« Si vous le dites » Le magnétisme animal

Ecrit par Jean-François Vincent le 06 mai 2017. dans La une, Linguistique

« Si vous le dites » Le magnétisme animal

Ah ! Qui n’a jamais entendu parler du « magnétisme animal » d’Alain Delon, ou de tel (le) autre – mâle ou femelle – qui parvient à fasciner sensuellement les foules ?

L’idée est ancienne et même théologique ! Déjà le mystique jésuite, Angelus Silesius (XVIIème siècle) comparait Dieu à un aimant ; il écrit dans son œuvre principale, Le pèlerin chérubinique :

« L’aimant spirituel et l’acier.

Dieu, qui est un aimant, mon cœur, qui est l’acier.

Il se tourne toujours vers Lui, chaque

Fois qu’Il le touche ».

Mais elle devint théologico-scientifique, toujours au XVIIème, avec un autre jésuite, Athanasius Kircher, dans une œuvre désormais connue des seuls spécialistes, Artis magnetica mundus, sive catena magnetica, Le monde de l’art magnétique, c’est-à-dire la chaîne magnétique. Il y parle de l’attraction universelle (la sympathie chère aux stoïciens) – ce qu’il appelle l’attraction commune, communis attractio – et fait du divin créateur le lien intime entre tout ce qui fut créé : c’est la vis magnetica dei, la vertu magnétique de Dieu.

Bien entendu, il revint au célèbre Franz Messmer, au XVIIIème, de populariser le concept. Celui-ci écrivit, en 1779, son Mémoire sur la découverte du magnétisme animal. Il y définit ce dernier comme « la force de vie secrète au plus profond du for intérieur ». Il s’agit d’un véritable « évangile de la nature » ; et, dans un style qui rappelle les Confessions de Jean-Jacques Rousseau, il s’écrie : « Ô nature ! Je te crie, tel un possédé, que veux-tu de moi ? ». Mais, déjà à l’époque, les recherches sur l’électricité, en particulier celles de Benjamin Franklin, détrônent l’ésotérique magnétisme.

Cependant il y eut encore des esprits – ecclésiastiques – pour réunir les deux. Ainsi Prokop Divisch, surnommé – sans rire ! – le theologus electricus, qui tenta de combiner fluide magnétique et électricité, par l’intermédiaire d’une « machine » censée capter la foudre, par un pieu de 40 mètres de haut… et un pasteur protestant, Friedrich Christoph Oetinger, fondateur du piétisme, qui publia, en 1765, une Théorie de l’électricité météorologique, dans laquelle il décrit un « feu électrique », ignis electricus, « feu élémentaire », ignis elementaris, caché en toutes choses, lequel ne serait autre que le Spiritus mundi, l’Esprit du monde, dont se régalent également les alchimistes.

Le magnétisme eut une double postérité. L’une spirite, avec Alan Cardec (1804-1869) par exemple, qui explique dans son ouvrage, La genèse (chap 14, paragraphe 31) : « le fluide universel est, comme on l’a vu, l’élément du corps charnel et du périsprit, qui n’en sont que les transformations ». Et l’autre philosophique, avec des auteurs aussi sérieux que Bergson (L’élan vital) ou Teilhard de Chardin, qui évoque, dans Le phénomène humain, « l’énergie radiale ».

Bref, retour à Angelus Silesius : de la mystique, encore de la mystique, toujours de la mystique…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

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