Souvenirs de voyages « In Africa »

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 15 juillet 2017. dans La une, Souvenirs, Voyages

Souvenirs de voyages « In Africa »

Je n’avais « pas une ferme en Afrique, au pied des collines du Ngong… », selon cette formule inoubliable que beaucoup d’amateurs de littérature (La ferme africaine, Karen Blixen) et de cinéma (Out of Africa, Sydney Pollack) connaissent tellement ! Et pourtant… Je suis fortement attaché à l’Afrique noire, ayant pu y faire plusieurs voyages, en compagnie de mon épouse et de mon fils, durant les années 1990, et précisément dans la seconde moitié. Pas pour un très grand nombre de pays, ni une très grande durée, car ils se limitèrent au Sénégal (par deux fois, dont un en Casamance), au Kenya et à la Tanzanie. De plus, lorsque je cite ces pays, il ne peut s’agir bien sûr que de certaines régions, mais qui me marquèrent à jamais, telles des « expériences ». Je ne pourrais ici que rapporter des anecdotes, tout en faisant le maximum afin qu’elles puissent illustrer des aspects précis (sociologiques, culturels, etc.) de ces voyages « In Africa ».

Au Sénégal, dont au sud, la Casamance, ce fut, comme le plus souvent, dans le cadre d’un voyage semi-organisé, puisqu’il nous arrivait d’être avec un petit groupe – fait pas forcément désagréable, au demeurant. Mais, nous pouvions faire aussi très librement de nombreuses escapades à trois… Le nombre d’enfants fut un des premiers phénomènes qui nous frappèrent (comme au Kenya et en Tanzanie, bien évidemment) ! Un des villages que nous avions visités, avec l’instituteur-directeur de son école primaire, fut extrêmement émouvant. En effet, après avoir vu la classe unique (avec plus d’une soixantaine de jeunes élèves), nous avions décidé tous les trois de remettre la somme de 300 Francs (c’était avant l’Euro) au directeur, qui nous déclara alors : « Avec cette somme, je vais pouvoir acheter toutes les fournitures de mes élèves pour une année entière ! » ; et il nous remercia chaleureusement. Il décida alors de nous faire rencontrer les anciens du village (aux visages burinés et à la courte barbe grisonnante), sous « l’arbre à palabres ». Il faut savoir que l’éducation y était un droit et non une obligation, et que, dans ces conditions, les parents payaient pour une partie importante des études de leurs enfants, dont la discipline était exemplaire… Une année, nos visites se concentrèrent sur la région du Sine Saloum (« entre les fleuves »), située au sud de la Petite-Côte du Sénégal et au nord de la Gambie, avec delta aux eaux saumâtres, dans le cadre d’un parc national. L’écosystème local présente avant tout des mangroves et des palétuviers ; ce fut un voyage en barque… un grand souvenir ! Une autre visite inoubliable correspondit à celle de la ville portuaire de Ziguinchor, donnant sur le fleuve Casamance et située à environ 70 km de l’Océan Atlantique, avec surtout les odeurs (en plein soleil) des poissons vendus à ciel ouvert sur de grandes tables par des petits marchands d’un autre siècle. A l’hôtel, nous avions pris le goût d’un petit-déjeuner avec jus d’agrumes, un peu plus copieux que celui que nous prenions d’habitude en France ; depuis, nous avons gardé cette habitude. Lors de notre voyage en Casamance, la température n’était pas très élevée, en tout cas à l’époque où nous y étions allés. « Il fait 21° ! Y caille ! », avait déclaré un employé de l’hôtel… Toujours en Casamance, des gardes étaient présents autour de l’hôtel, armés de machettes et d’armes de guerre, car il y avait eu plusieurs fois de graves troubles politiques dans cette zone du Sénégal, dont une organisation exigeait l’indépendance (avec des combats mortels durant les années précédentes). Et puis, il y eut cet « épisode » que nous avions appelé « Tu me vexes ! » (réaction outrée de la vendeuse devant notre refus d’acheter des babioles disparates et censées valoir artisanat local) avec les femmes en « boubous » (robes de toutes les couleurs), le boubou étant aussi porté par des hommes et même des enfants. Quoi qu’il en soit, lorsque nous avions quitté les lieux, plus aucun de nous trois n’avait le moindre argent local sur lui… et le fameux marchandage africain n’avait visiblement été « parlé » par aucun d’entre nous.

