Devine ... la Ville

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 juillet 2011. dans Vie quotidienne, La une, Voyages

Devine ... la Ville

Devine... la ville...

… dont je te parle ici… Ouvertement méditerranéenne ; pierres au grand soleil, vent venu d'Espagne, ciel bleu Miro (un peu Klein aussi) ; alanguie, à la façon des Algériennes des tableaux de Delacroix, mais aussi décidée, active comme les femmes si modernes qu'on trouve dans Alfons Mucha... Posée dans sa plaine ; vignobles et grands pins ; cyprès noirs, à la manière, certains soirs, de la campagne romaine des plus beaux « Le Lorrain » …

Ses seigneurs du plus haut Moyen-âge répondent au beau nom de Guilhem ; il y a une reine Marie, se promenant, ce jour, dans les fleurs de son tram ; ville aragonaise au temps de sa splendeur médiévale ; déjà, tout ce que j'aime : mélange, encore et encore ; compétences multiples de son quartier juif ; « médina » à l'arabe ; senteurs, couleurs venues d'orient ; abbayes savantes dans la plaine bleue ; chemin de Compostelle ; églises et maisons fortes, un peu à l'italienne...

Aux époques confites en dévotion, éclat métissé des savoirs : école de droit ; déjà l’université ; faisant face aux obscurantismes,  avec Cordoue, avec Coimbra, mais aussi Grenade, médecine et pharmacopée se relèvent ici, depuis la lointaine rive antique, oubliée, ailleurs...

L’honneur du Moyen-âge s'est retrouvé là, croisant le commerce, mais les savoirs surtout : hébraïque, islamique, mais aussi hellénistique !

Lis, ou relis le beau livre de Cohen : « Le médecin de Tolède », et tu la verras surgir dans sa face claire, mais sinistre aussi : bûchers, massacres, holocaustes… déjà !

Au détour des ruelles, Jacques Cœur…, venu des confins du Moyen-âge, en partance avant l'heure pour la Renaissance... ; montant au plus haut de sa « maison de ville », il voyait arriver, là-bas, vers la mer, ses « galées », chargées de tout le Levant... Émue - plus sans doute que je ne voudrais dire - de le retrouver, ici, ce personnage historique qui est mon préféré, dont le palais de Bourges - là-haut vers le nord - est ancré dans mon émotionnel de professeur d'histoire. Ce qui me plait en lui - ce Danton avant l’autre - est assurément ce que j'aime dans cette ville : du culot, de l'imagination, de la passion, et de l'ouverture d'esprit : goût des mélanges chez cet homme allant, lui-même, en Orient, discuter commerce - foin de la religion ! …  avec les musulmans...

Mais, tu hésites, tu ne vois toujours pas ! Une ville du midi, bien sûr, mais laquelle ? Plus espagnole ou tirant vers l'Italie ? Les deux ! Sans aucun doute ! L'Espagne, par son histoire et sa « grand' place », dont je voudrais, chaque fois que je la traverse - ses terrasses, ses fontaines, ses bateleurs - qu'elle s'appelât : place d'Espagne, comme à Salamanque ! Et l'Italie ! Ce sont les paysages, les façades (celles des « Folies », surtout), le ciel, le soir en été, zébré du vol soyeux de petits martinets... Climat de Via Appia, présence romaine à deux pas, au bord du petit fleuve si court (à peine une rivière), vert, comme un margouillat d'Afrique, bondissant dangereusement parfois, à la manière d'un cheval camarguais qui nous échapperait...

Va donc t'asseoir au point haut de la ville (pas plus de quelques mètres), au bord du bassin, au pied d'un château d'eau plus raffiné que le Trianon de Versailles ; de sa statue équestre, Louis le quatorzième pointe le doigt vers la rebelle, un temps, si protestante ; terrible image, symbole de l'absolutisme, souvent montrée dans mes classes, et que pas un élève n'échouait à lire !

Les cotonnades, le « verdet » ont suivi, puis, plus tard, la mer de vignes ; tout ça installa la prospérité tranquille des dynasties bourgeoises qui s'éventent au soleil dans les tableaux de Frédéric, au musée... Puis, vinrent les temps sombres du phylloxera, les cris des vignerons et « le pas lourd du 17e en marche » dans les balbutiements du siècle dernier... ville de gauche, bien sûr ! Tu te dis, tout soudain : « tiens ! ça me dit quelque chose ! »… ; mais tes cours d'Histoire sont trop loin !

Quatre marchés couverts et, en plein vent, des étals hauts en couleurs et en saveurs, dans chaque quartier ; partout, l'accent des gens, bien de ce sud-là ; juste une pointe plus « roulant » que sur la Canebière ; mélange, encore, ici : ce qui vient des « pieds-noirs », si nombreux à y avoir reposé leur fatigue, voici maintenant plusieurs générations ; ce qui musicalise, avec fracas, parfois dans le rap des quartiers ; l'accent pointu des diplômés du nord, descendus y travailler et qui - mystère - tardent à remonter !

