Actualité

« Conte de fées »

Ecrit par Sabine Aussenac le 30 mai 2015. dans La une, Ecrits, Actualité, Société

« Conte de fées »

Une fois, une seule fois peut-être, dirait Desnos dans son « Conte de fées », j’ai vu, sur ma ligne de TER Auch-Toulouse, empruntée quasi quotidiennement durant sept ans, un contrôleur noir.

J’imagine qu’en région parisienne, c’est différent, mais ici, dans le Sud-Ouest, mes propres statistiques sont formelles : cela ne m’est arrivé qu’une fois, j’en avais d’ailleurs parlé avec l’intéressé.

Jamais, en trente et un  ans de carrière, je n’ai eu eu de chef d’établissement noir ou arabe. Je dis « arabe » parce que « d’origine maghrébine », c’est plus long. Et puis les gens qui ont voté FN et qui me liront comprendront plus vite…

Donc jamais de principal ou de proviseur noir ou arabe pour me donner ma note administrative, me rappeler à l’ordre à cause de mes nombreuses absences ou pour me féliciter de mon dynamisme.

Je pourrais presque dire de même en ce qui concerne les collègues…J’en ai eus, des collègues, des centaines, avec mon statut de prof itinérante…Croyez-le ou pas : les profs noirs ou arabes croisés depuis l’obtention de mon CAPES, en 1984, se comptent…sur le doigt de la main ! Je ne peux même pas compter Fabrice, un ancien « pion » de Blaise-Pascal devenu, je crois, prof d’allemand ; il était antillais…Sérieusement, hormis quelques contractuels de math ou de techno, une collègue d’anglais, elle, certifiée –Samira, je t’embrasse !- et un collègue d’allemand très compétent –Rachid, Kuss !-, rien, nada, le désert des tartares…Les salles des profs sont d’une blancheur quasi immaculée…

Jamais mes enfants n’ont eu de pédiatre noir ou arabe. Jamais je n’ai consulté d’ORL, d’ophtalmo, de dermato, de gynéco…noir ou arabe. Jamais je n’ai eu de médecin traitant noir ou arabe. Une fois, mon fils a vu spécialiste iranien dans une clinique, et, une autre fois, j’ai moi-même consulté, à Auch, un rhumato d’origine libanaise. Mais jamais un toubib black ou rebeu n’a croisé ma route.

J’ai eu hélas affaire à de nombreux avocats et juges… Entre les huit longues années de mon divorce et le cauchemar de mon surendettement, sans oublier la longue procédure internationale pour récupérer quatre ans de pension alimentaire, j’en ai croisés, des hommes en robe, des jeunes, des vieux, des beaux, des moches, des sympas, des cons finis, des compétents, des imbéciles… Mais jamais, je vous l’assure, j’ai croisé d’avocat ou de juge arabe. Par contre, un avocat black, oui. - Il y a toujours des exceptions à une règle, n’est-ce pas ? (coucou, Hervé, si tu me lis… )

Enseigner en projet ; le projet phare de la Réforme des collèges

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 mai 2015. dans La une, Education, Actualité

Enseigner en projet ; le  projet phare de la Réforme des collèges

La réforme concoctée pour le collège par Najat Vallaud-Belkacem a comme un cœur de cible qui scintille (ou aveugle, selon cet enseignant ou cet autre) : un chemin, un seul, l’interdisciplinarité.

Depuis presque toujours, l’enseignant est une espèce qui se conjugue au singulier, « le » maître, le professeur, « sa » matière ; accessoirement, « ses » élèves (même si, quand c’est dur, il veut bien les partager !). Curieux, comme en France (allez donc voir ailleurs et dans le camp scandinave en particulier) on n’envisage pas de mutualiser ? – ouvrir ? – l’autorité qu’on est censé avoir du haut vers le bas, sur nos chères têtes blondes ou autres. Peut-être est-ce, du reste, parce que dans les dernières années, cette « autorité » tant recherchée ratait tous ses essais, que l' interdisciplinarité non seulement demandée, exigée, est apparue comme étant in-négociable… Voyons si, à plusieurs…

