Affaire DSK : injustice et perversion

Ecrit par Daniel Sibony le 27 mai 2011. dans Monde, La une, Psychologie, Politique, Société

Affaire DSK : injustice et perversion

Dans cette affaire, on n’a pas trop pensé parce qu’on est fasciné par l’instant crucial où se joue le destin d’un homme. On aime l’idée de voir toute une vie se trancher en quelques minutes – quitte à déplorer, s’indigner, s’apitoyer, s’offrir toutes les friandises mentales qui vont avec. Cette fascination et ce rituel macabres ont été voulus, organisés par la juge américaine, qui a d’emblée entériné la parole de la femme et qui, avec un sourire ironique (très visible sur la vidéo de l’audience) a décidé de traiter l’homme en criminel dangereux. Veut-elle venger sur un homme toutes les femmes qui n’ont pu faire juger leur violeur ? (J’ai eu quelques juges en analyse et j’ai frémi devant ceux qui partaient bille en tête pour défendre le Bien.) Même la loi du Talion, qu’on évoque avec mépris, était un progrès sur la loi de la vengeance, puisqu’elle pose que lorsque, par exemple on crève un œil, on donne non pas un œil, encore moins sa vie, mais l’équivalent d’un œil (« œil pour œil »). Ici, le « crime » envisagé est très – très – improbable. Un homme ne tente pas de violer une femme dans un espace nullement désert, dans un lieu où elle peut appeler, menacer, porter plainte (cela suppose que cet homme est presque fou, violemment compulsif) sans avoir de sérieux antécédents. Or jusqu’ici, cet homme n’a violé personne.

Une ou deux femmes se plaignent de lui (elles cherchent avant tout la vérité, c’est clair), mais elles décrivent des dragues insistantes, voire un peu lourdes, pas des agressions. Et des journalistes rappelant qu’ils ont toujours pointé ce trait de son caractère, décrivent aussi un dragueur insistant, mais pas un agresseur, encore moins un criminel. Bref, si cet homme devait agresser dans un espace quasi public une femme dont il peut deviner qu’elle se plaindrait, il faut qu’il ait déjà un passé d’agresseur. Or c’est un séducteur insistant, et cela n’a rien à voir : un séducteur jouit de rendre la femme consentante. Loin d’imposer un « je veux », son but est d’obtenir qu’elle veuille. On est forcé de penser qu’elle voulait, au départ, et qu’elle a pu changer d’avis, sans que l’homme intègre ce changement à la minute. La limite, plus qu’incertaine, a pu être franchie, mais y a-t-il eu coups et blessures ? Fellation ? Quelques griffures ? (Si elle a dit « oui » au départ et que ce « oui » cache un « non », il faudrait voir ce que ça cache. Même le « oui » marital peut cacher des « non »…) Pour qu’il y ait forçage, il faut que la pulsion sexuelle du sujet, qui n’est pas dans une grande privation, l’emporte sur sa pulsion narcissique, celle de son image, de son avenir, de son prestige, etc. Il faut qu’il soit non pas dans la séduction, mais dans un état d’inconscience mu par le besoin de détruire l’autre, dans sa personne, son identité, son nom (c’est plutôt ce qu’a fait la juge envers lui, et sans risque). Il faut que notre homme soit dans une épreuve de force avec le « père » ou le symbole qui le représente, qui peut être la femme, la mère ou l’enfant… Dès lors, les détails scabreux du « crime » ne tiennent pas (il lui a par deux fois « touché la bouche avec son sexe ») sauf si c’est un fétichiste de la fellation forcée, ce qui là encore exige des antécédents, et qui semble très risqué (morsure).

Une fois posé ce « crime », on interprète ses actes en fonction de sa culpabilité supposée : il est parti, donc il a fui, donc il est coupable. Or un fuyard ne rappelle pas pour qu’on le localise. De même, on a peur qu’il échappe à la justice, or il peut promettre d’être présent lors du procès, il peut donner sa parole ; mais non, la parole d’un homme ne vaut plus rien, et de façon définitive, s’il est accusé d’avoir commis cette tentative. En somme, s’il a commis cette chose ou s’il en est accusé (ce qui semble revenir au même), on peut n’avoir aucun égard pour l’ensemble de sa vie.

