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Trump. Etonnés ? moi, non plus...

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Trump. Etonnés ? moi, non plus...

On sait  déjà qu'aux States, les sondages pédalent plus qu'à leur tour dans le maïs des grandes plaines. Il y a eu des précédents ; encore tout chaud notamment la présidentielle - Bush fils / Al Gore - en 2000, et visiblement cet immense territoire, ce continent – disent nos instituts de sondeurs européens, ne se prête guère aux pourcentages affinés, versus quasi scientifique, qui donneraient le résultat, pile juste avant la ligne d'arrivée. Plein de voix autorisées nous en rebattaient les oreilles depuis de longs mois, pourquoi aurait-il fallu que les tout derniers de ces sondages échappent à la règle ?  Alors, pourquoi ces cris de surprise effarée et pleurs suicidaires à notre matin-gueule de bois de certains, à leur nuit américaine, là-bas, dont les lampions annoncés se sont limités aux rues ( bien fréquentées) de N.Y, métropole éduquée XXL, multiculturelle depuis des lustres, ouverte aux vents de l'Atlantique et de la Mondialisation active, à prétention généreuse ; fanion d'une Amérique  se voulant résolument moderne,  qui parle au reste du monde bâti de la même chair : « notre » Amérique à nous.  Décidément, partout, le mot « représentation » campe ces temps-ci en haut de la liste... 

Sauf que d'autres Amériques, il en est plein – et, au final, davantage, au vu des résultats de cette présidentielle. Les États Unis ne sont pas toujours « un pays », mais généralement « des » pays. Ça ne date pas de ce sinistre 8 Novembre.

 Il faut avoir quitté la géante pomme de l'Est, Manhattan si petite, et le minuscule Greenwitch village de dessins animés, simplement avoir pris ces turnpikes qui n'en finissent pas de tracer l'immensité, avoir mangé un morceau – vraiment particulier - dans ces relais au bord de nulle part, au milieu des gens qui ne sont pas de N.Y, pas plus que de L.A ou de Frisco , pour ressentir qu'il existe un peuple américain en dehors de celui de nos imaginaires. Celui à qui Trump, cet étonnant spécimen du « populaire », a parlé, susurré - oreille,  cœur,  ego, et pourquoi pas, couilles,  dans chacun de  ses meetings.  Il faut avoir, même vite, mis le bout de l'orteil  dans ces terres de l'Amérique de tous les jours, une autre que celle des films, des livres et des chansons, fussent-elles celles du barde nobélisé. Avoir, sous un ciel blanc de chaleur plombée, par exemple, dans le bleu-rose étrangement layette de Miami, vu ces «  vieux et vieilles américains » de Floride, saturés d' héliotropisme dans leur parc-à personnes-âgées-apeurées, garantis sans émigrés, enfants, ni parfois, animaux.   Mauvais goût définitivement hors concours. Et que dire de tous ces vrais-faux Cow-boys des Grandes Plaines, plus blancs et racistes épais qu'on ne peut l'imaginer, territoires plus perdus que nos villages du Cantal, ceux qu'on voit si bien dans «  Brokeback mountain », ce film-chef d’œuvre qui dit Trump avant Trump... Étrange peuple, de notre point de vue, et différent, vivace ou plus assourdi depuis toujours ou presque, tout au long de l'Histoire américaine, depuis  1945, au bas mot. Petites classes moyennes agrippées à l'avoir, à cet américan dream du pionnier ayant posé son sac, d'une way of life, dessinée par la voiture, le réfrigérateur en attendant l'ordinateur. Ils ont cahoté  au rythme de la croissance généreuse,  et des inquiétudes des interventions ou des initiatives dans les guerres de ce qu'ils nomment en iliens qu'ils sont, le « rest » du monde, se sont trouvés immergés dans la crise des « Subprimes », ont chuté en 2001 avec les Tours... Comment de tels marqueurs auraient-ils pu s'effacer, ni même s'amoindrir – en vrai, ou via les TV et réseaux sociaux, dans la cacophonie actuelle des migrations, du terrorisme, menaces cauchemardesques d'invasions définitives... Tout le bruit de la victoire de Trump est là, mais était perceptible dans son raffut bien avant la nuit du 8 ; non ?

