Entretiens de Noureddine Mhakkak

Ecrit par Stéphanie Michineau le 24 août 2013. dans La une, Littérature

chroniqueur pour le journal Libération, avec Stéphanie Michineau, écrivaine-chercheuse française et spécialiste de l’autofiction francophone à ouverture sur le Monde Arabe et l’international

Entretiens de Noureddine Mhakkak

Dans le cadre des échanges culturels et artistiques (Arts et littérature) entre la France et le Maroc, pour commémorer le fait que Stéphanie Michineau comme écrivaine-chercheuse française (connue aussi sous le nom de Fanny Cosi à l’étranger) vient tout juste d’intégrer, depuis le 27 avril 2013, l’Union des Ecrivains du Maroc comme membre d’honneur, le chroniqueur bien connu de journaux marocains (Libération, Albayane, …), Noureddine Mhakkak de l’Association Marocaine des Critiques de Cinéma, s’est chargé tout récemment de mener des entretiens avec elle.

Sachant que le livre de Stéphanie Michineau, Colette : par-delà le bien et le mal ? avait donné lieu de la part du chroniqueur marocain à « des regards », compte rendu publié initialement dans le journal Albayane (le 11/06/2013) relayé par Maghress et surtout Midi-press, très populaire au Maroc et en Algérie, l’article est désormais consultable directement par le biais suivant :

http://www.albayane.press.ma/index.php?option=com_content&view=article&id=17406:regards-sur-le-livre-de-stephanie-michineau-&catid=48:culture&Itemid=123

Côté francophone, Exigence : littérature a pris le relais depuis juillet dernier et l’a rangée dans le tiroir des travaux de l’auteure, Stéphanie Michineau (écrivain) dans sa rubrique : « culture et diversité ».

S. Michineau, portée par le beau regard « rouge » sur fond bleu du chroniqueur N. Mhakkak, s’était quant à elle laissé transporter par les Sept vagues de l’amour que N. Mhakkak a rédigé à ses heures poétiques.

Voici donc de nouveaux entretiens portant sur l’autofiction, entraînés dans la même vague et portés à leur tour aux regards des lecteurs de Reflets du Temps. S’ils sont intéressants à lire c’est essentiellement pour deux raisons : parce qu’ils soulignent la continuité dans l’évolution de la pensée de la spécialiste confirmée, Michineau, mais aussi parce qu’ils portent ce caractère d’inédits dont la portée garantie ne restera pas lettres mortes pour celles et ceux qui s’intéressent au genre ou même les plus novices qui souhaiteraient être rassasiés à ce propos (Casablanca, avril 2013).

Noureddine Mhakkak, chroniqueur à Libération

 

Noureddine Mhakkak : Vous êtes une chercheuse française à portée internationale, spécialisée dans l’étude de l’autofiction en tant que genre littéraire qui a pu être parmi les genres narratifs les plus utilisés ces dernières années. Stéphanie, pourriez-vous nous parler de ce genre et des tournures qu’il revêt dans la littérature française ?

 

Stéphanie Michineau : Avec plaisir. D’abord, je tenais à vous remercier, cher écrivain Noureddine, de me laisser cet espace libre d’expression et de permettre cette communion amicale de paroles entre nous étant donné notre amitié et notre adhésion tous deux à l’UEM (Union des Ecrivains du Maroc) de Témara ; à titre personnel, mon admission est plus récente que la vôtre puisqu’elle a pris effet lors de mon deuxième séjour dans la capitale de Rabat, le 27 avril dernier, comme invitation par l’UEM à y être membre d’honneur. Sachez que je le prends comme un témoignage de confiance, d’amitié et d’ouverture qui m’est fait afin de favoriser mes travaux de recherche, dans le cadre d’un rapprochement avec le Maroc certes, mais aussi plus globalement en direction des pays du Monde Arabe (le Maghreb, le Moyen-Orient : Jordanie et Egypte) et à terme, dans une dimension interculturelle avec les autres pays mettant en valeur l’expression française. J’ai par ailleurs prorogé cette démarche avec les Pays de l’Europe de l’Est (Roumanie, Serbie…), l’Italie, et initié tout récemment une petite collaboration avec l’Argentine.

Ainsi, je vous sais gré d’employer à bon escient la dénomination « genre » pour qualifier l’autofiction car à mon avis, en effet, il s’agit d’un genre au même titre que l’autobiographie a pu l’être à une époque… C’est pour ma part par le prisme de l’écrivaine française de la première moitié du 20ème Siècle, la célèbre et libre Colette, dont je suis spécialisée depuis presque vingt ans déjà, c’est-à-dire une poussière d’années avant l’autofiction, que j’en suis arrivée au genre autofictionnel pour m’intéresser plus globalement aux enjeux et implications que recouvrait la notion.