L’acte pervers de la juge américaine (qui vise d’abord à briser l’autre tout en feignant de rendre justice) aura des effets pervers. Déjà, il suggère de traiter les femmes comme des enfants dont la parole, forcément vraie, prime d’avance sur celle de l’autre, de l’adulte tout-puissant, de l’homme qu’on pourra toujours suspecter. Assez d’hommes ont peur de la femme (vu le lien à leur mère) mais si la loi « justifie » cette peur, les rapports entre les sexes n’iront pas mieux. Les femmes seront ainsi suspectées. Déjà que la libido se raréfie, beaucoup d’hommes verront leur désir entamé par l’idée de risque, celui de la fausse accusation. On pourrait dire « bonjour la parano ».

Autre effet pervers : on a ici très peu parlé de la femme supposée victime. Mais c’est que beaucoup de gens, très respectueux des femmes,  beaucoup de femmes même, n’y ont pas pensé, tant elle est quasiment identifiée à deux blocs superpuissants, la police new-yorkaise et la justice américaine ; cela a masqué son aspect victime au profit de l’aspect bourreau. Et elle redevient victime mais autrement, du fait d’être derrière des bourreaux, identifiée à ce drame pour longtemps.

Et si en fait, l’Institution judicaire nous lançait un message ? Du genre : il faut pas moins que ça, que cette justice terrifiante, pour assurer le vivre ensemble ! Et comme, pour celui-ci, on ferme déjà sa gueule (consensure), on a des peurs variées mais qu’il ne faut pas montrer, sous peine d’être pointé « phobique » de ceux-ci ou de ceux-là, si on ajoute cette phobie-là (femmophobie ? mais le nom est déjà là : misogynie), que restera-t-il pour vivre ensemble ? Bref, il n’est pas bon qu’un homme soit « tué » sans jugement sur la parole d’une femme qui s’appuie sur l’hypothèse pathologique la plus extrême.


Daniel Sibony

 

(texte reçu par mail. NDLR)

Psychanalyste, écrivain. A publié récemment: Marrakech, le départ, roman, et Les sens du rire et de l'humour, (Odile Jacob)

www.danielsibony.com et www.youtube.com/user/danielsibony

A propos de l'auteur

Daniel Sibony

Daniel Sibony

Daniel Sibony, écrivain, psychanalyste, auteur d'une trentaine de livres.

Né le 22 août 1942 à Marrakech, dans une famille juive habitant la Médina. Sa langue maternelle: l'arabe; sa langue culturelle: l'hébreu biblique. A l'âge de 5 ans il commence à apprendre le français. Il émigre à Paris à l'âge 13 ans.

Etudes de mathématiques : licence puis doctorat d'Etat. Il est assistant en mathématiques à l'Université de Paris à l'âge de 21 ans, puis maître de conférence à 25 ans en juin 1967. Il devient professeur à cette Université jusqu'en 2000, y animant, outre ses cours, toutes sortes de séminaires et d'expériences originales.

Entre-temps, études de philosophie, licence, puis doctorat d'Etat en 1985 (avec, entre autres, au jury : E. Levinas, JT Desanti, H. Atlan, Michel de Certeau).

Il devient psychanalyste à 32 ans après une formation avec Lacan et son école,

La collaboration avec Lacan fut très personnelle : Lacan a assisté plusieurs années au séminaire de D. Sibony à Vincennes sur "Topologie et interprétation des rêves": "Cet échange m'a permis de n'être ni lacanien, ni antilacanien mais d'intégrer le meilleur du lacanisme : la lecture de Freud et de m'éloigner du pire : le langage des sectes", dit Sibony.

Il fait chaque année depuis 1974 un séminaire indépendant consacré aux questions thérapeutiques et aux pratiques créatives et symboliques dans leurs rapport à l'inconscient.

 

Bibliographie :


D. Sibony est l'auteur d'une trentaine de livres dont les plus importants sont :


. NOM DE DIEU. Par delà les trois monothéismes (au Seuil, 2002)
Une analyse des tensions originaires entre les trois religions et une approche renouvelée de l'idée de Dieu.