Suis-je de ces 4% ?… ou d’ailleurs…

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 novembre 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Suis-je de ces 4% ?… ou d’ailleurs…

… 4%, dont dégouline chaque « une » – quotidien, hebdo, voire pseudo-journal-photos du coiffeur –, dont résonnent en étrange boucle tous – j’ai dit, tous – les 1/4 d’heure des radio-infos (du café du matin, qui vous sale la tartine de confiture, comme un coup de mer inattendu, au repas de 13h juste derrière le jeu des 1000 euro – écoutez bien, machin : quel est le président de la Vème république le plus mal en point dans les sondages ? Réfléchissez ! Mais machin n’en a pas besoin, il fuse, il sait, et lève le doigt comme le petiot de la maternelle : François Hollande ; salve d’applaudissements : il a gagné !

Qui n’imaginerait le président, par ces heures glaçantes ou brûlantes, ces mal-heur(e)s médiévaux, se lever le matin – bon sommeil, on en doute une miette – ouvrant sa boîte à infos perso – presque intéressé, au fond – en se demandant, si c’est le jour où il va se trouver en-dessous de 0% d’opinion favorable et enfin être sûr d’entrer dans les livres d’histoire…

Oui-da, le Hollande-Bashing le plus hard du quinquennat s’annonce en fanfare. Bruits de tous genres, du concours de pets malodorants aux restes de tonitruances quasi wagnériennes, en passant par toutes les imitations de cris d’animaux, saugrenus, dangereux, inconnus et peut-être même inventés de toutes pièces. De ci, de là, glisse la mielleuse fadeur d’un Mozart raté, en guise de peau de banane bien sûr. On se demande finalement comment ça tient, un Hollande, là maintenant, et on interprète la hargne perfectionniste qui l’accable, par des interrogations du type : – C’est pas vrai, pas encore mort ! S’agite encore, la bête ! Remettons-en une couche, qu’on en finisse enfin ! Et les pelles de s’abattre, de Droite, de Gauche – on en compte vraiment beaucoup, là : Hollande lâché par son camp, par les siens, la meute hurle contre le président… un livre, pour le coup, de tous ces titres alléchants. Que d’honneurs on lui fait finalement… Serait-il si gênant ? Si important, incontournable ? Sait-on. Dans les temps médiévaux ou de la si douce inquisition, n’en doutons pas, le bûcher fumerait dare-dare… l’hérétique Hollande… on hallucine.

L’accusation fulmine avec dans les mains deux – définitives – pièces à charge. Le fameux livre de confidences, dont je vous ai parlé dans une précédente chronique avec l’ire qu’on aura remarquée. Je maintiens à cette heure que l’absence de congruence historique quant au temps de parution du livre, est l’erreur majeure de l’affaire. En doublette avec cette non moins curieuse absence de volonté de relecture. Par contre, j’ai eu depuis l’occasion de lire de forts pertinents articles, ainsi que de très hauts débats Facebook, signalant que chaque élément « confié » était bien assorti de son contexte (ce dont je doutais). Résultat fort différent du coup et éclairage cru du côté tronqué des phrases ou bouts de conversation hachés, hors-contexte – ainsi, le fameux passage sur les magistrats, entre autres : en pleine affaire Taubira-savait-elle, il défend sa garde des sceaux, bec et ongles, arguments solides à l’appui. Difficile de l’appréhender hors du livre lui-même, convenons-en. Pour autant, le président bavasseur, jacassant au comptoir de la république sur un tel et l’autre, est-il défendable ? Je ne pense toujours pas. Mais la façon dont les médias ont alimenté le feu de jour en jour – pages ouvertes sous le nez – tendant le micro à tout ce qui arpentait le chemin, pour s’ébaudir sur ces « tronqueries », est plus qu’indélicat, c’est obscène. Manipulation, malhonnêteté intellectuelle ? Évidemment. Comment se prétendre, dès lors, encore favorables à une candidature d’honneur, à défaut de gagnable, d’un tel personnage ? Et, pour le président, comment ne pas faiblir dans son projet de candidature ? Si l’on ajoute – fabuleuse coïncidence – la valse des Concurrents se jetant sur l’aubaine en se voilant tout soudain la face – Cambadélis ? Bartolone ? Et pourquoi pas Valls (au jeu des chaises musicales, qui resterait en piste ?). Tous ont eu des propos où la honte le partageait au déshonneur, les larmes de déception nous aspergeant presque dans le bruit feutré des vestes se tournant à moins que ce soit ce chuintement des rats quittant le navire… Vous savez bien.

