Histoire

Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

Ecrit par Lilou le 17 juin 2017. dans La une, France, Actualité, Politique, Histoire

Deputatus erectus (homme, moins souvent femme), 1871-2017

Généralités :

Le Dronte de Bourbon (deputatus erectus), plus connu sous le nom de député françaisest une espèce d’homme politique endémique d’Europe de l’Ouest ayant beaucoup sévi en France de 1871 à 2017. Apparenté aux seigneurs et appartenant à la famille des dominants, ce dronte vivait dans les villes, et beaucoup moins souvent dans les champs ou les forêts quoique son rythme reproductif l’y conduisit de temps à autre une fois tous les 5 ans. Sortant peu la nuit, ce dronte de Bourbon était surtout un homme de paroles très variées cachant sous des allures d’Homme de bien des habitudes de vieux garçon à la retraite. Il mesurait environ un mètre et soixante-dix centimètres et pesait bien souvent aux alentours du poids de forme à l’intronisation pour osciller ensuite en cours de mandat au-dessus du quintal. Découvert par hasard après que des armées eurent labouré dans la déroute de Sedan la nécessité d’installer en France un régime parlementaire en 1871, le deputatus de Bourbon a bataillé pendant plus de 73 ans pour ne pas que lui soit associé dans ses niches des bords de Seine La Dronte de Bourbon, sa femelle, qui ne lui a quasiment jamais ressemblé et dont l’espèce frisa la disparition pendant les dernières années de son règne. Dès ses premières observations, la plupart sont décrits comme intéressés, lents à la détente et aimant peu tous ceux qui ne lui ressemblent pas. Son plumage foncé, cravaté de gris et chaussé de cuir, était pourvu de bras le plus souvent très longs qu’il savait utiliser pour ménager aussi bien les uns que les autres. Certains étaient armés de dents aussi crochues que leurs bras, qui avaient la particularité de rayer les lambourdes de leurs couches tapissées des grandes largeurs des deniers publics. « Ménager » était du reste son activité principale, les rares exemples des drontes de Bourbon qui passèrent à l’action en minorité ont égayé les moqueries d’improbables majorités d’autres drontes (1). L’archéologie a permis ces dernières années d’exhumer des critiques endogamiques à leur groupe. Citons par exemple le dronte Clémenceau : Un traître est celui qui quitte son parti pour s’inscrire à un autre, et un converti celui qui quitte cet autre pour s’inscrire au vôtre. Citons aussi cet autre dronte de Westminster, Churchill, apparenté de l’autre côté de la Manche aux rares Bourbons qui s’inscrivirent dans l’action : Après la guerre, deux choix s’offraient à moi : finir ma vie comme député, ou la finir comme alcoolique. Je remercie Dieu d’avoir si bien guidé mon choix, je ne suis plus député ! Plus grave, 80 drontes de Bourbons furent pourchassés et massacrés en 1940 par des drontes fascisticus à plumage noir, pour avoir voulu protéger de leurs vies la qualité des choses que les Hommes, les autres, aiment…

Le Deputatus erectus s’est éteint par une brûlante soirée de juin 2017 un siècle et demi après son avènement. Il se murmure dans les milieux autorisés (Coluche tu nous manques) que le souffle du renouveau a balayé en une seule fois la colonie des joyeux drilles des bords de Seine sans qu’elle n’ait rien vu venir. De très récentes théories s’orientent vers un caractère physique supposé mais jamais démontré faisant état d’une cécité devenue totale de tous les drontes ayant vécu durant les dernières décennies du règne du deputatus erectus. Cette disparition soudaine serait en effet directement issue de la propension extrême de cette espèce à vivre en troupeau et à suivre l’instinct des plus gueulards d’entre eux. L’histoire raconte que cette nuit du 11 juin 2017, quelques-uns se seraient trompés de direction et auraient englouti dans la Seine les centaines d’autres. Il est beaucoup plus probable, des chercheurs du monde entier planchent sur la question, que tentés par la modernité, les électeurs leur aient fait croire qu’ils pouvaient enfin marcher sur l’eau et qu’y croyant comme un seul homme, on aurait pu dire par une franche camaraderie de tranchée, ils coulèrent d’un seul bloc en ne laissant aucun regret. Ce grand chambardement fera l’objet d’un traitement à part dans la dernière partie de cette fiche conçue pour les refletsdutempspedia.

Grandeur et décadence :

Les traces de la vie du deputatus erectus sont immenses. Elles se conjuguent encore jusqu’à aujourd’hui au rythme de chacun des battements de nos cœurs d’hommes, et de femmes libres et égales (2) en droit, éduquées, soignées et protégées par une république laïque. Chargé de fabriquer La Loi de la République balbutiante et conquérante, et donc de consolider une certaine idée de pouvoir changer la Chose Publique dans la concorde du suffrage universel, le deputatus erectus y mit tout son courage et sa capacité à écouter et à suivre de savants tribunus deputatus electus comme Victor Hugo, Jules Ferry, Léon Gambetta, Jean Jaurès, Léon Blum, Léo Lagrange… Les deputatus erectus des dernières années de règne ont beaucoup aimé se convaincre qu’ils en étaient eux aussi, il suffisait d’agiter leurs noms sacrificiels, mais sans trop prendre à leur compte le poids de ces héritages moraux. L’éducation de tous les hommes sans différence de sexe, de couleur, de potentiel, de richesse, c’est eux ! Les libertés publiques et individuelles dans leurs plus grandes largeurs, c’est eux aussi. La rupture définitive avec l’ordre ancien qui faisait qu’on pouvait être légalement puissant et intouchable, c’est eux ! La reconnaissance de droits pour tous les hommes et toutes les femmes et que le monde nous envie, c’est aussi la tribu des deputatus erectus qui l’a fait. L’affirmation légale (sic !!!) que les femmes sont la moitié des hommes et que leur droit de vote n’est que la première marche de cet Everest culturel et social vers la parité totale et affirmée, c’est aussi eux, ou plutôt c’est enfin elles !