. PROCHE-ORIENT. PSYCHANALYSE D'UN CONFLIT (Seuil, sept. 2003)

. L'ENIGME ANTISEMITE. (Seuil, sept. 2004)

. FOUS DE L'ORIGINE. Journal d'Intifada , (Bourgois, février 2005)

. CREATION. ESSAI SUR L'ART CONTEMPORAIN, (Seuil, oct. 2005).


Les livres de Sibony, malgré leur densité et leur caractère de recherche, ont un public important, public élargi par les interventions de l'auteur dans les quotidiens, à propos de l'actualité.

Actuellement D. Sibony partage son temps entre la pratique et la recherche psychanalytique (plusieurs ouvrages sur la psychanalyse sont en préparation), l'écriture et les conférences les plus variées.

 

Livres parus de Daniel Sibony :


LE NOM ET LE CORPS - (Seuil, 1974)

L'AUTRE INCASTRABLE - Psychanalyse-écritures - (Seuil, 1978)
LE GROUPE INCONSCIENT - Le lien et la peur - (Bourgois, 1980)

LA JUIVE - Une transmission d'inconscient - (Grasset, 1983)
L'AMOUR INCONSCIENT - Au-delà du principe de séduction -(Grasset, 1983)

JOUISSANCES DU DIRE - Nouveaux essais sur une transmission d'inconscient- (Grasset, 1985)
LE FEMININ ET LA SEDUCTION

- (Le Livre de Poche, 1987)
ENTRE DIRE ET FAIRE - Penser la technique - (Grasset, 1989)
ENTRE-DEUX - L'origine en partage - (1991, Seuil, Points-Essais, 1998)
LES TROIS MONOTHEISMES - Juifs, Chrétiens, Musulmans entre leurs sources et leurs destins - (1992, Seuil, Points-Essais, 1997)
LE PEUPLE "PSY" - Situation actuelle de la psychanalyse - (Ed. Balland, 1993)
LA HAINE DU DESIR - (Bourgois, (1978) 1994)
LE CORPS ET SA DANSE - (1995, Seuil, Points-Essais, 1998)
EVENEMENTS I - Psychopathologie du quotidien - (1991, Seuil, Points-Essais, 1995)
EVENEMENTS II - Psychopathologie du quotidien -(Seuil, Points-Essais, 1995)
ANTONIO SEGUI - (Cercle d'Art, 1996)
LE JEU ET LA PASSE - Identité et théâtre - (Seuil, 1997)
VIOLENCE - Traversées - (Seuil, 1998)
PSYCHOPATHOLOGIE DE L'ACTUEL - Evénements III - (Seuil, 1999, Points-Essais, 2000)
PERVERSIONS. - Dialogues sur des folies "actuelles"--(1987, Seuil, Points-Essais, 2000)
DON DE SOI ou PARTAGE DE SOI?- Le drame Lévinas -(Odile Jacob, 2000)
LE "RACISME", UNE HAINE IDENTITAIRE - (1988 et 1997, Seuil, Points-Essais, 2001)
PSYCHANALYSE ET JUDAÏSME - Flammarion, coll. Champs, 2001.
Coffret des 3 volumes EVENEMENTS - Psychopathologie de l'actuel - en poche (Seuil, 2001)
NOM DE DIEU - Par delà les trois monothéismes - (Seuil, 2002 - Points-Essais, 2006)
AVEC SHAKESPEARE - Eclats et passions en douze pièces - (1988, Seuil, Points-Essais, 2003)
PROCHE-ORIENT. PSYCHANALYSE D'UN CONFLIT- (Seuil, 2003)
L'ENIGME ANTISEMITE - (Seuil, 2004)
FOUS DE L'ORIGINE. Journal d'Intifada - (Bourgois, février 2005)
CREATION. Essai sur l'art contemporain - (Seuil, octobre 2005)
LECTURES BIBLIQUES - (Odile Jacob, oct. 2006)

ACTE THERAPEUTIQUE. Au-delà du peuple "psy" - (Seuil, février. 2007)

MARRAKECH, LE DEPART (Odile Jacob. 2009)

Commentaires (20)

