Littérature

Naissance de la mémoire

Ecrit par Johann Lefebvre le 25 mai 2013. dans La une, Ecrits, Littérature

Naissance de la mémoire

J’avais bondi, cœur tout agité, la nuque trempée, tremblant. Noir total. La main de Margoula passa sur mon torse ; ensommeillée elle murmura quelques mots rassurants. J’avais crié et bondi. Aucune image, pas de bruits, nulle parole. Je ne me souviens jamais de mes rêves. Se lever, aller chercher à boire, allumer les escaliers et gravir les marches sous la lumière tiède et jaune, le grain du béton sous la plante des pieds, le grincement de la clenche. La cuisine. Un verre. S’asseoir et écrire.

Ecrire, écrire, écrire. Déposer les mots de tout le tourbillon, avec la fatigue de l’esprit, le corps comme un train filant loin là-bas, ignorant les gares. Ecrire, marcher dans la brume de la tête confuse, dans le corps oublié du bout des doigts à laisser l’empreinte de quelques impressions, de sensations, d’idées et de sentiments. J’avalai le verre, roulai un petit truc. Qui m’aurait rejoint volontiers dans cet hiver ? je me disais. Le petit matin viendrait bientôt, tout gorgé d’espérance, j’écrivais à propos de vous, mes dames et demoiselles, je gardais le chemin, j’avais un peu froid de votre absence, mais je savais que c’était l’absence et le temps passé qui sculptaient mon écriture. Oui j’avais froid et la bombe hasch commençait à agir, j’écoutais de la musique dans la nuit bleue, mon talon suivait le rythme lent. L’hiver cette année ne ressemblait pas à l’hiver, et rien ne semblait vouloir arriver, même le silence se tenait à l’écart dans lui-même, de l’aube à la nuit tombante. Le mutisme étoilé du ciel était un manteau sur la terre, à peine les bêtes parlaient dans la nuit. Cette mélancolie des ténèbres, la suspension de toute chose, le désordre figé, la tristesse de l’absence, la figure qui s’évanouit, tout paraissait suivre le principe du vide, l’appel du néant. J’essayais de repenser ; activer la mémoire.

– A chaque fois que tu montes dans ma voiture, tout se met à vibrer en moi, dans le creux infini de mes entrailles. Tu es là à mes côtés et tout bascule dans un trouble délicieux. Mon ventre alors en est le centre de gravité.

Parlez-moi d’Anne Frank, Nathan Englander

Ecrit par Léon-Marc Levy le 11 mai 2013. dans La une, Histoire, Littérature

Editions Plon, traduction USA Elisabeth Peellaert, mars 2013, 206 pages, 21 €

Parlez-moi d’Anne Frank, Nathan Englander

Avec l'autorisation de «  La Cause Littéraire »

 

Ce recueil de nouvelles s’ouvre par celle qui donne son titre au livre : « Parlez-moi d’Anne Frank ». Curieusement, c’est loin d’être la meilleure et ne vous découragez pas à sa lecture, la suite est beaucoup plus intéressante.

Nathan Englander est dans son univers habituel : les familles juives, américaines ou israéliennes. Les histoires qu’il raconte ici se situent aussi bien dans l’actualité que dans un passé récent, pour être plus précis depuis l’après-guerre, l’après-Shoah. Et c’est bien la Shoah qui est le thème obsédant de ces nouvelles, obsédant comme dans l’esprit et la psychologie des personnages d’Englander – d’Englander lui-même. Américains de la post Guerre mondiale ou Israéliens depuis la même époque, les personnages de ces histoires n’ont pas d’autre moteur à leur rapport au monde que le souvenir – même indirect – de la Shoah. Au point que la terreur de la disparition puisse tordre jusqu’à la perception du réel, jusqu’à l’absurde :

« Notre souci, dit Mark, n’est pas l’Holocauste passé. C’est l’Holocauste actuel. Celui qui détruit plus de cinquante pour cent des Juifs de la génération présente. Notre souci, c’est le mariage mixte » (Parlez-moi d’Anne Frank).

