Souvenirs

Les années Astérix

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 mars 2018. dans Souvenirs, La une, Littérature

Les années Astérix

Annie Ernaux, la grande, nous a offert un jour Les Années, sobre et somptueuse somme d’une vie traversée au quotidien par les grandes vagues de l’actu, parfumées de ces choses minuscules du temps, qui marquent la mémoire.

Cela passe forcément dans l’esprit, quand au cœur de l’hiver 2018, on ouvre comme moi, le xème album (La Transitalique) de ce cher monde d’Astérix, mesurant le bout de chemin fait, 38 albums après le premier – Astérix le gaulois, paru en Octobre 1961, prépublié dans le Pilote du 29 Octobre 1959 ; j’avais 10 ans –  BD découverte, un peu plus tard, un été camarguais ; je devais être en 4ème. Je me souviens que dans le même élan, on me fit entrer dans le monde de San Antonio, et celui des saga de Troyat ; c’était donc une année d’exception.

Des modes vestimentaires, des coiffures, émaillant le chemin – mes années-chaussures, ou chapeaux, mes années-sauce gribiche, pourquoi pas ! des chansons, des musiques évidemment (voir nos émotions autour de Johnny), et des lectures. Rituels, qu’affectionnent particulièrement les mémoires affectives ; gens, lieux, Astérix pour moi, Tintin le grand, pour toi…

Alors comme les cailloux de Poucet, les années Astérix ; une vie ou pas loin. Je n’ai pas vérifié mais il me semble qu’Uderzo et Goscinny nous donnaient leur cadeau quasi tous les 1 an et demi ; pas forcément Noël.

Tellement réussis, coïncidant à la bulle près, avec nos attentes, « les » Astérix. Un patrimoine, qu’au début je partageais avec mon frère (ma mère alternait l’achat pour l’un, puis l’autre) ; un jour de guerre, j’avais même tenté de déchirer le sien… je crois qu’il m’en veut encore. Ayant eu le bon goût d’épouser ensuite un Astérixphile, les deux héritages ont rejoint la communauté et reconstitué la collection. Dois-je avouer que notre fils, élevé lui aussi dans le petit gaulois vindicatif, a emprunté puis remis dans la bibliothèque familiale les albums lus, sans jamais les prêter ailleurs – interdiction colérique et maniaque des parents !

Au bout de ma vie, ils sont tous là, dans mon bureau ; je range le 38ème en libérant de la place pour ceux qui ne manqueront pas de suivre. C’est moi qui ai la garde de ce trésor quasi toutankhamonien, et j’en perçois la conscience (aiguë) du sacré dans ce rôle de conservatrice. Nous ne sommes pour autant pas collectionneurs et ne partons pas dans les foires aux livres, chercher la perle rare, parue en… non, nous les aimons, nous les lisons, et relisons, nous en prenons soin, nous nous régalons. C’est tout. Chaque grippe hivernale voyait notre gamin – et moi, itou – ramper jusqu’aux Asté pour passer ces heures qui s’étirent entre mouchoirs et langueur tiède.

LES DURIN, LA SAGA 8 et Fin

Ecrit par Patrick Petauton le 17 mars 2018. dans Souvenirs, La une, Histoire

LES DURIN, LA SAGA 8 et Fin

Une progression sociale figée

 

Un jeune couple qui s’installe dans une exploitation agricole est toujours soumis à un choix un peu délicat : fermage ou métayage ?

La première alternative, qui peut sembler plus intéressante, car elle permet en fonction des aléas de la récolte de produire des bénéfices plus importants et laisse aussi une plus grande part de liberté, n’est, à vrai dire, pas dénuée de risques importants, car elle nécessite un investissement de départ en argent. Il faut donc très souvent emprunter sur une durée réduite ; mais pourra-t-on rembourser ?

Aussi beaucoup, prudents, optent pour un métayage basé sur le partage des produits récoltés et des bénéfices réalisés, solution qui peut sembler idéale pour qui ne roule pas sur l’or.