  • eva talineau

    eva talineau

    30 mai 2011 à 20:55 |
    qui est la femme, sur la photo illustrant l'article ? la juge ?
    j'ai trouvé que cet article dit des choses très justes sur le traitement médiatique et juridique de l'affaire, le déferlement de haine qui se déverse, à travers cette histoire, sur la sexualité masculine, le désir comme éventuellement imprévu, imprévisible, et que le climat ainsi créé n'est guère favorable à eros, petit dieu capricieux et vite effarouché (espérons qu'il passera outre et continuera à envoyer ses flèches). Pour autant, je ne pense pas non plus qu'il soit possible d'être certain de quoi que ce soit concernant la parole de l'un ou de l'autre des malheureux protagonistes de l'histoire. Ce n'est pas parceque DSK n'avait jamais commis de violence que forcément il n'en a pas commis cette fois-là. Il peut y avoir de nombreuses "explications" à cela, par exemple qu'il y aurait eu là une sorte de "passage à l'acte", brutale irruption de l'Inconscient, défi au destin, le numéro de la chambre 2806 étant aussi la date du dépôt des candidatures pour les primaires du parti socialiste. On n'est sûr de rien, on a le droit d'imaginer des hypothèses, et même, pourquoi pas, croire un moment qu'elles sont vraies. La seule chose certaine, en tout cas, c'est que de cette affaire, deux personnes sortiront broyées, quelle que soit la réalité de leur brève rencontre, DSK et la femme de chambre de l'hôtel, dont les vies vont être disséquées, exposées publiquement sans souci de modération ou de retenue, sacrifiées à la jouissance publique.

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  • christine

    christine

    29 mai 2011 à 12:21 |
    Je rejoins également Sarah dans son propos : la médiatisation de cette affaire est excessive, et il faut la recadrer dans ce qu’elle est, c'est-à-dire une affaire non encore jugée.
    Le détail me semble d’importance.
    De plus, un certain nombre de phrases me choquent
    - en quoi le « crime » supposé est-il improbable ? Rien de ce que vous dites ne le justifie. Une probabilité aussi faible soit-elle n’est jamais nulle. De plus, l’existence du « 0 » cas connu n’exclue en aucun cas que le « 1 » puisse se produire. Sans prendre parti pour qui que ce soit, il y a toujours un début à tout.
    - « les détails scabreux ne tiennent pas ». Pardon ? Fréquentez un peu plus les associations de femmes victimes de violence, vous aurez moult exemples de cas similaires. Pas besoin de braquer une arme sur la tempe d’une femme pour qu’elle cesse de réagir. La peur, la honte, le sentiment d’impuissance, la faible estime de soi, suffisent largement.
    - « L’acte pervers de la juge américaine ». Oh ! Alors, considérer qu’il y a suffisamment d’éléments pour douter, pour se poser des questions afin de connaître la vérité, c’est un acte pervers ? Diantre…n’oublions pas qu’il y a une histoire, que dans cette histoire il y a deux versions diamétralement opposées, « A » et « non A » peuvent difficilement cohabiter. Laissons la justice œuvrer.
    - « L’acte pervers de la juge américaine …/… » ne suggère rien du tout ! La juge a écouté les deux versions, en quoi l’une d’entre elle est considérée comme primant sur l’autre ? Encore heureux que les deux aient la possibilité de s’exprimer, ce qui a été fait et sera encore fait. Nous sommes loin de la démarche « la parole de l’un prime sur celle de l’autre » et encore une fois, c’est à la justice de trancher.
    - « Déjà que la libido se raréfie »… aucun rapport de cause à effet ! Et ne légitime en rien le paragraphe. Ceci dit, si c’est réellement le cas, on observera moins de violences vis-à-vis des femmes, et plus de courtoisie et de respect. Je n’y vois aucune objection.
    - « Bref, il n’est pas bon qu’un homme soit « tué » sans jugement sur la parole d’une femme qui s’appuie sur l’hypothèse pathologique la plus extrême. » Qualifier l’hypothèse de pathologique est de la manipulation. Dans cette affaire, il y a une accusation grave, certes. Mais si une femme estime légitime de porter plainte, attendons les résultats de l’enquête avant de décider de ce qui relève de la pathologie, ou pas. L’homme n’est pour l’instant pas « tué » car pas encore jugé.
    - Pour en terminer : (Si elle a dit « oui » au départ et que ce « oui » cache un « non », il faudrait voir ce que ça cache. Même le « oui » marital peut cacher des « non »…) Effectivement le « oui » marital peut cacher des « non ». Même obtenu par des manipulations diverses, physiques ou psychologiques, un « non » reste un « non », et il se doit d’être respecté en tant que tel. C’est bien pour cela qu’existe ceci : http://www.avocat-hogrel.com/violences-conjugales--la-loi-du-9-juillet-2010_ad10.html
    - Cela existe au sein de certains couples, cela existe également en dehors de la structure conjugale. Cela n’a rien à voir avec les phobies préexistantes ou supposées à venir. C’est un fait.

