Vie quotidienne

De l'humeur morose en hiver

Ecrit par Cikuru Batumike le 10 février 2012. dans Vie quotidienne, La une

De l'humeur morose en hiver

Nous y voilà, nous y sommes. Il fait froid et la neige bien gelée tombe sans discontinuer sur mon village suisse. Sur les airs. Sur les rails. Sur les cimes d’arbres. Sur les manteaux. Sur la montagne. Paupières enneigées de la belle Salomé. En plein slalom sur le petit glacier du Diableret. Prises d’élan des artistes de la glisse. Raquettes à neige. Il y a même des voyous des pistes. La neige tombe, en ce lundi du mois de février. Certes, les lieux revêtent leur magnifique robe blanche. Les rues et les ruelles se transforment en des lieux étranges, fantastiques. Beau ciel gris. Il y a ceux qui aiment l’hiver. Et s’émerveillent du paysage. Mais on ne compte pas les dégâts qui s’ensuivent.

Les paupières enneigées des skieurs tombent et s’ouvrent alternativement. Leurs yeux s’humectent de larmes de bonheur au contact d’un soleil aux aguets. Certes, les lieux revêtent leur magnifique robe blanche. Les rues et les ruelles se transforment en des lieux étranges, fantastiques. Beau ciel gris. Il y a ceux qui haïssent la blanche saison. À la suite de la glissade. Du verglas qui gêne considérablement la circulation. Des routes impraticables. Des pluies verglaçantes. Des vents violents. De l’air et du sol froids. Mains rougissant, yeux qui pleurent, pieds qui gèlent, nez qui coule, irritation des voies respiratoires, toux sèche, le cocktail ne leur permet pas de résister aux assauts des virus de l’hiver. Des grises mines s’égayent de gris et obscurs sourires.

Cher poulet...

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 février 2012. dans Vie quotidienne, La une, Gastronomie

Cher poulet...

Ni le gras et aristocrate chapon des fêtes carillonnées, l’image même de l’abondance, un rien indécente, ni la « Cou-nu du Forez » (pauvre bête !), ni celle qui honore les tables bourgeoises parisiennes chez les Rougon-Macquart – la Geline de Touraine… Non, mon enfance a été, elle, comme habillée des plumes blanches herminées de la rustique poule Boubonnaise, de ses piaillements, de ses cris et envols soudains, de cet œil rond (bête, disait-on ; on se trompait, bien sûr).

Ma grand-mère élevait, à deux pas de la cour de ferme, « un cent » de poules, en plein air, dans un espace immense aux allures de savane des origines ; quand on rentrait là, c’était un bain de poules, comme une mer blanche, mouvante, bruissante, comme cour d’école – car, un rien les agace, les poulettes ; rituels bi-quotidien du « p’tit, p’tit » en langue bourbonnaise, limitrophe du Limousin – ailleurs, autres façons de dire, autres accents ; glossaire de l’appel des poules, riche comme celui des patois…

Nourries au grain, vous pensez bien, en ces époques anciennes… Une petite photo me reste en mémoire : ma grand-mère et son tablier de serge fleurie – pas de chapeau, je crois ; sur la hanche, la panière ; le geste ample et pas si facile que ça de la distribution ; autour, des flopées de gourmandes, toutes plus blanches et grasses, les unes que les autres.

Comment chi...n...er ?

le 10 février 2012. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits

Comment chi...n...er ?


Oh, le gros mot ! Et pourtant, « comment maigrir », « comment bronzer », « comment draguer », la presse fourmille d’articles visant à apprendre à l’individu comment se comporter en toutes circonstances, comme s’il existait une façon de vivre particulière, qui serait celle de la femme ou de l’homme idéal.

En fin de compte, ça n’est qu’une surenchère au diktat de la normalité. Il est ainsi question d’être normal, au-delà de la norme elle-même. Quelle bêtise prodigieuse, d’où ma grossièreté, qui dit la mesure de mon agacement face à ce phénomène !

Je ne connais pour ma part personne de véritablement normal, tout juste m’arrive-t-il de rencontrer des gens si ternes, si lisses, si propres sur eux, que l’on se demande parfois s’ils ne vivent pas de l’air du temps lui-même, tout comme ces plantes épiphytes, qui prospèrent sans aucun sol, dans l’humidité des serres tropicales.

Sont-ils forcément à plaindre pour autant, semblant vivre dans l’absence de désirs et d’émotions ? Si c’est effectivement le cas, pas du tout, puisqu’il conviendrait de dire alors qu’ils ont atteint l’état d’ataraxie que recherchent les sages et méditants de tous poils.