Qui dit partage, sous-entend honnêteté, ce qui très souvent n’est pas la vertu principale des propriétaires. Petits bourgeois aisés et sans scrupules, ils exploitent facilement leurs métayers qui presque toujours analphabètes, et ne sachant guère compter, sont des proies faciles. De plus le contrat toujours profitable au bailleur, qui peut refuser son renouvellement, voire l’annuler sans préavis, impose au locataire un certain nombre de travaux corvéables : fourniture et transport de bois de chauffage, entretien du jardin du propriétaire, réfection de certains bâtiments…

Pourtant fils de fermier, Jean Durin enfant se devait d’occuper, dans l’église du bourg, la chaise capitonnée de sa riche patronne, les dimanches où elle n’assistait pas à l’office. Devoir qu’un jour il oublia, préférant aller musarder à quelques jeux de son âge. La Dame rapidement informée convoqua les parents et les menaça de renvoi. Encore au tout début du XXe siècle les propriétaires ne plaisantaient pas.

Métayers durant quatre générations, les Durin devront attendre Jean-Baptiste et Marie Bourgeon, parents de Jean Durin, pour devenir fermiers, accédant ainsi à une relative ascension sociale.

En 1919, et bientôt suivis de leur fils Jean, vivant, mais blessé et brisé par une guerre inutile et cruelle, ils quitteront définitivement La Garde pour devenir propriétaires d’une exploitation à Teillet-Argenty, réalisant ainsi le rêve récurrent et toujours inassouvi de leurs ancêtres. Tombé sous les balles ennemies quelque part en Macédoine, Antoine,le second fils, ne partagera pas cette accession tant méritée à la propriété. Quant à Marie-Louise, la sœur, elle épousera un paysan de Lavault-Sainte-Anne, en surplomb du cher…

Cette stagnation de la progression sociale fut surtout liée à l’absence quasi totale d’instruction chez les gens de la terre, et à l’impossibilité de l’obtenir ; nulle école dans nos campagnes. Qui sait lire, écrire et compter, à part quelques bourgeois devenus châtelains qui règnent en maîtres et méprisent les paysans.

Duisbourg ma jolie ville en barque sur le Rhin… (partie 1)

Ecrit par Sabine Aussenac le 10 mars 2018. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Duisbourg ma jolie ville en barque sur le Rhin… (partie 1)

Elle tourne, la « Nana » de Niki de Saint-Phalle, inlassablement, au-dessus de sa fontaine, au centre de la plus grande rue piétonne de Duisbourg, la Königsstraße, observant de ses rondeurs bariolées la grande échelle dorée du centre commercial « Forum » s’élevant bien loin de ce temple de la consommation, contrastant presque brutalement avec les grisailles du temps rhénan et avec les suies recouvrant encore souvent la brique de cette grande ville industrielle que bien peu de Français connaissent… Le grand oiseau, dénommé Lifesaver est devenu au fil des ans l’attraction majeure d’une « promenade des fontaines » cheminant à travers la ville (Die Brunnenmaile), éclipsant presque de façon emblématique l’aigle du véritable blason de la ville…

Bien sûr, on se souvient du commissaire Schimanski qui avait fait les belles heures de la Cinq, héros récurrent de la célèbre série Tatort ; plus récemment, de cette « Love Parade » de sinistre mémoire, avec ces jeunes vies fauchées par la foule ; et ceux qui ont connu ce temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître avaient sans doute appris que Duisbourg était le plus grand port fluvial d’Europe (devenu aujourd’hui le premier port intérieur mondial)… Mais sans jamais, je suppose, avoir l’idée de partir en vacances ou en week-end pour visiter cette capitale de la sidérurgie plus réputée pour ses hauts-fourneaux que pour ses monuments ou sa gastronomie…

Cependant, gageons que nous ferons mentir les paroles de cette chanson parodique en appréhendant au fil du Rhin l’âme de cette superbe cité… Ja, dat is Duisburg – hier will einfach keiner hin dat is Duisburg – und dat macht auch keinen Sinn, Du musst schon hier geboren sein, um dat zu ertragen, allen Zugezogenen schlägt Duisburg auf'n Magen… (Oui, c’est Duisbourg – personne ne veut y aller, et cela n’a aucun sens… Tu dois être né ici pour pouvoir le supporter… Toutes les personnes qui vont y habiter sont prises de nausées…)

Car Duisbourg l’industrieuse, Duisbourg l’industrielle, Duisbourg, cœur de la mégalopole Rhin-Ruhr, jouxtant presque sa voisine plus policée et bien plus achalandée Düsseldorf, est en passe de devenir un nouveau Berlin, avec ses nouveaux quartiers branchés, ses scènes culturelles innovantes, ses musées à l’incroyable richesse et surtout avec la transition écologique de qualité qu’elle a su proposer, malgré la crise.