N’en déplaise à Philippe Vilain qui dénonçait le démon auquel se livraient les spécialistes de l’autofiction et répondre à sa boutade, je pense qu’au contraire, il est essentiel de mon point de vue, et cela n’engage que moi en tant qu’écrivaine-chercheuse indépendante, de donner une définition de l’autofiction afin de poser des repères clairs et stables pour qu’on ne dise pas tout et son contraire sur l’autofiction.

Depuis 1997, date de mon de master portant sur la construction de l’image maternelle chez Colette de 1922 à 1936 (dont j’ai tiré mon essai du même nom publié en 2009 sous ce titre aux éditions parisiennes Edilivre), j’en suis arrivée à une définition de l’autofiction, celle sur laquelle je m’appuie, et la seule que je reconnaisse comme valable puisqu’elle est tirée de mes propres réflexions théoriques et pratiques (car il ne faudrait pas non plus négliger cette postulation expérimentale inhérente à l’autofiction).

 

NM : En effet, chère Stéphanie Michineau. Cette définition que beaucoup d’étudiants vous connaissent dorénavant pour l’avoir propagée dans maints travaux universitaires (notamment de sémiotique sur l’écriture évolutive), dans des revues littéraires à portée plus large, Exigence.net et Reflets du Temps, pour ne parler que des revues pour lesquelles vous contribuez comme « auteure » et « rédactrice » (puisque ce sont les termes employés respectivement par lesdits magazines) sur Facebook, et reprises par les étudiants/chercheurs qui s’intéressent actuellement à l’autofiction, pourriez-vous la réitérer présentement pour les lecteurs du journal/revue qui nous lisent ?

 

SM : Merci Si Noureddine. La voici derechef, précisément dans les termes, puisque vous m’y conviez si gentiment :

« Une autofiction est un récit où l’écrivain se montre sous son nom propre (l’intention qu’on le reconnaisse est indiscutable) dans un mélange savamment orchestré de fiction et de réalité dans un but autobiographique ».

Vos vues sont éclairées, cher ami Nour, et vos propos sont effectivement fondés sur le bon sens de théorie et surtout « de terrain » puisque force est de constater, effectivement, que les étudiants faisant des recherches sur l’autofiction me sont reconnaissants de cette définition ainsi qu’ils me l’ont formulé au colloque dernier de l’URLDC (Unité de Recherche en Littérature, Discours et Civilisation, unité à laquelle je suis attachée, et rattachée à l’Université de Sfax en Tunisie) me témoignant de leur égarement devant le fait que la notion de double pourtant essentiel à l’autofiction n’apparaisse pas dans certaines définitions et travaux de spécialistes de l’autofiction.

C’est selon moi de fait et je n’éprouve nulle réserve à l’écrire encore ouvertement ici ! ainsi que je leur ai répondu de visu en novembre dernier à l’Université de Sfax, une lacune incommensurable voire une faute impardonnable dans la mesure où ce qui prime, et j’insiste sur la parenthèse de ma définition, c’est bien entendu : l’intention de l’auteur qu’on le reconnaisse à travers son personnage. Pour plus de détails, vous pourrez d’ailleurs vous reporter aux 56 premières pages de ma thèse qui a pour objectif louable si ce n’est salutaire, et je veux bien croire en la parole de terrain des étudiants qui ont aussi leurs mots à dire…, de poser des jalons stables sur l’autofiction. Elle est intitulée L’Autofiction dans l’œuvre de Colette et éditée aux éditions Publibook en 2008.

Ce qui revient par ailleurs à remettre en cause l’autobiographie, genre à l’origine propagé, on le sait, par Philippe Lejeune (pour lequel je contribue… à ses deux revues : La Faute à Rousseau et les Cahiers de l’APA, Association Pour l’Autobiographie, au titre de membre de l’APA du groupe de Nantes et de spécialiste reconnue de l’autofiction) ; l’autobiographie évincée en tant que genre justement à la faveur et à la primeur de l’autofiction puisque l’autofiction serait un genre tel que le définissait Alain Robbe-Grillet, à savoir une sorte de Nouvelle Autobiographie, il a également employé le terme d’autofiction.

