Souvenirs

Une déambulation en chemin de fer

Ecrit par Didier Ayres le 15 juillet 2017. dans Souvenirs, La une, Voyages

Une déambulation en chemin de fer

6H06, Limoges-Bénédictins

La nuit est encore vive dans mes yeux. Le matin, cette déambulation organique, et mon esprit, sous l’emprise des sommeils, sont des coupes vitreuses un peu enivrées, un peu enfiévrées. Mon corps n’existe quasiment pas, et je suis suspendu et vide, comme une pierre. Il n’y a donc que mon regard qui fonctionne et définit une impression de la matière matinale de la gare. Je suis comme percé par une gangue nocturne, étourdi, sur le quai. La nuit a été elliptique, petite et noire. J’ai récité un chapelet solitaire qui me faisait une occupation intérieure pour ne pas disparaître complètement à moi-même. J’ai juste la conscience de mes yeux qui brûlent et qui crépitent. Puis le train entre en gare. Je rejoins le wagon 4 et la place 22 de la réservation. J’ai froid, et soudain c’est un goût semblable à celui des somnifères qui m’entête brutalement.

 

Vierzon

Je regarde mes mains. Le dos de mes mains où se dessinent des connexions veineuses en forme de feuillages, et qui me rappellent le système sanguin de mon père. D’ailleurs la couleur de mes mains a changé. Autant la paume reste une intrigue – avec cette prophétie véridique qui m’a été faite en Amérique –, autant le revers de mes mains m’étonne. Oui, le temps y danse à la fois miraculeux et plein de désespoir. Et le train alors cesse d’exister. Il ne reste que la trace granuleuse d’un état de demi-sommeil, dans le demi-jour de 7h30 dans l’hiver ordinaire de 2017. Il n’y a aucune lutte possible contre les espaces qui se déroulent derrière la fenêtre du train, ni contre la forme floue que prennent les arbres lumineux et les champs emblavés et sévères.

 

9H18, Paris-Austerlitz

C’est le moment où la ville bondit en moi, surgit en moi comme une herbe de braise. Et je ressens cela par le néant liquide de ma sensibilité, ce qui reste inexplicable, ce qui reste d’un ordre métaphysique et presque impersonnel. Le surgissement, c’est cela. Une espèce d’étoile froide qui me guide au hasard des quais, qui me fait prendre le rythme de Paris, cette sorte de nouveau nouveau-né de toujours, Paris et son ivresse.

 

Même lieu, même jour, 19h41

C’est maintenant la nuit. Il n’existe décidément rien d’autre que la lampe du plafonnier du wagon 14, sorte d’épée de glace qui m’épingle. Tout est devenu fugitif. Les heures qui me précèdent sont une énigme, qui ont la qualité d’un mystère religieux, un rite d’Eleusis. Et le train s’ébranle, se défait de ses chaînes imaginaires, monte en apesanteur dans mon esprit et traverse l’habit nocturne de Paris et sa banlieue. Il n’y aura que Étampes pour dernier signe de la capitale.

 

22H41, Limoges

Montée de l’escalator mécanique. Gare à moitié déserte et cependant animée d’une langueur. Dehors, il fait froid, il faut remonter l’avenue, il faut respirer grandement l’air de la province, qui est une unité à lui seul, un concept. L’atmosphère a une épaisseur particulière et fait l’avers des airs parisiens. Je traverse donc les artères solitaires de Limoges. J’ai faim, j’ai soif, je suis endormi et torpide. Mes mains sont mes seules compagnes réelles. Oui, cette prophétie se réalisera, oui, comme ces corneilles de la nuit d’orage de Van Gogh.

Souvenirs de voyages « In Africa »

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 15 juillet 2017. dans Souvenirs, La une, Voyages

Souvenirs de voyages « In Africa »

Je n’avais « pas une ferme en Afrique, au pied des collines du Ngong… », selon cette formule inoubliable que beaucoup d’amateurs de littérature (La ferme africaine, Karen Blixen) et de cinéma (Out of Africa, Sydney Pollack) connaissent tellement ! Et pourtant… Je suis fortement attaché à l’Afrique noire, ayant pu y faire plusieurs voyages, en compagnie de mon épouse et de mon fils, durant les années 1990, et précisément dans la seconde moitié. Pas pour un très grand nombre de pays, ni une très grande durée, car ils se limitèrent au Sénégal (par deux fois, dont un en Casamance), au Kenya et à la Tanzanie. De plus, lorsque je cite ces pays, il ne peut s’agir bien sûr que de certaines régions, mais qui me marquèrent à jamais, telles des « expériences ». Je ne pourrais ici que rapporter des anecdotes, tout en faisant le maximum afin qu’elles puissent illustrer des aspects précis (sociologiques, culturels, etc.) de ces voyages « In Africa ».

