Amour

Hier encore ...

Ecrit par Sabine Aussenac le 24 février 2012. dans Ecrits, La une, Amour

Hier encore ...

Hier encore, il était là, à l’autre bout de la salle des profs, plongé dans ses notes. Un regard a suffi, il sait que je l’ai vu, je sais qu’il m’a vue, et rien ne se fait plus par hasard.

Si je fais mine de l’ignorer en ne lui faisant pas la bise matinale, en lui faisant presque ostensiblement la tête, agacée par ses reculades permanentes, c’est lui qui revient à la charge, m’appelant par mon nom et plus par mon prénom, ou me criant des « Lili » par-dessus les ordis… Parfois, il rit très fort et entonne des pseudo chansons traditionnelles allemandes, me narguant, m’asticotant pour me faire sourire…

Autour de nous, ça crépite un peu, je sens un frémissement au creux des reins et une blessure au fin fond du cœur, là où le vide est intersidéral…

Amoureuse d’un prof, j’en frémis ! Jamais, au grand jamais je n’aurais imaginé cela, détestant mon métier, ma condition servile, mes collègues, grands enfants un peu pervers, plongés ad vitam aeternam dans les affres de l’enfance et de l’adolescence, fuyant ces hommes aussi peu sexy qu’une porte de prison, souvent négligés, ayant rayé de façon obligataire toute aura sexuée de leur personne, sans doute afin de ne pas craquer pour les nuées de nymphes pré-pubères et souvent fort dévêtues dont ils sont entourés tout au long de l’année…

Le Lien du corps (récit)

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi le 20 janvier 2012. dans Ecrits, La une, Amour

Le Lien du corps (récit)

 

A toi

 

 

Soudain, le silence.

Le silence m’a réveillée en plein milieu de la nuit, comme un claquement de doigts. Tout avait changé.

Ce silence absolu : tu étais parti. Je le sus dans l’instant. Je n’imaginais pas encore. La conscience en suspens, presque un espoir, se donne encore du temps ; l’incertitude diffère la vérité ; mais le cœur sait. Je savais déjà.

Je me suis levée sans hâte, le poids du destin ; mon corps est lourd. Mon pas est lourd. Et cependant je flotte, sans pensée sans doute, sans. Je ne sens rien.

Je me suis levée. Je suis allée vers ton bureau, qui était devenu ta chambre pour une nuit, cette nuit. La seule que nous avons passée séparés, toi et moi. La dernière.

Le couloir est à peine éclairé, les portes ouvertes ; j’avais laissé une lampe en veilleuse. (Pourquoi ?)

Madame Bovary, maniaco-dépressive ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 décembre 2011. dans La une, Psychologie, Amour, Littérature

Madame Bovary, maniaco-dépressive ?

 

On a tous nos humeurs ; la bonne – recherchée, se faisant rare de nos jours – la mauvaise, devenue si banale, facteur d’explication de tout un peu. Le bonheur, la tristesse ou la colère de nos « hauts et de nos bas » finit par se confondre avec notre quotidien : « je suis basse, aujourd’hui ; moral dans les chaussettes ! ». Rien à voir pourtant avec ces autres hauts, ces autres bas : ceux d’une personne atteinte – dûment repérée médicalement – d’une maladie bipolaire, ou manie dépression ; alternance pathologique de périodes d’accélération, d’intense exaltation, avec des dépressions abyssales. Causée par des modifications de la chimie du cerveau, avec, du coup, incriminée, une combinaison de gènes à caractère familial, c’est, de nos jours une maladie invalidante, sévère, mais rémissible et traitée.

Flaubert, en écrivant son « Madame Bovary », en a fait un prototype de dépressive – bien autre chose, déjà, qu’une simple déprimée. Quand on dit de quelqu’un : « c’est une Bovary », s’inscrit aussitôt en fond d’écran la mélancolie d’une province qui s’ennuie ; un automne trop mouillé, le soir qui tombe tôt, le silence qui entrecoupe de chiches conversations au coin d’une cheminée, dans laquelle le feu s’étiole aussi ; l’insupportabilité des lieux, des choses, des gens… bref, tout ce qui fait qu’on « bovaryse ».

Si ce n'est pas de l'amour ...

Ecrit par Mélisande le 21 octobre 2011. dans Ecrits, La une, Amour

Si ce n'est pas de l'amour ...