Allemagne, 8 mai 1945 / France, 8 mai 2017

Ecrit par Sabine Aussenac le 13 mai 2017. dans La une, Histoire

Allemagne, 8 mai 1945 / France, 8 mai 2017

Allemagne, année zéro.

Dans Berlin dévastée, privée d’eau, de gaz, d’électricité, des milliers d’êtres hagards errent parmi les ruines. De nombreuses autres villes, petites bourgades ou grandes agglomérations, se trouvent dans le même état. Dresde, qui avait subi le déluge de feu des « bombardements tapis » du 14 février 1945 et n’était plus que béance incendiée, Cologne qui déjà en 1942 avait subi le premier raid aérien engageant plus de 1000 bombardiers, tant de cités énucléées, réduites à néant et à reconstruire… Bientôt, des millions d’Allemands seront à nouveau jetés sur les routes, prenant la suite de toutes les populations déplacées par le régime national-socialiste et de tous les habitants du Reich ayant fui devant l’avancée des troupes soviétiques.

Ce qui reste de l’Allemagne est exsangue. Ma mère me parle souvent de la faim qu’elle a cruellement connue, petite fillette aux nattes blondes, née en été 1938, ayant grandi dans un pays devenu fou. Elle me parle aussi des bombes qui la terrifiaient lorsqu’avec ses trois frères et sœurs elle devait se jeter dans les fossés en allant à l’école. Aujourd’hui encore, elle frémit en entendant un avion, 72 ans après la fin de la guerre.

Partout, des familles sont démantelées, exilées, séparées. Les hommes, souvent, sont morts, ou ont été blessés, ou resteront des mois, voire des années en captivité. Mon propre grand-père, officier de la Wehrmacht, qui avait été envoyé sur le front de l’Est, ne rentrera que très tard, après un périple de plusieurs milliers de kilomètres faits à pied. Ma grand-mère avait un temps été évacuée dans le Westerwald, à la campagne, pour quitter Duisbourg, l’une des capitales de la Ruhr si souvent visée par les bombardements alliés. Elle a monnayé ses bijoux auprès des paysans pour un demi-litre de lait.

La population civile a payé un immense tribut au Reich. Et lorsque j’entends aujourd’hui les médias parler de la « célébration de la victoire contre l’Allemagne nazie », j’aimerais aussi avoir une pensée pour les Allemands qui, à l’époque, comme ma mère, ses frères et sœurs et ses amis, n’étaient que des enfants. Des enfants, comme les enfants dont nous déplorons chaque jour la mort atroce en Syrie, comme les enfants qui fuient la terreur en Afghanistan, comme les enfants qui fuient la famine au Soudan.

Ces « enfants blonds de Göttingen », nous les oublions trop souvent. Ils ont été la génération sacrifiée, à la fois par les sbires du régime hitlérien et par les bombardements alliés souvent, puis, à l’est, dans ce qui était devenu la RDA, par la dictature soviétique…

Très vite, après la capitulation du 8 mai 45, la vie a repris ses droits. Dénazification dans les quatre zones occupées, mise en place rapide des administrations, reprise des cours, de la vie culturelle, de la presse, pendant que les millions de « Trümmerfrauen », littéralement « femmes de ruines », déblayaient ce qui était à reconstruire, fichu sur la tête et courage au cœur.

Les enfants, en ces temps où l’on ne parlait pas de traumatisme ni de pédopsychiatrie, ont dû réapprendre à vivre, au-delà de ce qui était jusqu’en ce 8 mai la simple survie. Il a fallu oublier l’emprise des Jeunesses Hitlériennes, la terreur sous les bombardements, la faim des années de privations, l’uniforme des pères et les bruits de bottes de la soldatesque nazie, et, je ne l’oublie pas, les fumées des camps d’extermination et les barbelés de tous ces camps de concentration et/ou de travail qui parsemaient le territoire et qu’aucun Allemand, n’eut-il été qu’un enfant, ne pouvait ne PAS avoir vu.

Jour de l’Europe

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 13 mai 2017. dans La une, Histoire

Jour de l’Europe

Les tambours du défilé du 8 mai me rappellent que l’on commémore cette date soixante-douze ans après l’évènement. Mes chiennes aboient dans la cour, elles ont horreur des tambours comme des pétards du 14 juillet d’ailleurs. Pendant combien de décennies fêtera-t-on encore la victoire des alliés sur le nazisme ? Remarquez, je ne suis pas contre. Il y a des choses qu’on ne doit pas oublier mais je me demande s’il n’y aurait pas un autre moyen que ce jour de congé que contournent les grandes surfaces, ces cortèges d’élus et d’anciens combattants de plus en plus clairsemés, ces tambours, ces clairons et ces gerbes qui fanent lentement. Je n’ai pas d’idée à proposer mais il y a des experts en communication qui devraient pouvoir plancher sur la question.