CETA ; Incorrigible Belgique

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

CETA ; Incorrigible Belgique

Grand émoi dans le plat pays, la Belgique avait dit « non » au traité de libre échange avec le Canada. La Belgique ? Plutôt la Wallonie. Paul Magnette, son ministre président, clôturant comme suit le débat : « Nous avons toujours dit que nous n’avions jamais été contre d’avoir un accord avec le Canada. Mais nous ne voulons pas – ni maintenant, ni plus tard – d’arbitrage privé. Les conflits entre multinationales et Etats doivent être tranchés par des juridictions publiques ». C’était la raison officielle : des juridictions commerciales, parallèles, supranationales, suspectes de partialité envers les grands groupes d’outre-Atlantique. En réalité les Wallons, dont les industries traditionnelles (charbonnage, textile, sidérurgie) sont – tout comme celles du nord de la France – en pleine déconfiture, craignent de perdre toujours plus d’emplois.

Bref, l’Europe institutionnelle, après le Brexit, était à nouveau en berne. Cinq ans de négociations menées par la commission de Bruxelles pour rien…

Une histoire belge, en quelque sorte. Le royaume, en effet, se compose d’un gouvernement fédéral et de quatre « entités fédérées », dotée chacune d’un exécutif et d’un corps législatif : la communauté flamande, la communauté française (sic !), la communauté germanophone (Eupen) et la région de Bruxelles-capitale. L’horreur « communautariste » pour un Français républicain ! Une « réunion de concertation intrabelge » réunissant tous les protagonistes s’était tenue mardi dernier. En vain, Magnette n’en démordait pas… et sans unanimité, pas de « oui » possible.

D’où une cascade de conflits avec à la clef le spectre – à nouveau ! – de la partition. Conflit d’abord entre Charles Michel, le premier ministre démocrate-chrétien, et le socialiste Paul Magnette. Michel cherchant encore, à l’heure où j’écris ces lignes, un compromis de dernière minute. Conflit ensuite à l’intérieur des socialistes européens : le PS français soutient le traité et le président du groupe socialiste à l’assemblée de Strasbourg, Gianni Pitella, a vertement critiqué son camarade wallon : « C’est évident que si une petite communauté est capable de tenir en otages 500 millions de citoyens de l’UE, il y a un problème clair dans le processus de décision et le système de mise en œuvre en Europe ». Conflit enfin et surtout avec les Flamands, chauds partisans du Ceta. Bart De Wever, le leader du N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie, indépendantiste, très à droite) et bourgmestre d’Anvers, a déclaré tout de go : « Magnette double Syriza sur sa gauche ; le PS porte atteinte non seulement à La Flandre, mais également à l’Europe et au monde du commerce » – Syriza, le parti très radical du Grec Alexis Tsipras – et De Wever d’ajouter « Wat een hovaardigheid ! », Quelle arrogance !

Bref les Belges, tel un vieux couple qui ne s’entend plus mais ne veut pas divorcer, s’entredéchirent comme d’habitude. Au-delà d’un énième Clochemerle, la question se pose de la démocratie en Europe : une seule région a-t-elle le pouvoir de bloquer le continent tout entier ? Le principe de subsidiarité confie aux états les ratifications des traités. Aux états, mais pas aux régions, fussent-elles autonomes. La flagrante contradiction entre le droit européen et le droit constitutionnel belge devrait, d’une manière ou d’une autre, pouvoir se trancher. Et si, au final, la meilleure solution ne consistait pas à faire ratifier le Ceta par le parlement de l’Union, en lieu et place des parlements nationaux ?