Au Kenya, notre arrivée se fit à l’aéroport de Nairobi, la capitale du pays. Le séjour commença par une courte visite de la ville de Nairobi, puis ce furent les plages de Mombasa (avec repos sous les cocotiers, à l’ombre du soleil) et un coup d’œil sur le port, donnant sur l’Océan Indien, sans oublier la vallée du Rift et ce qui avait amené le paléoanthropologue Yves Coppens à élaborer sa théorie sur l’apparition de l’homme en Afrique de l’Est (East Side Story). Puis, nous partîmes pour les safari-photo, dans le cadre d’un petit groupe, à bord d’un minibus. Et ce furent les différents parcs et lacs : Amboseli, le Masai Mara, le Nakuru, le Turkana, avec les flamants roses, et l’Ark (ou Arche), fournissant des installations diverses (notamment hôtelières) adaptées afin de pouvoir observer de nuit les animaux (singes, éléphants, lions et lionnes, etc.) venant boire dans une grande mare au pied d’une immense baie vitrée de l’hôtel ! Il nous arriva aussi de croiser différents peuples ou ethnies : les Kikuyus (que l’on trouve dans toute l’Afrique de l’est), les Samburus, et bien sûr les Masaï. Vers le nord du Kenya, nous étions tentés par une visite de l’ancienne cité côtière de Lamu. Mais, déjà à cette époque, la situation était dangereuse, en liaison avec la montée du fondamentalisme musulman et de l’intégrisme islamiste ; un danger notamment à l’égard des touristes occidentaux, qui amenaient forcément des comportements et une façon de concevoir la vie complètement différents de ceux de ces extrémistes religieux, même s’il n’y avait pas encore vraiment de terrorisme, à la différence de ce qui se passait en Somalie toute proche, située plus au nord, en direction du Golfe d’Aden, dans le cadre de ce qu’on appelle la Corne de l’Afrique, avec Djibouti, puis la mer Rouge. Ce qui nous frappa donc le plus au Kenya, ce furent bien sûr les ethnies (avec surtout les Masaï) et les animaux.

En Tanzanie, ce fut d’abord l’arrivée à l’aéroport d’Arusha, la capitale du pays. Pour nous, l’aventure réelle fut celle de la plus grande authenticité encore – par rapport à ceux du Kenya – des safari-photo, toujours en minibus, dans le cadre des grands parcs animaliers. Il faut dire que les équivalents kenyans avaient déjà été assez abimés par l’arrivée en masse des touristes américains après le rush provoqué par le triomphe du film Out of Africa. Et, à propos des parcs en safari-photo pour la Tanzanie, il ne faudrait pas croire qu’il n’y ait « que » le célèbre Serengeti (dans la partie nord du pays) ! Parmi les animaux que nous avions pu voir, quasiment à foison, je citerais les gazelles de différents types, les zèbres, les girafes, les éléphants, les gnous, les lions et les lionnes, les hippopotames, les guépards et plus rarement les léopards. C’était comme une visite aux sources de « La Création »… Une anecdote au passage. Dans ce pays anglophone, mais parlant aussi le swahili (qui est un mélange de plusieurs langues, avec avant tout différents types de langages bantous, de l’arabe, avec des termes anglais et hindis, etc.), comme dans une grande partie de l’Afrique nord-orientale, des habitants s’adressaient souvent à nous dans cette langue mêlée. Etant âgé à cette époque d’un peu moins de 50 ans, donc bien considéré en tant « qu’ancien » (ayant forcément… de « l’expérience » et de la « sagesse »), je fus donc appelé de nombreuses fois « Mze » par des locaux, sans doute également en rapport avec ma barbe (qui n’était déjà plus noire, mais un peu grise). J’ajoute que la communication se faisait en anglais (l’Afrique orientale étant anglophone), même si mon seuil de compréhension et d’expression n’atteignait pas les 60% (considérés comme étant nécessaires afin de pouvoir bien communiquer) dans la langue de Shakespeare. Comment oublier notre séjour sur l’île principale de l’archipel de Zanzibar (qui fait partie de la Tanzanie) ?! Mon fils nous avait régalés par les surnoms qu’il donnait (en petit comité familial, à l’hôtel, avant de dormir) aux membres de notre groupe (dont celui qu’il appelait « L’Informé », car incollable…) et avec ses imitations assez irrésistibles de ces mêmes personnes. Un autre fort souvenir est celui de la traversée de la ville de Dar Es-Salaam, car pour nous ce fut comme une sorte de remontée dans le temps, avec en plus une perception de « l’économie informelle » (plusieurs jeunes adolescents vendant par exemple les cigarettes… à l’unité). Et puis, il y eut l’accès au Ngorongoro (dans le district d’Arusha) avec le grand cratère du volcan (une des merveilles du monde correspondant à une zone de conservation du type « biosphère mondiale »). Seul notre fils décida d’y aller pour voir la faune sauvage vivant au fond, car mon épouse eut un malaise (une très forte baisse de tension suivie d’un évanouissement particulièrement spectaculaire), ce qui entraîna, étant revenue à elle après qu’elle ait bu du café et du coca-cola, la venue (d’on ne sut où dans le bush) d’un médecin autochtone en uniforme, se comportant comme un véritable « notable » reconnu comme tel par le personnel (y compris dirigeant) de l’hôtel. Nous avions pu également voir le Kilimandjaro – dont les neiges éternelles avaient déjà presque complètement disparu ! Et puis, comment omettre de signaler notre visite d’un village masaï avec ses huttes couvertes de bouses de vache séchées, qui donna un haut-le-cœur et provoqua même des propos racistes de la part d’une de nos compagnes de safari, de nationalité belge, dont c’était visiblement le voyage de noces, et qui se faisait suivre d’une panoplie géante d’atours dignes de grands hôtels européens.