Pour ce qui est d’un jour férié, je suis toujours pour, mais on pourrait l’affecter à une cause plus positive, plus conviviale, plus tournée vers l’avenir. Je ne sais pas, moi, par exemple la commémoration d’une date fondatrice de l’Europe, si on peut se mettre d’accord avec tous les autres. Les instances européennes doivent bien avoir une idée là-dessus. Un jour férié dans toute l’Europe, ça permettrait de faire la fête, de faire de la musique, de faire des barbecues géants entre villes jumelées (choisir de préférence l’été), de rivaliser d’imagination entre pays membres… Chaque année, un des vingt-sept devrait organiser quelque chose chez lui, genre une grande foire exposition de produits européens, de réalisations communautaires, ou bien des jeux sportifs (sans esprit de compétition si possible), des concerts retransmis par la télé dans toute l’Europe, du rock et du classique, enfin pour tous les goûts, des rassemblements de la jeunesse…

Le devoir de mémoire, je veux bien. L’ennui c’est que ça parle de la guerre, donc ce n’est pas très festif. On se sent un peu coupable d’être en congé parce que des millions de gens sont morts. Mais le devoir d’espoir, ça devrait compter aussi, non ?

Il va falloir que j’en parle au nouveau président si je le rencontre au Touquet (notez, moi je vais plutôt à Fort-Mahon ou à Quend, c’est plus populaire, mais je peux pousser jusqu’au Touquet, c’est tout près). Ça devrait pouvoir le brancher un truc comme ça, ce jeune ! Pas vous ?

Les limites des institutions internationales

Ecrit par Jean-François Vincent le 21 avril 2017. dans La une, Histoire, Littérature

Recension du livre de Albert Einstein/Sigmund Freud, Warum Krieg ? Ein Briefwechsel. Diogenes Verlag, Zürich 1972

Les limites des institutions internationales

De passage à Vienne pour un très bref séjour, je suis tombé, dans une librairie, sur cet étonnant petit volume de correspondance entre les deux grands hommes, et dont j’ignorais jusqu’à l’existence.

1932, l’inquiétude monte en Europe. Le parti nazi est aux portes du pouvoir en Allemagne ; les efforts, tout au long de la décade précédente, en vue d’instaurer une véritable sécurité internationale, notamment grâce à une institution régulatrice des conflits éventuels – la Société des Nations, ancêtre de l’ONU – paraissent précaires et incertains.

Einstein pose la question à son « collègue » psychiatre (ils se considèrent tous les deux comme des scientifiques) : « existe-t-il une voie, pour libérer les hommes de la fatalité de la guerre ? ». Et de justifier sa démarche auprès de l’illustre viennois : « je sais que vous avez répondu, directement ou indirectement, dans vos écrits, à toutes les questions ayant trait à ce problème pressant qui nous intéresse ».

Freud, dans le courrier en retour qu’il adresse à Einstein, commence par un historique anthropologique. Les plus forts dominent « naturellement » les plus faibles. D’où la distinction sémantique entre pouvoir (Macht) et violence coercitive (Gewalt). Le premier reposant sur la seconde : c’est par la force contraignante que s’établit le pouvoir. Le droit apparaît ainsi lorsque les faibles se coalisent pour renverser la loi – ou plutôt la non-loi – du plus fort à leur avantage.

La solution en vue de prévenir la guerre pourrait par conséquent consister en une délégation de la violence coercitive à une instance arbitrale, qui puisse effectivement en disposer, si nécessaire.

Pour ce faire, il faut que deux conditions soient réunies : que soit créée ladite instance, et que son pouvoir soit bien réel. « Maintenant, dit Freud, la société des Nations a été conçue pour être cette instance ; mais la deuxième condition – le pouvoir (Macht) – fait défaut ».

Pourquoi ?

Deux éléments manquent cruellement : la possibilité de contraindre, et l’existence de liens affectifs (Gefühlsbindungen) entre les différents membres. « Or, continue Freud, à la place des sentiments, il n’y a eu que des attitudes abstraites (ideelle Einstellungen). De la sorte, il semble bien que la tentative de substituer le pouvoir des idées (Macht der Ideen) au pouvoir réel soit condamnée à l’échec ».

Déclaration prophétique ! Pas plus le pacte de la Société des Nations du 28 juin 1919 que la Déclaration universelle des droits de l’homme, votée par l’ONU le 10 décembre 1949, ne sont parvenus à susciter un tel ralliement émotionnel créateur de liens. Freud avait vu juste. Mais alors que propose-t-il ? « La situation idéale, conclut-il, serait naturellement celle où une communauté d’hommes auraient soumis leur vie pulsionnelle à la dictature de la raison (Diktatur der Vernunft). Rien d’autre ne peut faire advenir une union – intégrale et capable de résistance – d’individus, et ce même en l’absence de liens affectifs entre eux. Cependant, selon toutes probabilités, ceci n’est vraisemblablement qu’un espoir utopique ».