Au Sénégal, dont au sud, la Casamance, ce fut, comme le plus souvent, dans le cadre d’un voyage semi-organisé, puisqu’il nous arrivait d’être avec un petit groupe – fait pas forcément désagréable, au demeurant. Mais, nous pouvions faire aussi très librement de nombreuses escapades à trois… Le nombre d’enfants fut un des premiers phénomènes qui nous frappèrent (comme au Kenya et en Tanzanie, bien évidemment) ! Un des villages que nous avions visités, avec l’instituteur-directeur de son école primaire, fut extrêmement émouvant. En effet, après avoir vu la classe unique (avec plus d’une soixantaine de jeunes élèves), nous avions décidé tous les trois de remettre la somme de 300 Francs (c’était avant l’Euro) au directeur, qui nous déclara alors : « Avec cette somme, je vais pouvoir acheter toutes les fournitures de mes élèves pour une année entière ! » ; et il nous remercia chaleureusement. Il décida alors de nous faire rencontrer les anciens du village (aux visages burinés et à la courte barbe grisonnante), sous « l’arbre à palabres ». Il faut savoir que l’éducation y était un droit et non une obligation, et que, dans ces conditions, les parents payaient pour une partie importante des études de leurs enfants, dont la discipline était exemplaire… Une année, nos visites se concentrèrent sur la région du Sine Saloum (« entre les fleuves »), située au sud de la Petite-Côte du Sénégal et au nord de la Gambie, avec delta aux eaux saumâtres, dans le cadre d’un parc national. L’écosystème local présente avant tout des mangroves et des palétuviers ; ce fut un voyage en barque… un grand souvenir ! Une autre visite inoubliable correspondit à celle de la ville portuaire de Ziguinchor, donnant sur le fleuve Casamance et située à environ 70 km de l’Océan Atlantique, avec surtout les odeurs (en plein soleil) des poissons vendus à ciel ouvert sur de grandes tables par des petits marchands d’un autre siècle. A l’hôtel, nous avions pris le goût d’un petit-déjeuner avec jus d’agrumes, un peu plus copieux que celui que nous prenions d’habitude en France ; depuis, nous avons gardé cette habitude. Lors de notre voyage en Casamance, la température n’était pas très élevée, en tout cas à l’époque où nous y étions allés. « Il fait 21° ! Y caille ! », avait déclaré un employé de l’hôtel… Toujours en Casamance, des gardes étaient présents autour de l’hôtel, armés de machettes et d’armes de guerre, car il y avait eu plusieurs fois de graves troubles politiques dans cette zone du Sénégal, dont une organisation exigeait l’indépendance (avec des combats mortels durant les années précédentes). Et puis, il y eut cet « épisode » que nous avions appelé « Tu me vexes ! » (réaction outrée de la vendeuse devant notre refus d’acheter des babioles disparates et censées valoir artisanat local) avec les femmes en « boubous » (robes de toutes les couleurs), le boubou étant aussi porté par des hommes et même des enfants. Quoi qu’il en soit, lorsque nous avions quitté les lieux, plus aucun de nous trois n’avait le moindre argent local sur lui… et le fameux marchandage africain n’avait visiblement été « parlé » par aucun d’entre nous.

U2, ça fait Dublin par où ça passe…

Ecrit par Lilou le 15 juillet 2017. dans Souvenirs, La une, Voyages, Musique

U2, ça fait Dublin par où ça passe…

dedicated to Eric, Alain and Jeff

 

Le romantisme de se promener de nos jours à Dublin conduit à parcourir au pas du bonheur des rues autrefois grises et révolutionnaires s’étant aujourd’hui parées de la marche en avant d’une Irlande définitivement émancipée de son curieux Briton de grand frère. Dublin dressée face à Londres, c’est la brute qui a fini par dévorer son dompteur, c’est l’agneau qui a fait fuir le loup, c’est la patate de 1845 qui germe des sourires enfin revenus sur le million de cadavres abandonnés de la grande famine. Dublin partagée en deux par la Liffey jetant à la mer ses tonneaux d’eau douce vers la toute proche Liverpool, c’est tous les rouquins tachetés aux yeux clairs et les millions de moutons peuplant ses vertes collines merveilleuses et magiques qui d’un seul homme offrent à Molly Malone les reliefs bouleversants d’une terre de géants et de houblons toujours en fête. Dublin, c’est la ville port regardant sans cesse son autre moitié engloutie par la mer d’Irlande mais toujours peuplée par des millions de migrants tremblotant d’effroi à l’idée de traverser l’Atlantique à la recherche d’un monde meilleur et surtout plus juste. « In Dublin’s fair city, where the girls are so pretty, I first set my eyes on sweet Molly Malone, As she wheeled her wheel-barrow, Through streets broad and narrow, Crying, “Cockles and mussels, alive alive” ».