Pour finir : les contacts avec les Africains ? Il y avait bien sûr les guides, toujours compétents, adorables, et parfois pleins d’humour, comme ce Lamine, au Sénégal, qui lors d’une visite arrivant près d’une termitière nous déclara tout de go : « Avec moi, pas de risque, au contraire. C’est la mine d’or assurée… ! » Et Zuma, en Tanzanie, avec son « Bien dormi ? » adressé chaque matin à notre fils ; mais qui ne voulut pas répondre à nos questions lorsqu’on le sollicita à propos de ce qui c’était passé entre les Hutus et les Tutsis (à propos du génocide des Tutsis) au Rwanda (nous étions en 1994), notamment en rapport avec le comportement de l’Exécutif français de l’époque et des forces militaires positionnées sur place. En dehors des guides, il y eut ce couple qui travaillait dans un de nos hôtels au Sénégal et qui nous invita à venir partager un repas avec eux dans leur habitation, avec un grand plat commun, ce à quoi les Occidentaux que nous sommes n’étaient pas habitués, mais… Et surtout cet instituteur-directeur d’école au Sénégal, qui nous avait bouleversés par ses propos, avec ensuite la visite au conseil des anciens du village. Et puis, tous ces enfants, qui partout nous entouraient lorsque nous arrivions puis partions de leurs villages et qui nous demandaient un cadeau… Au Sénégal, un des membres de notre groupe, n’ayant plus rien d’important à donner, enleva sa chemise et la leur donna… J’avais trouvé que c’était un beau symbole… Je voulais moi aussi offrir quelque chose de personnel, en dehors des classiques stylos à bille (une consigne donnée par les guides et une habitude qu’avaient initialisée les touristes américains au Kenya). Comme une petite fille (d’environ dix ans) me regardait (déçue de notre départ et espérant recevoir un vrai cadeau), je lui donnais alors mes lunettes de soleil, ce qui fit éclairer son visage, même si les lunettes en question étaient… trop grandes pour elle.

En somme, l’Afrique, pour moi, pour nous, vous l’aurez compris, ce n’était pas « Out of Africa », mais bien… « In Africa »…

A propos de l'auteur

Jean-Luc Lamouché

Jean-Luc Lamouché

Rédacteur

 

Professeur d'Histoire

Auteur d'ouvrages sur Tulle et la Corrèze

Rédacteur à "Tutti-magazine - La musique à voir et à entendre"

 

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