Actualité

Lola ma muse (1)

Ecrit par Emmanuelle Ménard le 06 octobre 2012. dans La une, Ecrits, Actualité

Lola ma muse (1)

Paris, neuvième arrondissement, la vie file à la vitesse des voitures, la vie fait du bruit, des coups de klaxon essentiellement. Normal, dans un quartier où les théâtres font concurrence aux bars à putes, aux boites de nuit et aux salles de concert. D’habitude les gens migrent vers la campagne, c’est même « très tendance » dit-on, moi j’ai fait le contraire, j’étais au vert et je me suis mis au gris, quittant ainsi le lit de ma douce Dordogne pour les vents impétueux de la capitale. Moi c’est un homme ordinaire, un homme de tous les jours, quarante ans, divorcé, deux enfants, écrivain quand la pleine lune vient l’inspirer. Voici un an que je vis entre ces murs et, à ma grande surprise, la ville, du moins le quartier, m’a vite apprivoisé.

Que suis-je venu chercher ici au juste ? Plus de solitude ? Une rencontre ? Un nouveau chapitre dans mon existence ? Un nouveau livre ?

L’instinct m’a guidé, je me fie à lui… Il a mené mes pas jusqu’à la rue Pigalle, au numéro trois, septième étage, avec vue sur les toits. Un deux pièces presque dans le ciel, quoi rêver de mieux ? Il me suffit de coller le nez à ma fenêtre pour voler un peu, partir sur un nuage, m’oublier. Là-haut c’est le mystère, je l’interroge sans attendre de réponse et je me dis que c’est cela qui donne du prix à la vie, cette interrogation permanente. On cherche à droite à gauche le bonheur alors qu’il est là, devant soi, telle une évidence qu’on ne voit pas, comme la plupart des évidences. J’en profite aussi pour observer les pigeons ; à les regarder se blottir dans un rayon de soleil, j’ai envie de prendre exemple sur eux, jouir de ce présent qui ne s’offre qu’une fois. Evidemment les bêtes n’ont guère de mérite, après tout elles n’ont ni souvenirs ni projets.

Amir et Shahrazade (conte)

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 06 octobre 2012. dans La une, Ecrits, Actualité

Amir et Shahrazade (conte)

À ma grand-mère B. Fatima

À l’après-midi, Fatma et trois enfants étaient assis ensemble sur une natte dans le patio envahi entièrement par l’ombre des chambres aux tuiles. Elle était en train de boire un café noir en essuyant de temps en temps son front tatoué car la chaleur était brûlante.

Le dos cloué au mur, Fatma était habillée en djellaba bleue et porteuse d’un foulard noir. Elle vivait ses soixante-cinq ans en plein bonheur.

– Grand-mère, j’aimerais bien que vous nous racontiez une histoire, dit  un des enfants habillé en chemise bariolée comme l’habit d’Arlequin.

Ne voulant pas être désobéissante, Fatma chercha dans la bibliothèque de sa mémoire une belle histoire à raconter et prit la parole :

– D’accord, je vous raconterai une histoire si belle que vous serez certainement fascinés à la fin. C’est en fait un conte. Voici les faits :

Inventaire (3)

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 06 octobre 2012. dans La une, Ecrits, Actualité

Inventaire (3)

Un chalutier rentre dans le port, suivi d’un autre que Daphné n’avait pas vu, puis de trois autres petits bateaux à moteur. Ils attendaient que le pont à bascule les laisse passer. Maintenant le lourd contrepoids du pont se relève tandis que le tablier descend pour rétablir la circulation des voitures et des piétons. Daphné a, de façon fugitive, presque subliminale, l’impression qu’il se joue quelque chose d’important pour elle dans ce mouvement comme au ralenti du pont qui s’abaisse et des bateaux qui glissent sur le court chenal qui débouche sur le vaste bassin du port. Les bateaux vont se ranger le long de leur quai. Les deux chalutiers devant le bâtiment de la criée.

– Si j’avais du courage, dit Daphné, je traverserais pour aller acheter du poisson frais. Ça ne te tente pas de venir manger une sole meunière ? Avec un petit Chablis pas trop frais.

– Mais si Daphné, ça me tente, répond Véronique en souriant. Mais Laurent m’attend. Il mettra des fleurs et des bougies sur la table. Il va aller acheter une pizza et une bouteille de Chianti.