Regarde ! Ville-pont / Ville-plurielle / : partout des contacts, des échanges ; ici on est « jumelé » à la moitié du monde ! Ce que je vois en flânant à la nuit tombée, dans l’ombre fraîche des placettes, dans le nom des rues, dans le regard des gens, c’est tout ce qui aurait plu à Averoes, à Grenade, et au grand Frédéric, à Palerme … ils la saluent sûrement, la ville dont je te parle, depuis leur rive lointaine, de l’autre côté de l’ Histoire… Tu seras d’accord avec moi : Huntington a tout faux ! Ce ne sont pas les bulles qui comptent, mais bien leurs interfaces ! Seuls valent les mondes qui valorisent l’altérité ; musiques, peintures ou bâtiments et même parlers - ici, l’occitan, vivant, dans les écritures et les écoles -. Seuls ceux-ci restent debout avec honneur, fenêtres ouvertes à tous les parfums d’ailleurs …

Toujours pas ? Ferme les yeux, alors, et entends tonner dans ta mémoire, le « grand féodal », au Conseil Régional ; ses galéjades, ses provocations redondantes, ses insupportables dérapages ! Mais aussi son génie de l'urbanisme, son imagination créatrice ! Le père de la ville si nouvelle, si facile à vivre, c'est lui ! Ville qu’on cite en exemple, dans tous les livres de géographie !

Il y a ici, des vélos, le long du fleuve, des fontaines plus nombreuses que dans toute l'Italie, un tram bleu comme la mer, un autre, fleuri, comme la garrigue toute proche, de la musique à n'en plus finir, des printemps de théâtre, et la plus belle librairie que je connaisse... « Surdouée », la ville, ce n'est pas trop dire ! Je t'assure.

Pour moi, des pincées de vacances, ça et là, de plus en plus, tâtant au bout du compte de toutes ses saisons ; laquelle a ma préférence ? je ne sais ! Le printemps ? … « Mars qui rit malgré les averses... », a écrit un certain ; ça lui va bien ; l'été, saturé de mer chaude et de cigales ; son automne si lumineux (sur les étangs, parfois, s'élancent ces flamands qui me rappellent l' Afrique) ; l'hiver, tout en grands vents et en ciel « bleu de France » ...  Je me sens chez moi, ici, autant qu'au bord de mes bruyères corréziennes, pour les mêmes raisons, au fond ; les gens, l'Histoire, l'art et la beauté du monde ...

Alors ! Tu donnes ta langue au chat ? Celui qui boit dans l'eau des « Trois Grâces » à la Comédie, et s'en va siester sur les pierres chaudes du Peyrou, à la tombée du jour, avec ce je ne sais quoi dans les prunelles, chères à Baudelaire, en regardant Les Arceaux s'allumer ... Tu vois ! Tu as trouvé ! …


Allez les « petits futés » … envoyez vos réponses en commentaires


Martine L. Petauton


A propos de l'auteur

Martine L. Petauton

Martine L. Petauton

Rédactrice en chef

 

Professeur d'Histoire-Géographie

Auteure de publications régionales (Corrèze/Limousin)

 

Commentaires (5)

  • Ficus Lissant

    Ficus Lissant

    25 août 2011 à 12:10 |
    Oui, Montpellier, bien-sûr ! LA ville cosmopolite, LA ville de synthèse culturelle par excellence ! Montpellier "super-star", citée (par les géographes et autres), depuis les années 1970, comme l'exemple même d'une politique municipale ayant débouché sur un urbanisme d'avant-garde ! En somme, une sorte de "modèle". Etc.

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  • Martine L

    Martine L

    19 juillet 2011 à 10:22 |
    Donc, c'est Montpellier . Les chemins de tromperie auraient pu conduire du côté de Toulouse, mais il y a les étangs de la petite Camargue ; Marseille était exclue ( l'accent n'est pas celui de la Canebière ) ; Aix, peut-être, pour ce plein de culture et d'Histoire, aurait pu montrer le museau ! Bourges, chère Luce !! malgré mon Jacques Cœur préféré, je vous achète, dès que possible un atlas ! Quant aux frères Pourcel et leur «  jardin des sens », même mes 40 ans de mariage que je fête cette année ne m'y ont pas vue ! Surcoté, et trop prédateur côté porte monnaie ; JF, je vous inviterai ailleurs !

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      19 juillet 2011 à 14:14 |
      A vrai dire, rien que la phrase"Ferme les yeux, alors, et entends tonner dans ta mémoire, le « grand féodal », au Conseil Régional ; ses galéjades, ses provocations redondantes, ses insupportables dérapages !"laissait peu de doutes : vous parliez de Frêche bien sûr!...

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  • Luce  Caggini

    Luce Caggini

    17 juillet 2011 à 00:13 |
    Chère Martine
    Bourges....Ne pourrions nous nous croiser?Même si je ne sais pas deviner !

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    15 juillet 2011 à 20:15 |
    Belle évocation de Montpellier!...Vous auriez pu ajouter un restaurant trois étoiles (je n'y suis - hélas! - jamais allé) tenu par des jumeaux...

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