Ecce Homo, l’odyssée de l’aventure humaine

Ecrit par Mélisande le 28 octobre 2017. dans La une, Littérature

Michel Petit, chez L’Harmattan, octobre 201

Ecce Homo, l’odyssée de l’aventure humaine

A certains égards le monde d’aujourd’hui peut paraître monstrueux.

Mais comment en est-on arrivé là ? Pourquoi l’être humain, l’homo sapiens sapiens, tout au sommet de la pyramide de la création, a-t-il engagé une telle guerre de destruction du vivant, pourquoi cette maltraitance généralisée, et surtout avec quels outils conceptuels aborder l’ensemble, pour permettre une vision claire et synthétique de l’histoire de l’humanité aujourd’hui ?

Avec Ecce homo, l’odyssée de l’aventure humaine, Michel Petit, philosophe né à Lyon en 1944, et qui a travaillé comme psychothérapeute, explore l’histoire du psychisme humain depuis la création du monde. Il s’attarde particulièrement sur l’ère paléolithique, lorsque hommes et bêtes parlaient le même langage, et que l’homme se sentait comme un humble invité sur cette terre, pourvu dans ses besoins vitaux par la mère universelle, cette matrice cosmique à laquelle il s’identifiait de façon vibratoire, vénérant la femme, et la mère, comme le montre la fameuse et émouvante Dame de Brassempouy. L’empathie née de son identification à la mère cosmique lui permet alors d’organiser sa vie sociale par des relations mutuelles d’aide. Mais aussi, des relations d’amour et de respect, nourries par un grand sens de l’esthétisme, comme l’expriment les peintures rupestres de l’époque.

L’homme du Paléolithique est un individu animé principalement par la pulsion de vie, et par une éthique naturelle. Ethique qui s’exprime notamment dans la façon de tuer l’animal, meurtre perpétré ici pour les besoins de sa nourriture, participant d’un cycle vie-mort. Animal auquel, comme le faisaient les peuples autochtones étudiés par les ethnologues, était demandé pardon. C’est-à-dire que les hommes tuaient par nécessité vitale, mais sans la jouissance sadique du meurtre, une dérive qui a pris le pas aujourd’hui. On tue et on jouit de le faire, le sentiment de toute-puissance est accru, l’individu se sent l’égal du démiurge, dans une forme d’ivresse de pouvoir.

Voilà, nous apprend l’auteur, une rupture magistrale qui apparaît au Néolithique il y a 12000 ans, provoquant une forme de distorsion du psychisme humain, et de la maltraitance. Ce schisme, apparu avec la sédentarisation, la propriété, l’envie de posséder toujours plus, et l’instauration de l’inégalité entre les hommes, a fait naître un très fort sentiment d’injustice.

Puis à leur tour, la rancœur, la haine, l’établissement de la relation dominant-dominé dans la brutalité et la violence, et de façon perverse, instaurant dans l’individu sa propre instance sadique, comme une seconde peau qui l’habite, l’empêchent de vivre bien, et le font souffrir, comme en témoigne l’actualité aujourd’hui. Ces mécanismes ont perverti l’homme, lui faisant perdre, en quelque sorte, le fil de sa destinée. Il s’est égaré dans un matérialisme mortifère, il n’utilise que 5% des capacités de son cerveau, et est agi par des pulsions et des compulsions qui le coupent d’une direction consciente de son existence, qui pourrait l’amener à un questionnement légitime : Qui je suis ? D’où je viens ? Pourquoi je ressens tel sentiment ? Quelle est mon aliénation spécifique ? Et comment m’accomplir dans ma spécificité pour bien vivre ?

Pour l’auteur, l’être humain, même s’il est profondément blessé, garde en lui ses racines du Paléolithique, et un besoin profond de dignité et d’élévation, ainsi qu’une spiritualité naturelle, que les religions ont souvent récupérée pour asseoir leur assujettissement. Il est toujours poussière d’étoile, parcelle de divin jeté dans l’existence dans un achèvement et une perfection physique absolus, mais totalement coupé de son origine divine. Il est une mémoire vivante de tous ces temps, et intrinsèquement un être religieux, c’est-à-dire relié, destiné à devenir conscience globale.

Michel Petit propose ici une réflexion qui synthétise plusieurs approches, un travail érudit mais facile à lire et à comprendre, qui redonnent foi dans les racines profondes de l’homme qui sont celles de l’amour : « Nous étions faits pour être libres, nous étions faits pour être heureux » dit le poète… A nous de retrouver le chemin.

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Mélisande

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Commentaires (3)

  • Mélisande

    Mélisande

    29 octobre 2017 à 15:23 |
    Vater, Pater, même combat! Même étymologie ...

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    28 octobre 2017 à 20:14 |
    Certes, le passage du paléolithique au néolithique fut un facteur décisif dans la propagation de la guerre, des guerres. Ce passage, en effet, ne marqua pas seulement la naissance de l'agriculture et de la sédentarisation, il vit aussi l'apparition de la propriété : non plus "la" terre, mais "ma" terre, ou plutôt "notre" terre, celle où les pères sont enterrés (patria = pater, Pater-land), ou, pire, celle dont on est sorti - l'autochtonie, l'appartenance congénitale à sa terre - par opposition à cet étrange étranger, ce non-humain qui ne parle même pas (cf. le slave - russe, polonais, tchèque - "niemetz" qui signifie à la fois "l'Allemand", archétype de l'étranger et "le muet", par contraste avec ceux qui possèdent la parole "slava")
    Toutefois, n'idéalisez pas trop le paléolithique. Certains anthropologues (en particulier Robert Ardrey, cf. "African Genesis", trad française "Les enfants de Caïn") situent la faille en amont, dans l'hominisation elle-même : l'utilisation d'outil pour tuer l'autre. Le meurtre du congénère, comme le langage parlé, étant cela même qui distingue l'homme de l'animal.

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      29 octobre 2017 à 05:51 |
      Vaterland :-) lapsus calami...

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