Israël se pose ici, dès la 2ème nouvelle, comme la suite historique et éthique de la Shoah. « C’est le genre de colline où on peut construire une vie » (Collines jumelles). Mais Englander n’est pas dans l’apologie du sionisme, loin s’en faut. Au bas des collines, il y a les Palestiniens, expulsés de leurs terres et qui sont là, comme une question permanente de légitimité. L’autre obsession après – avec – la Shoah : la légitimité. Celle d’Israël, mais aussi celle des Juifs aux Etats-Unis, en butte à l’affect antisémite et à l’éternelle question sur soi des Juifs de la Diaspora. Le recueil est ainsi construit, dans un mouvement régulier d’aller-retour de la diaspora à Israël et inversement, avec la même question centrale de la légitimité du Juif : y en a-t-il une possible, ici ou là ?

Le coup monté, Carole Barjon et Bruno Jeudy

Ecrit par Fabrice Del Dingo le 11 mai 2013. dans La une, France, Politique, Littérature

Éditions Plon, 212 pages, avril 2013, 14 €

Le coup monté, Carole Barjon et Bruno Jeudy

Copé, le maire de Meaux qui est dépourvu de la moindre éthique et qui ignore le sens des mots scrupules ou honnêteté a mis la main sur l’UMP avec l’appui de quelques comparses aussi intègres que lui. Carole Barjon et Bruno Jeudy, co-auteurs du Coup monté, en dressent un tableau accablant.

Copé sait qu’il est minoritaire dans son propre camp et qu’il ne peut être élu qu’en bourrant les urnes et en ne comptabilisant pas toutes les voix de son rival haï.

Il va donc organiser un système de fraude généralisée : procurations massives pour des pro-Copé, annulation des scrutins de certains bureaux ayant voté majoritairement pour Fillon, voire carrément non-comptabilisation des votes comme dans trois départements d’outre-mer.

Tout est verrouillé : passée de l’ombre à la lumière, la Cocoé est essentiellement composée de partisans de Copé – les mauvaises langues l’appellent la cocopé – et l’usurpateur annonce sa victoire alors que la moitié des résultats n’ont pas encore été communiqués à la commission !

Comment les Dalton ont flingué Lucky Fillon avec l’aide en sous-main de ma Dalton Sarkozy. Tout cela fait un peu froid dans le dos : les amis et les partisans de Copé sont des individus peu fréquentables qui méprisent la démocratie. Ils sont à l’image de Jérôme Lavrilleux qui aime bien faire le sale boulot et se salir les mains en les plongeant dans le cambouis : on n’est pas impunément fils de garagiste, voire d’Eric Césari qui a appris les bases de l’honnêteté avec Charles Pasqua ; ou encore de Michèle Tabarot qui a la silhouette de Marine Le Pen, la chevelure de Marine Le Pen, la distinction de Marine Le Pen et les idées de Copé.

Notes de printemps

Ecrit par Johann Lefebvre le 04 mai 2013. dans La une, Ecrits, Littérature

Notes de printemps

Haïku #55

La main dévale,

de la nuque à la chute,

l’échine éprise.

 

Il était passé minuit et dans la faible lumière qui dénonce la nuit, mon index et mon œil suivaient les mots du Cantique des cantiques, et les sermons sur ceux-ci, par l’abbé Bernard de Clairvaux, dit Saint Bernard, l’incarnation du Verbe dans l’amour offert. Plus loin je trouvai une controverse sur la représentation divine (« Dispute subtile sur l’image ou le Verbe de Dieu, et sur l’âme qui est faite à l’image de Dieu. Erreur de Gilbert, évêque de Poitiers ») :

Le Verbe est vérité, sagesse, et justice. Voilà l’image. De qui est-il l’image ? De la justice, de la sagesse, et de la vérité. Car cette image est justice de justice, sagesse de sagesse, vérité de vérité, de même que lumière de lumière, et Dieu de Dieu. L’âme n’est rien de tout cela, parce qu’elle n’est point image, elle en est néanmoins capable, et elle les désire, et c’est peut-être pour cela qu’elle est faite à l’image du Verbe. C’est une créature élevée, puisqu’elle est capable de cette majesté, et le désir qu’elle a de la recevoir est une marque de sa rectitude. Nous lisons que Dieu a fait l’homme droit. Et quant à sa grandeur, sa capacité, comme nous avons dit, en est une preuve suffisante. Car il faut que ce qui est à l’image d’une chose soit conforme à cette image, et n’ait pas part en vain au nom de l’image, de même que l’image elle-même n’est pas appelée ainsi seulement de nom, et sans aucune convenance avec la chose dont elle est l’image, car il est dit de celui qui est l’image : « qu’ayant une même essence avec Dieu, il n’a pas cru faire un larcin de se rendre égal à lui (Philipp. II, 6) » (traduction par l’abbé Charpentier, œuvres complètes de Saint Bernard, Librairie de Louis Vivès, Paris, 1865 ; huit volumes).