Pas aussi simple, toutefois. Enseigner en interdisciplinarité dépasse la concertation formelle ou informelle (« de cafetière ») qui, jamais, n’a échappé aux professeurs, lesquels (j’insiste) passent tout le temps des courtes pauses récré à échanger sur leurs troupeaux. Est-il besoin de redire que c’est comprendre – et tenir compte – que notre élève apprend ailleurs que chez nous des méthodes, des savoirs, des savoir-être aussi ; que ce pourrait du coup, être fort productif que d’essayer de fabriquer des positionnements, des exigences, communs. Que les programmes des autres matières intéressent la mienne, que c’est un peu inutile, de ce fait, la redondance absolue, mais, que, par contre, enseigner, c’est l’art de perdre son temps à dire autrement, à répéter. Chaque professeur a un angle d’attaque, et c’est bien tout l’intérêt d’en avoir plusieurs. Le char ne peut qu'avancer plus vite s'il est mené par plusieurs chevaux. Simple comme Ben-Hur en Jeans.

Mais l’interdisciplinarité ne peut se décliner dans le réel d’une classe et dans la perception de l’élève, que si elle s’appuie, s’architecture sur un – des – projet(s). Un outil commun – qui peut être modeste, ne couvrir qu’une partie du temps scolaire – dont les objectifs et les procédures vont ancrer dans les représentations de notre classe ce quelque chose d’incontournable : on apprend à plusieurs profs, matières, et apprendre n’a rien à voir avec le saucisson de la cantine. Il y a autant de formes de projets que de collèges, d’enseignants, d’enfants. « Le » projet-type n’existe pas. Je ne peux, quant à moi,   que parler  des projets que j’ai initiés, fait vivre, dans un collège dit facile, de petite ville. Cependant – partout et tout le temps - quelques ingrédients sont obligatoirement au menu : le croisement des programmes, le repérage des besoins des élèves (évitons de faire « manger » tout au long de la scolarité le même menu à l’enfant), les objectifs qui varieront avec les niveaux, les pré-acquis,  les pré-requis évidemment, le déroulé des procédures et les évaluations. Le projet ne peut pas « emmener » tous les champs disciplinaires, mais pas mal peuvent, et doivent s’y retrouver. Chaque matière place ses objectifs, et fait glisser vers le pot commun ses façons de les atteindre, dans cet échiquier géant qu’est le train du projet. On se gardera bien – c'est, je crois, l'intelligence de la Réforme 2016 – de «  larguer » le projet, comme un ballon rouge lancé n'importe où dans l’Éther – hors des obligations de programme. Absolue erreur que pas mal de dispositifs passés ont décliné  à l'envie. Non, le projet « est » dans les programmes, mais, simplement, il permet de les conduire ( et, complètement) autrement. C'est là, sans doute, que se situe cette « envie d'apprendre » dont parle notre ministre, et, qui, pour certains esprits chagrins, pisse-froid, bouche serrée de – oui – pseudo conseilleurs en éducation ( donc, à vrai dire, tout le monde ou s'en faut) équivaudrait à gros mot de la mal élevée, qu'elle est à n'en pas douter...

« L’œil de Claude : regards sur l'Allemagne et sur le Panthéon »

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 23 mai 2015. dans La une, Actualité

« L’œil de Claude : regards sur l'Allemagne et sur le Panthéon »

D’Allemagne

Lundi 18 et mardi 19 mai, Angela Merkel et François Hollande se retrouvaient à Berlin, à l’occasion du 6è « Dialogue de Petersberg » consacré à la lutte contre le dérèglement climatique. Climat des plus cordiaux et entente parfaite affichée au sein du « couple ». A noter que cette rencontre avait pour objectif principal la préparation de la Conférence « Paris Climat 2015 », qui aura lieu dans la capitale, du 30 novembre au 11 décembre.

Cela dit, le climat semble beaucoup moins serein dans le dernier pamphlet signé Jean-Luc Mélenchon, Le Hareng de Bismarck / Le poison allemand. Où l’on constate que le cofondateur du Parti de gauche continue de tirer à boulets rouges sur notre principal partenaire, qui, selon lui, est « le premier émetteur de gaz à effet de serre de l’UE ». Il y a peut-être du vrai dans cette affirmation, mais l’« acharnement thérapeutique » dont il fait preuve vis-à-vis de la chancelière et des Allemands en général a quelque chose d’outrancier, frisant parfois le ridicule, Jusqu’à l’os, titre d’un de ses ouvrages paru en 1991, et dont le sous-titre, Pour arrêter, en politique, la machine à se donner des claques, est toujours d’actualité !