Le fondateur de la psychanalyse avait parfaitement perçu l’impuissance d’un club d’états incapables d’imposer par la force une authentique coercition et reposant, non sur des affects prégnants (le patriotisme), mais bien plutôt sur des données abstraites peu motivantes effectivement : les droits de l’homme. La voie esquissée par Freud, le despotisme éclairé – l’aufgekläter Absolutismus cher à Joseph II – incompatible avec la démocratie et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, relève, comme l’observe fort justement Freud, d’un « espoir utopique ».

Oui, Warum Krieg ? Pourquoi la guerre ? Tout simplement parce qu’il n’existe aucun moyen de l’éviter…

La transformation intimiste de l’au-delà à l’époque moderne

Ecrit par Jean-François Vincent le 08 avril 2017. dans La une, Religions, Histoire

La transformation intimiste de l’au-delà à l’époque moderne

Objet de terreur (cf. Delumeau) ou de folle espérance, l’après-vie a longtemps été conçue d’une manière statique : calquées sur le modèle pré-copernicien du monde, les demeures infernales ou paradisiaques des trépassés se confondaient avec le triplex habitaculo de l’univers. Au centre de la terre, les damnés ; sur terre, les vivants ; au ciel, les élus. Encore faut-il distinguer l’espace compris entre le globe terrestre et le firmament, voute solide (ferme comme son nom l’indique) où sont accrochées les étoiles fixes – le coelum – du coelum empyreum ou ciel du feu (pyros en Grec), siège de la divinité, monde des anges et des saints. Les uns comme les autres étant principalement investis dans la contemplation et la louange. La vision de Dieu – visio beatifica à l’opposé de la visio miserifica (misérifiante !) des âmes en enfer – suppose, en effet, une connaissance intime de Celui-ci, accaparement béatifique qui exclut toute autre forme d’activité. Au point que même l’amour du prochain passe au second plan : l’on aime l’autre en Dieu. « Aucune créature ne peut contribuer au bonheur d’un bienheureux » écrit Saint Thomas. Ainsi La belle Béatrice ayant conduit Dante, en songe, jusqu’à l’empyrée – « il cielo che è pura luce » – abandonne froidement ce dernier pour retrouver son divin et incomparable rival du Cantique des Cantiques. Encore en plein XVIIème siècle, le célèbre janséniste Pierre Nicole écrira, dans son Essai sur la morale : « l’homme est créé pour vivre une solitude éternelle avec Dieu seul ».

Tout change avec Emanuel Swedenborg, théosophe mystique suédois du XVIIIème siècle, dont l’œuvre principale, Du ciel et de l’enfer, eut un retentissement considérable tant dans le protestantisme que dans le catholicisme. Première innovation de taille : plus jugement particulier au moment du décès, cette anticipation fatale du jugement dernier, dogmatisée par le concile de Florence de 1439. « Il dépend de l’homme seul de décider de l’endroit où il va passer son éternité ». Plus de rétribution, par conséquent, mais une forme étonnamment moderne de développement personnel. Le défunt peut, de la sorte, devenir progressivement un ange et la damnation se borne à sanctionner un refus de s’améliorer.

Autre révolution théologique : la mort ne se conçoit plus comme un face à face solitaire avec Dieu, mais inclut une sociabilité céleste, en particulier avec les conjoints. Les « plaisirs conjugaux » font partie intégrante de cette nouvelle version de la communion des saints. Bien sûr, Swedenborg ne verse pas dans la pornographie et prend soin de distinguer l’amor conjugalis, terrestre, de l’amor conjugialis (paradisiaque, c’est-à-dire innocent et sans concupiscence lubrique). La suggestion enflammera d’ailleurs l’esprit de ses contemporains, tel le poète allemand Christoph Martin Wieland, qui n’hésite pas à écrire que « dans un paysage bucolique, hommes et femmes nues se rencontreront, jouiront de la beauté de la nature et s’adonneront aux plaisirs amoureux ». Certes, la nouveauté n’était que relative ; déjà au XVème siècle, l’humaniste Lorenzo Valla (1405-1457) avait substitué la volupté à la sainte béatitude. Dans son De voluptate, il écrit hardiment que cette voluptas aura son prolongement dans le siècle futur, « in futura ».

Ce vivre ensemble post mortem s’applique également – et peut-être même avant tout – à la famille. L’évêque Wilhelm Schneider fit paraître en 1879 un petit traité dont le titre dit tout : Das Wiedersehen im anderen Leben, l’au revoir dans l’autre vie, dans lequel il trouve les mots suivants pour apaiser le déchirement de la rupture : « les liens affectifs seront renouvelés et définitivement scellés ». Oui, désormais la mort semble n’être plus qu’un au revoir. La romancière américaine – féministe et spirite – du XIXème siècle, Elizabeth Stuart Phelps, poussera l’idée très loin dans son livre, Gates ajar, les portes entre-ouvertes (de l’au-delà, bien sûr !). Une description idyllique dans laquelle les familles, de nouveau réunies, vivent dans des maisons en tout point comparables à celles de l’ici-bas et participent aux diverses activités auxquelles elles avaient l’habitude de se consacrer.