To vote or not to vote ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 15 octobre 2016. dans La une, Politique, Actualité

To vote or not to vote ?

C’est, en effet, la question qui se pose aux les électeurs de gauche vis à vis de la primaire de droite. On estime de 260.000 à 560.000 ces possibles intrus trublions sur les quelques 3 millions de votants attendus.

Grands émois chez les candidats à la candidature.

Fillon plein d’espoirs : « Si on est gaulliste, on considère qu’il y a un peuple français, on n’a pas des hommes et des femmes qui sont génétiquement à gauche et génétiquement à droite ». Il faut dire qu’il est mal placé dans les sondages, bon troisième…

Juppé, patelin, souhaite ouvrir les bras aux « déçus du hollandisme » ; ben voyons : c’est pour lui que voteraient les sous-marins du camp adverse.

Quant à Sarkozy, il écume : « On m’a dit “il faut une primaire loyale”. Où est la loyauté quand on appelle des électeurs de gauche à voter, à signer, parjures, un papier dans lequel ils s’engageraient à partager les valeurs de la droite ? ». Bien sûr ! Lui, il serait la cible principale de ces pirates gauchistes…

Côté majorité, l’on ne se réjouit pas trop : Sarkozy redonnerait quelques couleurs à un champion socialiste – quel qu’il soit – promis à une élimination dès le premier tour. Najat Vallaud-Belkacem met en garde : « à un électeur de gauche qui s’interrogerait, je lui répondrais de ne surtout pas y aller, ce serait totalement malsain que de s’occuper d’une primaire Les Républicains basée sur les valeurs de la droite ».

Alors, quels arguments pour ou contre ?

Le pour saute aux yeux : un duel Sarkozy-Le Pen, au second tour, représente pour la gauche l’horreur absolue, génératrice d’une abstention massive : entre la peste et le choléra, inutile de choisir (moi-même, dans un tel cas de figure, je m’abstiendrais). Qui plus est, dans l’hypothèse probable d’une absence de la gauche en finale, la participation à la primaire de droite constituerait la seule et unique manière de peser – négativement – mais de peser quand même sur l’issue du scrutin.

Le contre maintenant. Pour les puristes, il est humiliant de signer un texte où l’on « se reconnaît dans les valeurs de droite » et d’apporter une obole de deux euros à la « cause ». A la guerre, comme à la guerre, soit ! Mais il y a des limites… Plus sérieusement une forte mobilisation de l’électorat de gauche susciterait, en retour, une mobilisation comparable de l’électorat de droite. Un jeu à somme nulle, au total. D’autant plus que l’histoire politique américaine montre qu’un déplacement de 5% de démocrates ou de républicains votant à la primaire ennemie, non seulement ne change pas le résultat définitif, mais, au contraire, ne fait que l’amplifier.

Tout bien pensé, pour ma part, j’irai quand même… écraser l’infâme.

Atterrée à moins que sidérée...

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 octobre 2016. dans La une, Politique, Actualité

Atterrée à moins que sidérée...

L'actualité – c'est formidable pour RDT – nous alimente avec une constance de mère nourricière, et cette semaine, le choix s'est présenté vaste comme ces buffets où l'on peut pour un prix x, se goinfrer à l'infini.  Quid des premières lances brisées au tournoi des Primaires de la Droite, tandis que, presque dans le même temps médiatique il nous fallut dresser l'oreille – à défaut de l’œil, au vrombissement du «  Confidences d'un président qui ne devrait pas dire... », si l'on me permet d'en bidouiller le titre.

 Dans les deux cas, j'en ressors atterrée, c'est à dire consternée, et sidérée, comme arrêtée en vol, rassouillée plus que par notre épisode cévenol Héraultais ; de la flotte froide qui vous étouffe et un vent de tempête qui submerge le peu de sérénité que vous aviez encore au fond des poches.

