Notre monde

[ La gastronomie dans Reflets ] Resto : L'ombre de Colette dans un coin d'assiette...

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 décembre 2013. dans La une, Culture, Gastronomie, Notre monde, Littérature

[ La gastronomie dans Reflets ] Resto : L'ombre de Colette dans un coin d'assiette...

Castel Novel… « au printemps, – écrivait-elle, avec cette coiffure ébouriffée, ces curieux chapeaux, ce visage que n’importe qui reconnaît sur la couverture du livre de poche ; irremplaçable Colette ! – les murs pétillent de lézards et sont blonds d’abeilles »… Nous en revenons, par un de ces derniers dimanches d’été. Début septembre ; calme après la vague touristique. Encore caniculaire, au mitan du jour, mais, par moments, le vent dans les grands arbres centenaires, qui ont vu la dame jouer à la fermière, agite la promesse de cet automne corrézien, habituellement « indien », et, pour tout dire, somptueux.

« Le rosier blanc de la façade est si blanc de fleurs qu’il trace la nuit sur la maison une voie lactée »… A l’ombre de quel grand arbre de la terrasse, écrivait-elle ça, dans les années qui finissaient la Belle Epoque ? Entendait-on déjà les bruits sourds, partout en Europe, de la boucherie à venir ? Son « amour », Henri De Jouvenel – le journaliste du Matin, le futur ministre – se penchait-il sur les nouvelles, assis, lui, sous cet autre arbre, à moins, si le vent soufflait, qu’il ne se fût réfugié au coin de la grande cheminée, et son « cantou », comme on dit ici…

Les deux flamants

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 janvier 2013. dans La une, Ecrits, Actualité, Notre monde, Voyages

Les deux flamants

C’est autour de Noël, qu’ils viennent en petits groupes murmurants – pas dérangeants, c’est vrai, auprès de mon étang – celui qui clapote au pied de la cathédrale de Maguelone ; celle qui, aux belles heures de l’été cigalant, résonne de la viole de Gambe de Jordi.

Ils ont leurs zooms, ou leurs yeux, c’est selon, et me regardent presque amoureusement. Quant à moi, pas un regard pour eux ; je minaude, je renverse la tête, je fais froufrouter mes plumes blanches, celles du dessous, mon bec à peigne cancane a capella, mezzo voce : mon œil rond tout jaune convoite une petite femelle juste pour moi, à deux battements d’ailes. Je suis un flamant rose des lagunes languedociennes, beau comme un tracé de Magritte, profilé dans le flouté de ce soleil d’hiver. J’ai de la classe ; je le sais, et j’entame ma première parade nuptiale.

(Best of 2012) GASTRONOMIE: Le "presque couscous" de ma mère

Ecrit par Gilberte Benayoun le 22 décembre 2012. dans Souvenirs, La une, Gastronomie, Notre monde

(Best of 2012) GASTRONOMIE: Le

 

« Cette fois c’est décidé ! je fais le couscous de ma mère ! ».

J’avais dit ça. Je l’avais décidé, comme ça, un soir.

Mais ça, c’était dans le silence de la nuit, quelques jours avant mon anniversaire, quand soudain, comme une évidence et comme un éclair de lumière dans l’ombre de la nuit, ce soir-là, enivrée de mots – de jolis mots – après lectures et relectures de textes à corriger, encore vive et toute éveillée, passant du mot à la chose et du rêve au rêve, je décidai, faisant un peu ma crâneuse, toute seule, dans un coin de ma tête, que le menu de mon anniversaire serait – et il fallait que ce soit ! – « le couscous de ma mère ».

Le décor était planté, et ma trentaine d’invités allait se régaler…

Et je l’ai fait. Enfin… j’ai essayé… Même si… Fallait-il oser ?… Car… longtemps je n’ai pas voulu faire le couscous de ma mère, le « sacré couscous de ma mère ». Je ne toucherai pas au sacré…

Une sorte de bleu (Kind of blue, Miles Davis)

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi le 17 novembre 2012. dans Souvenirs, La une, Ecrits, Actualité, Notre monde

Une sorte de bleu (Kind of blue, Miles Davis)

Je poussai la porte, l’appartement était vide. Vidé plutôt, comme on dirait d’un gibier de chasse à courre. J’avais passé des jours à choisir : garder, donner, jeter.

