La poésie duo du haut du pont entre la France et l’Italie

Ecrit par Stéphanie Michineau le 01 février 2014. dans La une, Littérature

La poésie duo du haut du pont entre la France et l’Italie

Biographie de la traductrice et poétesse italienne, Berta Corvi :

Au fil de la plume :

Berta est née à Atri (un petit village situé dans le centre de l’Italie) bien que ses parents habitent à l’époque en Belgique après y avoir émigré en 1963. Suite au décès de son père en 1980, elle retourne dans son pays d’origine, l’Italie. C’est en 1983, après l’obtention de son diplôme, qu’elle quitte Liège (Belgique) avec sa mère et sa sœur pour aller poursuivre ses études en Italie. Elle s’inscrit à la faculté de Langues et littératures étrangères de l’Université Gabriele d’Annunzio, à Pescara. Elle y suit les cours du professeur émérite des Universités et président honoraire de l’Université de Savoie, spécialiste de poésie et de l’imaginaire, Jean Burgos. C’est par ses yeux qu’elle découvre des auteurs qui lui étaient jusque-là inconnus : Henri Michaux, Yves Bonnefoy et Saint-John Perse.

 

S. Michineau : Berta, la suite de votre parcours, si vous le permettez, je vais en retracer le chemin en quelques fragments pour nos lecteurs. Vous avez clos par une thèse qui portait sur Jean Giono. Vous savez que personnellement, je suis titulaire d’une thèse de DOUBLE référence, sur l’autofiction ET sur Colette, ainsi qu’il en a été stipulé sur le site de référence de « recherche en littérature » : Fabula ; cette thèse étant intitulée précisément L’Autofiction dans l’œuvre de Colette, publiée aux éditions Publibook comme filiale du Petit Futé (il est d’ailleurs regrettable que la vôtre ne la soit pas), et force est de constater que les accointances entre les deux écrivains français de toute éternité ainsi que de la même période, située à la première moitié du 20ème siècle, sont nombreuses. On pourrait y voir comme thématiques communes : l’enfance, la nature et la sauvagerie. Voici donc quelques axes pointés à prendre bien évidemment comme clins d’œil en direction d’organisateurs de colloques ou/et programmateurs d’événements littéraires. Ecrivant cela, je songe rétrospectivement à mon duo-duel (? mais je rassure bien vite les lecteurs car il ne s’agit là, premièrement, que d’Art et littératures, et deuxièmement c’est inhérent à l’esprit même de la recherche éclairée par des débats qui construisent la réflexion vers un mieux et un plus abouti) datant de mars 2012 (presque deux ans déjà !) avec Isabelle Grell, spécialiste de Jean-Paul Sartre ; événement littéraire programmé à Bastia suivant la double sollicitation vive de Madame la présidente de l’association corse Musanostra, Marie-France Bereni-Canazzi, afin de nous entretenir sur « La biographie, récits de vie et autofiction » puisque nous y étions conviées, ainsi que le mentionne la présidente, comme dignes représentantes et « spécialistes mondiales de l’autofiction » (source revue Art : Musanostra, rubrique presse :

http://www.musanostra.fr/musapresse.html)

Voici ma question : qu’est-ce qui vous attire dans la poésie ? Pourquoi choisir ce genre littéraire plutôt qu’un autre ?

 