Bien sûr, les pisse-vinaigre vous rétorqueront d’un ton grinçant que la qualité de la vie ne fait pas tout, que certains projets architecturaux sont restés en friche, que les écoles peinent à recruter des enseignants, que les rues sont peuplées de personnes issues de la diversité (vous comprendrez que j’édulcore la façon qu’ont les contempteurs de migrants et de personnes des classes sociales défavorisées de dépeindre leurs peurs de l’Autre…) et de détenteurs du fameux Hartz IV, l’aide sociale dispensée d’une main de fer par Angela… Mais les habitants eux-mêmes, soutenus par le fringant club de foot de la ville, s’engagent pour faire mentir les frileux…

LES DURIN, LA SAGA 7

Ecrit par Patrick Petauton le 10 mars 2018. dans Souvenirs, La une, Histoire

Le Cher, un allié dont il faut se méfier

LES DURIN, LA SAGA 7

L’actuel randonneur qui chemine sur les chemins escarpés des Gorges du Cher, pourrait penser que la rivière que n’enjambait aucun pont fut une barrière presque infranchissable entre les villages des deux rives, et limita fortement les contacts entre leurs habitants. Cela serait une grossière erreur, comme le prouvent les mariages assez fréquents par le passé entre les Lignerollais et les habitants de Saint-Genest ou de Sainte-Thérence qui n’eurent jamais peur de se mouiller les pieds…

Ainsi Jean Petauton, mon lointain ancêtre, venu de Saint-Genest un peu après la Révolution, franchit la rivière pour épouser Elisabeth Chicoix et s’installer à Lignerolles comme vigneron.

Semblablement, les ravins du Cher qui nous semblent de nos jours sauvages et déserts représentaient autrefois des lieux d’activité et de passage importants et fréquentés. Chaque parcelle était cultivée et de nombreux chemins serpentaient dans les côtes et longeaient le cours d’eau.

Indispensable, cette rivière, car les hommes de la terre devaient passer par elle pour transformer les céréales en farine dans les moulins hydrauliques installés sur ses berges, et la profession de meunier souvent héréditaire et très ancienne fut longtemps présente à Lignerolles comme l’atteste son blason représentant trois roues à aube.

L’ancien cadastre de 1814 mentionne sept moulins sur la commune de Lignerolles. Tous disparaîtront, concurrencés par les grandes minoteries électriques du début du XXe siècle.

Si les premiers Durin confient le grain au proche moulin de Labique pourtant situé à Sainte-Thérence sur la rive opposée, mais dont un batelier assure le transport de la marchandise vers l’autre berge ; leurs descendants doivent se rendre au moulin de Prat un peu plus en amont, car le meunier de Labique a réduit sa pratique à la seule commune de Sainte-Thérence.

Emportant tout dans leur colère, soudaines et parfois imprévisibles, elles font trembler les riverains, ces crues du Haut Cher, tant elles peuvent être terribles. Malheur aux bestiaux trop près du cours d’eau, ils seront emportés par le courant. Une passerelle construite dans le méandre de Labique se révéla très pratique mais n’eut qu’une durée très éphémère, la première crue la détruisit sans merci, ne laissant que quelques traces encore visibles de nos jours.

LES DURIN, LA SAGA – 6 -

Ecrit par Patrick Petauton le 03 mars 2018. dans Souvenirs, La une, Histoire

Et pourtant on se distrait...

LES DURIN, LA SAGA – 6 -

Si les journées de travail sont interminables, il demeure cependant un peu de temps pour le repos et les loisirs. Béni par l’Église, le dimanche est le jour de la détente bien méritée. Certes, quelques travaux sont néanmoins indispensables, les animaux ne connaissant pas la trêve dominicale et il faut bien les nourrir, mais du moins on s'abstiendra d'aller travailler dans les champs ce jour là.