Tes affaires, tes vêtements, les choses que tu avais conservées de moi et que j’ignorais, tout ton univers devait passer entre mes mains, comme eau qui coule.

J’ai traversé ce moment, et je n’avais pas imaginé pouvoir le faire. Jusqu’à ce matin où, dans le temps suspendu, j’avais attendu le camion des compagnons d’Emmaüs qui allaient emporter les meubles, les habits tricotés par toi, la vaisselle, les peluches (les miennes), les petits objets simples de ton quotidien, bien rangés, les mouches de plumes que confectionnait papa pour la pêche, et son matériel ; sur ta table de chevet, il y avait une petite Tour Eiffel sur laquelle tu avais accroché un angelot doré, je l’ai prise sur mon cœur… L’appartement baignait dans une forme d’éternité, figé comme un musée bientôt disparu. Je n’ai jamais été autant dans le présent. Quand j’ai vu arriver le camion, j’ai su que tout était terminé.

Le "presque couscous" de ma mère (suite et fin)

Ecrit par Gilberte Benayoun le 10 novembre 2012. dans Souvenirs, La une, Gastronomie, Notre monde

Le

Vendredi, la veille du « grand bal » du presque couscous de ma mère, mes paniers de vraie ménagère dans le coffre de ma twingo, ma liste de courses griffonnée en un clin d’œil sur une feuille blanche sur un coin de table, et nos rires et fous rires en bandoulière, nous voilà, mes deux copines sous le bras, et moi, en route pour la tournée des emplettes. Surtout ne rien oublier !

On commence par mon marchand de primeurs préféré, je le connais bien, il est de « chez nous », je sais que dans son échoppe, accueillante, fleurant bon les senteurs d’épices aux parfums d’orient, où fruits et légumes en relief sur des étals joliment garnis ont l’air gorgés du soleil de mon enfance, je vais trouver mon bonheur. A lui aussi, j’annonce que je fais un couscous pour mon anniversaire ! le couscous de ma mère… Enfin le même… ou presque… Il me raconte le couscous de « sa » mère… quels légumes, quels épices (par cinq aussi), quelle semoule, quelle viande… Mais c’est le même ! Je saute de joie !

Le premier livre...

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 novembre 2012. dans La une, Souvenirs, Education, Culture, Notre monde, Littérature

Le premier livre...

Belle recension, la semaine passée, dans Reflets du Temps : Le dernier lapon d’Olivier Truc. Parfums de glace, lumière si particulière à la banquise ; silences bourdonnants des grandes solitudes de début, ou de fin du monde…

« Madeleine », pour moi, d’un coup ! Projetée quelques temps en arrière – enfin, si peu !

Cinq ans, à peine ; cheveux coupés de frais, au bol, grosse frange, à la garçonne (ma mère avait osé sacrifier les boucles longues de sa fille, au nom, inavoué, de quelque féminisme tempêtant en elle). La campagne bourbonnaise ; village perché surplombant les gorges du haut Cher ; brumes assurées dès la Toussaint passée. L’école, en haut du bourg ; deux « maisons d’école » ; celle des petits, et, accolée à la mairie, celle des grands. Je me souviens d’avoir vu passer un curieux équipage, parfois : les « bonnets d’âne » coiffés d’un simulacre de papier, allant lentement de l’une à l’autre école, comme dans l’Ancien Régime, les femmes adultères et autres voleurs, attachés sur les ânes…

Le dernier Lapon

Ecrit par Léon-Marc Levy le 03 novembre 2012. dans La une, Culture, Notre monde, Voyages, Littérature

Olivier Truc, Editions Métailié, roman, septembre 2012, 453 pages, 22 €

Le dernier Lapon

 

AVEC L'AUTORISATION DE « LA CAUSE LITTÉRAIRE »

 

Pour le moins, on peut affirmer que ce livre propose au lecteur un dépaysement radical. Imaginez : nous sommes dans la nuit polaire, en Laponie, au cœur du pays des éleveurs de rennes, par des températures oscillant entre -20 et -30 degrés ! On est plus exactement au moment où le jour va faire sa réapparition, très attendue on l’imagine par les populations locales. Mais cette renaissance se fait chichement, par petites minutes quotidiennes de clarté.