 Les 7 chevaliers tout sauf blancs des Droites, agencés comme à la messe, pas toujours à l'aise – ce genre de ballet démocratique n'étant pas si usuel dans ce camp – nous en ont donné pour feu notre redevance. Tant, par le dessous des programmes aux hampes ( il faut tendre l'oreille à ce – plus libéral que moi, tu meurs, et à ce simplet défaire le quinquennat Hollande, et tout baignera), que par – jouissif – ce parfum saturant le studio de haines recuites ou plus fraîches, dont le spectacle fut vraiment à la hauteur. Tout ça nageait dans un XVIème siècle des guerres de religion, des Guise aux abois ou des lansquenets de Henri III, planqués dans l'escalier de Blois, aux petites heures. Les regards, les postures gestuelles, les mimiques retenues ; parfois le bruit d'une arme tombant : ce marmonnement de Fillon à Coppé – tu réécris l'Histoire, ce glaçant – tu n'étais pas assez important pour traiter de cette loi sur la  Burka, à Coppé encore,  venu d'un Sarkozy, impérator fulminant égaré dans ce peuple ... J'encourage ceux qui ont loupé ce volet 1 de la série à s'y précipiter en replay d' urgence...

A tout seigneur... il convient aussi de s'occuper du  président... le mien, notamment. Premier exploit, il y a peu, souvenons-nous : avoir accepté la manœuvre quasi folle d'acheter des trains – foin de la SNCF, pour contenter un petit nombre d'employés d'Alstom-Belfort, que l'on voulait « déporter » quelques miles au Nord. Trains qu'on donne à fabriquer, puis à faire rouler, si j'ai bien compris, sur d'improbables et non nécessaires trajets, assortis de contraintes techniques, donnant au projet un air de conte pour enfants quelque peu crédules... Grands travaux du XIXème à moins qu' image de ces rois – d'Ancien Régime bien sûr, octroyant de baroques cadeaux à leurs sujets. Carie  déjà fort dérangeante. Non content de ça,  et quasi dans la foulée, le livre, non du siècle mais du quinquennat, ce Verbatim au petit pied, pas d'un conseiller partant de sa position pour regarder et causer sur le règne, mais – autre façon,  sorte de fenêtre ouverte sur l'Exécutif  dans ses œuvres, au quotidien, observant « tout » et le reste ( à quatre yeux et oreilles de deux journalistes choisis, comment et sur quels critères, mystère) pour en faire un rendu-somme – plus de 600 pages – censé  être un Mon quinquennat vu par moi,  par  François Hollande... La démarche m'échappe un peu, si ce n'est la certitude de la maladresse et de l'inopportunité.  La façon dont on l'exploite, triturant bribe de confidence et reste de phrase tronquée, par contre, n'échappe à personne, en ces temps difficiles et délicats de fin de mandat. Il fallait s'y attendre et  il est impossible, pour autant, me semble-t-il de défendre là, quelque chose ou quelqu'un.

Shimon Peres : vis pacem, para bellum

Ecrit par Jean-François Vincent le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Shimon Peres : vis pacem, para bellum

Shimon Peres est probablement le plus populaire de tous les hommes politiques israéliens, à l’intérieur comme à l’extérieur, voire jusque chez les Palestiniens. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, a tenu à assister personnellement à ses obsèques.

Il restera, bien sûr, comme une colombe : prix Nobel de la paix 1994, initiateur avec Yitzhak Rabin des accords d’Oslo, artisan la même année du traité de paix avec la Jordanie, fondateur en 1996 du Centre Peres pour la paix. La paix, toujours la paix donc.

Mais si Peres était pacifique, il n’était en rien pacifiste.

En tant qu’adjoint au ministre de la défense, il fut le père de l’arme atomique israélienne, maître d’œuvre du projet « Dimona », qui le vit négocier, au nom d’Israël, à Sèvres, dans la banlieue parisienne, la livraison d’un réacteur nucléaire civil ; lequel permit la fission d’uranium et de plutonium, indispensable à la fabrication de la bombe.