Sur le rivage de la vie il y a des convergences énergétiques qui ont une voix. Ce chant jeté au ciel comme une mélopée tremblante trouve parfois écho et offre alors le sable très doux de sa plage. On y rencontre, sans avoir tant demandé, l’eau du ciel, le bleu de la terre, et cet accord parfait majeur qui fait les grands amours. Intenses, fugaces, sauvages, pas du tout gérables sur un plan terrestre. Avec l’ombre toujours, de la mort, car on ne rate jamais ceux qui ne sont même pas capables de mener une guerre. Ils se sont donnés parce qu’ils avaient faim et soif avant tout, abandonnant le ressentiment qui devient juste un luxe sophistiqué : celui des nantis parés pour le froid. Ceux qui n’ont jamais connu la nudité, le manque éperdu de l’autre… Comme l’aveugle cherche la lumière, note aigüe dans le ciel de Dieu qui n’est pas sourd, il y a un jour de gloire pour ces êtres-là, qui ont déposé les armes.

Ce sont quelques secondes échappées au néant, à la guerre, à la sécheresse des cœurs qui ne veulent que de l’amour à crédit, du gazon sous leurs cœurs meurtris, quelque chose de captif, qui n’a plus de parfum, plus de mouvement, une cage grise où chacun dort d’un sommeil trompeur… Oui il y a des différences entre l’éclair violet du désir, l’or de la rencontre et la niche triste des amours qui prennent perpétuité au détour d’un contrat pas très poétique.

Les chaussures d'été

Ecrit par Jean Le Mosellan le 25 juillet 2011. dans Ecrits, La une, Amour

Les chaussures d'été

Elle aimait s’acheter des choses d’avance, uniquement parce qu’elles lui plaisaient, sans être immédiatement utiles. Une soupière en étain par exemple à mettre sur une table qu’elle n’avait pas encore, table découverte seulement des années plus tard, chez un antiquaire Ou acheter un terrain alors qu’on avait pas encore de quoi construire une maison dessus. C’était sa manière de jouer avec le temps, sinon de l’apprivoiser. Avec les chaussures, c’était très risqué. Elle le savait.

On était en plein été austral, à Rio. Ce voyage, elle le projetait depuis longtemps, et toujours remis à cause des enfants, parfois pour des motifs déraisonnables. Elle savait, cette fois-ci, qu’elle ne pouvait plus y surseoir. Le compte à rebours, disait-elle en riant comme pour conjurer le sort, est déjà enclenché. Plus il avançait, plus son humour semblait terriblement dérisoire. Depuis six mois l’irrémédiable était connu. Peut-être au bout ce voyage, ajouta-t-elle en me regardant intensément.

Devant nous, une vitrine offrait d’élégantes chaussures d’été. Celles-là pour l’été prochain, qu’en penses-tu ? Elle essaya plusieurs paires, aussi belles les unes que les autres. Je les prends toutes, elles sont si différentes de ce qu’on trouve chez nous. Elle gardait aux pieds la dernière paire essayée. Comment tu les trouves ? Elle souriait de son extravagance.

Qu'est-ce que que ? Je t'aime, moi non plus

le 18 juillet 2011. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits, Amour

Qu'est-ce que que ? Je t'aime, moi non plus

En amour, « celui qui prend a l’impression qu’il donne ; arrange-toi avec ça », nous dit Léo Ferré, ce que l’on peut envisager au premier comme au second degré. Ainsi, l’homme « prend » la femme pour lui « donner », et les mots eux-mêmes nous renseignent sur le caractère paradoxal de l’acte sexuel. Mais au-delà de ce simple aspect pratique, l’amour est bien le domaine de la vie humaine où la notion d’échange se révèle la plus complexe.

Ainsi, par exemple, celui qui prend la liberté de tromper l’autre, lui donne effectivement celle d’en faire autant, qu’il n’aurait peut-être pas envisagée de lui-même, et dont il n’a peut-être que faire. Ainsi encore, dans la séduction, on tâche bien sûr de valoriser l’autre et l’image qu’il a de lui, mais on le fait dans le but de s’approprier ses faveurs, et par là, de nous valoriser nous-mêmes par cet attachement.

Quelque part, tout ce que l’on fait de cette manière pour l’autre, on le fait aussi pour soi, et les dimensions altruiste et égoïste de l’amour sont intimement mêlées, d’une manière inextricable, comme le montrent bien les reproches que les couples s’adressent au quotidien ou dans la moindre scène de ménage. On en vient à ne plus savoir distinguer les attitudes et les qualités qui nous sont naturelles, de celles que l’on se force à avoir pour complaire à son partenaire.

"Reflets d'un Temps révolu" : les noyés de la Marne ?