Ainsi, comme Serge Doubrovsky le reconnaît lui-même avec honnêteté et éthique intellectuelles, s’il a contribué à faire émerger le terme, l’autofiction le dépasserait largement puisqu’il fait remonter, à juste dû, l’écrivaine Colette comme précurseur éminente de l’autofiction. Une chercheuse (j’en parle dans ma thèse / mes travaux) s’exprime même en termes très laudatifs envers la grande écrivaine puisqu’elle la hisse comme « la » précurseure de l’autofiction. Il est évident qu’en tant que spécialiste de Colette et avec le recul que permet la sagesse des années, je ne peux que m’émerveiller de la part incroyable qu’elle a prise dans l’émergence du genre sans en revendiquer le terme, puisque Colette abhorrait les grandes théories leur préférant une application simple (ce qui n’a rien à voir avec la facilité) claire et lumineuse de bon aloi pour un écrivain. Les 369 pages de ma thèse, intitulée de manière très explicite L’Autofiction dans l’œuvre de Colette, n’avaient bien sûr d’autre but que de démontrer cela, que toute son œuvre s’inscrivait dans l’espace autofictionnel. J’ai également effectué dernièrement un travail portant sur la génétique (étude du work in progress) chez Colette qui corrobore le fait que l’étude des brouillons prouve sans conteste que nous avons affaire à une autofiction. L’article va d’ailleurs être prochainement publié aux presses universitaires de la faculté de Sfax en Tunisie dans le cadre du recueil collectif de l’URLDC coordonné par le professeur Mustapha Trabelsi et consacré à « la marge en littérature ». Quant à sa version modifiée brodée en anglais sur le même thème et ayant pour titre précis : Genetic criticism and Autofiction in Colette’s works, elle est actuellement en cours de parution (sous réserve) pour la revue indienne d’expression anglaise Auto/Fiction éditée par Si Shashi Bhusan Nayak pour laquelle je suis « board member » (membre du comité de rédaction). Nul ne pourra plus le nier désormais, tous mes travaux (ainsi que quelques articles sur l’autofiction chez Colette, notamment, de mémoire, un de Jacques Dupont mais si peu qu’ils semblent légers au regard de mes années de recherche spécifique, et ciblé précisément sur la thématique de l’autofiction ; qui plus est de l’autofiction chez Colette) fondent bien le fait que Colette occupe une des premières places dans le champ de l’autofiction, on pourra néanmoins également y trouver à étudier de ce point de vue Jules Vallès par exemple : c’est ce que j’ai fait dans le cadre des journées d’études de Philippe Lejeune portant sur l’Autofiction, Roman autobiographique et Autobiographie ; l’article a bénéficié de deux mises en ligne : celle effectuée par Arnaud Genon pour son site Autofiction.org et l’ASIVIF qui a recommandé mon blog universitaire :

http://stephanie-michineau.publibook.com

A notre époque, on pourra ranger des écrivains tels que Christine Angot (qui n’aime pas le terme), Chloé Delaume (qui le revendique) et Camille Laurens comme écrivaines intéressantes à étudier d’un point de vue autofictionnel. C’est d’ailleurs dans une perspective de réflexion sur le genre que Jean-Michel Dévésa m’a invitée le 25 octobre prochain à la Galerie Mollat (la plus grande et prestigieuse librairie de Bordeaux située dans le centre ville. Merci à lui au passage de l’honneur et de l’amitié qui me sont témoignés par cette invitation stimulante), pour m’entretenir de l’autofiction. Le titre de ma conférence s’intitule L’Autofiction : une vie après Doubrovsky ? Après plusieurs hésitations, j’ai finalement retenu le titre susnommé en ce qu’il montre bien, avec art et virtuosité de par sa pirouette mais néanmoins lucidité sur les choses humaines, que Doubrovsky n’est qu’une étape qu’il va falloir dépasser allègrement. C’est d’ores et déjà mon cas… ceci a donc plus valeur de mise en garde pour les chercheurs plus novices dans le domaine, afin qu’ils ne se laissent pas impressionner ou même « enguirlander » par les fastes du culte Doubrovskien. Ce qui revient de manière pragmatique à dire… mais surtout performative, puisqu’il faudra joindre le faire au dire, en évitant le piège de faire tomber l’autofiction dans l’emploi trop restreint auquel la cantonne pourtant malheureusement à l’heure actuelle Doubrovsky dans sa définition, qu’il me paraît opportun de rappeler : « Fiction d’événements et de faits strictement réels ; si l’on veut, autofiction, d’avoir confié le langage d’une aventure à l’aventure du langage, hors sagesse et hors syntaxe du roman, traditionnel ou nouveau ».