– Oh Lord ! Mais je ne te plains pas. D’ailleurs rien ne dit qu’il y a des soles à la criée. Je te dirais bien d’amener ton Laurent mais je crois qu’il ne m’aime pas beaucoup…

Qu'est-ce que le blasphème ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 29 septembre 2012. dans Monde, La une, Religions, Actualité, Politique, Vie spirituelle

Qu'est-ce que le blasphème ?

Les évènements récents ont amené médias et simples particuliers à utiliser – sans modération ! – le mot blasphème, prétendument connu, comme s’il avait livré tous ses secrets. Loin de là !

Blasphemein, en grec, signifie simplement : dire du mal de. Dans l’antiquité païenne, la véritable accusation n’est pas celle-ci, mais celle d’asebia, d’impiété : l’impie manque de respect à la divinité qui s’en offusque. C’est, au fond, le sens moderne. Ainsi – un exemple parmi beaucoup d’autres ! – Phidias se représenta lui-même et Périclès sur le bouclier d’Athéna de la frise qui orne le fronton du Parthénon, le temple qui lui est dédié. Outrage qui dépasse le simple orgueil, mais constitue un crime de lèse-déesse ; Phidias fut mis en prison. C’est ce que l’on comprend aujourd’hui, quand on parle de blasphème : une incorrection, une incivilité envers Dieu ou son prophète, donc, indirectement, envers Lui-même.

Reflets de la semaine (128)

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 29 septembre 2012. dans La une, Actualité

Reflets de la semaine (128)

Le 30 septembre 2005, paraissaient les 12 caricatures de Mahomet dans un journal danois, qui allaient déclencher une vague de protestations dans une grande partie du monde arabe. Il y a un peu moins d’un an, une caricature du prophète, publiée dans Charlie Hebdo, fut à l’origine de l’incendie criminel qui ravagea les locaux du célèbre journal satirique. Récemment, il récidivait, avec la parution d’une série de caricatures de Mohammed, mettant de nombreux pays musulmans en ébullition… Qu’est-ce à dire ? Provoquer fait vendre, tout le monde le sait, mais, dans le cas qui nous occupe, le « blasphème » en question a pris une toute autre dimension, car directement lié à la diffusion de la vidéo anti-islam, L’Innocence des musulmans. Alors, stratégie de récupération, volonté de « faire un coup », irresponsabilité assumée ?

Un si grand amour...

Ecrit par Jacqueline Wautier le 29 septembre 2012. dans La une, Ecrits, Actualité

Un si grand amour...

Il marche à pas trop grands ; qui le déhanchent.

Et hoche la tête au rythme d’une musique qu’il est seul à entendre.

Son nom ? Karim Ben Dolam ; mais sa mère l’appelle Kado, ça la fait rire. Lui est plutôt gêné – c’est vrai quoi, à son âge !

Pour l’heure, il frappe le trottoir de toute sa détermination ; ne sentant rien du froid qui saute à la figure des passants. Et ceux-là se retournent ; certains en souriant, la plupart en haussant des épaules fatiguées. Mais il ne les voit pas et abandonne en sifflotant une traînée d’eau de Cologne au vent glacé, une odeur de propre. Ses cheveux en désordre accrochent innocemment quelques flocons qui les illuminent de paillettes évanescentes – il a l’air d’un ange. Mais exubérant, l’ange ; avec des gestes larges – cœur emballé.

Ce matin, il a savonné une peau trop foncée à son goût, jusqu’à l’usure.

S’est lavé les dents au-delà des trois minutes réglementaires, nettoyé consciencieusement les oreilles et aspergé d’après-rasage bon marché – deux claques énergiques ont terminé le travail.

Inventaire (2)

Ecrit par Bernard Pechon-Pignero le 29 septembre 2012. dans La une, Ecrits, Actualité

Inventaire (2)