Tatie Tigrette et les 40 croquettes

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 janvier 2012. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits

Tatie Tigrette et les 40 croquettes

 

Vous souvenez-vous – j’ai bien dû le voir X fois – de cette merveille d’Etienne Chatiliez : Tatie Danielle (1990)… L’atroce vieille dame, définitivement indigne, portant en sautoir ses 92 ans, dont les derniers feux de l’énergie vitale passaient dans – excusez – « faire ch… l’entourage et même un peu au delà ». Le film, impeccable de traits outrés, mais au final, justes, ne commençait-il pas par cette mise en garde : « vous ne la connaissez pas encore, mais elle vous déteste déjà »… Tsilla Chelton, œil des mauvais jours, mèche grise peu engageante, voix geignarde de crécelle mal accordée à vous tuer l’oreille interne, a reçu, pour l’affaire, un César de la meilleure actrice remarquablement mérité. Depuis lors, le prototype « une Tatie Danielle » est passé partout dans nos vies, estampillé sociologie ; c’est un peu de nos grands-mères, tantes, et évidemment, belles-mères. Mais jusqu’à maintenant, si cela demeurait une chieuse de haut vol, dont le biotope hantait les abords des maisons de retraite, c’était toutefois limité à la race humaine, plutôt occidentale, mais non transmissible à l’animal ; mais voilà, c’est à présent avéré – vite, les micros du 20 heures – j’AI une Tatie Tigrette chez moi ; Corrèze profonde.

L'art d'être femme de ménage

Ecrit par Elisabeth Itti le 18 novembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Humour

L'art d'être femme de ménage

Ma perle, connaissant mes hobby, mes phobies, mon bazar, mon zouk, me voyant toujours lire sans lunettes, me demande prudemment :

– Est-ce normal cette paire de lunettes par terre ?

Moi :

– Mais alors pas du tout, contrairement à ce que l’on pourrait croire ce n’est pas une œuvre d’art.

Je lui raconte qu’un jour, une autre de nos dévouées perles, alors que j’étais en train de gagner les quatre sous qui me permettaient de la rémunérer, s’est escrimée à nettoyer pendant de longues heures, à mes frais (normal), la garniture en cuivre du four, qu’elle imaginait encrassé. Nous partons dans un immense éclat de rire. Rassurée, elle me tend les lunettes que je range rapidement sur le bureau de mon conjoint.

Je me plonge dans la lecture de la presse quotidienne. L’actualité déborde d’histoires de femmes de ménage en mal avec des mâles, manifestant, réunissant les ligues des droits de la femme, du travail, etc. Signe des temps et de l’emploi services menacé, soupçonné d’être une niche fiscale, alors que c’est une mesure honorable de contribution à la pénurie de l’emploi, alors que sa suppression serait un encouragement manifeste au travail au noir et aux cumuls des emplois.

La paternité matricielle

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 novembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie

La paternité matricielle

Il y eut récemment une polémique concernant l’introduction dans certains manuels scolaires de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) de ce que l’on appelle les « gender studies », c’est-à-dire une interrogation sur l’identité sexuelle au niveau psychologique : la différence est-elle intrinsèque et sui generis ? Ou est-elle construite par la société ? Est-on homme/femme par nature ou de par la culture ? L’essentialisme défendu par l’Eglise catholique se heurte à l’observation empirique qu’il y a des femmes très « viriles » et des hommes très « femme ».

Bref, la cause est entendue : on ne naît pas femme, on le devient… Sauf, dit le consensus, dans un domaine très particulier, un domaine où le « différentialisme » reprend tous ses droits. Ce domaine se nomme, en anglais, le « nurturing », mot difficilement traduisible qui inclut l’éducation mais aussi la nutrition, le fait de nourrir au propre et au figuré, les mille et une attentions qu’un bébé requiert et sollicite. En un mot, c’est la femme qui a la haute main sur la petite enfance ; et ce véritable matriarcat affectif se moule parfaitement dans le schéma canonique qui régit (ou devrait régir) les relations familiales : le père tenant le rôle du tiers qui s’interpose entre la mère et l’enfant, mettant fin à la fusion et ouvrant ainsi le champ aux autres et à la Loi.

Montand, cet ami inconnu ...

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 novembre 2011. dans Vie quotidienne, Souvenirs, La une, Société

Montand, cet ami inconnu ...


Ils sont nombreux – une cohorte de cœur choisie – ces amis inconnus qu’on emmène avec soi. Ils ont traversé, souvent accompagné nos vies, incarné ou consolidé quelque chose ; on a, à travers eux, fait notre baluchon de bonheurs, ou de vrais coups de chagrin, par des chansons, des images, des écritures … une voix, une présence toujours, une référence, souvent.

Montand ; 20 ans déjà ; un autre automne bien autant pluvieux, plutôt plus gris, quand, à la TV, défilèrent ces foules parisiennes – funèbre parade – après un Sartre, loin après un Victor Hugo, avant, évidemment Mitterrand. Tellement recueillie, la dernière manif d’Yves, ficelée derrière ce corbillard à l’ancienne qui cahotait jusqu’au Père Lachaise, avec, le surmontant, dansante comme Montand, cette silhouette – gouaille et claquettes – qui emportait avec elle toute la chanson du monde.

