Ville

Ecrit par Didier Ayres le 09 décembre 2017. dans La une, Littérature

à propos de Urbanités, Jean-Charles Vegliante, éditions Lavoir Saint-Martin, 2015, 59 pages, 15 €

Ville

Par le hasard des circonstances, je viens d’entendre une allocution d’Antoine Compagnon sur les chiffonniers de Paris, mettant en valeur le lien entre le chiffonnier et le poète. Et comme je quitte simplement le livre de Jean-Charles Vegliante, livre constitué pour sa partie la plus saillante de poèmes qui célèbrent la ville, je dirais sans hésitation que ces poèmes se rapportent à Baudelaire dans mon imagination, et même précisément au spleen que le poète invente. Ainsi donc, les 26 poèmes qui composent la première partie du livre me semblent réussir dans cet ordre d’idée : la pluie, le spleen et la mélancolie et tout cela dans la topographie intime d’un parisien et de sa ville.

Géographie poétique, cartographie des rues comme dessinant un monde symbolique ou allégorique, rues de Paris qui gonflent la puissance du langage et épaississent la vocation du poème ; et l’on y trouve surtout la pluie, les sous-sols, les soubassements, des excavations herbeuses, mais peu du Paris touristique fait des brillants édifices et des rues colorées. On voit comment le poète prête attention à l’importance de la fondation, des profondeurs, de la terre, du sol où le regard se détache comme une lumière brûlante et folle, mais qui n’accroche en rien les vitrines et l’éclairage fabuleux des richesses de notre capitale.

 

« La Commun’est pas morte »

 

Toutes ces choses qui bougent dans la nuit !

Tout le vent qui s’acharne sur la petite

fenêtre des morts ! Les claquements furieux

de l’impuissance, il en reçoit la menace

filtrée par l’air, coulisses de son sommeil.

Remontent vers le rivage de la chambre

tous les habitants muets de l’eau murée

sous les caves de l’immeuble, sous la pierre

tombale d’une ville antérieure, enfeu

sans apprêt, nudité des pauvres commune.

Tout le ciel au-dessus penche comme un mât

et rien n’est assuré demain dans nos vies.

Toutes ces choses qu’on nous oblige à faire

l’ont laissé comme idiot d’après la Commune.

31-12-11

 

D’ailleurs cette lecture en sous-sol fait cependant appel à ce que l’on pourrait nommer la littérature de bureau – et pour ce qui me concerne, je crois que la poésie est sœur de la table. Ici le monde urbain s’écrit dans le repos de la phrase, dans la pesanteur de la plume sur le papier, afin de franchir et ainsi de s’affranchir de la matière. Il y a dans ces 26 poèmes quelque chose comme un voyage immobile où cette littérature des lieux de Paris constitue une sorte de voyage qui épingle la ville-lumière mais sous son masque de tous les jours, un Paris sans fard, et pour tout dire le vrai Paris.

 

GRANDE CEINTURE, TAGS

 

Dès la ville quittée une nature âpre

ramène aux engelures, terreur d’antan,

à la froideur des fourrés où les morts

sont tout seuls et la glace mord les rivages

de leur sommeil sans fin, sans soulagement.

Des maisons viennent vers nous comme visages.

Les voyageurs aveugles ne parlent pas,

ployés au chagrin mauvais d’autres départs,

à l’attente de la peinture nocturne

(Persan, Méru, L’Déluge, vivants et morts)

04-07-13

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Didier Ayres

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