Et sur le long terme, cela va sans dire mais c’est mieux en le disant ! qu’ils gardent bien à l’esprit l’indépendance conforme à l’éthique intellectuelle que suppose toute recherche digne de ce nom et de valeur, surtout. On pourra néanmoins être reconnaissant à Doubrovsky de sa conscience, de sa lucidité et de son retour « de manivelle », hélas mérité, sur lui-même en ce qu’il avoue à mots pleins l’emploi trop personnel et « trop collé » à son œuvre de sa définition de l’autofiction.

Pour approfondissement et pour en juger par vous-même, je ne saurai que trop conseiller aux lecteurs qui nous liraient en ce moment et qui s’intéressent à l’autofiction de se reporter à l’article très bien conçu : « Autofiction » de Wikipédia, auquel j’ai par ailleurs participé (je peux certifier à cet égard que les sources ont été soigneusement vérifiées), et qui a le mérite de s’adresser à un lectorat éminemment nombreux et non une poignée de « pairs » qui ont trop travaillé entre eux et par clan en oubliant un peu trop à mon goût que leurs écrits n’ont d’utilité et, n’ayons pas peur des mots, d’intérêt, que s’ils sont démocratiques ! Passons pudiquement sur ce point et le jargon pédant, volontairement hermétique (indigeste ?) qui va avec, si vous voulez bien (sourire entendu avec Noureddine).

 

NM : Stéphanie, vous avez déjà publié des livres qui traitent soit de l’autofiction soit du bien et du mal dans la littérature, dont pour le dernier intitulé Colette : par-delà le bien et le mal ? (Paris : MPE, 2011) je viens tout récemment d’effectuer un compte rendu au titre suivant : Colette : par-delà le bien et le mal ? Regards sur le livre de l’écrivaine française, Stéphanie Michineau. Pourriez-vous nous parler de ces livres et de leurs univers ?

 

SM : Effectivement, je vous remercie d’ailleurs à cet égard pour vos regards éclairants sur l’essai, cher Noureddine… pas que cela d’ailleurs, surtout d’avoir rendu si bel hommage à l’éternel féminin dans votre œuvre, Les Sept Vagues de l’amour, que de mon côté j’ai essayé de rendre compte dans le même élan sublime s’inscrivant entre recherche (par référence à intertextualité(s) littéraire(s)) tout en gardant le même ton, celui qui sied, et qui correspond à des variantes poétiques brodées autour de vos mots. Cette modeste chronique (ma dernière en date mais ma première au Maroc, et dieu sait comme les premières fois et les commencements telle mon écrivaine préférée, Colette, me sont choses précieuses !) a par ailleurs fait l’objet de plusieurs publications au Maroc : Albayane, Maghress et Maghribcom dont je me suis fait un devoir de donner bonne place au sein de mes travaux portant sur « culture et diversité » in Divergences.net. Afin d’en propager la lecture, en voici le lien consultable gracieusement :

http://www.divergences.net/spip/spip.php?article346

Pardonnez-moi cette digression mais je pense qu’elle ne l’est pas pour le public de lecteurs, et j’escompte en la formulant qu’il sera intéressé par notre mélange artistique que pour ma part j’ai trouvé savoureux et de même, très autofictionnel d’ailleurs, ce moi dans l’autre tendant vers le soi. Je ne développe pas (sourire) et je reviens promptement à mon œuvre et ma démarche d’écriture puisque vous m’y sollicitez, cher ami.

 Plus que d’être dans le culte d’un auteur, c’est plus ses thèmes qui m’intéressent ou du moins, les thèmes que j’y vois. Le journaliste du Pays Yonnais (hebdomadaire de la région de Vendée en France), l’avait très bien perçu dans le portrait qu’il avait tracé de moi comme auteure yonnais lorsqu’il lui conféra le titre suivant : « Travailler sur Colette lui a permis de mieux se connaître ». En fait, à l’évidence, chacun de mes essais sur Colette a répondu à un questionnement que je me posais à l’époque. Pour faire court et puisque j’en ai ébauché les circonstances dramatiques ailleurs : réfléchir sur la représentation de la mère chez Colette, puis chez Jules Vallès (autre versant plus tabou et plus noir de la mère), m’a permis de réfléchir sur ma propre mère, morte un an avant l’élaboration du manuscrit portant sur la construction de l’image maternelle chez Colette de 1922 à 1936. Colette : par-delà le bien et le mal ? et Pensées en désuétude se situent à une période d’amour intense avec mon compagnon aujourd’hui décédé et dont la mort foudroyante (c’est l’effet qu’elle m’a fait, me remplissant d’effroi), même si étendue sur deux ans dans un cancer qui se prolonge (cela n’empêche pas) avec une délivrance, un début de délivrance ou plutôt un retour en arrière sur les belles années pour, si ce n’est recommencer une autre étape de ma vie, du moins la continuer. Tourner la page d’un livre, le livre de sa vie en quelque sorte. Cependant, il est bien évident qu’il faut qu’un processus de sympathie, voire d’empathie s’opère pour que les thèmes soient délivrés d’âme à âme, je dirais, d’écrivaine à écrivaine-chercheuse, vous comprenez.