C’est dans ce cadre hostile et fascinant qu’Olivier Truc situe son histoire policière. Car c’est bien d’un roman noir qu’il s’agit. Deux événements en sont à l’origine : la disparition dans un musée local d’un ancien tambour Sami (peuplade indigène de Laponie, Suède du nord) et l’assassinat d’un gardien de rennes, Mattis, également Sami. Dans une Suède du septentrion, encore sujette au mépris raciste de ses populations originelles – il existe même une sorte de parti d’extrême-droite raciste appelé « parti de progrès » – la question se pose d’entrée : forfaits raciaux ?

Le "presque couscous" de ma mère

Ecrit par Gilberte Benayoun le 27 octobre 2012. dans Souvenirs, La une, Gastronomie, Notre monde

Le

 

« Cette fois c’est décidé ! je fais le couscous de ma mère ! ».

J’avais dit ça. Je l’avais décidé, comme ça, un soir.

Mais ça, c’était dans le silence de la nuit, quelques jours avant mon anniversaire, quand soudain, comme une évidence et comme un éclair de lumière dans l’ombre de la nuit, ce soir-là, enivrée de mots – de jolis mots – après lectures et relectures de textes à corriger, encore vive et toute éveillée, passant du mot à la chose et du rêve au rêve, je décidai, faisant un peu ma crâneuse, toute seule, dans un coin de ma tête, que le menu de mon anniversaire serait – et il fallait que ce soit ! – « le couscous de ma mère ».

Le décor était planté, et ma trentaine d’invités allait se régaler…

Et je l’ai fait. Enfin… j’ai essayé… Même si… Fallait-il oser ?… Car… longtemps je n’ai pas voulu faire le couscous de ma mère, le « sacré couscous de ma mère ». Je ne toucherai pas au sacré…

Salonique

Ecrit par Marcel Alalof le 13 octobre 2012. dans La une, Souvenirs, Culture, Notre monde, Histoire

Salonique

Je me souviens de mon grand-père, allongé tout habillé dans la pénombre de sa chambre à coucher, les yeux fixés au plafond, à la recherche des images de sa famille disparue, tandis que dans le salon, sa deuxième femme recevait ses amies pour le thé.

Je me souviens, enfant, d’une de ses disputes avec mon père, qui l’avait tenu éloigné de nous pendant des années. De l’avoir croisé à plusieurs reprises, embarrassé, dans la rue, où il m’avait donné un bonbon ou une pièce.

Je me souviens de lui, habituellement si colérique, observant un silence pour moi incompréhensible, devant le neveu de sa femme qui vantait les mérites de l’armée américaine au Vietnam.

Je me souviens de lui, plus tard, dans un hôpital parisien. Il divaguait, me demandant, alors que j’allais partir, si je ne lui avais pas pris quelque chose : sa vie se dérobait.

Je n’ai pas connu la famille de mon grand-père, entière effacée par la guerre, et mes jeunes années se passaient dans ma famille maternelle qui vivait dans le même immeuble que lui, au même étage, en face.

J’appris ensuite que j’avais la stature des frères de mon grand-père, tous très grands pour l’époque et donc très repérables. D’ailleurs, j’ai eu longtemps l’impression d’être le point de mire.

Indonesia/ Trinidad (VO)

Ecrit par Ricker Winsor le 06 octobre 2012. dans La une, Notre monde, Voyages

Indonesia/ Trinidad (VO)

Indonesia is about as far away as one can get from Trinidad or anywhere else on this latitude. It is on the other side of the planet, about twelve thousand miles away. It is the largest Muslim country in the world, an archipelago of about seventeen thousand five hundred islands. I wonder if anyone has really counted. People in Indonesia speak three hundred fifty local languages but they have agreed on a common one, Bahasa Indonesia, which just means Indonesian language. Indonesia is an ancient place with people reaching back in time as far as we know. Recently there was a little humanoid discovered named Flores Man, “the hobbit”, about three feet high. He survived until about twelve thousand years ago and was around, it is thought, for about eighty thousand years before that. We don’t know a lot about our past on this planet. People have had the brain we have and looked like us going back one hundred fifty thousand years but we have no knowledge about what they were doing. I don’t think they were just pounding the ground with a stick. Indonesia was Buddhist and it was Hindu; and it still is to some degree, but basically, as in many places, Islam has taken over. Why is it growing so fast and why is Christianity seeming to fade in the West?

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