Cet espoir continue de hanter les endeuillés d’aujourd’hui. Ma propre mère conçoit l’outre-tombe comme des retrouvailles avec les siens (ses parents, mon père et moi aussi évidemment, quand mon heure sera venue), une sorte de pique-nique aux cieux… « Et Dieu, dans tout ça ? ». Je le lui pose quelques fois pour la taquiner (car elle est croyante). Réponse, mais ô combien significative : « Ah, tiens ! Je l’avais oublié… »

Racines d'actu : Sociétés ouvertes et sociétés fermées

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 mars 2017. dans Auteurs, La une, Histoire

Racines d'actu : Sociétés ouvertes et sociétés fermées

Même si la campagne électorale française actuelle – pour les mois d’avril à juin 2017 (présidentielles, puis législatives) – est « polluée » par les affaires du Pénélopegate et le Fillongate, un élément central nouveau ressort lorsqu’on s’intéresse à ce que disent les principaux candidats à la magistrature suprême en rapport direct avec leurs programmes, qui, malheureusement, passent trop au second plan par rapport aux Affaires Fillon et Marine Le Pen. Il s’agit de savoir, comme ce fut le cas lors des dernières présidentielles américaines – qui aboutirent à la victoire (mais pas au niveau du suffrage universel) de Donald Trump – si nous allons nous diriger vers une société ouverte ou fermée. Je voudrais donc en profiter, avant de revenir en fin d’article sur le cas français actuel, pour faire un rappel historique de ce que furent, depuis l’Antiquité gréco-romaine et jusqu’à nos jours, en prenant des exemples clés, les grandes oppositions entre ces deux types de sociétés fondées soit sur l’ouverture soit sur la fermeture.

Dans la Grèce antique, Athènes devint progressivement une société démocratique ouverte, malgré l’exclusion de la citoyenneté des étrangers (les « métèques »), quoiqu’ayant certains droits, et surtout des esclaves de l’Attique ; une cité d’Athènes, ouverte également sur la mer, surtout à partir de Thémistocle (v. 524-459 av. J.-C.), qui lança l’idée d’une grande flotte athénienne plus celle de la construction des Longs Murs entre la ville et son port du Pirée, et de la création de la Ligue de Délos (à partir de 477 av. J.-C.). Face au système athénien, on avait Sparte, une société aristocratique fermée, particulièrement autoritaire, attachant peu d’importance à une flotte et totalement repliée sur les terres du Péloponnèse. Pour l’Empire romain, il y eut aussi une volonté progressive d’ouverture, qui déboucha sur l’édit de l’empereur Caracalla en 212, également appelé constitution antonine, et qui accorda, dès cette date, la citoyenneté romaine à tout homme libre de l’empire qui ne l’avait pas encore ; de plus, lors du Bas-Empire, pour se protéger des invasions des Huns, Rome sut s’ouvrir aux « migrants » d’origine germanique au niveau de la défense du Limes en échange de terres. Au Moyen-Âge, dans le cadre de l’Europe occidentale, l’opposition entre les cités-Etats des républiques maritimes italiennes (Amalfi, Pise, Florence, Venise, Gênes, etc.) et la constitution parallèle de monarchies féodales bien plus refermées sur elles-mêmes et des bases terrestres fut l’une des principales caractéristiques des XIIe-XIVe siècles, notamment en France et en Angleterre. Il est intéressant d’ajouter un mot sur la Russie à l’époque médiévale : en fait, jusqu’au règne de Pierre Ier le Grand (plus connu sous le nom de Pierre le Grand) – et sur lequel je reviendrai – l’État russe était essentiellement continental, enfermé dans une sorte de bloc terrestre européen et asiatique. Je n’évoquerai pas ici le cas du monde musulman et de son expansion puisque j’ai écrit dès mon introduction que j’allais me concentrer sur l’Europe (au sens large de cette notion) et les États-Unis. Il en sera de même en ce qui concerne la Chine et plus généralement les pays asiatiques.

Si l’on s’intéresse maintenant à l’époque moderne, puis contemporaine, on retrouva bien entendu cette opposition entre sociétés ouvertes et sociétés fermées. Pour les premières, avec d’abord l’Espagne et le Portugal : pensons aux Grandes Découvertes de la fin du XVe siècle et du début du XVIe ; puis la Grande-Bretagne et la France, surtout à partir des XVIIe-XVIIIe siècles, à l’assaut des mers et des océans. Pour la Russie et en revenir ainsi à Pierre le Grand (tsar entre 1682 et 1725), malgré sa volonté d’ouverture sur l’Occident et de modernisation de son pays, avec la construction d’une flotte et de la ville nouvelle de Saint-Pétersbourg (ouverte sur les rives de la Mer Baltique), ce pays-continent demeura assez largement par la suite une société fermée, malgré le rêve de la tsarine Catherine II (qui régna entre 1729 et 1796) d’accès aux « mers chaudes », c’est-à-dire à la Méditerranée, en partant de la Mer Noire. Avec la première révolution industrielle de la fin du XVIIIe siècle et des débuts du XIXe, plus le grand mouvement de la Colonisation, l’Europe occidentale s’ouvrit davantage encore sur le monde, dont elle organisa assez largement l’exploitation économique. Ce fut alors l’origine véritable de la « mondialisation ». Remarquons que pendant ce temps-là, le monde musulman ne connut pas l’équivalent de la révolution industrielle et subit la Colonisation. Quant à la Chine, elle demeura L’Empire du Milieu, un pays ouvert sur lui-même par ses aspects créatifs et fermé à l’expansion sur les océans.