 

Panthéonisation

Le 27 mai prochain, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay entreront au Panthéon. Quatre grandes figures de la Résistance reposeront désormais aux côtés de Voltaire, Rousseau, Zola, Dumas et Hugo. A propos de l’auteur des Misérables, Nicolas Sarkozy a dit récemment tout le bien qu’il pensait de son roman « 1793 », dont le titre exact est Quatre-Vingt-Treize, et qui montre l’Ancien Régime aux prises avec l’idéalisme révolutionnaire et républicain !

Entre ici, Jean Zay. Ministre de l’Education et des Beaux-Arts – oui, des Beaux-Arts – du Front populaire, il fait aujourd’hui l’objet d’un nombre important de publications dont Souvenirs et solitude préfacé par l’historien Antoine Prost, président de l’Association nationale des amis de Jean Zay. Ce dernier déclarait récemment, dans Marianne : « Il a mis l’Education nationale en mouvement, laissant les maîtres innover avant de réglementer, en expérimentant, grande première, les réformes avant de les généraliser ». A l’opposé de ce qui se fait aujourd’hui, en somme !

A ces professeurs-là… Chronique de colère

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 mai 2015. dans La une, France, Education, Politique, Actualité

A ces professeurs-là… Chronique  de colère

A ces collègues, les immobiles, les pires de pires, ceux qui étaient là, le stylo au poing, quand je suis rentrée dans la carrière ; ceux (leurs enfants, peut-être ?) qui sont encore là, la souris au poing, des années après ma retraite sonnée. Quand cela finira-t-il, la litanie des plaintes en tremolos, souvent faux qui plus est, de ceux qui ne veulent JAMAIS entendre ni les raisons, ni les façons de réformer (juste un peu) l’Éducation Nationale.

Énième projet de réforme des collèges. Gauche au pouvoir ; on vote pour eux, non ? Les affects compliquent la crise…

 Que le collège soit le maillon faible du circuit et de plus en plus dramatiquement, c’est un fait aussi dur que le système solaire et son fonctionnement. Que l’élève de collège, naviguant au plus juste entre vague réformette de l’orthographe, bidouillage des obligations en mathématiques, et changements prétendument structuraux en Histoire-Géo, ne retrouve plus depuis des lunes son chemin – ni les donnés pour bons, ni les considérés comme nuls – c’est aussi acté que 2 et 2 font 4. Mais, baste, peu leur chaut, semble-t-il, à ces gens dont le métier, que dis-je, la mission est la plus haute qui soit : former l’élève, l’élever – un avant, un après.

Qu’on me comprenne bien. Je ne saurais m’en prendre – même après toutes ces années de bonheur d’avoir enseigné, devant classes pleines, l’Histoire, la géographie, l’éducation civique, et la citoyenneté dans un collège en Corrèze – à ces collègues, ou ces anciens professeurs stagiaires que j’ai fréquentés, épaulés, parfois conseillés, et qui, pleins de bonne volonté, flanchaient, ça et là, au détour d’obligations, de modifications, dont les noms seuls surnagent dans ma mémoire (Projet d’action éducative, 10%, Parcours diversifiés…). Qu’on fléchisse un peu sous l’averse poétique et si notoirement lisible des contenus d’obligations de programme pondus par le ministère, si loin des rangées de nos classes, ce n’est que normal, humain. Sain, même. Non, ce ne sont pas d’eux, dont je parle ici – autrement dit, je ne m’adresse pas à la majorité des professeurs. Mais à une petite, solide troupée qui campe, voyez-vous, dans le Non perpétuel – idem, les concessions des cimetières ! – et dans le « moi-je, mes cours à moi, mon emploi du temps-le mien, mes élèves à part, tellement mieux que la masse, et le toutim ». Vous les connaissez, que vous soyez parent d’élève, collègue, chef d’établissement. Les inspecteurs les connaissent. Chikungunyas de malheurs : ceux qui bloquent l’avancée du train, en se couchant sur les rails.