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    • Claude

      Claude

      29 mai 2011 à 22:18 |
      Ça bouscule fort les symboles, que le grand "maître" puisse être jugé et risquer de choir. Que puisse être mise en cause la primauté de sa toute "puissance"... Zut, alors : le "Père" – qui incarne la Loi, me semble-t-il – se voit rappeler à l'ordre et, qui plus est, par une femme. Quelle horreur...

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  • senecal

    senecal

    29 mai 2011 à 09:43 |
    Monsieur Thuillier vous parlez d'une histoire !
    Une histoire ? Mais quelle histoire ? Rien n'est prouvé, rien n'est jugé.
    Restons en sur les faits. Une plainte déposée. Une arrestation médiatique outrée. Un jugement que l'on peut estimer suspicieux, d'enfermement. Un appel permettant au prévenu de choisir son lieu d'emprisonnement. Point barre.
    Tout le reste, ce qui fait couler beaucoup d'encre dont la mienne, ce sont des hypothèses dont certaines sont corroborées par le professionnalisme de leur auteur.
    J'avais, pour ma part, en tant qu'hôtelier, soulevé des invraisemblances dans la procédure d'accès à la chambre d'un VIP, visiblement encore occupée. Ce qui mettait en doute la façon dont la femme de chambre (et non pas la femme de ménage) y avait pénétré. Mais j'en suis resté là.
    Pour le reste, la façon dont la justice américaine fonctionne, ne laissant aucune place au respect de l'individu réputé innocent jusqu'à ce qu'un jugement sur le fond ait été prononcé, induit que l'on ne saura probablement jamais la vérité.
    Nous avons là, un bel exemple non pas "d'humanité" mais de tout ce qui compose l'humain, justement. Avec ses outrances, ses prétentions, ses excès, ses incompétences et son manque d'impartialité, d'humilité, d'altruisme et surtout de sérénité.
    Bref, aussi moche que le crime supposé quoi !

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  • Claude

    Claude

    29 mai 2011 à 09:16 |
    Je rejoins tout à fait Sarah dans son propos et trouve que l'on en a fait et dit déjà beaucoup trop s'agissant de cette affaire.

    Mais, vous me permettrez de trouver choquants certains des procédés dont vous usez ici :

    - J'ignorais que la psychanalyse fût une science exacte procédant par déductions basées sur des hypothèses clairement établies, dans une démarche purement objective aux conclusions intangibles... Or, à vous lire, il semblerait que ce soit le cas.

    - Ce simulacre de syllogisme dont les prémisses sont pour le moins douteuses, qui dit, en substance : la commission d'un tel acte dans de telles circonstances supposerait un passé d'agresseur. Or "il" n'a pas un tel passé, donc...

    - Concernant l'attitude de la juge et de ses supposés effets néfastes sur les rapports hommes-femmes, n'est-il pas déplacé et inconvenant d'écrire que les femmes s'en trouveront, de fait, «suspectées» ? De quoi, au juste ? D'affabulation, par exemple ? N'est-ce pas, justement, ce qui a prévalu jusqu'ici dans notre société où la victime avait à subir le double outrage, la double punition, d'être abusée, violentée, blessée dans sa chair et dans son âme, et de s'en trouver honteuse, indigne de s'en plaindre voire coupable de ce qu'elle avait subi, n'ayant d'autre choix que de se taire? Il est plus que temps que « la honte change de camp » !
    Vous parlez aussi d'infantilisation des femmes, comme conséquence probable de l'attitude "perverse" [sic] de la magistrate. Si l'enfant est, étymologiquement, celui qui n'a pas la parole, alors les femmes ont à choisir, si l'on vous suit, entre le Charybde du déni de justice, et le Scylla d'une justice qui les écoute ?