       Les plus anciens prendront la direction du bourg pour vider une chopine dans un cabaret , et rencontrer les gens du village. On échangera de nombreuses paroles et les quelques récentes nouvelles de la paroisse : François Chicois serait à l’hôpital, le père Liconnet d'Argenty n'en aurait plus pour longtemps, trois vaches seraient  crevées au domaine des Barchauds et le jeune Antoine Chappy fréquenterait officiellement la Marie Gaume de Saint Genest. ..

        Le cabaret n'est pas le domaine des femmes , qui elles, ne disposeront que de peu de temps à la sortie de la messe pour obtenir les mêmes informations mais ne s'en priveront pas.   

       « Tu veilleras ben a surveiller ta sœur ,coquette comme elle est !dit Gilbert à son fils, et surtout revenez avant la nuit »

         Il faut bien que jeunesse se passe dans ce siècle comme dans un autre, et ce dimanche  de Juillet,  Antoine et Catherine sa sœur cadette partent au bal à Saint Genest. Ils danseront au son de la vielle et de la cabrette, Antoine boira quelques verres avec des connaissances, mais pas trop, car les chemins du retour sont escarpés, pourvu qu'un orage n’éclate pas, car alors franchir le Cher pourrait s’avérer dangereux, voir   impossible.

        Comme de tous temps, les grandes étapes de la vie sont l'occasion de réjouissances et réunissent les membres de la famille ; noces et baptêmes permettront d'oublier un peu le labeur et de rencontrer souvent quelques cousins venus d'autres villages. Selon un usage ancestral, même les funérailles pourtant tragiques  se clôturent par un repas ; il serait impensable et inconvenant  de laisser repartir   un parent ou un ami le ventre vide.

            Chaque année au mois d’Octobre le grand pèlerinage de Saint Marien en Creuse, mais très près de l'Allier offre de nombreuses réjouissances,et rassemble beaucoup de personnes ; on s'y rend à pied pour la journée et plus tard en chemin de fer .

        D'origine religieuse et très anciennes, les fêtes patronales disparues de nos jours sont très suivies ; on n’hésite pas à faire dix kilométrés à pied pour y participer.

        Je me souviens, pour y être allé à l'age de six ans, de celle de Lignerolles encore bien présente à cette époque. Ce jour de Saint Martin de Novembre, Grand mère très généreuse m'avait donné une petite somme d'argent destinée à la fête dont une grande partie fut vite investie dans l'achat de friandises qui eurent comme conséquence immédiate de me déclencher  une forte soif digne des déserts d'Arizona. Ne désirant pas retourner à la maison, et pourvu d'encore quelques pièces, je  pénétrai droit et fier comme un homme dans le proche débit de boissons et criai d'une voix forte et puissante  « Un canon, Patron ! »

         

        Un tonnerre de rires s’éleva de la salle comble et, généreusement offertes, ce ne fut pas une grenadine mais dix qui me furent servies, chacun, y  compris le mastroquet voulant participer à étancher  ma soif.

        L'anecdote allait faire le tour du village - il promettait le petit fils de Marie Louise !

Unhallowed Beats/Another Look (continued)

Ecrit par Ricker Winsor le 03 mars 2018. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Unhallowed Beats/Another Look (continued)

The impulse of humanity is toward freedom. At least that is true in the West where we are brought up on a diet of independence and rugged individualism. When the beats came of age, society post WWII was conformist and materialistic, affluent but boring and facing serious problems such as nuclear destruction, civil rights, and, a bit later, a very destructive and confusing war in Vietnam.

In my own case I felt stifled and constricted, unable to breathe in the middle of a comfortable suburban existence. The movie, Rebel Without a Cause, has to be seen as an important moment in the culture. Starring James Dean, Nathalie Wood, and Sal Mineo, it expressed what a whole generation was feeling to some extent or another : alienation, ennui, and angst, in what should have been a perfect world. It is hard to explain that rebellion other than by some need of the human spirit that is not met by the values of Main Street. Are peace and freedom incompatible ?

Jack Kerouac, so important to it all, was the closest to normal of the group, if normal can be accepted as a condition. He was Catholic, a fine athlete from the lower middle class, able to go to an Ivy League school, Columbia. And yet he became unglued from that and proclaimed the value of excess, spontaneity, and instability. He was an alcoholic and died an alcoholic. Despite his contribution, he was, for me, the most confused of people, a mystery even to himself.