Que nous serinent-ils encore cette année – copié-collé de ce que polycopiaient au bleu qui tache, leurs quasi grands-parents : comme à chaque projet de réforme ! le niveau baisse, ma pov’dame, on tire vers le bas. Dans le grand trou – l’Inferno des images d’Epinal, pas moins – les gamins, happés par les plus faibles ; les leurs, les dites têtes de classe. Sachant que leur définition de « tête de classe » est facile, simplette, fausse ; c’est l’excellence scolaire en caricaturée : mémoire récitative et accumulative, capable – fi l’ordi – de vous cracher en un temps record les déclinaisons de ce pauvre latin menacé, les dates de l'Histoire de Mallet (enfin, les dates !!), salivant, ou pas loin, – las, ça ne se fait plus -  sur les départements, leurs préfectures… cliquer sur Google ? vous n’y pensez pas ! Où serait l’élégance, ou le goût du sport… Je vous entends d’ici : – elle en a contre le Latin, l’Allemand première langue, elle ne comprend pas les attendus culturels et gratuits de ces types d’apprentissages ; chut ! elle cautionne le nivellement, mais elle est de mèche avec le gouvernement... Sus à la traître…

Badiou, théoricien d’une nouvelle utopie ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 mai 2015. dans Philosophie, La une, Actualité

Recension/commentaire du livre d’Alain Badiou, A la recherche du réel perdu, Paris, Fayard, 2015

Badiou, théoricien d’une nouvelle utopie ?

Badiou est l’un des principaux personnages de la scène philosophique française. On le compare – et le confronte ! – souvent à Onfray, l’autre « star » médiatique dans ce domaine. Rien à voir pourtant : Badiou est plus perspicace qu’érudit ; non que sa culture ne soit pas immense, mais ses références sont limitées, juste ce qu’il faut pour venir à l’appui de l’acuité de sa pensée (avec Onfray, c’est exactement l’inverse : plus érudit que perspicace !).

Pour lire ce petit livre (59 pages), nul besoin d’un bagage préalable autre que ce qu’un lycéen est censé avoir appris en classe de terminale. Le style est clair, le raisonnement limpide. Même les néophytes peuvent se plonger dans l’ouvrage sans appréhension.

Prémisse fondamentale : le réel, le véritable réel, est perdu, ou du moins délibérément occulté ; se substitue à lui un pseudo réel, que tout le monde prend pour une vérité d’évangile. C’est une « loi d’airain », une vulgate à laquelle il convient de se soumettre. Notamment en économie. Badiou parle abondamment de la « prévalence intimidante du discours économique », « figure de l’abstraction », construction de l’esprit à la Hegel, « pathologie pure », qui n’offre « aucune possibilité d’émancipation ». On pense ici au fameux « TINA » de Margaret Thatcher (there is no alternative).

Badiou reprend la métaphore platonicienne de la caverne, du livre VII de la République ; cette prétendue loi d’airain n’est qu’apparence, un théâtre d’ombres qui travestit la réalité : « le point que nous signifie Platon, écrit Badiou, c’est que pour savoir qu’un monde est sous la loi d’un semblant, il faut sortir de la caverne, il faut échapper au lieu que ce semblant organise sous la forme d’un discours contraignant ». Petite erreur d’interprétation ici : les formes sensibles, les apparences qui se projettent sur les parois de la caverne, ne sont en rien, pour Platon, une « loi ». Les idées du monde intelligible, règles éternelles dont s’est servi le Démiurge pour créer le monde sensible, sont, elles, plus vraies que le vrai ; elles fondent les nomoi, les lois humaines, qui n’en sont que la copie parfois dégradée. Le « mé on » que l’on voit et qui nous entoure, à mi chemin entre l’être et le non être, ne saurait, en aucune manière, mériter le beau nom de « loi ».

Mais passons ; pour Badiou, il faut donc – c’est le message essentiel – se libérer du faux réel. Il existe différentes manières d’y parvenir. Tout d’abord la manière « subjectiviste », la révolte, l’indignation, dirait Stéphane Hessel. Cette manière-là expose à de grands dangers « puisque l’Histoire doit accoucher d’un monde émancipé, on peut sans états d’âme accepter et même organiser une destruction maximale ».

Non, mieux vaut procéder par la logique : « tout accès au réel en est la division (…) il faut toujours qu’un masque soit arraché, un acte qui cependant, s’il institue activement la distinction entre le réel et le semblant, doit aussi assumer qu’il y a un réel du semblant, qu’il y a un réel du masque ». Ce serait trop simple, en effet, si le faux réel n’était que pur non être : il ne tromperait personne ; c’est parce qu’il recèle une parcelle de vérité qu’il est ambigu et donc trompeur.