Sur Dublin la verte brûlent toujours les incandescences musicales portées par les tin whistles qui nous rappellent en permanence qu’écouter battre ainsi le cœur de l’Irlande profonde, c’est s’adresser directement à l’âme des hommes avec toute la gaucherie d’un enfant pauvre devant le proviseur d’un lycée prestigieux. A la sortie de son port, quand les hommes normaux prennent la mer, les Irlandais accompagnés par tous les Romantiques du monde rejoignent quant à eux cette fameuse terre ferme de la moitié soi-disant engloutie mais pourtant soutenue par les piliers d’une littérature bordant les songes de tous les amoureux de l’univers. William Butler Yeats nous le dit :

Si je pouvais t’offrir le bleu secret du ciel, brodé de lumière d’or et de reflets d’argent, le mystérieux secret, le secret éternel, de la vie et du jour, de la nuit et du temps, avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds. Mais moi qui suis pauvre et n’ai que mes rêves, sous tes pas je les ai déroulés.

Marche doucement car tu marches sur mes rêves.

James Joyce nous le confirme :

L’air frais de la chambre le fit tressaillir. Il se glissa sous les couvertures et s’allongea à côté de sa femme. Un par un, tous devenaient des ombres. Plutôt passer hardiment dans cet autre monde, dans la gloire sans tache de quelque passion, que flétrir et dépérir misérablement avec l’âge. Il pensa à la façon dont la femme couchée près de lui avait gardé enfermée dans son cœur pendant tant d’années l’image des yeux de son amant lui disant qu’il ne souhaitait pas vivre. Des larmes généreuses emplirent les yeux de Gabriel.

Dublin, même traversée par de si lointains souvenirs, reste accrochée à la constance d’un « reviens-y sans attendre » et recommence indéfiniment tes pas sur Grafton street en n’oubliant pas de tourner vers Windmill Lane où tu en sauras plus de tes goûts et de tes couleurs qu’en parlant pendant des siècles avec des savants du monde entier. Dublin ? Il en faudrait des pages et des pages pour produire des litres et ratures dont la vocation première serait d’ébaucher le commencement du début. Dublin est une magie, une éternité qui se joue perpétuellement des recommencements comme des renonciations, Dublin est l’espoir toujours vert en bandoulière, Dublin est la ville ne vivant jour et nuit que pour offrir des rêves en forme de trèfles toujours à quatre feuilles à condition de garder grands ouverts ses yeux aussi ronds qu’un calligramme d’Apollinaire. Dublin c’est la porte de l’Irlande.

Mais Dublin c’est aussi et enfin la porte d’entrée de ma génération. Dublin c’est toi, Dublin c’est moi, Dublin c’est nous…

Et tout au bout, Dublin est U2.

Le passé composé

Ecrit par Yasmina Mahdi le 15 juillet 2017. dans Souvenirs, La une

Le passé composé

Du pays d’où le père est parti, un exil sans retour, des années après, le voile se lève. Première image, celle du douar accoté courageusement à la montagne. Deuxième vision, la sensation aigue de l’ombre de ma grand-mère qui mâchonnait dès l’aube un piment aussi piquant et léthifère que du venin. Des treilles de piments tressées en colliers coloriaient le haut de la réserve. Ce drôle de légume orange comme du bétel. L’aïeule et ses sœurs étoffées de tissus éclatants, protégées d’amulettes, tatouées. Depuis, enfouies près d’une mosquée chaulée, au dôme microscopique, ouverte pour les esprits de nuit, les vagabonds, les égarés. Carré des morts anobli par le figuier centenaire qui abrite les restes de mon grand-père. Le récit au passé composé, c’est mon unique lien avec ce continent chauffé à blanc.

Je reviens dans une patrie qui flambe, où des impacts de balles trouent encore les façades des villages. Avec comme bagage, le martèlement des mots du père, en écho la scansion du père sur la guerre de libération, avec en réserve son silence face à la guerre civile. Accompagnée du grand mythe, de la fable de mon géniteur, moi, la seule dépositaire de ce secret de déshérité à qui l’on a volé les titres, les biens, que l’on a expédié chez les pauvres, chez l’ennemi, j’affronte le grand retour comme une nutation. Une précession sur moi-même. Face à la plainte sourde, blessure inaudible des milliers de chairs cadavérisés, membres, corps démantelés, âmes, engloutis par le limon algérien, ragréés par d’autre terre, d’autre limon, une marne purpurine combinée à l’aggloméré, à la communauté de rescapés.