The wild chances the beats took with their lives in terms of sex, drugs, alcohol, and relationships were what they wanted to do and needed to do in order to create some side streets off Main Street. Paul Verlaine and Arthur Rimbaud were precursors. The idea was that it was ok to be wild ; in fact, it was necessary.

Following that path, a lot of my generation got washed up on the shore, addicted, disillusioned. The ones, like myself, who didn’t see the beat model as fruitful long-term, turned to nature, a simple life close to the land. A percentage of a whole generation turned their backs on the bright lights of the city and settled in the country, grew gardens, and tried to live the good life as exemplified by Helen and Scott Nearing. Many succeeded and are still there. One of them was the poet David Budbill, RIP, who lived in the Northeast Kingdom of Vermont, and David Kherdian, still writing, now in his eighties.

Unhallowed Beats/Another Look

Ecrit par Ricker Winsor le 23 février 2018. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Unhallowed Beats/Another Look

There are strong currents underneath the great flow of history, currents that follow their own direction even as they are carried along. It is the counter culture, going against the flow.

I suppose I started early with my questions about it all. I was looking for something beyond the comfortable suburbs of my growing up and was attracted to Greenwich Village and « the beats ». Now, I have taken on, at this late stage, a more concerted study of them. Barry Miles’s biographies of William Burroughs and Allen Ginsberg, each containing about six hundred pages of amazing description and detail provide the information. One wonders how his portraits could be that complete except that both Burroughs and Ginsberg were famous for a long time and both had numerous friends, lovers, situations, teaching gigs, and on and on that gave the biographer rich sources of information.

The average Romeo, who might consider himself an athletic, sexy type of guy, might be shocked, pissed off, and disturbed by the wild and crazy sexuality of both these men. Include Neal Cassidy, who could « throw a football seventy yards and masturbate six times a day », and you get the kind of picture that would make the average Romeo look like a boy scout, no a cub scout. About Ginsberg’s sexuality, or Burroughs’s, you can almost smell it. It’s like that.

This group remains mythic for a lot of reasons including their talent and the amazing chances they took with their lives with the idea of liberating the psyche and stretching it toward infinity (I guess). That would be the generous way of looking at them. Another way would be to consider them delinquent, dirty bastards with deep psychological issues, the types of people who should be sent by boat to a small island with the job of making big rocks into small rocks. And in the fifties and early sixties « the establishment » overwhelmingly considered them in that way.

Allen Ginsberg was twenty years older than I. My older sisters and I were rebels without a cause in the wealthy suburb of Pelham Manor but not more than a half hour fast driving to McDougal and Bleeker Streets in Greenwich Village. Things were going on there we wanted to know about, things that gave us another view of our predictable and comfortable, conformist lives, the ones we were expected to live into the future.

« The Times They are a Changin » said Bob Dylan, and a truer lyric was never written. The history of the epoch known as « The Sixties » has been explored in countless ways. It affected everyone and everything in very personal ways. The bigger question for me now is why rebel ? Why do we seem to hate peace ? Because it’s boring ? I wonder about that.

Les Beatniks impies/un autre regard

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 février 2018. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Texte de Ricker Winsor, traduit de l'anglais par Jean-François Vincent

Les Beatniks impies/un autre regard

Il existe de forts courants souterrains tout au long de la grande Histoire, des courants qui suivent leur propre cours, parallèlement au courant dominant qui donne le la, et au rebours duquel ils s’inscrivent, en tant que contre culture.

Tout ceci, je pense, m’a très tôt interpelé. J’étais à la recherche de quelque chose d’autre que les banlieues résidentielles où j’ai grandi. Greenwich Village et les Beatniks m’attiraient. Aujourd’hui j’ai entrepris – tardivement et de concert avec d’autres – une étude sur eux : les biographies de William Burroughs et d’Allen Ginsberg écrites par Barry Miles – des sommes d’environ six cents pages chacune, époustouflantes par les détails et les renseignements qu’elles donnent – en fournissent la matière. On s’étonne que les portraits de Burroughs et de Ginsberg que brosse Miles puissent être à ce point exhaustifs. Toutefois, leur célébrité de longue date ainsi que leurs nombreux amis, partenaires et toutes les situations qu’ils ont connues – sans oublier leurs petits boulots comme profs – tout cela procurait au biographe quantités d’informations.

