Culture

De l’influence de la lecture sur les comportements de la bourgeoisie

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 06 avril 2013. dans La une, Culture

De l’influence de la lecture sur les comportements de la bourgeoisie

Les bourgeois de ma génération auront vécu dans le souvenir d’une époque que nous n’avons bien connue que par la littérature. Ce sont les livres, les romans en particulier, bien plus que les souvenirs qu’ont pu nous transmettre nos grands-parents, qui ont donné un fond de légitimité à cette nostalgie.

La peinture, la musique et surtout le cinéma nous ont permis de composer, autour de ce passé que nous situons de façon assez vague avant la guerre de 14, des atmosphères visuelles et sonores qui ont étayé notre imaginaire sans doute au prix d’anachronismes. Du côté de chez Swann comme Le grand Meaulnes sont publiés en 1913 mais se réfèrent à des périodes antérieures mal déterminées.

Notre fascination pour cette préhistoire de nos temps modernes ne nous met pas à l’abri d’idéalisations naïves voire de contresens. Ainsi, les jeunes filles en fleurs de Proust qui papillonnent sur les planches de Balbec, les robes à crinolines ou à tournures et les ombrelles peintes par Monet ou Renoir évoquent des cotonnades et des soieries claires et fleuries dont s’inspirent les costumes du film de Bertrand Tavernier Un dimanche à la campagne, délicieusement nostalgique d’un passé recomposé. Mais chez mes amis brocanteurs qui vident les quelques vieux greniers de province encore inviolés, on trouve surtout d’austères robes noires parées de dentelles aussi funèbres que les colliers de jais que portaient nos arrière-grands-mères dès leur premier deuil.

INDIE 184 GRAPHE LA FEMME

Ecrit par Sabine Vaillant le 19 février 2013. dans La une, Culture, Arts graphiques

INDIE 184 GRAPHE LA FEMME

Wild at Heart

Galerie Mathgoth

32, rue Rodier Paris IX

du 7 au 21 février 2013

 

2013 sera féminine. La galerie Mathgoth l’affiche sans complexes avec Wild at Heart, l’exposition de INDIE 184.

La jeune grapheuse new-yorkaise débarque à Paris avec une douzaine de toiles hautes en couleur, pour sa première exposition solo.

Jim Harrison, la Terre des hommes

Ecrit par Léon-Marc Levy le 26 janvier 2013. dans La une, Culture

Jim Harrison, la Terre des hommes

Quelle alchimie opaque fabrique le lien secret et indélébile qui se tisse entre un lecteur et l’œuvre d’un écrivain ? Faut-il la chercher dans les espaces de la ressemblance, dans les échos plus ou moins muets qui s’établissent entre les deux êtres qui sont à chaque bout de l’écriture ? Y a-t-il vraiment un statut du « ah imbécile qui crois que je ne suis pas toi ! » de Victor Hugo dans la rencontre parfois vitale d’un lecteur et d’un livre ? Il y a peu je posais la question ici de « qui écrit ? » à propos de Guy De Maupassant. La question consubstantielle en est « Qui lit ? »

Il ne faut pas tenter de répondre à cette interrogation troublante. Il n’y en a sûrement pas, ou trop. Peut-être qu’adolescent, j’ai entendu les terreurs et les dégoûts de Baudelaire parce que j’en éprouvais une part. Peut-être que j’ai avalé London parce qu’il portait une part de mes idéaux. Sûrement ai-je mythifié Fante parce qu’il parle, à chaque ligne, de mes douleurs et de mes joies.

