La gastro de l'automne : Angot et sa semaine de vacances

Ecrit par Martine L. Petauton le 27 octobre 2012. dans La une, Actualité, Culture, Littérature

Une semaine de vacances, Christine Angot, Flammarion, 100 pages, 14 €. Avec l'autorisation de « la cause littéraire »

La gastro de l'automne : Angot et sa semaine de vacances

Je viens de lire Une semaine de vacances de la Dame Angot ; cela ne m’a pas pris une semaine, une toute petite pincée d’heures courtes, mais je dois reconnaître qu’une fois démarré ce train, on n’en descend pas ! Quand – enfin – on met le pied à terre, c’est comme à la sortie de ces grands 8 des fêtes foraines : on a mal au cœur ; ça oui ! Sensation des plus agréables, genre gastro de rentrée ! Et, en ce qui me concerne, si j’en sors en plus, secouée, c’est, dans un mélange de déception amère et d’impression de se « faire avoir ». 14 euros pour une prétendue « œuvre de littérature » dont le bénéfice, et littéraire, et psychologique, m’échappe à grands coups d’ailes peu ragoûtantes.

Ça, le must littéraire de la rentrée ? Le presque déjà Goncourt ? Le « meilleur Angot » ? j’en passe, et je passe… Tout le monde en parle : « as-tu lu le Angot ? Non, mais je sais ce que ça raconte ». On peut arrêter là ! Tout est dit. Tête de gondole en vue, rafle massive au rayon rentrée littéraire ; scandale déployé avec la jouissance qu’il faut dans les magazines, surtout ceux où, d’habitude, on ne trouve pas de rubrique littérature. Bravo, l’opération commerciale, tant mieux pour l’éditeur et le compte bancaire de la dame.

Inévitablement, il y a la petite cour louvoyante et voyeuriste qui se voile la face : « je n’achèterai pas “ça” » ! et qui file en lire les « bonnes » (mot adéquat, en l’occurrence) pages au fil du Net. Il y a, de ci, de là, les amoureux d’Angot qui comparent, retrouvent, chipotent, entre membres de la chapelle – au demeurant, respectable cercle… Ceux – plus louches – qui s’y agglutinent précisément cet automne, devant ce livre-là, et qu’on entend partout, disant avec emphase et ce rien de goût de l’appartenance à une aristocratie, qu’il ne faut pas s’arrêter à… que derrière, il y a… bref, qu’on est tous des ânes d’avoir lu, de la première ligne à la dernière, des pages et des pages du « plus cru de la vie de la gamine violée, encore et encore comme ça, et autrement par son père ».

On en sort, saoulé, comme par une mauvaise et écœurante vinasse, avec en plus un abus de cigarette, et une nuit blanche sans intérêt ; le besoin de bouillon de légumes, et d’aspirine se fait sentir dès le petit, mais si dense, opus fermé.

On se demande où ranger la chose : érotisme, assurément non ; l’esthétique n’est pas au menu ! pornographie, pas quand même ! On sent comme un doublé dans cet étrange vêtement ; mais sa perception était plus, dans ma lecture, virtuelle que réelle (l’usage du livre donnera à l’évidence, dans ce champ ; il est vrai que cela échappe à l’auteur ; quoique…).

Ce serait peut-être là, pourtant, que jouerait l’écriture d’Angot, plate, dégagée, comme un regard d’une fenêtre, mais aussi volontairement classique. En observant bien, c’est par ces descriptions rapides et précises, presque minutieuses comme des miniatures anciennes, du temps qu’il fait, de la lumière sur un lac, d’un repas au restaurant, qu’elle dit l’essentiel : « regardez, c’est du vrai, tout ça ! ». Mais, j’y cherchais – et bien d’autres avec moi, nul doute – l’utilitaire (je ne trouve pas d’autre mot) ; le presque manuel, le récit – témoignage pour les autres, tous(tes) les autres à venir… dam ! Rien n’a sonné ; malgré une écriture au scalpel, volontairement à-plat, en dépit d’un réalisme, c’est vrai, de force 15 ; malgré un parti pris d’observation clinique, comme sortie de son propre corps, et faisant fi de ce qui a trait aux affects et à l’émotionnel honni, oui, malgré tout ça, le but d’ordre thérapeutique, l’instrument de prévention ne me semblent pas atteints. Et c’est là qu’on peut hurler ! Car, la littérature, c’est-à-dire les mots, en a, légitimement, la prétention et, quelquefois, le formidable pouvoir.  Mais, pas là, pas comme ça. Le coup est raté.

Au mur du CDI de mon collège, était écrite cette maxime : « Toutes les questions sont dans les livres, toutes les réponses, aussi d’ailleurs »… Au bout de ma lecture ; désolée ! Rien !

Si ce n’est l’envie de voyager – enfin – en littérature.

 

Martine L. Petauton

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (3)

  • Fabrice del Dingo

    Fabrice del Dingo

    09 septembre 2015 à 15:00 |
    J'avais commis un petit papier sur le même livre...
    http://www.lelitteraire.com/?p=2771

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    • Martine L

      Martine L

      09 septembre 2015 à 18:23 |
      et le dernier ? qu'en pensez-vous ? la CL a recensé, je ne l'ai pas encore vu, mais j'en entends des choses contradictoires, comme souvent avec Angot, qui a construit un personnage en même temps que des livres, et les lecteurs ( ou ceux qui en parlent sans avoir lu) ont des avis arrêtés et peu nuancés sur la question, mais au fond, c'est elle qui s'emprisonne dans son oeuvre - pour autant, bien réelle.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    27 octobre 2012 à 19:02 |
    Matthieu Gosztota m'avait, à moitié, donné envie de le lire...Il est vrai que sa recension ne portait pas sur le livre lui-même, mais sur une critique du livre. Vous m'en avez - définitivement! - détourné. Cette Angot est bien plutôt un angor, au sens de l'angina pectoris.

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