Petauton s’ history ; the end : quelques drôles de voies sans issues (3 et fin)

Ecrit par Patrick Petauton le 11 mars 2017. dans Souvenirs, La une, Histoire

Petauton s’ history ; the end : quelques drôles de voies sans issues (3 et fin)

Canular ou conte de fées ?

Présent sur le site Geneanet, un arbre fantaisiste de la famille Petauton fait apparaître une appartenance insoupçonnée à… la noblesse.

Peut-être frustré de n’avoir trouvé dans son ascendance que d’insignifiants laboureurs et vignerons, l’auteur a-t-il cru bon de s’inventer un blason bon marché ou alors n’est-il qu’un nostalgique des contes de fées ? Jusqu’à la date du 20 Février 1827, on peut y croire, seules quelques personnes ont été anoblies : Anne Gravier, femme de François, est devenue Anne Graves de Besson (La Rochette), et Anne Barret, femme d’Antoine (St-Genest), répond au joli nom de Anne Barret de Roussel. On s’étonne juste un peu que ces nobles dames de l’époque tiennent à épouser les journaliers et laboureurs qui cultivent leurs terres. Mais qui a la prétention de comprendre les femmes ?

En 1827 à Montluçon, Claude Petauton, fils de François, prit pour femme Marie Aumaitre, c’est du moins ce que l’on pense avant que ne surgisse, baguette magique en mains, sa marraine la fée transformant Marie, simple domestique, en Marie von Dietrischstein Pruskau Thun (Duchesse du Chatelet et descendante directe d’un « simple » Prince Dietrischstein). Nous ne serons pas surpris que leur fils Léon Petauton devienne baron de Cirey, parte pour la Bretagne et épouse Louise Eleonore Meheust de Bosher. On prétend que les descendants d’Anne de Bretagne en pâlirent de jalousie… Lol, comme on dit.

Contacté, l’auteur de cet ouvrage nous a affirmé l’avoir découvert sur un site Internet et, bien qu’averti du caractère fictif de sa création, n’a pas cru bon de la retirer du site Geneanet, il est vrai qu’un tel chef d’œuvre mérite bien d’accéder à la postérité.

Combien en reste-t-il actuellement, de ces « Petautonnants » de tous bords ?

Il n’y a pas très longtemps, ma très chère sœur Martine (Lamouché Petauton) me faisait part d’un projet qui lui tenait à cœur : réunir tous les membres de notre famille. Excellente idée que nous pourrions même étendre à tous les Petauton, tant ils sont peu nombreux, une salle de superficie moyenne suffirait à les accueillir.

Selon une récente estimation, quarante-cinq Petauton seraient encore présents en France dans les régions suivantes : Auvergne, Île-de-France, Midi Pyrénées, Provence Côte d’Azur et Languedoc Roussillon… Autant dire, très petite paille dans la mer. Dans la proche région montluçonnaise, quatre familles ont été retrouvées, deux à Vernay, une à Désertines et une à Montluçon.

Vont-ils disparaître ?

Certainement pas car un document, datant de 8035 retrouvé aux Archives des Civilisations Disparues De Toronto, nous rassure sur ce point.

« … Il est connu historiquement que la découverte de Hyda, troisième planète du système de Vegas, fut l’œuvre de Gilbert Petauton. La légende veut qu’il débarqua de son vaisseau intergalactique, Le baroudeur de l’Univers, le matin du 29 Juin 5023 et y planta un plan de Vigne… », John Drew, La découverte de l’Univers.

Le wiki de la Trota

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 mars 2017. dans La une, Média/Web, Histoire

Le wiki de la Trota

L’an dernier, au mitan de l’hiver – cela vous fait-il souvenir ? bon, quant à faire – je vous avais abreuvé de quelques lignes sur Montpellier-la-médicale-au-Moyen-âge. Médecins, connaissances, héritages croisés et si fructueux des Arabo-Andalous, Juifs, assis sur leur bien aimé socle antique. En ce temps, bien autant perturbé et fertile en débats contradictoires que notre pré-présidentielle, Montpellier la savante (la surdouée dira plus tard Maître Frêche) portait beau dans le paysage scientifique et médical, à l’aulne de Grenade, Tolède, Coimbra, et là-bas, aux portes de la Sicile métissée, Salerne la brillante.

C’est ainsi qu’arriva Dame Trota dans ma vie – l’avais-je oubliée ou jamais rencontrée, ça je ne saurais dire.

