Un mot est revenu à la mode : le charisme. On l’entend, on l’emploie comme argument électoral, sans trop savoir d’où il vient. Ainsi on opposa, lors de la présidentielle, le « charismatique » Sarkozy à Hollande et sa normalité. Certes, la République a le culte des « grands hommes », qu’elle « panthéonise » en guise de reconnaissance, « idée neuve du charisme, nous dit Monod, déliant celui-ci de son mode héroïque ou monarchique ». Retour aux sources : c’est Max Weber qui a réintroduit la notion, à l’époque contemporaine, dans un ouvrage très général, Wirtschaft und Gesellschaft, économie et société, paru, à titre posthume, dans les années 20. Weber décrit, en effet, « une certaine qualité d’une personnalité individuelle, en vertu de laquelle elle est revêtue d’une aura extraordinaire et douée de pouvoirs surnaturels ou surhumains ». Pour qu’un chef de cette nature apparaisse, il faut, selon Weber, une « ungewöhnliche Situation », une situation extraordinaire, qui suscite chez lui une « vocation » (Berufung), à l’origine d’une « mission » (Sendung), dont l’objet est une « annonce » (Verkundigung). Weber distingue, par conséquent, un tel chef aux « Berufspolitiker ohne Beruf », les politiciens professionnels sans vocation véritable : jeu de mots à partir de l’allemand « Beruf », signifiant aussi bien le métier que ce à quoi on est « appelé », du verbe « rufen ».