Berta Corvi : La poésie m’attire parce qu’elle reste le moyen le plus immédiat de transmettre une émotion comme dans les chansons. C’est un genre bref et rapide à lire. C’est une belle façon de jouer avec l’art et de s’amuser avec les mots. Ce genre, qui est pourtant le plus ancien et le plus illustre de l’histoire littéraire, récupère sa grande tradition et redevient un moyen universel d’expression, ce qui prouve étonnamment qu’il s’agit d’un genre actuel. Paradoxalement, et contre toute attente, le poème se révèle être une forme de communication plus proche de l’écriture de nos jours : rapide, directe et évocatrice. En bref, c’est comme s’il avait repris sa place de droit dans nos vies pour nous faire échapperà la réalité, ou pour l’enrichir avec denouvelles significations. Comme beaucoup de poètes, je m’inspire de la réalité environnante pour exprimer mes sentiments, mes sensations, mes doutes, mes souvenirs et les histoires de ma vie. J’écris pour moi-même, pour apaiser la tristesse qui est en moi. Réfléchissons : « À quelles occasions les grands poètes ont-ils écrit leurs poèmes ? ». Prenez-en un, n’importe lequel (peut-être étudié à contrecœur à l’école !) et vous verrez que c’est l’expression d’une profonde tristesse, de l’anxiété ou du désir de paix, d’amour ou de solitude. Qui parmi nous n’en a jamais rédigé ? Nous avons fait tout cela quand nous étions à l’école et nous avons étudié les grands maîtres, ou par amour ou pour exprimer en quelques vers notre idée du monde. Mais pourquoi ne pas continuer à le faire encore maintenant ? Rassembler ses pensées dans un livre est une tâche passionnante et accessible à tous. Ce qui crée du mouvement dans l’âme, sous forme de tumulte ou de joie m’engoue. Ce que je donne à la poésie, elle me le rend. Plusieurs épisodes qui ont marqué ma vie m’ont exhortée à écrire. La vie et l’écriture sont inséparables quand elles sont ponctuées de moments forts.

 

S. Michineau : Ceux qui nous suivent le savent, les autres l’apprendront par ce biais. Nous avons commencé à tisser, entre nous deux, de beaux liens d’amitié littéraire. Après avoir lu dans mes Pensées (en désuétude), vous les avez chroniquées dans la revue francophone Exigence.net. Vous les avez également étudiées en long et en large à Milan, en Italie, avec vos apprenants dans le cadre d’une séquence pédagogique portant sur le Nouveau Roman. Ce n’est que dans un dernier temps et ainsi que je l’ai narré, que vous avez pris la décision de les lire à haute voix en visibilité pour tous sur You tube. Une question me taraude : votre façon d’écriture est-elle très éloignée de la mienne ? Ou même de celle des auteurs que vous avez traduits, à savoir Giovanni Andreoli pour l’Italie et Noureddine Mhakkak pour le Maroc ; me concernant, cela ne saurait plus tarder maintenant. Pouvez-vous développer et argumenter votre point de vue.

 

Berta Corvi :Mon écriture est universelle et digne d’être définie comme telle, je pense. En tout cas, elle donne matière à réflexion. J’aime m’abstraire provisoirement du monde pour me blottir dans le havre de la poésie, y bâtir un univers métaphorique en choisissant mots et ponctuation, en créant mélodie et harmonie. Lorsque je me promène dans les bois ou que j’observe la mer, assise sur le sable, je subodore alors un phénomène cabalistique, mes poèmes se matérialisent, les mots s’assemblent peu à peu dans ma fantaisie, toujours mentalement. Je sais comment favoriser dans mon âme l’éclosion de sentiments vigoureux, francs et absolus, toujours en mesure de déchaîner la naissance de vers ou de phrases. L’exercice physique, les promenades, le contact avec la nature concourent extraordinairement à « l’illumination ». Quand je marche, je pense, je ris, je pleure, je maugrée, je prie entre le rythme des mots et les balades diurnes à travers les bois, les sentiers et la vie. L’adrénaline du mouvement est une espèce de séisme neural et elle provoque souvent une sorted’extase spirituelle qui m’amène à créer. L’art, la poésie sont des étapes intermédiaires le long du voyage à accomplir.

 

S. Michineau : Après la forme, le fond. Quels sujets abordez-vous ?

 

Berta Corvi : Dans mes recueils, on lit le rythme entraînant et harmonieux de mon enfance heureuse, mais aussi des délices, de la volupté, de l’amour qui ont marqué ma vie d’adolescente et de femme. Certains poèmes montrent l’empreinte de ma vie ardente, volcanique, de feu. Par l’écriture, la raison tente de dominer la passion, à la recherche d’une certitude. On sent la nostalgie du passé, de ce qui fut, hurlée et suffoquée. Je suis toujours à la recherche d’une tendresse qui m’apaise. Ma poésie regorge de solitude, de retrouvailles, de silence, de cris. Mais dans le fond, elle est aussi allègre. Je suis une femme mue éternellement par l’amour et par la douleur. Chaque relation sentimentale est à l’origine de souffrances. Pourtant il suffit d’une seule joie pour abattre les élancements. Mon œuvre est faite de pensées profondément poétiques, d’une aventure vers un terrain fertile.