L’œil de Claude : « attention, école et coquins, encore »

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 16 mai 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : «  attention, école  et coquins, encore »

Attention, école !

En France, c’est devenu une tradition, chaque ministre de l’Education nationale travaille pour la postérité. Ainsi se sont succédé une pléthore de réformes qui, au fil des années, se sont avérées plus ou moins efficaces pour diverses raisons, essentiellement politiques et pédagogiques !

Qui se souvient encore de la réforme Fouchet-Capelle (1963), qui donna naissance aux Collèges d’Enseignement Secondaire et à leurs filières, de la réforme Haby (1975), qui instaura le collège unique, ou de la réforme Savary (1981) qui tenta de le rénover pour lutter contre les inégalités scolaires ? Parmi les ministres dont le passage, rue de Grenelle, fut remarqué, à défaut d’avoir été remarquable de bout en bout, citons Ségolène Royal et Jack Lang, François Bayrou et François Fillon, qui, à propos de la réforme du collège proposée par Najat Vallaud-Belkacem, s’est écrié : « Réforme du collège : médiocrité pour tous » !

De son côté, Jean d’Ormesson, qui n’a rien d’un « pseudo-intellectuel », vient d’adresser une missive à François Hollande, dans laquelle il dit sa préoccupation de voir disparaître ce qui fait notre richesse, à savoir notre culture, stigmatisant au passage les « rêveries meurtrières » de la jeune ministre, cette « dédaigneuse ingénue »… Toujours ce style et cette élégance à fleur de peau chez cet amoureux de notre langue et de notre littérature !

D’autres voix, moins « littéraires », continuent de s’élever çà et là contre la « réforme Vallaud-Belkacem », qui suscite une véritable levée de boucliers à tous les étages. Tout le monde a son idée sur la question, la plupart étant d’avis qu’on ne va pas forcément dans le bon sens, après avoir exclu l’élève du cœur du système… Laissons à François Bayrou le mot de la fin, qui pourrait équivaloir à la principale mission de l’école, « viser l’élitisme pour tous » ! Soit, mais cela ressemble encore trop à un vœu pieux… Alors, femmes et hommes de bonne volonté et de talent – il y en a beaucoup dans ce pays –, ne perdez plus de temps et attelez-vous à la tâche !

 

Copains et coquins

On prend les mêmes et on recommence… Bis repetita placent… En 2013, Bernard Tapie était mis en examen pour escroquerie en bande organisée. Cette fois-ci, nouvelle mise en examen pour détournement de fonds publics par une personne privée… de morale, surtout !

Quelques jours plus tard, Nicolas Sarkozy était à son tour mis en examen pour corruption active et trafic d’influence dans l’affaire dite des « écoutes ». Après un placement en garde à vue, en 2014, il risque ultérieurement un renvoi en correctionnelle !

Où l’on s’aperçoit que le champ lexical des « affaires » ne cesse de s’élargir : escroquerie, bande, détournement, corruption, trafic, correctionnelle. Et lorsqu’on y regarde de plus près, on croirait qu’il est question d’une vulgaire « association de malfaiteurs », qui ne détonnerait absolument pas dans « le milieu » !

Depuis un certain temps déjà, on se rend compte qu’on a dépassé, et de loin, la simple gravité des faits et atteint une sorte de « pérennité » institutionnalisée, où le « tout est permis » tient lieu de précepte. Finalement, entre « homme d’affaires » et « homme aux affaires », la frontière est plus que poreuse, et c’est bien là le problème !

Nomade de ma vie, Dieu est un homme comme les autres

Ecrit par Luce Caggini le 16 mai 2015. dans La une, Ecrits, Religions, Actualité

Nomade de ma vie, Dieu est un homme comme les autres

« La fondation Al-Kawakibi, dont l’objectif est d’organiser un Forum mondial pour une réforme islamique en 2016, a été officiellement lancée mardi 21 avril. Pour marquer le coup médiatique, un débat a réuni sur une même scène le philosophe Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, et Alain Finkielkraut, “dont les positions critiques sur l’islam et les musulmans ne nous laissent pas indifférents” ».