Ce jour-là, devant ma TV, une larme m’avait échappé, furtive, et sur lui, et sur moi, et, finalement, sur nous tous, et mon gamin, un curieux de neuf ans avait murmuré : « tu pleures ? Tu le connaissais ? » Car sait-on jamais avec les parents ; c’était peut-être un familier, parti on ne sait où… On avait alors expliqué que, non, on ne le connaissait pas, mais que, oui, il faisait partie de nos vies, à sa façon.

Qu'est-ce que que ? (FIN) : la CPBS attitude

le 11 novembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie, Ecrits

Qu'est-ce que que ? (FIN) : la CPBS attitude


C’est ma cousine Germaine qui se moquait tantôt ainsi de moi, en parlant de certaines de mes valeurs ; CPBS, ce sont les initiales de Calme, Paix, Bonheur et Sérénité, et ce sont peut-être les choses qui me tiennent le plus à cœur, se situant au-delà de toutes considérations politiques et morales, toujours plus ou moins stériles et rebutantes.

Le calme permet d’être en paix avec soi, et, partant de là, avec les autres, et cette paix est la condition même du bonheur, car je ne vois pas quel sorte de bonheur je pourrais connaître dans l’agitation et le conflit. Ceci fait, on peut espérer atteindre à la sérénité, qui nous dégage de la peur de la souffrance, de la maladie et de la mort.

Ma cousine Germaine, elle, prône les vertus de la colère, qu’elle reconnaît comme un mode d’expression valable, pour défendre ses droits, ses acquis, comme pour marquer son désaccord, et partant de là, me qualifie de mou, voire de lâche et de filou, détestant tout à la fois mon hédonisme, mon opportunisme et mon attentisme viscéraux. Elle estime qu’il est sain et naturel de se fritter aux autres pour faire avancer les choses.

La porte

Ecrit par Eva Talineau le 04 novembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie

La porte


1er novembre, et il fait sombre et l’ombre du monde étend à l’intérieur de moi sa nappe de tristesse – la bêtise et la mauvaise foi du dehors me rongent à l’intérieur – un ami, dont la fréquentation me protège un peu  de la déréliction ambiante, s’est absenté – d’autres sont là, pas si loin, que j’aime aussi, mais sur cette scène là, celle où les nuages noirs gagnent du terrain, ils n’y sont pas. Mélancolie banale qui donne à la vie un goût de cendres, de solitude, et qu’il vaudrait mieux, peut-être, que rien ne soit venu à l’être plutôt que quelque chose.

Et puis, en même temps, la vie continue, quotidienne, et heureusement – il faut faire les courses, prévoir des repas, et il n’y a presque plus de lessive-laine/cashmere. Direction Auchan. « Je vais avec toi » déclare mon mari, qui sent que je ne suis pas « dans mon assiette ». Très bien. Nous sortons, moi sans rien voir, perdue dans mes pensées, machinalement, je ferme la porte, sans la regarder. Qui regarde une porte ? Elle est comme d’habitude, blanche, reliant/séparant intérieur et extérieur. L’idée de la porte est-elle apparue dans le monde en même temps que celle de maison, où un peu après ? Les animaux ont des terriers, des nids, des grottes, des espaces d’habitation – quelques uns d’entre eux ont-ils inventé ce concept, qui pour nous semble aller de soi, d’interposer un quelque chose entre dedans et dehors ?

Lucrèce et la cerise ...

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 novembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie

Lucrèce et la cerise ...

Un chagrin vient de me tomber dessus, il y a peu. Force 7, pour le moins, sur l’échelle de Richter ; tempête tropicale soudaine ; fracas des murs qui s’effondrent ; alerte rouge pas comprise sans doute. Que lire dans cette carte météo ? Où se trouve l’œil du cyclone ? Etretat tombe dans la mer, et, à la différence des 3 petits cochons, je n’avais pas préparé de maison en pierre…

Le psy - que je n’ai pas - me dit : «  essayez donc un peu de Lucrèce ! ». Sur ma table de chevet, deux vieux « Garnier - Flammarion » ; « les fleurs du mal » évidemment, et le « De  Natura Rerum » de Lucrèce. Celui qui « tord le vieux voile d’Isis trempé dans l’eau des ténèbres », comme dit mon cher V. Hugo. Jauni, il est encore annoté de mon écriture d’adolescente ; - elle a peu changé - et cette pérennité, cette constance, restent en moi, à l'autre bout de la vie ...

Comme la cerise d’une vie déjà  si peu  gâtée en soucis, je me surprends à  dire, contemplant ce que je traverse, que, peut- être, comme Lucrèce, j’apprécie mal distances et volumes ! Notre scientifique latin, cherchant à raisonner et à expliquer cette nature qui l’entourait, a souventes fois - si moderne - eu des intuitions géniales quand il s’est agi de la chaleur, de la circulation des sons, de la réfraction de la lumière, sans compter - pièce magistrale de son œuvre - des atomes (mais, si !).

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