Le long de la corniche il y a encore de vieux bonhommes solitaires, un pêcheur, les balcons bleus qui rêvent, les immeubles clairs qui penchent vers la mer et près des côtes, des blocs de béton d’où se détachent comme des grains de chapelet, des jeunes vêtus à l’américaine, un peu honteux, un peu dévoyés, des étrangers. Toujours là, le réel des longues distances, du soleil dévorant, des figuiers de barbarie et leurs excroissances bulbaires, des maisons aux tuiles orangées, certaines maintenues par des pierres, de gros cailloux ; à l’horizon, les mêmes collines violettes et broussailleuses, un astre doré en demi-cercle qui s’éteint dans le soir si brusque. Il y a du nouveau, un magasin, une supérette qui vend des parapluies, des bus Univers pour les enfants les jours de neige.

Et pareillement, les hommes emmitouflés de burnous, de djellabas, calottés de blanc, s’arc-boutent, profèrent et chantent à l’unisson, en rythme, en transe. Tifrit, la grande Kabylie, les ancêtres, les clans, le mont Tamgout. Une peuplade de dos, qui se présente en ronde, une sphère de dos qui s’abaisse, se relève, touche terre. Hommes d’un côté. Femmes séparées, bijoux d’argent, la coupure. La faction en deux, ma deuxième famille.

Refaire à rebours le parcours en moto, les bras serrés fort autour du frère défunt, son torse, son odeur de vie, l’asphalte qui fond, traverser les villages éclaboussés de chaleur, dans un sfumato de poussière, un été de choléra, avec les infirmiers le long des routes intimant l’arrêt immédiat, munis de seringues, aiguilles pointées vers le ciel, menaçantes. Éblouissante violence de ce lieu prélevé du désir tendu de ceux restés en arrière, au bled. Jamais venus en France. Grand-père inconnu. Si M’Hand.

Des moutons paissent au pied des cités, des enfants magnifiques emplissent l’air de leurs clameurs, quelque chose du temps arrêté embrigade la ville, l’étire vers le mystère. Dans la nuit d’août, cinq femmes respirent, cinq souffles de dormeuses, cinq présences allongées entièrement habillées dans la pénombre suffocante, cheveux défaits, une draperie capillaire, un ruissellement de beauté dans la nuit au sequin de lune – la nuit de la grande valeur, jusqu’à l’apparition de l’aube.

Petauton s’ history ; the end : quelques drôles de voies sans issues (3 et fin)

Ecrit par Patrick Petauton le 11 mars 2017. dans Souvenirs, La une, Histoire

Petauton s’ history ; the end : quelques drôles de voies sans issues (3 et fin)

Canular ou conte de fées ?

Présent sur le site Geneanet, un arbre fantaisiste de la famille Petauton fait apparaître une appartenance insoupçonnée à… la noblesse.

Peut-être frustré de n’avoir trouvé dans son ascendance que d’insignifiants laboureurs et vignerons, l’auteur a-t-il cru bon de s’inventer un blason bon marché ou alors n’est-il qu’un nostalgique des contes de fées ? Jusqu’à la date du 20 Février 1827, on peut y croire, seules quelques personnes ont été anoblies : Anne Gravier, femme de François, est devenue Anne Graves de Besson (La Rochette), et Anne Barret, femme d’Antoine (St-Genest), répond au joli nom de Anne Barret de Roussel. On s’étonne juste un peu que ces nobles dames de l’époque tiennent à épouser les journaliers et laboureurs qui cultivent leurs terres. Mais qui a la prétention de comprendre les femmes ?

En 1827 à Montluçon, Claude Petauton, fils de François, prit pour femme Marie Aumaitre, c’est du moins ce que l’on pense avant que ne surgisse, baguette magique en mains, sa marraine la fée transformant Marie, simple domestique, en Marie von Dietrischstein Pruskau Thun (Duchesse du Chatelet et descendante directe d’un « simple » Prince Dietrischstein). Nous ne serons pas surpris que leur fils Léon Petauton devienne baron de Cirey, parte pour la Bretagne et épouse Louise Eleonore Meheust de Bosher. On prétend que les descendants d’Anne de Bretagne en pâlirent de jalousie… Lol, comme on dit.

Contacté, l’auteur de cet ouvrage nous a affirmé l’avoir découvert sur un site Internet et, bien qu’averti du caractère fictif de sa création, n’a pas cru bon de la retirer du site Geneanet, il est vrai qu’un tel chef d’œuvre mérite bien d’accéder à la postérité.