 

NM : Oui, très certainement. Non seulement je comprends mais je compatis : Paix à leurs âmes (moment de silence). Dans votre livre sur l’écrivaine Colette, vous avez préféré une méthode d’analyse qui se situe entre objectivité et subjectivité. Un peu d’éclairage sur ce point, s’il vous plaît ?

 

SM : Pour répondre à votre question, cher Noureddine, et là ce sera la chercheuse académique que vous appréciez pour me l’avoir dit (merci) qui s’exprimera, je reprendrai un résumé qui me servit de point de départ à une communication intitulée Vers une critique créatrice publiée aux presses universitaires Toulouse-Le-Mirail dans un ouvrage collectif : L’Ecrit : De la signification et de l’interprétation à la traduction et aux discours critiques. Cet article a trouvé des prolongements plus vulgarisés en direction d’un public plus large et surtout des accents plus intimes dans le partage que requiert l’acte solitaire et solidaire (c’est toute la subtilité de l’apparente ambivalence qui n’en est pas une) en tête à tête avec le lecteur.

 

Vers une critique créatrice

Le Miroir, llust. Florence  Soltar

 

Par-delà une critique dogmatique « qui hérite du respect du texte […] et fait de ce texte un usage figé », je défends l’idée, selon l’expression de Jacques Dubois dans La Critique et l’invention (éd. Defaut/Guillet, 2004), « d’une critique de participation qui se donne à tâche de faire fructifier le récit, de féconder l’imagination dont il est la trace vive ».

Ma définition d’une critique créatrice

Mon expérience dans le domaine de la recherche universitaire m’a conduite à envisager non pas une critique littéraire qui déformerait le sens du texte (c’est l’idée des dernières années et défendue en 2010 par l’équipe Fabula, à l’Ecole Normale Supérieure de Paris ; idée à laquelle je ne souscris pas car j’y vois pour ma part une dénaturation de la démarche du critique), mais à agrandir certains aspects du texte suivant les affects ou centres d’intérêt du critique. Cette critique moins académique ne se réduirait plus à l’interprétation de l’interprétation (selon l’idée défendue par Marcel Proust dans Le Temps retrouvé pour qui « écrire n’est pas inventer mais traduire le monde ») mais à l’interprétation du monde que lui laisse entrevoir l’écrivain.

Un pas vers la création

Le critique en littérature ne procéderait donc pas à une création originale mais tendrait à la création par l’intermédiaire de l’écrivain qui lui aurait permis d’entrevoir (voire d’accéder à) ce monde que chacun possède en son for intérieur mais dont il n’a pas toujours conscience. Cette critique novatrice trouverait ses fondements en une critique impressionniste (telle que l’ont conçue Anatole France et André Gide) par le fait qu’une subjectivité (celle du critique littéraire) entrerait en contact avec une autre subjectivité (celle de l’écrivain) par un processus d’identification, mais ce processus ne serait pas une fin en soi puisqu’il permettrait l’approche vers une vérité supérieure. Je rejoins en cela les idées de Serge Doubrosvky développées dans Pourquoi la nouvelle critique, Critique et objectivité ? (1ère éd. Mercure de France, 1966), nouvelle critique à laquelle il revendique son appartenance dès 1966 et dont le précurseur n’est autre que Roland Barthes.

(…)

Je vous remercie de votre interrogatoire pertinent cher poète universel, ainsi que de votre attention bienveillante. De même pour « nos » lecteurs. S’ils souhaitent en savoir plus sur mes travaux en littérature et en écriture, je les convie à rejoindre ma page publique Facebook conçue à cet effet et accessible à la rubrique suivante : Stéphanie Michineau : Ecrivain-chercheur.

A bientôt de se revoir…

A propos de l'auteur

Stéphanie Michineau

Stéphanie Michineau

Docteure en littérature française, spécialisée dans les œuvres auto/fiction, elle est spécialiste à deux têtes : C0LETTE & Serge Doubrovsky 

 

(France ~ Amérique ). Jouissant d'être membre scientifique de nombreux colloques en France & internationaux et afin de les promouvoir (avec autres),

 

elle est actuellement auteure C. G. : Classiques Garnier, rue de la Sorbonne, à PARIS.

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