Qu'est-ce que que ? Les projets ...

le 21 octobre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Ecrits

Qu'est-ce que que ? Les projets ...


Les projets, ah, les projets…


Les projets, je n’en ai plus, et d’ailleurs, en ai-je jamais eu ?! Faire des enfants, un projet ? Quelle horreur ! J’ose espérer que faire un enfant se situe bien au-delà du simple projet, sans quoi la chose revient à la reproduction et à l’élevage. Mes enfants, je les ai désirés, espérés, comme on espère l’Amérique, qui ne peut être que magnifique !

Pareillement, j’ai aussi désiré avoir une maison, avec un jardin de fleurs et d’herbes, un potager et une balançoire. Les désirs, oui, les projets, non ! Car, qui dit projet, dit calculs, placements, sacrifices, voire magouilles plus ou moins honnêtes. Enfin, c’est ce qu’il me semble.

Un projet suppose également de la volonté et souvent, des sacrifices, et j’en ai si peu, et surtout, je rechigne tant à devoir me priver d’une chose pour en obtenir une autre ! Quand on se contente du désir, on s’ouvre par là au fortuit, à l’accidentel, qui nous amène à des situations éventuellement tout à fait inattendues, quand le projet ne nous promet que ce que nous avons prévu sur plan.

Ne me dites pas que vous pouvez avoir un projet précis, et néanmoins rester ouvert à l’inconnu ; c’est alors que nous ne parlons pas la même langue, car, ce faisant, je vous répondrai que votre projet est en fait un désir qui n’ose pas dire son nom.

Car, qui dit projet, dit plan et méthode, c’est ce que l’on m’a appris dans mon école d’ingénieur, alors que j’ai toujours personnellement préféré me contenter d’apporter des solutions ingénieuses aux problèmes qui se posaient à moi ; quelque part, je me suis donc fourvoyé, trompé d’orientation, comme un chaud lapin qui aurait suivi des cours de théologie, en quelque sorte.

Au passage, je m’amuse de constater que, si je devais faire de la politique comme on la pratique habituellement, je serais bien ennuyé, avec mon absence de projet ; un politicien sans projet politique, ça n’a pas d’allure !

Mais, dans ma conception idéale de l’anarchie, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement ; un anarchiste qui aurait un projet politique précis, trahirait selon moi le principe fondamental même de l’anarchie, qui est l’ouverture à tous les possibles, pourvu qu’ils soient positifs pour l’humanité dans son entier. L’anarchie suppose un horizon constamment ouvert, quand le projet demande au contraire une fermeture et un contrôle de celui-ci.

Alors, au bout du compte, parlez-moi de vos désirs, et jusqu’aux plus fous, mais foutez-moi la paix avec vos projets, même les plus raisonnables.


Gilles Josse


Commentaires (3)

  • eva talineau

    eva talineau

    22 octobre 2011 à 23:15 |
    je me situe sans doute au milieu de ces deux conceptions. Je crois aussi beaucoup à l'instant, aux occasions, aux rencontres, à tout ce qui n'est ni planifié ni calculé d'avance. L'essentiel d'une vie, ce sont les évènements, fulgurants, qui en sont les lignes de faille. Seulement, une fois cet évènement arrivé, il faut bien se déterminer par rapport à lui - on peut alors ne rien en faire, juste constater que "c"'est arrivé - ou alors prendre sur soi d'essayer d'en faire quelquechose, et là c'est le temps du projet, du mûrissement, de ce qui a besoin de temps pour prendre forme, de temps et de soin. C'est vrai pour les relations amoureuses, ou amicales profondes. Vrai aussi d'un travail de recherche. S'en tenir à quelques illuminations, pourquoi pas ? mais ça ne donne pas grand'chose si après, ces trouvailles fulgurantes, on ne se donne pas la peine de les inscrire dans ce que d'autres ont fait avant soi.

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  • gilles josse

    gilles josse

    22 octobre 2011 à 06:10 |
    "Car, qui dit projet, dit plan et méthode", contre quoi je me suis élevé en vous parlant de la "méthode du cheval" dans un autre article, et en écorniflant Descartes, avec mon "coïto, ergo sum". Je crois beaucoup à l'instant, à l'instinct, aux occasions, aux rencontres, à tout ce qui n'est ni planifié, ni calculé d'avance. Le projet se situe encore à l'antipode de la poésie.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    21 octobre 2011 à 21:23 |
    Vous semblez opposer désir et projet...Pourquoi? Le désir est ce qui alimente le projet : sans envie, pourquoi faire quelque chose?...Garder un horizon ouvert ne signifie pas rester immobile; ou alors je plains vos anarchistes!

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