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  • COHEN Sarah

    COHEN Sarah

    28 mai 2011 à 17:00 |
    A mon sens, cette affaire suscite beaucoup trop d'intérêt et de discordes inutiles. Je m'adresse ici autant aux défenseurs qu'aux détracteurs. Les violences faites aux femmes de quelques natures soient-elles (viol, harcèlement, coups...) sont hélas un fait de société avéré voir ancré et ce dans n'importe quelle société et l'affaire qui retiens autant votre attention et qui fait l'objet de tant de débats n'est qu'une petite illustration, avec certes des enjeux politiques et éthiques, de l'inachèvement voire de l'inexistance des droits de l'Homme qui doivent être reconnus et surtout appliqués à la femme comme à l'homme.
    A mes yeux la médiatisation a été exagérément violente pour les deux protagonistes. Ici mon intérêt n'est pas de savoir qui est coupable ou non, mais bien de dénoncer un coup de projecteur très dispropotionné et inaproprié. A l'approche d'une nouvelle échéance politique il serait plus judicieux de se concentrer sur les futures élections auxquelles nous comptons participer en ayant l'impression d'exercer un pouvoir alors que nos droits humains et les valeurs humaines qui nourissent notre essence ne sont abolument pas défendus ni appliqués. Je terminerais en vous mettant en garde car chacun sait que "les chiens aboyent et la caravane passe"... Shalom à tous.
    Ultime question : auriez-vous dépensé autant d'énergie et de paroles s'il s'agissait de "Rachid" et de "Sandrine"?

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  • Danielle Alloix

    Danielle Alloix

    28 mai 2011 à 13:40 |
    Et les «  mots pour dire tout ça » ?  ne vaudraient – ils pas le détour , et n'auraient-ils pas leur place dans la vision de la psychanalyse ? Au temps de mes études universitaires, il régnait une petite mode : l'étude du champ lexical, avec comptage des mots utilisés pour décliner quelque chose ; parfois intéressant, quand on n'en faisait pas un passage obligé et restrictif : ici, pur régal ; si on classait par ordre d'importance le vocabulaire en usage dans les média , TV, radio, journaux, RDT compris, et discussions entre amis , on obtiendrait évidemment :  « DSK », avec quoi une génération de petits va apprendre à lire , «  sidération »,  « présomption d'innocence », « mort » ( l' homme, le choix du PS, et l'avenir, tant qu'à faire ), « fellation » a une bonne place pédagogique, j'en oublie, bien sûr ! 

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  • Kaba

    Kaba

    28 mai 2011 à 12:10 |
    Quels étaient les antécédents du premier acte ?
    On tourne toujours en rond avec vous, Monsieur Sibony.
    Je ne dis pas que DSK est coupable. La justice américaine le dira qui vient de disculper deux policiers accusés de viol (dans un contexte différent mais qui induisait néanmoins une forte probabilité). Mais vos raisonnements nous ramènent toujours au même point.

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  • Martine L

    Martine L

    28 mai 2011 à 10:40 |
    Vous avez du culot, monsieur Sibony ! Et, en ces temps de non – pensée, pensée fluctuante alimentée de ci, de là, ce peut être une qualité. On voit bien l'objectif : nous sortir du cerveau émotionnel et (re) animer le cerveau cognitif. Vous posez sur la table – et ça fait du bien – votre regard définitivement pertinent sur, non pas le fonctionnement de la justice américaine, mais, avec une précision de scalpel, sur «  la juge » - guignant, rappelons le, sa réélection – gibier de psychanalyste, assurément ! Mais il semblerait que vous posiez aussi autre chose : en disant :  « pour qu'il y ait forçage, il faut que la pulsion sexuelle du sujet … l'emporte sur sa pulsion narcissique ... », bref, qu'il se représente «  actant », vous prenez bruyamment le parti de la non culpabilité, et ( c'est à la fois gênant et courageux ) au nom de la compétence qu'on associe à votre nom. Il suffit de retourner votre phrase et on obtient un sujet prisonnier de pulsions plus ou moins maladives, ce qui, à l'heure qu'il est, n'est pas tranché … J'ai vainement cherché, dans votre plaidoirie de haute teneur, les mots : « on pourrait ... » ; du coup, il semble qu'en voulant nous sortir, de l'émotionnel, vous nous y replongez, en « assénant scientifiquement » un point de vue qui prend les allures d'une vérité ! Dans cette affaire terriblement malmenante pour chacun d'entre nous, seul le doute ( quelqu'un l'a dit dans les débats sur RDT ) signe l'homme.