Trota de Salerne, encore nommée Trotula, ou Trotula de Rugiero, de ces « mulieres salernitanae » de légende. Une des premières femmes médecins du Moyen âge, sans doute la première à s’être spécialisée dans les soins et maladies féminines, dans un tout autre registre que les sages-femmes assistant à mains nues d’artisan la gestation. Trota – de plus, très belle, dit-on – un fleuron de l’école de Salerne, là où les femmes pouvaient étudier, pratiquer, puis enseigner la médecine, la chirurgie. Un ilot dans la mer où les nefs croisées portaient leur poids de lourde intolérance. Un reliquat d’Antiquité. Une somptuosité dont les vagues arrosèrent Montpellier-la-savante, toutes oreilles tendues aux vents de tous les larges. Trota la gynécologue ; on voudrait savoir combien d’amphis portent son nom, aujourd’hui. Salerne la médiévale, n’était–elle pas, comme Montpellier le fut, un monde de brassage, de métissage intellectuel et scientifique. On dit que son école de médecine (laïque ; fait plutôt rare au Moyen-Age) fut fondée tout à la fin du haut Moyen-Age par 4 maîtres, un Juif, un Arabe, un Grec, un Latin, chacun enseignant dans sa langue. La précieuse bibliothèque de l’école médiévale de médecine Montpelliéraine possède un exemplaire salernien – magnifique incunable – du « regimen sanitatis salernitanum », « bible » donnant des conseils d’hygiène de vie quotidienne, d’une surprenante voix écologisante.

Dater avec précision notre Trota est chose malaisée, et c’est là que commencent nos ennuis. Début du XIème siècle ? probablement ; date de décès non fournie. Famille noble, sans doute. Épouse d’un pair, le Docteur Giovanni Platearius, dont 2 enfants sont signalés, deux garçons, qui furent auteurs de traités médicaux… Histoire ou légende rose ; arrangement des faits pour le moins ? C’est là que le wiki (pédia) s’encadre, comme chaque fois qu’on patauge, avec ses pages qui n’en finissent pas de précisions quasi exhaustives (alors que Wikipédia est justement un arsenal de connaissances jamais finies, jamais fermées, toujours en gestation interactive, et que cette formidable philosophie est à la fois sa force et sa faiblesse). Trota de Salerne est bien dans Wiki, mais les non vérifiés, non connus, contestés, sont autant de courants d’air propres au vacillement du lecteur. Il semblerait (le temps de la Trota étant un conditionnel) qu’elle ait étudié la chirurgie surtout à Salerne où elle a vécu, sans voyager ailleurs. Par contre, ses écrits (ces savants-là écrivaient autant qu’ils pratiquaient) parcoururent l’Europe. Plus tard, au XIIIème siècle, le « practica chirurgia » de Roger de Salerne donna le « la » à tout ce qui en occident se piqua de chirurgie, et cela, croquis et planches anatomiques à l’appui. Elle pratiqua surtout sur les femmes (peu d’hommes étaient acceptés pour donner des soins intimes aux femmes, d’où la vogue des sages-femmes) en dispensaire, se spécialisant dans l’accouchement, écrivant au fur et à mesure de sa pratique un De passionibus mulierum curandarum ante, in et post partum, tout en latin, bien entendu. Constantin l’Africain, le traducteur, qui permit notamment la renommée de Trota, la décrit pratiquant une césarienne. Moderne, la dame considérant qu’enfanter dans la douleur avait fait son triste temps, prescrivait de l’opium (?) aux parturientes. Arrivé dans les coques des nefs des Croisés, et plus après, suivant Marco Polo. Conformément à ce qui scandait la médecine médiévale – fut-ce la meilleure – on trouve chez Trota cette observation d’une femme froide et humide, face à l’homme chaud et sec… mais en 64 chapitres, transcrits et traduits (nous dirions aujourd’hui, en retour d’expérience) Trota de Salerne posa sur « la femme, ses infirmités, ses souffrances » assez d’empathie et de compétences pour qu’on la range, droite et fine, aux côtés d’une Simone et de son Deuxième sexe. Amusant mélange, pour autant, de ci, de là, entre superstitions ou traditions et modernité des recherches et des savoirs ; ainsi, ces bains de sable de mer pour femmes dodues (on essaye ??) et ce cœur farci de truie pour oublier la mort d’un être cher… Renommée d’un bout à l’autre de l’Europe – mais a-t-elle correspondu ou été référencée, et en quels termes, par d’éminents savants Juifs ou Arabes ; nul ne sait. Citée, par contre, par Rutebeuf  (« le dit de l’herberie ») et Chaucer lui-même ; un grand pan de gloire, de fait.

Les chemins des Petauton… quelques pistes (2)

Ecrit par Patrick Petauton le 04 mars 2017. dans Souvenirs, La une, Histoire

Les chemins des Petauton… quelques pistes (2)

Origines géographiques et mouvements

On peut distinguer deux zones : ancienne et récente

Ancienne

Bien qu’ils furent assez disséminés dans l’Allier et le Puy-de-Dôme (on en retrouve des traces jusqu’aux confins de la Montagne Bourbonnaise et jusqu’à Riom pour le Puy-de-Dôme), une zone où les Petauton furent plus nombreux apparaît cependant. Elle concerne un territoire de l’Allier et du Puy-de-Dôme allant en ligne droite et sur une distance de 40 km de Saint- Agoulin (63) à Hyds (03), la largeur n’excède pas 10 km.

Les principaux villages où on retrouve trace de la famille sont :

St Agoulin (63) : Quintien Petauton décédé avant 1750.

St Hilaire la croix(63).

Moureuille (63) : Magdelet Petauton témoin d’un mariage en 1757.

Hyds (03) : y fut présent le plus lointain ancêtre connu Gilbert Petauton décédé en 1666.