Ecrit par Jacques Petit le 15 décembre 2010. dans La une, Souvenirs, Amour


Je ne saurais dire si cela se passait en 1947 ou 1948, je ne parviens pas à trouver un repère indiscutable pour l’année.

A cette époque, la jeunesse des quartiers de la zone rouge (c’est comme ça qu’on appelait le chapelet de HLM en briques rouges qui s’étaient construits tout autour de la « petite ceinture » sauf peut-être vers le XVIème et XVIIème) se rendait compte, consciemment ou inconsciemment, que leur puberté naissante avait eu « chaud aux miches », que beaucoup de leurs « potes », qu’on avait marqués d’une « étoile jaune », avaient disparu, après que la « flicaille »  de Paname les eurent parqués dans un lieu réservé au sport, à la joie, aux applaudissements et à l’admiration, le sinistre à jamais Vel d’Hiv.


C'est ça l'Amour...

Ecrit par Mohamed Guessous le 01 décembre 2010. dans La une, Souvenirs, Amour

C'est ça l'Amour...

Le souvenir est confus, étroit et sinueux comme les ruelles de cette vieille Médina. Tout ce qui enveloppait l'histoire n'était pas aussi clair, aussi précis que la beauté de son visage. Les événements de l'époque aussi importants qu'ils pouvaient l'être, n'avaient trouvé place dans ma mémoire saturée par l'éclat et la grandeur de ses yeux. Le décor était flou, les figurants n'avaient pas de visage, la scène se déroulait dans un brouillard qui auréolait son être, l'épargnait pour mieux mettre en valeur sa silhouette fine et gracieuse. Tout ce qui bougeait, gesticulait, était figé comme pour ne laisser apparaître que sa démarche naturelle mais combien majestueuse, tout ce qui pouvait marquer un mouvement, un rythme n'était perceptible tant la magie du roulis de ses hanches prévalait et paralysait tous les regards. Même la saison était indéfinissable si ce n'était ce vêtement négligé sans couleur ni forme qu'elle arborait et laissait voir tantôt une infime partie de ce qui se devinait être une superbe poitrine, tantôt un tracé ou un galbe qui dévoilait à la faveur d'une échancrure, des extrémités d'un exceptionnel façonnement.

Ma's Face (English)

Ecrit par Ricker Winsor le 01 novembre 2010. dans La une, Souvenirs, Amour

Ma's Face (English)

 

I was in the first grade with the purple-faced Mrs. Reagan when my mother had the first operation on her face to remove a tumor. This wasn’t the one that took the facial nerve; that came later. Still, it was difficult for a little boy to see his mother’s fine, beautiful face all sunken in and scarred. It was not the same face, possibly not even the same person. Surgery fifty years ago was mean and rough ? no refinement. I can’t remember how much explanation I got about all this, probably not much. My oldest sister, Ann, knew that Ma was facing possible death. I remember she mentioned this but it didn’t sink in, at least not on the conscious level. During that operation, during the ones that followed, and even during the mastectomies that happened during my twenties, I never let myself think that my mother might die. And she didn’t, not until a long time later. We just didn’t go there ? consciously.

Les derniers jours

Ecrit par Jean Le Mosellan le 01 novembre 2010. dans La une, Souvenirs, Amour

Les derniers jours

Parmi les voies impénétrables de la Grâce, il y a la sienne. Du dimanche, Gilette n’était pas formidablement chrétienne avec sa manière de faire l’église buissonnière. Elle l’était souvent par contre le reste de la semaine. De l’avis général elle était soucieuse du sort des autres. Pour elle c’était parmi eux que se trouve le prochain, tel qu’il a été décrit dans la parabole du Bon Samaritain. Est-ce la bonne façon pour se signaler au Seigneur ?  En vérité, elle ne se posait pas la question sous cette forme. Faire le bien, c’est un peu adoucir le sort du prochain, et elle savait comment faire. Que le Seigneur la regarde ou non lui était vraiment secondaire.

Elle connaissait le cheminement de l’Apôtre Paul, le treizième, celui en surnombre, non choisi par le Christ lors de sa prédication, une espèce d’avorton, selon son aveu même dans la première Epître aux Corinthiens (1Co 15-8), le persécuteur de l’Eglise primitive, dont le destin a basculé après le chemin de Damas pour devenir sanctifié parmi les saints, au point d’être régulièrement lu à la messe pour l’édification des fidèles. C’est dire le manque de lisibilité de la Grâce, et aussi l’ampleur de la Miséricorde.