Pâques-Pessah-Passage

le 06 avril 2012. dans La une, Religions, Actualité

Pâques-Pessah-Passage

 

Cette année – et c’est rare – la Pâques chrétienne (catholique et protestante du moins, la Pâques orthodoxe a lieu une semaine plus tard) coïncide avec Pessah. C’est la fête du renouveau. L’ancien n’est plus. L’ancien, le Hametz dans les foyers qui s’apprêtent à célébrer le Seder de Pessah, pour les chrétiens, cette vie mêlée de mort, cette « bios » limitée et liée à la mortalité, et qui doit faire place à la « zoe », la vie sans limite, sans borne, du siècle futur, du olam haba, ces temps messianiques à venir pour nous tous, et, pour les chrétiens, déjà inaugurés le jour de Pâques.

La Pâques est donc un passage, c’est là son sens littéral. Passage de la servitude à la liberté (le franchissement de la Mer Rouge), passage des ténèbres à la lumière. La fixation même de la fête chrétienne de Pâques est liée aux deux luminaires : le premier dimanche qui suit l’équinoxe de printemps (lorsque la période diurne commence à excéder la période nocturne) et la pleine lune (maximum de luminosité même la nuit !). Les forces du mal sont symboliquement chassées, et la liturgie byzantine emploie, à cet égard, une métaphore solaire : « que Dieu se lève ! Et ses ennemis seront dispersés ». Tout resplendit. « Tout est empli de lumière » chante-t-on dans l’Eglise d’orient aux matines de Pâques « le ciel, la terre et les enfers ».

Pâques, pour les chrétiens, est donc le « déjà » eschatologique, mais c’est aussi le « pas encore » du monde où nous sommes, par lequel il faut passer, par où nous passerons tous un jour. Le passage est une épreuve, un trou noir. « Eli, Eli, lama sabachtani » dit le psaume, tout comme le Christ en croix. Cet abandon en apparence de Dieu, nous le vivrons tous un jour. Un rabbin ashkénaze – je ne me souviens plus de son nom – à la question cruciale : comment peut-on croire en Dieu après Auschwitz ?  répondit simplement : « Auschwitz ? Mais nous connaissons tous un Auschwitz un jour ou l’autre… »

C’est lors de cet Auschwitz individuel, de cette Pâques éternelle, que, pour les croyants, tout se joue : c’est là que se joue notre sort posthume. D’où ces manuels médiévaux sur l’art de bien mourir, ces « artes bene moriendi », qui ressemblent étrangement au Bardo Todol des bouddhistes tibétains.

Mais l’heure est à la réjouissance pas aux larmes. Bon Pessah à tous ! Christos voskresse (Christ est ressuscité en slavon) !!

 

 

Jean-François Vincent

 

Commentaires (2)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    07 avril 2012 à 15:06 |
    La coïncidence, chère Eva, est pour le siècle futur; la division est la marque de l'ici-bas...C'est aussi par elle qu'il faut passer!

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  • eva talineau

    eva talineau

    07 avril 2012 à 01:04 |
    bon Pessah et joyeuses Pâques à vous aussi, Jean François. Passer de la servitude à la liberté est la tâche, inconfortable, de chaque jour - il est bon qu'une fois par an, cette nécessité soit rappelée - et que nous soyions appelés à aimer cet inconfort - raifort, herbes amères, dissensions .. Inconfort de ne justement pas coïncider tant que ça, même si cette année - pour une fois - Pâque juive et Pâque chrétienne tombent le même jour..

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