Coup de soleil à Paris ! Hé ! Kamel Daoud, parle-moi d’Oran !

Ecrit par Luce Caggini le 15 février 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

Coup de soleil à Paris ! Hé ! Kamel Daoud, parle-moi d’Oran !

Être né(e) à Oran tient lieu de sceau mais rencontrer dans un climat polaire, un 9 Février 2014 à Paris, ceux qui sont nés sur la terre Algérie, c’est une remise de peine commuée en joie plénière.

La veille, Jean Daniel, l’homme qui avait rencontré Albert Camus, était absent. Jour de malheur, même Camus s’était barré.

Ma jeunesse algérienne murée dans le silence des agneaux fut l’arôme effervescent de ce dimanche qui, de joyeux, devint exceptionnellement surréaliste dans un mélange de joies et d’amitiés entre deux cents ans de mon histoire.

Kamel Daoud est là à moins de trois mètres de moi, pour dire la vérité vraie je ne suis venue que pour faire sa connaissance.

Photo rapide.

J’entends ce qu’il dit à une femme blonde. Un nom claque : Messali Hadj ! Cette femme est sa fille. Même ouverts mes yeux me disent impossible, tu es là, toi ! et elle !

Soudain un militant du nationalisme algérien des années 20 me balance un feu de Zeus, c’est Pierre Caggini mon grand-père ; grâce à un jeu de mains à la « Meursault » nous voilà tous projetés sur un mur d’ombres chinoises, Messali Hadj, Albert Camus, Kamel Daoud, Djanina Messali et moi qui ai armé d’un clic un moment historique.

 

Dans une logique de circonstance, mon fils Antoni m’annonce son mariage avec Leonardo, celui de la Renaissance.

Les deux, éberlués, font de ce temps leur temps.

– Le miroir est vivant, il te réfléchit quand je me regarde.

– Nous brillerons sous les mêmes soleils, nous aurons les mêmes nuits.

– Mon seigneur, que tu es beau.

D’un côté les dômes jaunis des arbres sont couverts de velours, c’est l’été indien, de l’autre les palmiers psalmodient.

Le jeu de toutes les combinaisons est en marche.

La Vie les a reprises en main.

On se tutoie tous azimuts. Je fais sursauter Djanina avec mon sceau oranais.

– Tu ne crois pas que c’est un sceau d’être née à Tlemcen ?

Turbulences entre la côte et l’intérieur : Djanina me dédicace son livre avec « une vive sympathie à l’oranaise ».

Aparté avec Kamel : s’il y a un livre que j’attends comme la joie de cette année c’est le « frère de l’arabe assassiné ».

Ce sera mon Camus de l’année 2014.

 

Camus intervient à mon grand étonnement.

Extravagant vol sur le premier Jumbo Jet de la littérature.

– Ma chère talentueuse lectrice, Meursault eut moins de chance que toi, car il a reçu un coup de bambou en plein cagnard tandis que toi tu as gardé le soleil dans ton cœur, résultat, cet absurde où je suis resté interdit et muet de surprise avec mon ticket de train dans la poche. Tu as été immensément éloignée de ta terre de naissance et tu es très méditative sur les dégringolades de ceux qui sont tombés sur la cabessa mais sache que Meursault, c’est juste un pauvre petit croisement de jeux de deux mains et de deux mots : « mort » et « seul » avant de finir sous la lame d’acier qui a mis fin à mon roman.

 

Bébert le sonneur de cloches d’un paradigme achevé en 1960

 

C’est ainsi sous le sceau d’un sacré coup de soleil, que ma mère a su que ma vie avait été transformée en moins de deux notes magiques acidulées, Algérie et douceur de la Renaissance mûries à la lumière de Camus et d’Oran la Joyeuse.

C’est fou comme un dimanche peut être doux et violent aussi.

A propos de l'auteur

Luce Caggini

Luce Caggini

Peintre. Ecrivain

Histoire  de  Luce  Caggini

Ma  biographie  c’est  l ‘histoire d’ un  pays, l’Algérie  coloniale qui m’a vue naître où j’ai grandi, l’Algérie indépendante qui m’a déconstruite.

Au fil du  temps s’est  édifiée en moi cette force  grandissante, réparatrice , bienfaisante qui me  nourrit d’ un  nouveau  sens de mon histoire.

Toutes ces années passées entre deux  rives, sans jamais accoster.

Dieu  merci, on avait des photos.

Le  moindre détail revenait réveiller la mémoire dont on ne savait plus si on voulait la garder ou l’expulser.

Je vis aujourd’hui dans une maison confortable, entre des murs épais, « Ma terre dans la tête  »  dans un lieu sans nom, peuplé d’ombres.

Un souffle d’air chaud me transporte mieux  que  ne le ferait un « Mystère-Falcon 20 »

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