Manifestement même la brillante conférence de deux brillantissimes érudits tels deux aigles empanachés, musclés, puissants et merveilleusement empruntés de courtoisie n’a pu venir à bout d’un rituel sans aucune autre armure miraculeuse que la médaille de Lourdes.

Rimant tous deux avec médina et yashiva ils n’auront pas été intimement chagrinés par le même Dieu dans ce passionnant marathon duo des frères ondoyés par la même intention : montrer leur magistral amour de la vérité et leur partage entre marginalité et analogie de redimensionner la planète entre deux mondes animés par des artistes de génie, deux méthodiques manières de parler de l’islam et la vanité des religions révélées. En effet agneaux et loups ne peuvent co-générer deux amants et deux amantes sans perdre leur identité.

Agneau divin, Agneau araméen, Agneau adrénaline, Agneau cépage contrôlé, Agneau nombril, Agneau Adonaï, Agneau andalousé, Agneau muselé, Agneau répudié, Agneau endormi, Agneau purgatoire, Agneau panthéonisé, Agneau naphtalisé, Agneau purifié, Agneau peinturluré, Agneau muet comme une montagne de moines en pénitence, Agneaux armés de munitions angéliques montrant leur dorure parcimonieusement, Agneaux mendiants errant parmi des milliards de morts, minaudeurs rageurs et courtois, Agneaux murés et mugissant de douleur miraculeusement purifiés au milieu d’un monde immonde ruminant le même mot répété des millions de fois par des milliards de moribonds minés par leur marabout, leurs idolâtres argentiers nomadisant d’un puits de pétrodollars à un mur de purifications avec un maître-mot, Dieu.

 

http://www.saphirnews.com/Al-Kawakibi-Ghaleb-Bencheikh-Alain-Finkielkraut-le-debat-en-video_a20726.html

L’œil de Claude : des Primaires à venir au 1er mai de théâtre

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 08 mai 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : des Primaires à venir au 1er mai de théâtre

Primaires

A droite toute, et cap sur 2016 ! Actuellement, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé sont au coude à coude, devançant assez nettement les Fillon, Le Maire et consorts. Et ce ne sont pas tant leurs lignes politiques que leurs personnalités respectives qui sont par trop divergentes !

L’ancien président de la République, pour qui le changement ce n’est pas pour tout de suite, ne cesse d’osciller entre séduction appuyée et hâblerie. Prêt à tout pour la reconquête du pouvoir, et sans vraiment se soucier de l’épée de Damoclès que constituent les affaires auxquelles il est mêlé, il veut apparaître comme serein. Malheureusement, il est souvent dans l’excès, ce qui le fragilise encore plus aux yeux de beaucoup et rend sa stratégie un tantinet illisible.

L’ancien Premier ministre, quant à lui, continue d’avancer droit dans ses bottes… Adepte d’un antisarkozysme primaire, son atout majeur il en joue merveilleusement chaque fois qu’il le peut. Plus globalement, ce qui le distingue de son adversaire, c’est son pragmatisme à toute épreuve, qui le pousserait volontiers vers un rapprochement avec le centre, et son côté rassurant d’homme de la situation, à la fois discret et efficace.

Selon que vous serez sympathisants ou électrons libres – de gauche, peut-être – vous tiendrez compte davantage sans doute de votre sensibilité propre que de votre sensibilité politique. Car la vie publique est dans un tel état de délabrement que nous sommes tous en droit d’attendre un homme nouveau, capable de reprendre les rênes de l’Etat !

A gauche, pas de primaire en vue pour le moment, mais il est clair que François Hollande travaille sans relâche à sa propre succession d’ici à 2017. Néanmoins, si l’on tient compte des résultats de certains sondages proposant un tel cas de figure, c’est Manuel Valls qui serait le mieux placé (29%), suivi de Martine Aubry (19%) et de l’actuel chef de l’Etat (18%). Là aussi, on assisterait à un combat singulier entre un Premier ministre, qui plie souvent, mais ne rompt point, et un président de la République, effacé et quelque peu maladroit, dont la cote de popularité va decrescendo. On en est là pour le moment, mais je pense que nous, citoyens de ce pays, sommes conscients de l’enjeu qui nous attend et ferons preuve jusqu’au bout d’un civisme exemplaire !

 

Théâtralement vôtre

1er mai 2015, place de l’Opéra. Marine Le Pen est sur scène et s’apprête à réciter sa tirade, lorsque son père, ce héros, surgit soudain, tout de rouge vêtu. Bien décidé à lui voler la vedette, il se met à saluer le public, bras levés !