Le Romeo moyen qui se trouve bien bâti et sexy, ne peut qu’être choqué, agacé et troublé par l’incroyable exubérance de la sexualité de ces deux hommes. Rajoutez-y Neal Cassidy, qui « pouvait balancer un ballon de foot à sept cents mètres et se masturber six fois par jour », et vous aurez une idée du tableau d’ensemble qui ravalerait le Romeo moyen au rang de boy scout – que dis-je ! – de louveteau. Pour ce qui est de la sexualité de Ginsberg ou de celle de Burroughs, vous pouvez presque les flairer. C’est comme ça.

Ce groupe demeure un mythe pour toutes sortes de raisons, dont leur talent et les risques incroyables pour leur vie, qu’ils ont pris rien qu’avec cette idée de libérer leur esprit en l’étendant jusqu’à l’infini (je suppose). On peut également voir en eux des délinquants, des salauds aux énormes problèmes psychologiques, le genre de types qu’on devrait mettre sur un bateau et envoyer sur une petite île afin d’y casser de gros rochers en autant de petits cailloux. C’est ainsi que les considérait l’écrasante majorité des élites des années cinquante et soixante.

Allen Ginsberg avait vingt ans de plus que moi. Mes sœurs aînées et moi-même étions remplis de fureur de vivre (note du traducteur : « Were rebels without a cause » = titre original du film de James Dean, La fureur de vivre), dans la riche banlieue de Pelham Manor, à une demi-heure à peine en voiture de Mc Dougal et Bleeker streets, à Grenwich Village. Il se passait là des choses que nous voulions connaître, des choses qui dressaient pour nous une autre perspective que celle de nos vies conformistes, confortables et si prévisibles, qui étaient censées constituer notre avenir.

LES DURIN, LA SAGA - 5 -

Ecrit par Patrick Petauton le 23 février 2018. dans Souvenirs, La une, Histoire

La vie au domaine, un système autarcique.

LES DURIN, LA SAGA - 5 -

Si on se réfère aux fiches de recensements,  on  ne trouve que peu d'artisans dans le bourg de Lignerolles, en ce XIXème siècle où la population est surtout constituée de vignerons et d'agriculteurs. Aucun épicier, boucher ou boulanger ; ceci n'est pas le fruit du hasard mais la conséquence d'un mode de vie particulier.

    En effet, les hommes de la terre vivent repliés sur eux même et  produisent ce qui leur est indispensable, la nourriture, le chauffage, la matière première de leurs habits et parviennent même à fabriquer certains outils.

 

     Les produits nécessaires à l'alimentation proviennent tous de la ferme et sont variés : nombreux légumes, fruits venus du verger, volailles, lapins domestiques, cochon tué une fois par an, dont la viande salée aide à  passer l'hiver sans problèmes. Le lait des vaches et des chèvres permet  la production de beurre et  de fromage. Le dessert n'est pas oublié, car plusieurs ruches assurent la production d'un miel excellent.   Le vin pressé sur place est bien présent – lequel ? toutefois - à la table de ces agriculteurs également vignerons.  « Il y avait à l’époque beaucoup de noix, me confiait Jean Durin, nous les récoltions pour les porter chez l'huilier afin d'avoir de l'huile ».Totalement gelés au cours d'un terrible hiver, les nombreux noyers des ravins du Cher devaient presque disparaître à jamais.

   Confiés aux soins du proche meunier, le blé et le seigle permettent  la confection du pain qu'on arrive à conserver plusieurs jours. Une  fois par semaine, le pétrissage et la cuisson dans le grand four de la ferme étaient  la tâche de mon jeune grand père qui devait ainsi nourrir sept personnes.

    Indispensable ,il n'est bien que le sel qui doive être acheté.

 

  Plantées de chênes, frênes, ou autres feuillus,  ainsi que les fruitiers, les haies des nombreuses petites parcelles nécessitent un élagage régulier ;  le  boiscoupé ne sera pas perdu ; devenu sec, il assurera le chauffage de la maison durant l'hiver, qui peut parfois être long et rigoureux. Honte à qui n'a pas prévu suffisamment de bois ; semblable à la cigale de la célèbre fable, il ira chez son voisin emprunter quelques bûches.

 Si un arbre doit être abattu il sera débité en planches destinées à la fabrication de coffres ou de meubles grossiers.