Combien en reste-t-il actuellement, de ces « Petautonnants » de tous bords ?

Il n’y a pas très longtemps, ma très chère sœur Martine (Lamouché Petauton) me faisait part d’un projet qui lui tenait à cœur : réunir tous les membres de notre famille. Excellente idée que nous pourrions même étendre à tous les Petauton, tant ils sont peu nombreux, une salle de superficie moyenne suffirait à les accueillir.

Selon une récente estimation, quarante-cinq Petauton seraient encore présents en France dans les régions suivantes : Auvergne, Île-de-France, Midi Pyrénées, Provence Côte d’Azur et Languedoc Roussillon… Autant dire, très petite paille dans la mer. Dans la proche région montluçonnaise, quatre familles ont été retrouvées, deux à Vernay, une à Désertines et une à Montluçon.

Vont-ils disparaître ?

Certainement pas car un document, datant de 8035 retrouvé aux Archives des Civilisations Disparues De Toronto, nous rassure sur ce point.

« … Il est connu historiquement que la découverte de Hyda, troisième planète du système de Vegas, fut l’œuvre de Gilbert Petauton. La légende veut qu’il débarqua de son vaisseau intergalactique, Le baroudeur de l’Univers, le matin du 29 Juin 5023 et y planta un plan de Vigne… », John Drew, La découverte de l’Univers.

Les chemins des Petauton… quelques pistes (2)

Ecrit par Patrick Petauton le 04 mars 2017. dans Souvenirs, La une, Histoire

Les chemins des Petauton… quelques pistes (2)

Origines géographiques et mouvements

On peut distinguer deux zones : ancienne et récente

Ancienne

Bien qu’ils furent assez disséminés dans l’Allier et le Puy-de-Dôme (on en retrouve des traces jusqu’aux confins de la Montagne Bourbonnaise et jusqu’à Riom pour le Puy-de-Dôme), une zone où les Petauton furent plus nombreux apparaît cependant. Elle concerne un territoire de l’Allier et du Puy-de-Dôme allant en ligne droite et sur une distance de 40 km de Saint- Agoulin (63) à Hyds (03), la largeur n’excède pas 10 km.

Les principaux villages où on retrouve trace de la famille sont :

St Agoulin (63) : Quintien Petauton décédé avant 1750.

St Hilaire la croix(63).

Moureuille (63) : Magdelet Petauton témoin d’un mariage en 1757.

Hyds (03) : y fut présent le plus lointain ancêtre connu Gilbert Petauton décédé en 1666.

La chronologie d’occupation de cette zone probablement assez ancienne n’a pas pu être établie.

Récente (Montluçon)

Elle est la conséquence d’un mouvement migratoire partant de Hyds vers la fin du 18ème siècle et qui se termine sur le bassin montluçonnais.

Les lieux concernés sont par ordre chronologique :

Hyds : François Petauton, laboureur, né à Hyds en 1690, et meurt à Arpheuilles en 1748.

Arpheuilles : simple étape. François Petauton y travaille (Château de la Mothe).

Villebret : François frère d’Antoine et fils de François d’Arpheuilles s’y installera à la fin du XVIIIe siècle.

Saint-Genest : lieu important. Antoine (1738-1782) y aura dix enfants. Jean Petauton partira à Lignerolles et fondera une famille, alors que François prendra la direction de Montluçon (certains de ses descendants occuperont les villages de Saint-Victor et Vernay) et les autres fils resteront sur Saint-Genest.

Lignerolles : premier Petauton dans le village, Jean, fils d’Antoine de Saint-Genest y meurt à 32 ans en 1792, plusieurs générations succéderont et Mireille Schurch Petauton y habite toujours. De Lignerolles, partiront à la fin du 19ème siècle Antoine et son cousin André attirés par l’influence de la ville de Montluçon en plein essor industriel.

Montluçon : on peut considérer que tous les Petauton ayant vécu dans cette ville sont des descendants d’Antoine, de Saint-Genest, arrivés directement ou plus tardivement en ayant transité par Lignerolles.

Migration vers la Bretagne

Le bassin montluçonnais ne sera pas la fin du voyage, Antoine Léon (1831-1892), arrière-petit-fils d’Antoine de Saint-Genest (1738-1782) deviendra commerçant et partira vers Saint-Brieuc, où il épousera Louise Eleonore Maheut, d’origine bretonne, en 1861. Autrefois présents sur deux départements (Cotes d’Armor, Morbihan), les Petauton ne sont plus retrouvés aujourd’hui en Bretagne.

Certains partirent pour Paris.

