Qu'est-ce que que : du droit de se contredire

le 30 septembre 2011. dans Psychologie, La une, Société

Qu'est-ce que que : du droit de se contredire

Aristote et ses disciples ont posé en leur temps ce principe que l’on avait le droit de discuter de tout, et de la manière qui nous convenait, à partir du moment où l’on ne se contredisait pas soi-même dans son discours, et cela a donné naissance à ce fort joli mot qu’est « syllogisme », pour désigner un raisonnement qui ne respecte pas la logique aristotélicienne.

Et pourtant, il faut être bien prétentieux pour oser s’imaginer que l’on puisse produire une argumentation complexe, dénuée de toute contradiction logique. Hormis dans le strict domaine des mathématiques, cela ne me semble tout bonnement pas possible, ni d’ailleurs forcément souhaitable.

Bien sûr, je n’irai pas jusqu’à dire que l’on peut se permettre en toutes circonstances d’affirmer une chose et son contraire à quelques lignes d’intervalle, car cela s’apparenterait plus ou moins à du foutage de gueule, à moins que l’intention ne soit justement humoristique.

Aussi, ce respect de la logique part-il d’un bon sentiment, qui est celui de ménager l’autre, en utilisant des procédures argumentaires communes, culturellement éprouvées. Mais il y a un mais de taille, qui nous vient des mots eux-mêmes, dont la signification est souvent ambigüe, multivaluée, et qui introduisent la même ambigüité et pluralité de sens dans nos discours.

Ainsi, par incompréhension, due à des divergences d’expérience et de culture, ou par simple mauvaise foi, il est pratiquement toujours possible de démonter une argumentation un tant soit peu consistante, en mettant en relief les contradictions qu’elle suggère. J’insiste bien sur la notion de consistance, essentielle, dans le cas présent. Quand on n’affirme rien que du vague, on n’a pas à craindre d’être mis en défaut !

Car, même en enchaînant nos affirmations de manière logique, on n’échappe pas à ce que les mots eux-mêmes véhiculent d’illogique et de contradictoire, lorsqu’on les confronte les uns aux autres. Je l’ai d’ailleurs signalé à plusieurs reprises dans les pages précédentes, tant je suis sensible à cette caractéristique du langage, qui nous vient certainement de la réalité elle-même, et que j’ai baptisé le paradoxal poilu.

N’est-il pas par exemple un peu déconcertant de s’ériger en moraliste, pour fustiger les mœurs du temps et la morale elle-même, de rejeter toutes les formes d’organisation politique et sociale connues pour en proposer une qui ne possède qu’un nom, et même pas de contenu, de vanter les joies du coït, tout en se prévalant d’une certaine forme d’idéalisme ?!

Mais après tout, à la guerre comme à la guerre ! Si l’on s’exprime, on prête forcément le flanc aux critiques, et on prend aussi le risque d’être contredit. Autrement dit, nous ne devons pas craindre la contradiction de l’autre, qui trouve bien souvent sa source dans celles qui nous appartiennent en propre.

Alors, s’il s’avère impossible de tenir des raisonnements dénués de la moindre faille, contentons-nous simplement d’être globalement cohérents, ce que j’ai proposé comme principe dans la méthode de travail que j’ai baptisée Méthode du Cheval, ou M-du-C, qui s’accommode de l’à-peu-près, du grosso-modo, de l’erreur occasionnelle.

Ceci fait, je crois aussi qu’il est bon de s’autoriser à défendre des idées différentes au cours du temps d’une année comme d’une vie, et que l’on ne devrait jamais se sentir obligé par les discours que nous avons pu tenir dans le passé. On l’aura compris, permanence et consistance ne font pas partie de mes idéaux.

Dans mon idéal à moi, nous affranchissant de toute dictature, il serait bon de pouvoir affirmer que « par principe, nous n’avons pas de principes ! », ce qui n’empêche nullement d’avoir une morale et des exigences fortes, et ce qui représente un bel exemple d’affirmation paradoxale poilue, syllogistique à souhait.


