Le texte du rêve

Ecrit par Didier Ayres le 24 mars 2018. dans La une, Littérature

À propos de La Foule divinatoire des rêves, de Catherine Gil Alcala, éd. La Maison brûlée, 2018, 15 €

Le texte du rêve

L’originalité de ce recueil de poèmes réside à la fois dans le propos et dans la forme ; dans le propos parce que cela nous donne accès à un monde intérieur foisonnant, profus, divers ; et dans la forme car ces poèmes sont accompagnés par des dessins de l’auteure, dessins qui côtoient la statuaire africaine par exemple, ou ailleurs, l’art brut. Du reste, ces textes sont présentés soit alignés à gauche, soit à droite, sans que cela soit aléatoire, mais propres à penser la schize de tout auteur, rendue visible par cette disposition des pages.

Revenons un instant au propos. Et à cette idée de transcrire les rêves de l’auteure, avec plus ou moins de certitude quant à leur exactitude, quant à leur véracité, mais qui sont intéressants surtout parce qu’ils reflètent la personnalité et le travail de l’écriture au sein de l’esprit de l’écrivaine. Nous allons donc de rêverie en rêverie, au milieu de figures et de symboles, qui sont peut-être à rapprocher des éléments chers à Gaston Bachelard, c’est-à-dire l’eau, le feu, la terre et l’air, particulièrement peut-être de l’élément liquide. Et que l’on soit proche d’Unica Zürn, par exemple, ou du Méphisto de Sokourov, c’est surtout cet univers polymorphe qui est prenant, ou bien celui des Surréalistes avec les Poupées de Bellmer (cités dans le texte). Tout est animé de vie, égayé, coloré, fantasque et un peu fou, baroque. Et cela avec les textes du rêve, le texte du rêve.

Au rituel du rêve s’associe le rituel du poème. À la vérité du rêve se distingue le rêve de la vérité. À la poésie s’ajoute une vision d’un sujet double, à la fois rêve et récit du rêve.

 

Rêve 12

 

Exhortation d’un fantôme

sur le panorama ensommeillé…

 

Une femme décapitée

porte sa tête entre ses mains.

 

Les ailes de l’angoisse transportent

la fièvre d’une âme pathétique.

 

On frappe à ma porte, je m’éveille.

C’est ma voisine, elle dit :

« Je perds la tête ».

 

Et que l’on soit pris par le fantasme ou la poésie, on est attiré par la scène intérieure de l’artiste, par son théâtre mental, par son théâtre du rêve, où l’auteur se voit en miroir, lequel sert à saisir une personnalité complexe et particulière. Il faut simplement se laisser aller parmi les fantômes de l’écrivaine, et ne pas hésiter à suivre le chemin chaotique et pluriel des poèmes, et poursuivre cette déclinaison métaphysique de songe en songe. Peut-être retrouve-t-on un peu de l’univers de La Maison du Docteur Edwardes, pour imaginer en quoi écrire est une résilience, un soin, une pharmacie de l’âme, un élixir, une médecine.

 

Une femme plonge dans un grand bassin

où nagent des poissons, des dauphins,

des tigres, des loups, un crabe jaune…

 

On trouve tout cela dans le recueil, qui se décline en 39 parties, lesquelles informent sur un état de conscience, et en un sens sur l’inconscient de chacun, si l’on peut prêter au rêve d’être la « voie royale » de l’inconscient, poésie et texte du rêve que l’on peut considérer comme l’apaisement de la blessure narcissique qui compte si fort pour nous tous. Blessure qui trouve remède dans sa propre allégorie.

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Didier Ayres

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