Ecouter Haendel, Scarlett et Philippe Reliquet

Ecrit par Colette Windecker le 04 novembre 2011. dans Psychologie, La une, Education

Ecouter Haendel, Scarlett et Philippe Reliquet

« C’est une petite fille aux beaux yeux bleus, presque couleur de myosotis, au teint pâle. Ses yeux rient, sa demande est impérative : “Ecouter Haendel !” ». Scarlett et Philippe Reliquet sont les parents de cette petite Garance, qui souffre de « troubles envahissants du développement », qui n’ont pas de dénomination précise et ressortissent plus ou moins à une forme d’autisme, « inguérissable » : « Il lui faut, il lui faudra vivre ainsi. Vivre avec cela. Et nous, ses parents, aussi. Non pas avec Haendel, mais avec “Ecouter Haendel” », ou – comme elle dit encore, et encore – avec : « A mettre Haendel ». De dix années passées ainsi avec Garance, ils ont fait un livre qui, par touches successives, nous fait entrevoir l’étrangeté de sa perception des gens et des choses et de la relation qui en découle : nous entrons dans le monde de Garance, nous entrevoyons son fonctionnement, nous découvrons une autre cohérence, parfois nous comprenons des attitudes déroutantes. Ce qui frappe, c’est le ton juste qu’ils ont su trouver pour relater leurs observations et leur expérience, à la fois très dure et très belle. L’émotion se garde de tout pathos, la confidence est toujours pudique pour parler de « cette souffrance étrange, inconnue, inattendue, (qui) était installée en nous et ne nous quitterait plus jamais ». La gravité se mêle à l’humour, et finalement le document devient poésie. « Elle aime se laisser couler au fond du bain, gardant les yeux grands ouverts, en apnée, rester ainsi de longs moments.

Ainsi est-elle encore dans la lumière de l’eau de certains jours, et dans ce qui est aussi peut-être sa nuit ». L’irruption de la beauté n’est pas le fait du hasard, car la volonté de Scarlett et Philippe Reliquet de se comporter de la manière la plus juste possible à l’égard de leur enfant s’accompagne du souci constant de s’accrocher à la culture et à la beauté, celle du monde, celle de l’art et en particulier de la musique qu’aime Garance et enfin celle de leur relation avec elle. « Il faut imaginer Garance heureuse », concluent-ils en paraphrasant Camus.


Colette Windecker


Ecouter Haendel, Scarlett et Philippe Reliquet, Editions Gallimard, 20 octobre 2011, Collection Connaissance de l’inconscient

 


A propos de l'auteur

Colette Windecker

Rédactrice

Professeure de Lettres classiques

Commentaires (2)

  • Martine L

    Martine L

    05 novembre 2011 à 11:38 |
    Plus qu'émouvante, l'histoire de Garance et de ses parents ; aventure humaine à part, c'est peu dire ; aventure qui siège dans une autre dimension, celle des souffrances psychiques, toujours accordées - ou presque - à l'art et à la création ; à quelque chose, en tous cas que notre société française a bien du mal à prendre en compte . Votre recension rappelle ce film actuel , dont le titre m'échappe, sur cette " bataille" de parents face au cancer de leur enfant.Merci.

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    • eva talineau

      eva talineau

      05 novembre 2011 à 14:43 |
      c'est "la guerre est déclarée", et c'est en effet un beau film, sans pathos, qui a même le bon goût de se terminer ni tout à fait mal (l'enfant vit, sans séquelles, on le sait dès le début du film) ni tout à fait bien (il y a un prix, qui est payé tout de même, aux forces obscures)

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