Quelques jours plus tard, le Roi Lear est poussé vers la sortie du parti qu’il a lui-même fondé, accusant l’une de ses trois filles de félonie et la répudiant sur-le-champ. Le drame shakespearien qui se joue là, sous nos yeux, aura, c’est certain, de graves retombées sur les plans personnel et politique !

Car Le Menhir, qui n’est pas du genre à s’en laisser conter, fera front, et son rôle d’empêcheur de tourner en rond, il continuera sans doute de l’interpréter jusqu’au tomber de rideau. Pour ce qui est de l’avenir du parti et du sien propre, Marine a incontestablement du souci à se faire !

Entre ici D’Ormesson !

Ecrit par Fabrice Del Dingo le 08 mai 2015. dans La une, Actualité, Littérature

Avec l'autorisation de La Cause Littéraire

Entre ici D’Ormesson !

Jean d’Ormesson entre dans la Pléiade ! Il la joue modeste comme il sait si bien le faire depuis quarante ans tandis que ses détracteurs (des jaloux ou des inconscients !) fulminent contre cet alerte nonagénaire qui écrit son dernier livre chaque année depuis quinze ans avec force citations grecques, latines, saint-augustinesques et même, quelquefois, des phrases qu’il invente tout seul.

Mais ce n’est que justice : selon un récent sondage il est le troisième écrivain préféré des Français, le premier se nommant Victor Hugo. C’est un peu dur pour tous les autres, les Balzac, Zola, Stendhal, Maupassant, j’en passe et des moins bons. Sans compter les Racine, Molière, Baudelaire, Musset, Rimbaud et consorts, car les auteurs dramatiques et les poètes sont aussi des écrivains. C’est dur pour ces immenses écrivains de se voir ainsi distancés par le prestigieux auteur d’Au plaisir de Dieu. Et je ne parle même pas des géants à la mode : Michel Houellebecq, Valérie Trierweiller ou Eric Zemmour.

Mais c’est terrible aussi pour celui, injustement oublié, qui se glisse entre Victor Hugo et Jean d’O. Car c’est celui-là, l’écrivain préféré des Français juste derrière le père de Léopoldine, qui aurait dû entrer dans la Pléiade avant le papa d’Héloïse. Marc Lévy dans la Pléiade : et si c’était vrai ?

Reflets d’ailleurs : Katmandu, ma mémoire

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 mai 2015. dans La une, Actualité, Arts graphiques, Voyages

Reflets d’ailleurs : Katmandu, ma mémoire

On frôle les 8000 morts au pays des 8000. Un des pires tremblements de terre depuis…

Les routes de l’Everest, le Teraï des tigres silencieux, la vallée, si verte, des rizières, son chapelet de neiges himalayennes – à les toucher – telles qu’on les voit, subjugués, dès la sortie de l’aéroport. Katmandu, mon amour, si les voyages peuvent être de cet ordre-là –  or, ils le sont – alors, Katmandu, bien sûr ! Combien sont-ils, ces lieux du monde, où nous sommes restés si peu, et, où, depuis, la marque en nous est indélébile ? Si peu, ou tant ? C’est comme les gens – ceux qui sont importants, cela n’a souvent rien à voir avec un comptage mathématique. Aimer, c'est tellement autre chose.

J’aurais pu aborder ce pays par la littérature un peu convenue des « Chemins », ou – si seulement ! – être de ce troupeau de grands jupons à fleurs, dès 68 – le Népal, c’est tellement 68 ! Il m’a fallu attendre des années, et la géographie, un gamin, un compagnon – un collègue, aussi (qu’il doit pleurer, l’ami Serge !) pour, en pleins congés d’été, atterrir dans le petit aéroport, et d’entrée… respirer. On est – enfin ! – en altitude (plus de 1500 mètres en ville) après les touffeurs de Delhi ; une fraîcheur unique se fait sentir : le verre d’eau dans le désert. C’était une fin de matinée ; tout ce vert dès le hublot ! après le sec du Rajasthan (rien n’est vert comme là-bas au pied de l'Himalaya, si ce n’est la Corrèze). Comme tout le monde, on arrivait d’Inde – ses mystères, la boule dans la gorge avec la misère du Nord, la foule immense et l’humidité indescriptible de la Mousson à Bénarès, le cœur de la mort/vie sur terre. Sans doute, n’apprécie-t-on bien le Népal que par la porte d’Inde…

1996 ; voyager était année après année notre luxe, notre culture, de façon d’être, comme notre spiritualité à nous, et ma foi, ce n’est pas ce que nous avons le plus raté dans la montée en graine de notre Cédric, dont le plaisir était, je crois, cet été-là, de communiquer en anglais, sa langue préférée (bonheur absolu quand ça réussissait – l’accent anglo-népalais aidant).