La chronologie d’occupation de cette zone probablement assez ancienne n’a pas pu être établie.

Récente (Montluçon)

Elle est la conséquence d’un mouvement migratoire partant de Hyds vers la fin du 18ème siècle et qui se termine sur le bassin montluçonnais.

Les lieux concernés sont par ordre chronologique :

Hyds : François Petauton, laboureur, né à Hyds en 1690, et meurt à Arpheuilles en 1748.

Arpheuilles : simple étape. François Petauton y travaille (Château de la Mothe).

Villebret : François frère d’Antoine et fils de François d’Arpheuilles s’y installera à la fin du XVIIIe siècle.

Saint-Genest : lieu important. Antoine (1738-1782) y aura dix enfants. Jean Petauton partira à Lignerolles et fondera une famille, alors que François prendra la direction de Montluçon (certains de ses descendants occuperont les villages de Saint-Victor et Vernay) et les autres fils resteront sur Saint-Genest.

Lignerolles : premier Petauton dans le village, Jean, fils d’Antoine de Saint-Genest y meurt à 32 ans en 1792, plusieurs générations succéderont et Mireille Schurch Petauton y habite toujours. De Lignerolles, partiront à la fin du 19ème siècle Antoine et son cousin André attirés par l’influence de la ville de Montluçon en plein essor industriel.

Montluçon : on peut considérer que tous les Petauton ayant vécu dans cette ville sont des descendants d’Antoine, de Saint-Genest, arrivés directement ou plus tardivement en ayant transité par Lignerolles.

Migration vers la Bretagne

Le bassin montluçonnais ne sera pas la fin du voyage, Antoine Léon (1831-1892), arrière-petit-fils d’Antoine de Saint-Genest (1738-1782) deviendra commerçant et partira vers Saint-Brieuc, où il épousera Louise Eleonore Maheut, d’origine bretonne, en 1861. Autrefois présents sur deux départements (Cotes d’Armor, Morbihan), les Petauton ne sont plus retrouvés aujourd’hui en Bretagne.

Certains partirent pour Paris.

Macron et la colonisation

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 février 2017. dans La une, Actualité, Histoire

Macron et la colonisation

Dans le contexte global de la campagne des élections présidentielles d’avril-mai 2017, les propos tenus par Emmanuel Macron lors d’une visite de président de la République française potentiel possible ont suscité – à tort ou à raison – un tollé dans certains milieux précis ; ainsi, les rapatriés d’Algérie, les harkis, le Front National, et au niveau de la droite classique, même si les attaques de celle-ci (justifiées ou non) n’ont pas eu la portée qu’elles auraient eues si la campagne électorale de son candidat François Fillon était audible, en raison du Pénélopegate et du Fillongate. Je ne reviendrai pas ici sur le contenu précis des déclarations d’Emmanuel Macron. Ce que je vais tenter de faire, comme professeur d’Histoire, ayant enseigné essentiellement la période contemporaine au sens large – et surtout celle du XXe siècle – c’est de démêler, par rapport à des mémoires brûlantes, concernant la Colonisation en général et la Guerre d’Algérie en particulier, ce qu’il y avait, dans ce qu’a dit Emmanuel Macron, ce que l’on pouvait trouver de juste historiquement, mais également en quoi il força le trait au niveau des termes qu’il employa pour qualifier la question coloniale. Je ne prendrai bien évidemment que l’exemple de l’Algérie.

Je vais donc commencer par montrer l’importance – dans leurs aspects justes historiquement – des déclarations d’Emmanuel Macron. En mettant en cause les responsabilités historiques de la France par rapport à la Colonisation, et avant tout la Guerre d’Algérie, il a permis (du moins espérons-le) de contribuer à mettre notre pays face à une période assez sombre de son passé. Il est incontestable qu’il y eut de nombreux crimes commis notamment par l’armée française sans oublier d’autres formes d’abus extrêmement graves. D’abord, dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, en ce qui concerne l’Algérie, alors que de très nombreux « français musulmans » demandaient des réformes profondes (après avoir combattu pour défendre « la mère patrie »), ce furent les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata (dans le Constantinois), en 1945, perpétrés par l’armée et les forces de l’ordre françaises. Les indépendantistes algériens avaient organisé, pour le 8 mai 1945 (fin de la guerre), afin de fêter la victoire des Alliés sur les puissances de l’Axe, un défilé, pendant lequel des revendications très fortes furent lancées. La situation dégénéra jusqu’au 28 mai et, même s’il y eut des morts parmi la partie de la population de type européenne (environ une centaine), on compta – selon certains historiens – entre 3.000 et 8.000 victimes au sein des algériens ; d’autres chercheurs évoquent des chiffres beaucoup plus importants, situés entre 20.000 et 30.000. Il y eut aussi d’autres massacres, notamment dans le Constantinois, du 20 au 26 août 1955 : à la suite d’attaques de 300 combattants de l’ALN (Armée de Libération Nationale) sur des postes de police et de gendarmerie (d’ailleurs assez infructueuses) les autorités françaises répliquèrent d’une manière disproportionnée, en bombardant, par l’intermédiaire de l’aviation, des populations algériennes entièrement innocentes, faisant ainsi entre 3.000 et 8.000 morts.

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