(Best of 2012) LITTERATURE: Le Sermon sur la chute de Rome

Ecrit par Etienne ORSINI le 22 décembre 2012. dans La une, Culture, Littérature

Jérôme Ferrari, Actes Sud, Arles, août 2012, 202 pages

(Best of 2012) LITTERATURE: Le Sermon sur la chute de Rome

De cette Rome-là, ne subsiste pour tout vestige qu’une photo jaunie. L’image date de 1918 et représente les cinq frères et sœurs de Marcel posant avec leur mère dans la cour de l’école du village. Sa vie durant, Marcel méditera sur les mystères de l’existence devant ce cliché pris peu avant sa naissance, et dans lequel il ne percevra qu’un reflet de sa propre absence…

… Quelques décennies plus tard, Matthieu, son petit-fils, se met en tête de fuir Paris, où les caprices du destin l’ont fait naître, pour aller passer au village, chez les parents de son ami Libero, tous ses congés scolaires. Plus tard encore, quand le bar du village se retrouve sans gérant après plusieurs expériences désastreuses, c’est immédiatement que les deux camarades, devenus étudiants en philosophie, délaissent la Sorbonne, Leibniz et Augustin pour proposer avec succès leurs services à la propriétaire de l’établissement.

Sous la sublime dictature du livre

Ecrit par Etty Macaire le 08 décembre 2012. dans La une, Ecrits, Actualité, Culture, Littérature

Sous la sublime dictature du livre

C’était un rêve. Un cauchemar peut-être. Sans sueur froide. Sans tremblement.

Je rêvais d’un pays tombé sous la dictature du livre. Un pays coincé quelque part dans les profondeurs de mon esprit fantaisiste : La République Dictatoriale du Livre.

Dans ce pays curieux, à tous les niveaux, la lecture relève d’un devoir citoyen, d’une obligation béatifiée. Aucun concours ne se dénoue sans l’inévitable phase de compte-rendu de lecture.

Le président dictateur mit sur pieds « une brigade de contrôle de lecture » (Bcl), dont la noble tâche est de veiller à ce que l’obligation de la lecture soit exécutée et effective. Souventes fois, la Bcl se tient sur les routes, arrête les cars… Et malheur au passager qui ne lit pas sur son siège !

La grâce, la loi et le peuple : quels fondements pour la légitimité d'un leader en démocratie ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 décembre 2012. dans La une, France, Culture, Politique, Histoire

A propos du livre de Jean-Claude Monod, Qu’est-ce qu’un chef en démocratie ? Politiques du charisme, Paris, Seuil, 2012.

La grâce, la loi et le peuple : quels fondements pour la légitimité d'un leader en démocratie ?

Un mot est revenu à la mode : le charisme. On l’entend, on l’emploie comme argument électoral, sans trop savoir d’où il vient. Ainsi on opposa, lors de la présidentielle, le « charismatique » Sarkozy à Hollande et sa normalité. Certes, la République a le culte des « grands hommes », qu’elle « panthéonise » en guise de reconnaissance, « idée neuve du charisme, nous dit Monod, déliant celui-ci de son mode héroïque ou monarchique ». Retour aux sources : c’est Max Weber qui a réintroduit la notion, à l’époque contemporaine, dans un ouvrage très général, Wirtschaft und Gesellschaft, économie et société, paru, à titre posthume, dans les années 20. Weber décrit, en effet, « une certaine qualité d’une personnalité individuelle, en vertu de laquelle elle est revêtue d’une aura extraordinaire et douée de pouvoirs surnaturels ou surhumains ». Pour qu’un chef de cette nature apparaisse, il faut, selon Weber, une « ungewöhnliche Situation », une situation extraordinaire, qui suscite chez lui une « vocation » (Berufung), à l’origine d’une « mission » (Sendung), dont l’objet est une « annonce » (Verkundigung). Weber distingue, par conséquent, un tel chef aux « Berufspolitiker ohne Beruf », les politiciens professionnels sans vocation véritable : jeu de mots à partir de l’allemand « Beruf », signifiant aussi bien le métier que ce à quoi on est « appelé », du verbe « rufen ».

Némésis (Nemesis)

Ecrit par Léon-Marc Levy le 01 décembre 2012. dans La une, Culture, Littérature

Philip Roth, trad. USA Marie-Claire Pasquier, Editions Gallimard, septembre 2012, 226 pages, 19,90 €

Némésis (Nemesis)

 

Avec l’autorisation de La Cause Littéraire

 

« Il faut, avec les mots de tout le monde, écrire comme personne ». Colette

 

On ne pourrait mieux épingler l’art éblouissant de Philip Roth que par cette citation. Et en particulier pour donner à ceux qui n’ont pas encore lu Némésis une idée du miracle que produit ce livre : dérouler un récit captivant avec un naturel, une élégance, une authenticité qui sont la marque des seuls grands maîtres.