Gilles Josse


Commentaires (10)

  • Jean Le Mosellan

    Jean Le Mosellan

    02 octobre 2011 à 09:53 |
    Permanence et consistance pourraient être l’ambition de tout penseur. Hélas,plus de deux fois hélas,c’est un pur fantasme,car de la même façon qu’on ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve,on ne peut recevoir deux fois la même démonstration,ni écouter deux fois le même discours ou pire encore ,parce que c’est mathématique,écrire deux fois le nombre pi. Toute réalité n’est-elle pas tout compte fait inconcevable ? D’où le succès des métaphores et ipso facto celui de la théorie de la relativité, elle-même une incommensurable métaphore.

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  • Léon-Marc Levy

    Léon-Marc Levy

    01 octobre 2011 à 20:24 |
    Vous vouliez dire, cher Gilles, "faux syllogisme" du genre : Toutes les choses rares sont chères. Une Ferrari bon marché est rare. Donc une Ferrari bon marché est chère. :-)

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    • gilles.josse@orange.fr

      gilles.josse@orange.fr

      02 octobre 2011 à 06:19 |
      oui, c'est exactement à ça que je pensais : le cheval ou la Ferrari rare et chère !

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    • Emile Eymard

      Emile Eymard

      02 octobre 2011 à 00:53 |
      Ou encore :
      Plus il y a de gruyère, plus il y a de trous.
      Plus il y a de trous moins il y a de gruyère.
      Donc, plus il y a de gruyère, moins il y de gruyère.

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    • eva talineau

      eva talineau

      01 octobre 2011 à 20:37 |
      vous qui semblez avoir des lettres, cher, un tel "faux syllogisme" s'appelle-t-il "sophisme" (raisonnement spécieux) ? et le sophisme est il, forcément un "faux syllogisme", ou un "syllogisme faux". Doit on dire que "des syllogismes il en faut", ou que des faux, il n'en faut pas ?
      et, non, je n'ai pas trop arrosé le nouvel an.

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      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        02 octobre 2011 à 12:06 |
        L'essence du sophisme réside moins dans son illogisme que dans l'intention frauduleuse de son auteur : Il y a certes une faille dans le raisonnement, mais cette faille est consciente et voulue,car le but est de tromper. Ainsi Gorgias, célèbre rhèteur/sophiste contemporain de Socrate, fut priè par un chirurgien de convaincre un patient de se faire opérer. Gorgias non seulement le persuada, mais il lui fit croire qu'il était lui-même chirurgien! La différence entre le philosophe et le sophiste est là : le premier recherche la vérité, gratuitement alors que le second vise un but concret...Pour de l'argent!

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      • Léon-Marc Levy

        Léon-Marc Levy

        02 octobre 2011 à 00:34 |
        Ben faut bien qu'il en faille. Ne serait-ce que pour trouver la faille du faux. Tout sophisme n'est pas faux syllogisme mais tout syllogisme est un sophisme. Donc tout sophisme est un sophisme. Il est temps que j'aille dormir et moi, j'ai (encore !) arrosé le nouvel an ! Shana tova à vous, Eva, et à tous.

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  • gilles.josse@orange.fr

    gilles.josse@orange.fr

    01 octobre 2011 à 18:50 |
    ben , je m'ai trompé, sur ce coup-là !

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    • eva talineau

      eva talineau

      01 octobre 2011 à 20:31 |
      eh bien justement, votre erreur vient à l'appui du contenu de votre texte, où vous défendez outre le droit de ne pas être prisonnier de ce qu'on a déjà dit, le droit de se tromper, le droit de dire un peu de vrai à travers du faux, ou un peu de faux à travers du vrai - en somme, en vous trompant, vous nous avez montré ce que vous vouliez dire, à savoir que l'erreur et la méprise pouvaient être fécondes, comme petit gibus dans "la guerre des boutons" (c'est à la mode) dans son "si j'aurais su j'aurais pas venu", que votre "je m'ai trompé" m'évoque. S'il "aurait pas venu", il n'y aurait pas eu de film, et "ç'aurait été dommage".
      CQFD

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    01 octobre 2011 à 08:14 |
    Désolé de vous contredire - c'est le cas de le dire! - cher Gilles, mais le syllogisme n'est en rien un raisonnement illogique, contradictoire, ou même paradoxal. Le syllogisme part de deux prémisses connues et vérifées pour en arriver à une conclusion certaine concernant une inconnue. Exemple : les mammifères sont vivipares (prémisse n°1), le cheval est un mammifère (prémisse n°2), donc (conclusion) le cheval est vivipare. Où voyez-vous dans tout cela une contradiction ou un paradoxe?

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