Si vous le dites Sic transit gloria mundi !

Ecrit par Jean-François Vincent le 29 août 2015. dans La une, Linguistique

Si vous le dites Sic transit gloria mundi !

« Sancte Pater, sic transit gloria mundi ! », saint Père, ainsi passe la gloire de ce monde. Telle était la formule que proclamait, par trois fois, un moine devant le nouvel élu, pratique antique codifiée dans le cérémonial d’intronisation des papes de 1516. Et de brûler, jusqu’à consumation complète, une mèche d’étoupe symbolisant le pouvoir de ce puissant monarque.

L’origine du rite est byzantine : à chaque Basileus de Constantinople, lors de son couronnement, on présentait, d’un côté un vase rempli d’os et de cendres de défunts, et de l’autre une pièce de lin immédiatement dévorée par les flammes : avertissement à l’autokrator/kosmokrator, autocrate, maître de l’univers, de ne point trop s’enorgueillir.

Ironie de l’histoire, Innocent III, pape de 1198 à 1216, vécut à l’extrême ce paradoxe. Il avait commis, dans sa jeunesse, alors qu’il n’était encore que cardinal, un traité plein d’humilité : De miseria humanae conditionis, de la misère de la condition humaine. Cela ne l’empêcha pas d’exalter sa fonction dans des proportions inconnues jusqu’alors. Il écrivit dans un sermon sur la consécration du pontife suprême : « il (le pape) est le vicaire du Christ, le successeur de Pierre, l’oint du Seigneur. Il est placé entre Dieu et l’homme ; au-dessous de Dieu, mais au-dessus de l’homme, plus petit que Dieu, mais plus grand que l’homme : il peut juger tout le monde, mais ne saurait être jugé par personne ». Un théologien du XIIIème siècle, Augustin d’Ancône, autrement appelé Augustinus triumphus (sic !), ira plus loin encore : « papa maior est angelis », le pape surpasse les anges ! « Il occupe une place, ajoute Augustin, plus élevée non seulement que celle des hommes, mais également que celle des anges ».

Juillet 1216, Innocent III trois meurt. Jacques de Vitry, nouvellement nommé évêque de saint Jean d’Acre, en route vers son diocèse, fait halte à Pérouse, où Innocent est décédé. Là, surprise ! Au beau milieu de l’église, il découvre le corps papal à demi-nu et dépouillé des ornements pontificaux dans lesquels il aurait dû être enterré (pratique coutante au Moyen Âge : on pillait les biens et les vêtements du pontife défunt avant l’élection de son successeur). Jacques de Vitry se rappelle alors de la mise en garde adressée au nouvel impétrant lors de son sacre, « sic transit gloria mundi » et de conclure : « cognovi quam brevis sit et vana huius seculi fallax gloria », il (Innocent III) sut combien est brève, vaine et fallacieuse la gloire de ce monde.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

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