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  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    28 mai 2011 à 08:55 |
    Que pensez-vous du cas du séducteur qui devient en fin de carrière un quasi violeur par abus d’autorité, sa séduction n’étant plus portée que par la force ? Mozart pensait que l’hypothèse était plus que crédible avec son Don Juan à lui. Le comportement de ce « séducteur » vis-à-vis de Zerlina, sa servante, relevait tout à fait d’un abus d’autorité. Pour le dévaluer le compositeur a écrit à son intention un air vraiment grossier,tout grand seigneur qu’il voulait paraître, face à l’air gracieux de sa jolie victime « séduite » le jour même de ses noces. Si Mozart ne connaissait rien en psychanalyse, rien en revanche de la nature humaine ne semblait lui échapper.

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  • Guerrier

    Guerrier

    28 mai 2011 à 08:16 |
    Sans revenir sur le(s) type(s) de rapports en question. Et vraiment " en question" qui laisse(ent) perplexe(s) et sur le fait qu'un homme seul sans arme ne peut pas, simplement pas violer une femme seule techniquement parlant, il vient dans le regard si particulier que cette juge pose sur le coupable une image " Lui FAIRE la peau ".
    Dehors, dedans chacun sa

    Répondre

    • Guerrier

      Guerrier

      28 mai 2011 à 11:00 |
      Désolée " Chacun sa peau ".
      Pénétrer ou dépecer.

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  • Eric Thuillier

    Eric Thuillier

    28 mai 2011 à 07:23 |
    Décidément, extraordinaire histoire, on serait presque tenter de dire « merveilleuse » histoire tant elle devrait faire d’un homme l’incarnation mythologique de la faille et porter son nom à des hauteurs qu’il conservera bien après l’oubli promis à l’homme «normal» que les instituts de sondage nous propose désormais en remplacement de DSK.
    Une faille individuelle qui mérite bien le terme de séisme qu’on lui a appliqué tant elle en croise d’autres, tant elle zèbre la surface des conventions et nous montre les abîmes.
    A coté des choses éminentes, comme la fragilité de la démocratie, le sexisme ambiant, la connivence des journalistes avec les puissants, l’antisémitisme toujours prêt à se saisir de ce qui peut l’alimenter, elle nous montre aussi – elle m’a montré du moins et je ne prétends pas avoir l’œil absolu – des choses plus troublantes et sur lesquelles il est difficile de ne dire que deux mots : une sorte de désir de l’antisémitisme qui habite ceux qui le traque avec ardeur.

    Voici q u’à ce panier bien garni s’ajoute la mise en déroute de la psychanalyse, qui peinant à retrouver ses repères, doit en appeler à la logique ordinaire pour analyser l’événement et aboutir à la conclusion que c’est la femme est le bourreau.

    Alors juste un point de logique. C’est parce que cette histoire est inimaginable qu’elle est vraisemblable. Elle nous offre une étrange illustration d’un principe connu qui veut que la réalité dépasse la fiction. Elle est inimaginable mais pas impensable, elle est même formidablement nourricière de la pensée, d’une vraie pensée qui ne peut se contenter de ce qu’elle connaît déjà.

    Répondre

    • Eric Thuillier

      Eric Thuillier

      29 mai 2011 à 07:11 |
      Je ne veux pas défendre ce qui n’est pas un point de vue mais une formule pour condenser le malaise ressenti devant ce que «j’ai cru voir» et qui me semblait une manière de porter le fer sur un mode qui ressemblait à celui des ennemis : idée du complot, amalgame, potins d’arrière cours.

      Je commence à avoir assez vécu pour m’être trouver face à certains constats pénibles. L’intérêt pour un sujet glisse assez vite en certains domaines plus du coté de l’intérêt que du sujet et découvrir une telle tendance du coté de la lutte contre l’antisémitisme m’a sauté à la figure parce que c’est un sujet pour lequel je n’ai pas d’intérêt mais la blessure mortelle (et par mortelle je veux dire qui a tué une partie de nous même, juifs ou non juifs) qui nous a été infligé.