En un mot, le verbe comme image de la pensée pour préciser que la pensée ne peut pas être une image mais qu’elle est seule à en produire, le cogito ergo sum au 13ème siècle, embryon qui traversera les siècles pour venir se réécrire sous la plume de Descartes. Bernard de Clairvaux décline ailleurs de beaux tourments philosophiques, et module la langue (même si ici traduite, et bien) avec une profondeur exceptionnelle, une présence romane. Sa lecture du Cantique des cantiques est fort curieuse, mais elle vaut un détour qui plonge dans l’étrangeté de cet hymne à l’amour physique et au désir, décrypté par un moine vivant quotidiennement dans la plus rigoureuse austérité. De façon inattendue, ses sermons sont une vive pénétration au fond de la langue et du texte, et ici vibre la présence certaine d’un énorme écrivain, un styliste indéniable.

Ceux qui m’entourent

Ecrit par Johann Lefebvre le 20 avril 2013. dans La une, Ecrits, Littérature

Ceux qui m’entourent

Ceux qui m’entourent sont morts pour la plupart, certains depuis bien longtemps ; ils m’entourent et m’accompagnent, où que j’aille, quoi que je fasse, parfois ils parlent, parfois rien ne disent, mais leur présence accompagne souvent mes absences ou témoigne de ma solitude. Ce sont de grands taiseux qui me parlent en dedans, car ils ont écrit, quelques-uns énormément, d’autres à peine mais bien suffisamment, et je les ai lus. Permettez-moi de glisser la main doucement le long du dos de leurs livres et de trouver pour chacun une poignée de mots qui serait un portrait vif en deux ou trois traits. Je ne vais pas classer, pas choisir, je file au fil de l’eau, j’ouvre l’écluse de la mémoire, des images. Excusez les absents, et puis ici il est impossible de tous les convoquer, pas la place, et d’autres ne viendront pas, si discrets.

Rimbaud : d’une saison l’autre jusqu’au détroit d’indigo. Vailland : horlogerie des mots. Fante : ta chambre pourrait être celle de Van Gogh. Pavese : il y a toujours une colline et sa crête, le soleil ne viendra plus, mourir avant l’aube. Kafka : l’angoisse des portes et des tiroirs qui s’ouvrent, nous enferment. Gautier : le mot microscope, la lentille sur les choses. Sade : bande bande bande, me débonde et abonde le foutre épais. Cioran : une ombre au Jardin du Luxembourg te ressemble, assise à mon côté sur ce banc froid. Izquierdo: ta sensualité crue, l’outrage d’un verbe humide. Dac : Rien n’est jamais perdu. Tant qu’il reste quelque chose à trouver. Merci. Brown : cette inquiétude à te lire avec le sourire. Vian : jazz dans les mots, note bleue ramassée dans l’herbe rouge. Duras : torpeur et tremblements, alcool, tes phrases à l’envers, ton silence. Artaud : un chamane à Rodez ; torture de la vie. Cohen : Leonard, le lion perdant magnifique, j’ai vu aussi la fleur dans tes jumelles. Cohen : Albert, comme le satellite fou autour de l’astre femme.

Moïse et l’idée de peuple

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 avril 2013. dans Philosophie, La une, Littérature

Bruno Karsenti, Editions du Cerf Collection Passages, octobre 2012, 240 pages, 23 €

Moïse et l’idée de peuple

Le peuple juif, une notion politique ?

Jean-François Vincent

 

Disons-le d’emblée : pour ceux qui ont lu le livre de Freud, Der Mann Moses und die monotheistische Religion, que ce soit dans la magnifique langue du texte original ou dans l’excellente traduction des PUF, le livre de Karsenti ne présente qu’un faible intérêt. Il s’agit, dans l’ensemble, d’un simple résumé. Et comme toujours dans ces cas-là, l’original vaut mieux que la copie… Alors pourquoi une recension ? Parce qu’il y a une idée qui ne figure pas dans l’ouvrage de Freud, et dont la « valeur ajoutée » conceptuelle mérite quand même examen et discussion.