Tout y est parfait : l’économie et la richesse lexicales, l’organisation serrée et impeccable de la narration, les portraits inoubliables des personnages, le souffle de rage enfin qui emporte tout sur son passage. Presque tranquillement, Philip Roth construit le point d’orgue de son œuvre comme un véritable défi universel.

Jean Faucheur, le silence revisité

Ecrit par Sabine Vaillant le 24 novembre 2012. dans La une, Culture, Arts graphiques

Jean Faucheur, le silence revisité

Sans bruit l’automne accomplit son travail, parant les arbres de leur habit de lumière dans une dernière flamboyance, sur fond de ciel souvent gris. Qu’importe ! Jean Faucheur présente Le Silence, une vingtaine de ses œuvres, dans le cocon de la Galerie MathGoth, au cœur du neuvième arrondissement de Paris.

 

Tout droit sorties de son atelier d’Épinal, après des mois solitaires de travail, loin de l’agitation parisienne et de ses sollicitations, les toiles de Jean Faucheur livrent le fruit de son cheminement artistique et culturel, commencé aux Arts déco – ou Beaux-Arts ?? dans les années 80.

 

 

Le premier livre...

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 novembre 2012. dans La une, Souvenirs, Education, Culture, Notre monde, Littérature

Le premier livre...

Belle recension, la semaine passée, dans Reflets du Temps : Le dernier lapon d’Olivier Truc. Parfums de glace, lumière si particulière à la banquise ; silences bourdonnants des grandes solitudes de début, ou de fin du monde…

« Madeleine », pour moi, d’un coup ! Projetée quelques temps en arrière – enfin, si peu !

Cinq ans, à peine ; cheveux coupés de frais, au bol, grosse frange, à la garçonne (ma mère avait osé sacrifier les boucles longues de sa fille, au nom, inavoué, de quelque féminisme tempêtant en elle). La campagne bourbonnaise ; village perché surplombant les gorges du haut Cher ; brumes assurées dès la Toussaint passée. L’école, en haut du bourg ; deux « maisons d’école » ; celle des petits, et, accolée à la mairie, celle des grands. Je me souviens d’avoir vu passer un curieux équipage, parfois : les « bonnets d’âne » coiffés d’un simulacre de papier, allant lentement de l’une à l’autre école, comme dans l’Ancien Régime, les femmes adultères et autres voleurs, attachés sur les ânes…

Le dernier Lapon

Ecrit par Léon-Marc Levy le 03 novembre 2012. dans La une, Culture, Notre monde, Voyages, Littérature

Olivier Truc, Editions Métailié, roman, septembre 2012, 453 pages, 22 €

Le dernier Lapon

 

AVEC L'AUTORISATION DE « LA CAUSE LITTÉRAIRE »

 

Pour le moins, on peut affirmer que ce livre propose au lecteur un dépaysement radical. Imaginez : nous sommes dans la nuit polaire, en Laponie, au cœur du pays des éleveurs de rennes, par des températures oscillant entre -20 et -30 degrés ! On est plus exactement au moment où le jour va faire sa réapparition, très attendue on l’imagine par les populations locales. Mais cette renaissance se fait chichement, par petites minutes quotidiennes de clarté.

C’est dans ce cadre hostile et fascinant qu’Olivier Truc situe son histoire policière. Car c’est bien d’un roman noir qu’il s’agit. Deux événements en sont à l’origine : la disparition dans un musée local d’un ancien tambour Sami (peuplade indigène de Laponie, Suède du nord) et l’assassinat d’un gardien de rennes, Mattis, également Sami. Dans une Suède du septentrion, encore sujette au mépris raciste de ses populations originelles – il existe même une sorte de parti d’extrême-droite raciste appelé « parti de progrès » – la question se pose d’entrée : forfaits raciaux ?

[12 3 4 5  >>