 

 La chènevière est une parcelle de terre spécialement destinée à la culture du chanvre. Lavé, broyé, puis séché, il sera remis au savoir faire du tisserand pour le transformer en une toile solide utilisée par les femmes pour confectionner des draps et quelques habits très rudimentaires ; cette étoffe servira aussi à constituer le trousseau de la fille à marier.

LES DURIN, LA SAGA - 4 -

Ecrit par Patrick Petauton le 17 février 2018. dans Souvenirs, La une, Histoire

LES DURIN, LA SAGA  - 4 -

Déjà la polyculture et l’élevage

 

Concernant le Domaine de La Garde, l’ancien cadastre de 1814 nous montre une certaine irrégularité au niveau des parcelles. Si elles sont petites et très morcelées autour des bâtiments d’exploitation, on trouve cependant de grandes prairies sur le plateau, et même assez près de la rivière, ce qui n’est pas le cas dans le bourg de Lignerolles qui surplombe un véritable ravin pourtant entièrement planté de très petites vignes établies sur des terrasses.

« Au pays des chênes et du raisin », telle est la devise de Lignerolles. Bénéficiant d’une bonne exposition sur le versant le plus ensoleillé des Gorges du Haut-Cher, le pampre y prospère avec succès depuis très longtemps et, en ce début de 19è siècle, les vignerons demeurent encore nombreux ; certains d’entre eux se limitant même à cette unique culture que le phylloxéra allait éradiquer à partir de 1880.

Aussi, rien d’étonnant à ce qu’on trouve à La Garde un important vignoble nommé le « Clos de La Garde ».

Inventaire assez précis, le séquestre du domaine datant de l’an V nous apporte quelques renseignements. On y apprend qu’on y cultive du blé, de l’avoine, du seigle et des pommes de terre.

L’élevage quant à lui comprend plusieurs bœufs, taureaux, vaches, de très nombreux moutons des volailles et des cochons. Sans doute cela ne changera guère durant le siècle. Utilisé comme moyen de transport par le riche propriétaire, le cheval ne sera employé pour les travaux des champs que beaucoup plus tard ; pour l’heure on lui préfère le bœuf ou pour les moins fortunés, deux vaches couplées sous un joug un peu plus court. Économique, l’âne sera presque indispensable pour descendre le blé aux moulins du Cher et en remonter la mouture.

Bien présente à Lignerolles, la culture du chanvre est très pratiquée et d’un bon rapport. Destinée surtout à la marine pour la confection des voiles et des cordages, la demande de ce textile est constante mais on l’utilise également localement car les peigneurs de chanvre et les tisserands sont bien représentés même à La Garde. Un peu plus tard, le chanvre sera concurrencé par le coton d’importation et sa culture finira par disparaître.

La mécanisation n’arrivera que bien plus tard, début XXe siècle. Les travaux nécessitent donc de nombreux bras et chaque membre de la famille, quel que soit son âge ou son sexe, se doit d’y participer. N’importe qui ne fait pas n’importe quoi toutefois et selon un code bien établi et quasi ancestral, chacun a une tâche bien définie. Ainsi, vers sept ans, le jeune garçon se verra confier la garde de quelques cochons puis plus tard accédera à la fonction de berger ; ce ne sera que vers quinze ans qu’il apprendra à tracer dans la terre son premier sillon, âge à partir duquel il travaillera comme un adulte.

Sans doute Jean Durin dût-il franchir toutes ces étapes incontournables.

Nullement épargnées les femmes collaborent pour les foins, les moissons, les vendanges et même les semis ; elles devront en plus nourrir les volailles, fabriquer les produits laitiers et gérer les travaux ménagers. L’office religieux dominical sera souvent leur seul moment de repos.

Si le récent chemin de fer, arrivé à la fin du XIXe siècle, fait déjà partie du décor de Jean Durin, il représenta certainement un grand bouleversement pour son père Baptiste qui ne vit sans doute pas d’un très bon œil ce colossal chantier dirigé par la Compagnie d’Orléans ; de nombreux ouvriers y participèrent et plusieurs furent logés à La Garde.

Ce nouveau moyen de transport participera à désenclaver progressivement les campagnes mais entraînera à Lignerolles la disparition de la culture de la vigne, car du vin de meilleure qualité en provenance d’autres régions concurrencera rapidement la piquette locale.

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