Quelquefois la grâce m’appartient, quelquefois c’est plutôt la provocation, la furie, l’expression péremptoire quand je suis déçue. Mes mots sont comme un miroir, au-delà desquels il y a autre chose.

 

S. Michineau : Enfin et pour finir, un éclairage sur l’avenir s’impose. Vos lecteurs sont en haleine. Quels sont vos projets pour l’avenir ?

 

Berta Corvi :En ce moment, je suis engagée dans l’écriture d’un roman basé sur une histoire vraie et destiné à une future adaptation cinématographique. Je préfère ne pas me faire lire dans les replis de ma conscience. La confidentialité est de règle. Dans un peu plus d’un mois, un autre recueil de poésie sera publié par l’éditeur italien « Pagine » et contiendra une vingtaine de poèmes que j’ai écrits récemment. En outre, on attend conjointement avec l’écrivain contemporain marocain que vous connaissez aussi chère Stéphanie pour l’avoir chroniqué ainsi que moi-même je l’ai fait dans le journal Libération, à savoir Noureddine Mhakkak, la parution de deux recueils de poésie que j’ai traduits du français à l’italien. L’un sera publié en Italie et l’autre au Maroc. Mes ouvrages seront prochainement présentés sur Youtube et sur des réseaux sociaux. En sus de ses travaux, j’ai répondu à l’invitation des éditeurs et d’un photographe pour des enregistrements et un service photographique.

La suite à la prochaine interview !

 

S. Michineau :Ne partez pas si vite, chère amie. Je finirai, si vous le permettez, sur le renvoi, pour nos lecteurs, de toute une série d’enregistrements You tube que vous avez déjà effectuée et que je conseillerais afin de favoriser une littérature vivante et vibrante : d’abord et c’est bien normal, vos poèmes publiés par la maison d’édition Pagine ; Le Feu intérieur suivi de la versioninitiale italienne publiée en Italie : Il Fuoco Dentro éd. Lupetti Editori (Milano/2010) puis Les Sept Vagues de l’Amour & Le Collier de la Colombe de l’écrivain contemporain marocain, Noureddine Mhakkak ; enfin, de mes Pensées en désuétude qui a bénéficié d’ores et déjà de plusieurs référencements universels (cf. article RDT) dont le dernier en date provient de Côte d’Ivoire et prorogera sur un travail dans le cadre d’une séquence pédagogique sur le Nouveau Roman (c’est le professeur Nimier qui y pourvoira). En l’occurrence, à bon escient, puisque je me suis ouvertement réclamée de Nathalie Sarraute comme figure de proue et profonde inspiratrice de ses fragments de Pensées.

Il ne me reste qu’à vous remercier, chère amie de Milano, de vous être prêtée au jeu haletant des questions-réponses, espérant avoir ouvert pour les lecteurs, et c’est le but aussi, des chemins de traverse dans le labyrinthe de vos écrits à découvrir ou/et à redécouvrir.

 

Stéphanie Michineau

 

Entretiens conduits par mes soins et publiés en première main dans le journal bien connu au Maroc : Albayane (Union socialiste). Au miroir des cultures : entretiens avec Berta Corvi, poétesse et traductrice italienne de Milan. Pour des raisons de lisibilité pour les lecteurs, j’ai pris le parti de remodeler la tenue des questions ainsi que de restreindre le champ d’investigation aux voix/voies susceptibles de susciter l’intérêt du lectorat français sur les questions liées à la poésie, le roman et la traduction par le canal de l’expérience récente de Berta Corvi en matière poétique et de traductions romanesques puisque auparavant c’était avant tout des traductions professionnelles qu’elle officiait dans le cadre de son travail de professeur de français à Milan en Italie, ainsi qu’elle le relate dans le journal Albayane (entretiens avec N. N.).

A propos de l'auteur

Stéphanie Michineau

Stéphanie Michineau

Docteure en littérature française, spécialisée dans les œuvres auto/fiction, elle est spécialiste à deux têtes : C0LETTE & Serge Doubrovsky 

 

(France ~ Amérique ). Jouissant d'être membre scientifique de nombreux colloques en France & internationaux et afin de les promouvoir (avec autres),

 

elle est actuellement auteure C. G. : Classiques Garnier, rue de la Sorbonne, à PARIS.

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