J’ai vu des photos de la ville depuis ; comme elle a changé ! Grandie, comme une adolescente boutonneuse, grincheuse. Constructions, anarchie, motocyclettes crissantes, pollution inimaginable (fermez les yeux, vous y êtes ! reniflez, vous y êtes aussi). J’en garde, pour moi, le souvenir de quartiers calmes – maisons basses de briques rouges, de l’herbe (attention, banale ! ) poussait partout sur les trottoirs. Un dénuement de haut d’échelle – c’est un des pays les plus pauvres du monde, mais – étonnant – qui ne nous saute pas au visage comme la misère de l’Inde desséchée, surpeuplée qu’on venait de quitter. Représentations, impressions… en voyage, les chiffres – les données – de la géographie gardent une distance prudente. Des taxis (j’ai oublié leur couleur ; allure un peu britannique) nous amenaient en trois tours de roues pas vraiment neuves de notre hôtel cosy à la piscine si froide, au centre de Katmandu, le vieux, l’éternel, celui qui maintenant est poussière. Dire ce qu’on ressent, en arrivant, au détour d’une ruelle plutôt noire et enfumée, sur Durbar Square ! Le Népal des Newars. C’est la même chose dans les autres villes de la vallée, Bhaktapur, la somptueuse, Patan, la royale ; tout à moins de 30 km de la capitale ; tout, par terre, maintenant, nous dit-on. Comment en parler : le souffle coupé, genre peut-être Angkor que je ne connais pas ; en plus intime. La plongée directe dans un temps ancien, depuis leur brillant Moyen Age (les bâtis Newars remontent au XIVème ; beaucoup sont du XVIIème siècle) quelquefois restaurés récemment – tant de tremblements de terre – mais qu’importe, l’impression est la même : magique. Plein les yeux, tous les sens jusqu’à l’odeur du bois. L’art Newar est unique, limité, à part, et, figurez-vous, parfait. Art de la brique rouge et surtout du bois sculpté, mais aussi entrelacé (ni clous, ni tenons et autres mortaises). Empli de ces petites sculptures fines et figuratives que le continent indien sait si bien manier. Façades noires et rouges, toits de pagodes superposés, beauté, élégance, proportions. Toutes les mythologies défilent en bandes sculptées, Hindouistes (surtout) mais aussi Bouddhistes. Terre de syncrétisme que le joyeux et tolérant Népal, qui ne cesse de fêter cette religion, puis l’autre ; 1 jour férié sur 3, ne dit-on pas ! La terre reste battue, « médiévale », les gens vaquent à leur quotidien, au milieu de « Versailles » ! le Népalais d’aujourd’hui, est là, dans son environnement, qui compte – aussi – ces merveilles qu’on ne met pas sous cloche. Impression déjà ressentie au Rajasthan voisin dans ces Haveli (riches cités marchandes), où le somptueux du passé cohabite avec la rue, les vaches, la saleté. Donnant un curieux toucher de la réalité même du Passé, du leur, mais aussi du nôtre, où, sorti du château, on tombait dans la fange…

Repartir ; finir de marcher dans ces petits villages « tibétains », où espace-temps éclatent comme dans le meilleur film de science-fiction. Combien de fois l’idée m’est revenue, en croisant des photos, ou, tout bonnement, le souvenir… et puis, on oublie, ou on va ailleurs. Jusqu’à ce jour d’Avril – il doit encore y faire froid – où quelque chose de noir a fondu sur nous : ainsi, c’en est fini de toute la beauté de ce monde, de cette mémoire, de ces vies d’hommes et d’enfants. Bhaktapur et Patan seront un jour reconstruits – à l’identique, et assez vite, sans doute. Quant aux vies qui portent la mémoire…

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