Généalogie, quand tu nous tiens…

Ecrit par Patrick Petauton le 25 février 2017. dans Souvenirs, La une, Histoire

Généalogie, quand tu nous tiens…

Un sport, bien autant qu’une passion. Bien française, dit-on. Passés les 60, on généalogise – parallèlement souvent à quelque rituel de rando – presque automatiquement comme en se retournant sur le chemin, tendant le cou pour en voir le début : déjà, tout ça !

Je me souviens que chaque fois que j’ai fréquenté les Archives – mémoire de maîtrise universitaire, quelques menus recherches en vue d’architecturer de petits livres sur la Corrèze – bruissait, telle ruche en pleine activité, le petit peuple génélogisant en salle de travail, ouvrant avec un respect sacré le grimoire poussiéreux derrière lequel se cachaient quelques-uns des siens. Que seraient les Archives sans ces amateurs passionnés, me confiait récemment l’issu de l’école des Chartes de mon coin. Quoique, là comme ailleurs, la dure concurrence du net se fasse sentir. Sites dévolus à la généalogie foisonnent sur la toile ; certains de haut niveau – on y perd vite son enthousiasme – d’autres, plus pédagogiques, vous guident comme recette de cuisine – d’abord, ensuite, enfin – images et schéma à l’appui. Et puis – pièges d’Internet – là-aussi, il y a les fausses pistes, les arnaques, les rêves… Il en sera question, vous verrez.

Comme un peu tout le monde, mais à la mesure de compétences informatiques, qui ne sont pas celles du chacun de base, ce Patrick, que je connais un peu, enfourcha lui aussi les chemins de qui est derrière qui, aboutissant à des paysans-vignerons aux très petits biens, sautant d’une rive à l’autre du Cher, avant que d’aller épauler en Montluçon l’ouvrière, les débuts de la grande industrie, et même – fleuron ! – de marcher aux côtés de Jean Dormoy aux temps du premier socialisme. Dans cette randonnée, de saison en saison – de pépite, disait-il, en chou blanc – la poursuite, non du diamant vert, mais du nom de Petauton, le tint sur le métier un grand pan d’heures. C’est de cela qu’il vous entretient ici, en deux ou trois tours de Reflets du Temps.

Martine L Petauton /RDT

 

Petauton, quel drôle de nom ! (1)

Patrick Petauton

 

« Le nom du père » a dit un Lacan…

Rare, presque inconnu, d’origine incertaine, quasi louche, ce nom posait problèmes, à moi, d’abord, à mes camarades d’école ravis d’une telle aubaine de récré méchantisante.

Ingrate ou simplement négligente, ma marraine la fée avait oublié de se pencher sur mon berceau pour me renommer ; j’aurais pourtant donné n’importe quoi pour être débarrassé de ce fardeau ; mon fidèle canif, mon lance-boulettes préféré et même beaucoup de ces savoureux caramels qui faisaient mon bonheur, mais hélas je dus faire avec.

J’eus droit à toutes les déclinaisons possibles ignorées de la grammaire latine : Peton, Petanton, Pito, Petiteton,sans parler du terrifiant et incontournable Peticon qui revenait bien trop souvent, et l’instituteur lui-même ne voulant pas demeurer en reste en rajoutait parfois, et de meilleures. J’étais l’unique gamin de l’école et même du quartier à porter ce nom maudit et sans doute étais-je moi-même maudit.

SOUVENIRS - 23/12/86

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 décembre 2016. dans Souvenirs, La une

SOUVENIRS - 23/12/86

Elle avait été conçue le jour de Tchernobyl. Sans rire. Vous savez, grâce à ces petites réglettes tournantes, les hommes de l’art sont capables de nous trouver quasiment l’heure de la rencontre entre les têtards pressés et le gros pépère tranquille qui pointe son nez chaque mois…

Donc je ne m’affolais pas, en ce beau mois de décembre, pensant avoir un bon bout de temps devant moi avant l’arrivée de ma divine enfant. Je nidifiais tranquillement notre petit appartement clermontois, entre la commode blanche récupérée chez mes parents, le petit lit à barreaux sur lequel Pierre avait peint d’adorables nains aux bonnets rouges, et le berceau cerclé de vichy bleu et blanc, celui de mon enfance, qui avait déjà veillé sur tous mes frères et sœurs… Nous allions marcher au Jardin Lecoq et lire à la librairie des Volcans, Pierre cuisinait ses délicieuses daubes et moi je rêvais en préparant la chambre de bébé…