Daphné gardait tout par piété familiale mais aussi par goût. Elle considérait que toute démarche en vue de produire de la beauté, sous quelque forme que ce fût, était digne de respect. Elle n’était pas éloignée de croire que le geste de la brodeuse qui avait répété pendant des mois le même motif de fleurs et d’oiseaux sur les médaillons de ses chaises et celui, inspiré et magistral, du peintre d’un chef d’œuvre répertorié dans tous les livres d’art, étaient de même valeur et méritaient la même considération. Daphné n’avait aucun talent artistique et n’avait même jamais montré la moindre disposition pour les arts d’agrément qu’on enseignait aux petites filles de bonne famille. C’est peut-être là l’explication de cet éclectisme délibéré en matière d’art et de décoration. Tout était beau qui lui était inaccessible. Tout était presque également beau. Son sens critique était annihilé par le sentiment de sa propre incapacité. En revanche, étant elle-même un fin cordon bleu, elle faisait parfaitement la différence entre une bonne table et une mauvaise, entre une cuisine gastronomique et un dîner qui ne sortait pas de l’ordinaire, ce dernier fût-il préparé avec amour et les meilleures intentions du monde en fait de convivialité. L’art culinaire était le seul dans lequel elle pouvait faire état de compétences et non des moindres et c’était aussi le seul vis-à-vis duquel elle se montrait sévèrement critique, y compris à l’égard de ses propres réussites comme de ses échecs. Elle déplorait de ne pas avoir l’occasion d’éprouver ses talents aussi souvent qu’elle l’aurait voulu et de mettre au point de nouvelles recettes car ayant peu d’amis, elle recevait peu.

Ecrire dans Reflets du Temps ?

Ecrit par La Rédaction le 29 septembre 2012. dans La une, Ecrits, Actualité

Ecrire dans Reflets du Temps ?

En nous lisant,  vous êtes probablement nombreux à vous murmurer, avant de dormir : «  et pourquoi, moi, je n'écrirais pas dans RDT ? »

Le faire, c'est simple comme 2 clics : écrire un texte sur actualité, international, société, économique, histoire, philosophie, religion, mais aussi création : mini nouvelle, critique de livre ou de film ; musique, retour d'expo, ou de voyage ; recette exceptionnelle, choix unique de grands vins … J'en oublie, bien sûr, puisque dans RDT, on peut s'exprimer sur tout ! - et, ça, c'est du rare !

L'envoyer au comité de lecture – sous Word, c'est mieux – à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ; c'est la gare de triage de RDT … Facile ? On vous attend !

RDT est un magazine interactif (voire même, à certaines heures, hyperactif) : non seulement on lit, mais on commente, et le débat s'enrichit par bonds, de lecteur en lecteur. Mais, notre charte a posé des bornes ; on est dans du collectif, avec des règles. 4 commentaires, au plus pour chaque commentateur ; illimité pour l'auteur du texte. Le respect de l'espace d'écriture, pas moins, pas plus !

La question du siècle : que faire des islamistes ?

Ecrit par Kamel Daoud le 22 septembre 2012. dans Monde, La une, Religions, Actualité, Politique, Vie spirituelle

La question du siècle : que faire des islamistes ?

Que faire des islamistes ? La réponse devient urgente pour tout le monde, en Occident, chez soi, dans la vie quotidienne ou dans la vie des idées et des théories politiques. A l’évidence, on ne peut pas s’en passer pour faire une révolution : ils sont les seuls à mourir pour une idée et à user du martyre et du sacrifice du corps.

Du coup, ils sont une force « armée » et un argument de guerre. Ils sont aussi nombreux et partout : du coup, on ne peut pas fonder un consensus social et politique sans les associer, les inviter, les écouter ou partager avec eux. On ne peut pas aussi les éliminer tous, les exterminer, les mettre tous en prison, les torturer dans un sous-sol ou à Guantanamo. On ne peut les jeter à la mer, tous, comme Ben Laden, ni les refouler dans le désert où, justement, ils se reproduisent.

Les dictatures arabes s’y sont essayé mais n’ont réussi qu’à leur donner le statut de la victime absolue et à en exacerber la violence et les radicalismes.

La révolution et après ?

le 22 septembre 2012. dans Monde, La une, Actualité, Politique

de Rabâa Ben Achour-Abdelkéfi, tunisienne

La révolution et après ?

Qui sont ces étranges personnages qui sillonnent nos rues, arborant à dessein une inélégance recherchée et une arrogante agressivité ? Sourcil froncé, barbe hirsute, front marqué du sceau de la dévotion, sûrs d’eux-mêmes comme de la mission qu’ils se sont assignée, ils jugent, menacent, corrigent, s’il le faut, par le bâton, le couteau et l’épée, ceux qui savent encore créer, penser et aimer.

« Ce sont des Tunisiens, nous apprend M. Rached Ghannouchi, président du parti islamiste Ennahdha. Ils ne viennent pas d’une autre planète ! » Certes. Je me frotte les yeux et je me dis : « Mais alors, viendrais-je, moi, d’une autre planète ? Mon pays, celui de mes parents et de mes aïeux, ne serait donc pas la Tunisie ? »

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