«  souvenirs d'été » : Bruits de saison…

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 juillet 2014. dans Souvenirs, La une, Ecrits

«  souvenirs d'été » : Bruits de saison…

Banal : les bogues de châtaignes qui tombent… ploc, l’automne ! Le bruit infini de la neige silencieuse qui a tout étouffé pendant la nuit – même volets fermés, on la « sait », la neige ; la pluie fine du printemps ; chaque goutte posée sur les premières feuilles… Mars, et ce n’est plus – du tout – le son des averses hivernales. Et puis, surtout, tous les bruits de l’été-roi… Chance qu’on a sous nos climats tempérés de marcher, comme ça, avec les  saisons. Un collègue, parti enseigner – la musique, qui plus est – sous les Alysées des Iles Marquises, m’avait confié la petite mort que c’était, ce climat uni, cette lumière toujours allumée, ce manque de sons des différences d’ici…
Les saisons, chez moi, sont passées – toujours – par les sons et aussi, bien sûr, les odeurs – tout ce qui vient, facile, rien qu’en fermant les yeux. L’été, c’est là que c’est plus fort, et qu’on redevient, mine de rien, cet animal aux aguets des bruits alentour, qu’on a sans doute été dans une autre vie…
Flashs dans un désordre non moins goûteux de clafoutis…
Petite enfance campagnarde… vrombissements d’abeilles sous le grand tilleul de la cour, le bruit fatigué des roues des charrettes de foin, sur la terre battue des chemins du bocage Bourbonnais – à égalité avec l’odeur – mi-herbe séchée, mi-bouse de vache fraîche… De mon adolescence boudeuse et déjà si littéraire – le bouquin dès le petit matin, partout et tout le temps, sur le porte-bagage de la bicyclette, le drap rayé de la chaise-longue ; jeu de piste facile pour me trouver… les insectes du jardin des grands-parents – une comptine, presque ; le bruit des pages tournées du livre – un drôle de son, pas le même qu’en intérieur, le piétinement lourd des animaux et quelques beuglements feutrés. On les rentrait alors chaque soir… une cloche, loin, qu’on entendait que par beau temps ; le sifflement à huit heures tapantes de la Micheline qui gagnait Montluçon – la ligne, n’existe plus depuis belle lurette…
Étés d’ailleurs… l’impression, en Inde, dans ces « petites » villes qu’on nommerait métropoles, que le silence, jamais ne vient ; à se demander s’il existe même. Petit matin – 4, 5 heures –, vrombissement de voitures, klaxons intempestifs, brouhahas de la foule, pour autant peu causante, affairée simplement ; un océan de visages ; le son pour ainsi dire coupé… Là-bas, dans l’Afrique des grands plateaux, quand – pile sous l’Équateur – le soleil reprend son service, à 6 heures ; safaris-photos du petit matin, les meilleurs ! on murmure en guettant – une chasse, comme l’autre – la fuite du Léopard ; toute la beauté du monde… bruits infinis, palette de tous les cris des animaux qui, jamais ne dérangent ni la montagne, ni la savane… harmonie, ou quelque chose comme ça, qui nous faisait nous taire… enfin !

A présent… L’âge, peut-être, qui fait qu’on est souvent réveillé à la pointe du jour, que signalent dans mes grands châtaigniers de Corrèze les pépiements (qu’hélas, je confonds) des oiseaux du jardin… mais, sur ma terrasse suspendue de Montpellier, au-dessus d’un jardin méditerranéen, le roucoulement des tourterelles – lancer Vivaldien – frou-frou! – doit lutter pour se faire entendre, avec la stridence-fulgurance de sono mise à fond des cigales…Cette année, c'est pile à midi-roi-des-étés, que la bande bruyante s'est posée, ce 25 Juin, à quelques encablures de l'Équateur des Bleus. D'un coup, d'un seul, leur chant-cri-alarme coincée, s'est juché, en haut de ce peuplier, ou bien du cyprès, illuminant le jardin et mon ciel d'été jusqu'aux vendanges...

Je sais exactement à quelle heure m’attend le café du matin ; je n’ai plus l’âge du réveil ni de l’alarme du portable, mais celui de l’oreille… en soi, et dans le monde, en somme.

A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

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