Souvent, je repensais au moment où j’avais appris la nouvelle, la veille de la fête des mères, et à ma fierté au moment de l’annoncer à toute la famille, en plein « Mess des Officiers » où mamie, ma grand-mère paternelle, nous avait invités. C’est ce jour-là que j’avais arrêté de fumer, d’un coup d’un seul ; faut dire que je faisais que crapoter, plutôt par nostalgie de mes années lycée, de ces seventies finissantes où le rougeoiement des Camel dans la nuit, assorti au grésillement de quelque vinyle des Eagles, me faisait rêver au « monde », suçotant aussi vaguement quelque joint maison, amoureusement concocté par Pierre, qui cultivait une herbe bleutée sur notre petit balcon…

Je me souvenais aussi, en pliant les petites brassières roses, de la grande flambée allumée dans la cheminée de Langon, où nous avions habité jusqu’à la Toussaint, quand Pierre avait piqué sa crise, quelques mois auparavant, me traitant d’étudiante attardée, me reprochant de ne pas, justement, être « dans le monde », lui qui faisait les difficiles trajets entre l’Auvergne et le Bordelais où le Mammouth de l’EN m’avait expédiée dès la fin de mon année de stage à Clermont… J’avais, un soir, brûlé tous mes cours d’agrég – mais oui, je passais déjà l’agrég chaque année !! – avant d’aller pleurer le lendemain au bord de Garonne qui charriait tant de mes souvenirs toulousains jusque vers l’océan tout proche… Comment aurais-je pu deviner qu’en juin je me tiendrai – en vain – devant le jury de l’externe, mon petit ventre déjà rond, ayant lu tout Laurence Pernoud mâtiné de Dolto, mais bien peu des œuvres au programme…

Franchement, notre petit lutin gigotant dans mon bedon tendu m’importait bien plus que cette chimère estudiantine.

SOUVENIRS - Cauris d’Afrique

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 décembre 2016. dans Souvenirs, La une

SOUVENIRS - Cauris d’Afrique

Blanc et nacré, coquillage de l’Océan indien, venu de ce bleu unique des mers du sud, dont il conserve de fugaces reflets, le cauri tient au creux de sa main, comme un secret, ce matin-là, au détour de ce chemin rouge qui serpente sur le marché Wolof entre panières de mangues et de patates douces, dans le bruit assourdissant et chantant de l’Afrique noire. Le soleil est de plomb ; il doit être 10h ; on déambulait, heureux comme touristes en Afrique. Pas plus tard que la veille, on avait le parapluie, en pays de France, c’était février chez nous, et s’il n’y avait qu’une bonne raison à la magie des voyages, ce serait ces traversées de planète, à contre-saison. Cette année, pour la seconde fois, on venait au Sénégal ; région du Sine Saloum, entre océan et marais, dans cet entre-deux fleuves, habité de tous les oiseaux d’Afrique ; un endroit où dans le silence, celui si particulier d’ici, il n’y en a jamais de total en fait, de jour comme de nuit…

Le gamin – 10/12 ans semble-t-il, mais sait-on vraiment en Afrique – me regardait, son cauri posé dans la paume un peu calleuse. Regard sérieux, sombre à la manière de ces nuits de la ruralité de là-bas : si peu de réseau électrique, que par le hublot de l’avion, sortis de l’Afrique du Nord, illuminée par ses villes, on tombe dans ce bleu foncé, vraie couleur de la nuit, qui signe quelque part le survol du Niger ou du fleuve Sénégal. Derrière les yeux, ce « tout sauf l’innocence de l’enfance » qui est souvent le fait de ces gamins-ci ; un peu de l’adulte déjà devenu, quelqu’un qui a roulé sa dure bosse, qui en aurait des choses à dire, mais qui, le plus souvent, vous regarde, attentif, mais prudemment en retrait. Fait, aussi, de ces populations noires tellement plus réservées que nos amis du nord du continent.

Le regard appelle, puis la demande vient, discrète mais ferme : – Tu veux acheter mon cauri ? – Ça sert à quoi ? Silence, une miette scandalisé puis, petite voix (ah, ce français du Sénégal !) se voulant pédagogique : – C’est un coquillage, venu de la mer, il te portera bonheur, et… il fera encore d’autres choses… J’avance la main vers son offre ; il referme, comme sur la défensive ; négociation non terminée, ce qui ne va pas manquer de survaloriser le produit… – Si  tu me dis ces « autres choses » dont tu parles ? Il hésite et murmure – Les maladies, le Sida, les copains… les chances, quoi ; cette dernière « chance  copinade » demeure encore aujourd’hui mal identifiable pour moi !