Cette idée est la suivante : la constitution politique des hébreux en un peuple s’est faite par le don de la Loi. En Egypte, les futurs juifs n’étaient qu’une peuplade d’immigrés polythéistes. Ils n’avaient aucunement conscience d’être un peuple. Reprenant les catégories de Rousseau, dans le Contrat Social, Karsenti voit dans Moïse la figure de ce que Rousseau nomme le « grand législateur », c’est-à-dire l’initiateur du corps social, de ce qui va devenir des citoyens s’assemblant pour former une nation. « Le législateur, écrit Karsenti, serait moins le gardien de la loi que le gardien d’un inconscient dont la loi se soutient – de l’inconscient opératoire dans l’idée de loi. Il permet au peuple de n’exprimer ce qu’il est que dans ce qu’il fait ».

Le législateur serait donc celui qui « prépare » psychologiquement les sujets d’un roi ou, en l’occurrence, les esclaves de Pharaon, à l’émancipation « citoyenne » aliénant de leur propre gré leurs droits naturels au profit d’un projet politique.

Une vie brève

Ecrit par Léon-Marc Levy le 20 avril 2013. dans Souvenirs, La une, Littérature

Michèle Audin, Gallimard/L’arbalète, Décembre 2012, 182 pages, 17,90 €

Une vie brève

avec l'autorisation de «  La cause littéraire »

 

 

L’écueil – les écueils – étaient de taille. Ecrire à propos de Maurice Audin ça s’est beaucoup fait. Livres, études, articles, manifestes, et même plaques de noms de rues ou de places, d’un côté et de l’autre de la Méditerranée. Maurice Audin est de ceux qui peuplent le martyrologe, particulièrement effroyable, du XXème siècle. Jeune mathématicien, torturé, assassiné à Alger en l’été 1957 par l’armée française. Pas une armée de nervis à la solde d’une dictature, non, de l’armée de la République Française.

Le nom de Maurice Audin a donc basculé à jamais dans l’ordre du symbolique : martyr, héros, figure de l’histoire sombre de la Guerre d’Algérie. Le défi de Michèle Audin est double : comment écrire autrement sur Maurice Audin ? Sur l’homme – il a vécu « une vie brève » mais une vie tout de même – sur le père, car Michèle est bien la fille de cet homme. Les données sont posées d’entrée (Michèle Audin est mathématicienne !) :

« Ici vous n’apprendrez rien de nouveau sur cette affaire. Ni le martyr, ni sa mort, ni sa disparition ne sont le sujet de ce livre. C’est au contraire de la vie, de sa vie, dont toutes les traces n’ont pas disparu, que j’entends vous parler ici ».

Les mathématiques sont sans cesse présentes dans ce récit. D’abord par l’évocation itérative des personnages et faits de la vie de Maurice Audin, ses maîtres, ses pairs, ses contemporains. Comme un écho à cette brève existence dans laquelle les maths ont été comme une lumière. Et même lumière posthume puisque la thèse de doctorat de Maurice Audin sera soutenue en décembre 1957, après sa mort. Et puis, les maths encore, par la méthode, le style, la passion audible de Michèle Audin pour cette discipline. Rien de trop, l’épure rigoureuse d’un constat, la démarche exigeante d’un esprit qui ne se satisfait que de la vérité attestée, la modestie du sujet parlant (« ça je ne sais pas », « je ne sais rien de plus »…). La poésie simple et évidente de la mathématique court sans cesse dans ces pages.

Faire de l’histoire avec… un roman

Ecrit par Martine L. Petauton le 20 avril 2013. dans La une, Education, Littérature

Editions Belin jeunesse, à partir de 12 ans

Faire de l’histoire avec… un roman

L’ami de Magellan, Didier Bazy

 

Faire de l’Histoire, avec un livre d’Histoire, ses images, ses petits bouts de textes traduits pour nos petites têtes de 5ème. Mais, faire de l’Histoire avec, en plus, autre chose, un roman, par exemple, en compagnie de son écrivain et de sa formidable imagination, celle qui justement, plie le récit des faits aux odeurs, saveurs, couleurs et émotions de ce passé-là. Un ancien temps qui va dire « je », et qui, du coup, emportera tellement mieux, vers l’Histoire, les imaginaires si bouillants de ces débuts de Premier cycle de collège.

