je suis comme vous : lorsque je regarde attentivement Marine Le Pen, je vois avant tout "les dents du père", contrairement à ce que les médias télévisuels nous ont "vendu" ces dernières semaines (selon le vieux proverbe - ici commercial - du "tout nouveau, tout beau").
    2- Pour moi, le FN représente effectivement la "politique" de "l'anti-politique", puisqu'il se nourrit de la crise des démocraties européennes.
    3- Rappelons-nous aussi que les Français - en général - adorent les politiques qui ne gouvernent pas. Il faudrait, à ce sujet, relire le philosophe Alain !
    4- Souvenons-nous de la gestion catastrophique des municipalités qui avaient été conquises par le FN à l'époque de Le Pen père (en 1995, avec Orange, Toulon et Marignane). Cela augurait bien des capacités "gouvernementales" du FN, n'est-ce-pas ?
    5- Comme le dit JFV (commentaire ci-dessus), on a besoin du rêve, de "l'ailleurs", en politique, c'est vrai. Cela n'existe effectivement plus - en Europe - depuis l'effondrement de la vision idéologique marxiste-léniniste et la crise du socialisme démocratique. Et, il est vrai que, n'ayant jamais servi au niveau gouvernemental, le FN apparaît comme une sorte d'ailleurs pour certains électeurs.
    Mais, la plupart d'entre eux déchanteraient si - par malheur - l'idéologie nationaliste arrivait un jour au pouvoir chez nous. En effet, l'Histoire nous montre que presque tous les partis extrémistes ayant exercé des responsabilités gouvernementales (en coalition avec d'autres forces politiques plus classiques) ont fini par modérer leur positionnement et par se rallier - en gros - au système qu'ils dénonçaient auparavant, provoquant ainsi la déception.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    01 avril 2011 à 19:07 |
    Intéressante expérience que ces “travaux pratiques” de science politique, in vivo, dans la classe. Sans doute, les élèves qui se seront prêtés au jeu auront-ils intégré les vertus du régime parlementaire. Pour le reste, l’usure de la démocratie, le « ils disent tous la même chose », tout cela est aussi vieux que nos républiques successives (IIIème et IVème), aussi vieux que la tentation d’un « ailleurs » mirobolant….La différence entre maintenant et autrefois, c’est que le champs des « ailleurs » mirobolants s’est drastiquement réduit : le mythe de la révolution – marxiste ou nationaliste – n’attire plus que des petites chapelles sectaires ; le terme de « socialisme » (originellement un mouvement visant l’abolition de la propriété privée, cf. Proudhon) s’est édulcoré au point de ne plus signifier que la version keynésienne du capitalisme. A l’opposé du spectre, les nationalistes actuels ne prétendent plus, comme leurs ainés, faire surgir un homme nouveau. Humblement, ils se sont constitués un petit ailleurs, modeste, certes, mais qui fait, malgré tout, rêver certains : plus d’immigration, plus d’Europe, retour à la société d’avant 68. Cet ailleurs-là, comme les précédents, est une coquille vide, un mirage au mieux inutile, au pire dangereux. Mais sans « ailleurs », que peut faire la politique sinon...Ennuyer ?!

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