Partout, les cauris, identiques à nos yeux d’étrangers ignares, en vrac, à l’unité, travaillés en bijoux sommaires ou parfois royaux ; pas un chapeau sans cauris, pas un vêtement de coton, à la teinture douteuse sans sa parure de gouttes nacrées, crantées, un peu piquantes ; un regard, un clin d’œil. Un passage obligé. Le cauri signe l’Afrique, la noire, la sub-saharienne, de Mombasa à Bamako. Vieux comme l’histoire si ancienne du continent, du temps des grands empires, le Malien, le Songhaï. A l’origine, venu – c’est quasi leur géologie – de ces îles des Maldives, entre Inde et rivages du Rift africain ; déversé par tonnes par les boutres lents aux ports de Mombasa ou la Pemba de Zanzibar, là où chaque porte en bois ancien s’orne de ces motifs valant nacre, cousus de cauris éclatants. Marchands dans l’âme en leur Moyen-Age de lumières, les Arabes en firent un trafic d’importance, de ces cauris devenus pratique monétaire pour des siècles. Les petits coquillages gagnèrent par des caravanes chargées aussi des épices de tout l’Orient, au pas lent des chameaux, l’Occident de l’Afrique, celui qu’on appelait alors Soudan. Puis – parallèle, peut-être, au trop de techniques et de rationalité de la colonisation – le cauri se fit outil divinatoire. Quelques femmes « jeteuses de cauris » officient encore, à la traditionnelle, dans quelques villages de Casamance, au pays des Diola, la terre des sorciers, et même à Dakar, pile à côté des couinements Google des ordinateurs derniers cris…

Pierre Pachet, Tlemcen

Ecrit par Léon-Marc Levy le 02 juillet 2016. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Pierre Pachet, Tlemcen

Au cœur d’un souvenir lointain de ciel bleu foncé, je retrouve Pierre Pachet avec ses yeux, bleus aussi, comme il y en avait peu autour de nous à Tlemcen. Tlemcen, belle cité de l’ouest algérien, où Pierre venait – il devait avoir 22 ou 23 ans – effectuer son service militaire. Plutôt civil en fait, car comme de nombreux jeunes intellectuels français, il avait fait le choix d’enseigner « aux colonies ». Je fus ainsi l’un des tout premiers élèves de Pierre Pachet, qui comptait alors au nombre des plus jeunes agrégés de France.

Nous, les jeunes gars de 3ème B2 du lycée de la ville (curieusement appelé « lycée franco-musulman » faisait remarquer Pierre dans un entretien récent à la Cause Littéraire), nous n’avions jamais vu de professeur si jeune, si frêle, si posé. Il n’eut jamais à élever la voix pour établir son autorité sur nous ; l’assurance de son savoir, la force de sa culture, sa bienveillance souriante mais exigeante ont amplement suffi à prendre la main sur les 43 (!!) élèves de la classe, des garçons pourtant solides et volontiers dissipés. Pierre avait un intérêt spontané pour ses élèves et établissait ainsi avec nous une sorte de complicité, presque de classe d’âge (nous n’avions après tout qu’une dizaine d’années d’écart).

Un jour de « composition » de version latine (sorte de partiel de l’époque), juste avant de distribuer les textes à traduire, il nous fit remarquer que seul un élève avait la position physique idéale pour l’exercice : papier de brouillon sur la table, Gaffiot sur les cuisses. Le copain s’appelait Mohammed Dib – homonyme parfait du grand écrivain tlemcénien et, par ailleurs, son neveu. Le jour des résultats, Mohammed était premier. Désormais, toute version latine en classe se ferait Gaffiot sur les genoux !

Pierre ne manquait pas un match de football de notre équipe de classe, qui était championne scolaire régionale. Il venait au stade près du Grand Bassin, plus par amitié pour nous que par passion du foot. On pouvait le voir, souriant et chambreur, sur les travées réservées aux spectateurs. Le lendemain, on avait droit à 10 minutes de débriefing du match en classe, une vraie récréation.

Jeune métropolitain un peu perdu dans une ville « exotique », Pierre cherchait bien sûr à se loger, et nous le fit savoir. Ma tante Julie avait une grande maison dans la Rue des écoles, en plein centre-ville. Elle me demanda de lui proposer une chambre chez elle. Affaire vite conclue : mon professeur de Latin-Français habitait chez moi ! Inutile de vous dire que j’en tirai un orgueil démesuré et que j’en espérai aussitôt une bienveillance particulière à mon égard. Cours toujours, j’attends encore !

Ma mère – trouvant que Pierre était un bon parti à marier, se mit en tête de lui trouver femme dans le cercle familial. C’est ainsi que Pierre fut invité à nombre de couscous et autres tafinas afin d’y rencontrer (sans qu’il le sût) « chaussure à son pied ». La persévérance de ma mère ne mena à rien mais ne la dissuada jamais par la suite dans sa vocation de marieuse.

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