J’ai, pendant de longues années, pratiqué l’exercice, dans mes classes, souvent en interdisciplinarité, avec un rare bonheur… passant, selon l’heure et les caprices des programmes, de Germinal à La vie d’un simple, des Dieux ont soif, à Thibault, le petit chevalier limousin, quand – les temps étaient parfois si durs – mes minots, de cette classe-là, ne pouvaient pas – sûr – se caler dans la cervelle plus des 70 pages, écrites gros, du petit opus. Mais qu’importait ! La démarche était au bout la même, et, partout, elle aboutissait : le héros tenait son rôle de compagnon – on avait ses préférences et ses affects ; le récit touchait au plus près du quotidien, via la description, arme de poing du romancier. On partait avec ces personnages fictifs dans le creux d’un siècle, on croisait de « vrais personnages historiques », disaient fièrement mes petits ; on touchait une époque du doigt, avec émotion, vecteur essentiel de tout apprentissage. On sortait du livre d’Histoire, pour mieux y revenir…

Autofiction et Nations :

Ecrit par Stéphanie Michineau le 30 mars 2013. dans La une, Littérature

Autofiction et Nations :

Entretien entre l’écrivaine-chercheuse, Stéphanie Michineau, & Etienne Dupuis, in « Journal du Campus » des étudiants de Montréal

 

Le journaliste Etienne Dupuis du « Journal du Campus » de Montréal a demandé ces entretiens à Stéphanie Michineau au titre de spécialiste confirmée de l’autofiction francophone à portée internationale ; à savoir que ces entretiens ont déjà bénéficié d’une publication au préalable, à leur sortie en mars 2012, dans la revue littéraire en ligne : Exigence.net. Il s’agissait cependant d’une version écourtée (pour des raisons éditoriales), en voici désormais la version originale reconstituée :

 

1/ Qu’est-ce que l’autofiction (de manière assez brève) ?

2/ Quel est le but poursuivi par les auteurs d’autofiction ? Provocation ?

3/ Pourquoi faire de l’autofiction ?

4/ Différence avec autobiographie ?

5/ Comment est-ce apparu ?

6/ Comment trace-t-on la frontière entre le réel et la fiction dans ce genre littéraire ?

7/ Est-ce que les auteurs d’autofiction le font exprès pour jouer sur l’ambiguïté et le réel ?

8/ D’où ce genre puise-t-il sa force ? Qu’est-ce qui attire le(s) lecteur(s) ?

9/ Est-ce que c’est un genre prisé des lecteurs ?

 

Première question : ED / Qu’est-ce que l’autofiction (de manière assez brève) ?

La propriété : violence ou droit de l’homme ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 mars 2013. dans Auteurs, Actualité, Littérature

La propriété : violence ou droit de l’homme ?

En 1849, en Allemagne, parut une caricature du grand romaniste Theodor Mommsen, professeur de droit romain à l’université de Leipzig, lui faisant dire : « dominium est furtum », reprise en version latine de la célèbre phrase de Proudhon, dans son ouvrage publié en 1840, « qu’est-ce que la propriété ? ». Réponse de Proudhon : « la propriété, c’est le vol ». La latinisation de la phrase et le choix de Mommsen comme porte-parole imaginaire de Proudhon ne sont pas innocents : les étudiants de Leipzig, en effet, dans le climat postrévolutionnaire de l’après 1848, se souvenaient qu’en droit romain, la propriété, ce n’est pas tant le vol que la violence…

Rien que le mot – dominium – donne le la. La propriété est une domination, celle du dominus, le seigneur et maître qui règne en autocrate sur son domaine, la domus, la maisonnée et tout ce qui s’y affère.

Cette domination est un pouvoir, potestas, qu’on appelle aussi manus, la main. Une main à la fois protectrice et asservissante : le dominus, le propriétaire, a la haute main sur tout ce qui se trouve chez lui, personnes et biens. Acquérir un bien immeuble ou un esclave, c’est littéralement le prendre en main par un acte solennel, la mancipatio, où l’acquéreur met physiquement la main sur son acquisition. Originellement, la revendication d’un bien, en cas de contestation par un tiers, débouchait sur un combat dont le juge était l’arbitre. Rien que les éléments constitutifs du dominium dénotent la violence : l’usus, l’usage de la chose (ou de l’esclave), le fructus, la jouissance des fruits de la chose et surtout l’abusus. Oui, la propriété est par essence « abusive » dans la mesure où le propriétaire peut le plus légalement du monde « abuser » d’elle, c’est-à-dire la vendre ou la détruire. Le dominus, paterfamilias tout puissant, a, en effet, le droit de vie et de mort sur ses esclaves et même ses enfants, ius vitae necisque ; il a aussi le droit de tuer sa femme ou plutôt de l’occire, ius occidiendi, en cas d’adultère.

[12 3 4 5  >>