      J’ai seulement voulu dire qu’il fallait faire attention en ce domaine ultra sensible, ne pas stimuler un phénomène sous prétexte de le combattre. Cela dit si tout est absolument limpide, s’il n’y a aucun risque de ce genre, je m’en réjouis.

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      • Yossi Malka

        Yossi Malka

        30 mai 2011 à 00:26 |
        Je dirais avec humilité , face aux érudits de notre site, que le plus divin des auteurs classiques français est bien Nicolas Boileau :Avant donc que d'écrire, apprenez à penser,Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,Et les mots pour le dire arrivent aisément.
        Ces phrases ont une force surhumaine, car elle résument , les myriades de phénomènes qui se « déroulent » en nous, lorsque nous prononçons un « mot » . Pourquoi force surhumaine , car seul le surhumain peut expliquer l'humain . Surhumain vous l'avez compris : transcendant , divin .
        Nous fautons souvent par excès d'excellence , alors que le terre à terre , plus difficilement accessible , est la clé de toutes les grandes pensées et théorie .

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    • Matthieu Delorme

      Matthieu Delorme

      28 mai 2011 à 15:47 |
      M. Thuillier il me semble urgent de vous inviter à mettre de l'ordre dans vos idées. La confusion, sur des sujets aussi éternels et sinistres que l'antisémitisme, entretient toujours le pire. Même si ce n'est pas votre intention, ce dont je ne veux pas douter.

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    • Yossi Malka

      Yossi Malka

      28 mai 2011 à 14:51 |
      Monsieur Thuillier
      Je lis votre commentaire, et je constate , que pour vous il y a des choses « éminentes comme la fragilité de la démocratie, le sexisme ….., l'antisémitisme toujours prêt à se saisir de ce qui peut l'alimenter  » ! Dois-je comprendre que l'antisémitisme est chose éminente comme la fragilité de la démocratie? Si oui , dans ce cas , écrire : « une sorte de désir de l'antisémitisme qui habite ceux qui le traquent.... » ne serait-il pas en contradiction dans votre pensée ? il ne faut pas être psychanalyste pour le comprendre ; à moins que l'antisémitisme ne soit pas pour vous chose éminente !
      Il n'y a aucun désir de l'antisémitisme pour ceux qui le traquent, et je rejoins ce que Monsieur J.F. Vincent à dit , que les psychopathes , sont les antisémites et non ceux qui les combattent ; il suffit pour le comprendre de se mettre dans la peau et à la place d'un juif qui est détesté par ce qu'il est juif, ou bien à qui on attribue des attitudes et des pensées non conventionnelles et négatives parce qu'il est juif. On appelle cela du racisme , même si les juifs ne sont pas une race .
      Il n'y a pas que les juifs qui combattent l'antisémitisme! C'est bien la preuve que ces derniers sont d'une excellente santé mentale .
      Avec toute ma considération .

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    • Jean-François Vincent

      Jean-François Vincent

      28 mai 2011 à 11:05 |
      Ceux qui traquent l'antisémitisme sont effarés et atterrés chaque fois qu'ils le trouvent; il n'y a point, chez eux, je ne sais quel désir masochiste : juste la ferme résolution que l'horreur passée ne se reproduise pas. Les psychopathes sont les antisémites eux-mêmes et non ceux qui les combattent.

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    27 mai 2011 à 20:54 |
    En droit français (mais, à cet égard, le droit américain ne doit pas être très différent) l’incrimination de viol repose sur deux éléments : un élément matériel, la tentative de pénétration, et surtout un élément psychologique, l’absence de consentement. C’est là que, comme vous le soulignez très justement, commence le jeu, la ronde des « oui » et des « non ». Où commence l’absence de « oui » ? Un « non » subséquent annule-t-il le « oui » initial ? Se dessine ainsi clairement la stratégie de la défense de DSK : elle avait au départ acquiescé ! Encore faut le démontrer et en convaincre le jury. Merci M.Sibony de nous l’avoir suggéré.

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  • Pascale TRÜCK

    Pascale TRÜCK

    27 mai 2011 à 18:24 |
    Un agresseur a-t-il toujours un passé d'agresseur ??? Drôle d'idée que celle-ci. Il faut bien qu'il agresse une première fois.

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