Sur le plan militaire, il coordonna en 1956 la riposte franco-anglo-israélienne à l’occupation par Nasser du canal de Suez ; et en 1996, il fut, cette fois en qualité de premier ministre, à l’origine d’une guerre – baptisée « opération raisins de la colère » – contre le Hezbollah libanais, en réponse au bombardement par celui-ci du nord du pays, au moyen de roquettes de type Katioucha.

Devenu président, Peres, bien que n’ayant plus qu’un rôle représentatif, approuva l’offensive « plomb durci » contre la bande de Gaza, dont le coût matériel et humain fut considérable. « Nous ne comprenions pas, expliqua-t-il dans un discours devant l’Agence Juive à Jérusalem, et nous ne comprenons pas encore maintenant, pourquoi, après avoir évacué Gaza, ses dirigeants commencèrent à tirer des milliers de missiles contre nos civils. Pour quelle raison ? Dans quel but ? ». Parallèlement, Peres soutint le – très controversé – blocus de Gaza : « Israël lèverait le blocus, affirma-t-il, si le Hamas montrait quelque intérêt à faire la paix ».

D’où l’épitaphe, mi-figue, mi-raisin, que lui réserva le quotidien de gauche Haaretz : « si Israël se trouve au bord d’un abyme moral, peut-on lire dans son numéro du 28 septembre, Peres y a sa part. Si c’est un pays en route vers l’apartheid, il en fut le co-fondateur ».

Jugement sévère. Peres était avant tout un réaliste, conscient de ce qu’un compromis est très difficile avec les leaders palestiniens actuels, en particulier ceux du Hamas, et plus difficile encore avec l’allié du Hamas, via le Hezbollah : l’Iran.

Ainsi qu’il l’écrit lui-même dans ses mémoires : « La paix ressemble beaucoup à l’amour. C’est un processus romantique. Il faut y vivre, il faut s’y investir, il faut y croire. De même qu’on ne peut imposer l’amour, de même, on ne peut imposer la paix ».

Si tu veux la paix, prépare la guerre. Oui, M. Peres, vous avez eu raison.

L’adieu à Shimon Pérès, homme de sécurité et homme de paix

Ecrit par JCall le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

L’adieu à Shimon Pérès, homme de sécurité et homme de paix

Shimon Pérès, qui vient de nous quitter à l’âge de 93 ans, a consacré toute sa vie au service d’Israël. Durant cette longue et remarquable carrière, la sécurité et le développement de l’Etat juif ont toujours été ses objectifs majeurs. Mais sa perception de l’ordre des priorités a nettement évolué au fil du temps : autant le jeune Pérès passait pour un « faucon », autant le Pérès de l’âge mûr était devenu un combattant de la paix. Cette évolution reflète une prise de conscience de l’impérieuse nécessité de la paix, et aussi une inquiétude croissante face aux phénomènes négatifs apparus au sein de la société israélienne, travaillée par les logiques perverses de l’occupation et de la répression – à telle enseigne que vers la fin de sa vie, selon le témoignage de l’ancien dirigeant travailliste Ouzi Baram (Haaretz, 28 septembre 2016), Pérès en était venu à penser que « le gouvernement de la droite tourne le dos aux principes démocratiques d’Israël ».

Si Shimon Pérès a passé la première partie de sa carrière dans le domaine de la défense nationale, c’est parce que David Ben Gourion lui avait très tôt confié des tâches de premier plan. Avant même la naissance de l’Etat, ce jeune homme de 24 ans, arrivé treize ans auparavant de sa Pologne natale, était responsable des achats d’armes pour la Haganah. Quelques années plus tard, âgé de 30 ans à peine, il devint directeur général du ministère de la défense. En 1959, à l’âge de 35 ans, il passa du statut de fonctionnaire à celui d’homme politique et entra au gouvernement comme ministre adjoint de la défense. Il y resta jusqu’en 1965.

Durant cette longue période, Shimon Pérès initia et géra des projets majeurs pour la sécurité du pays, notamment la diversification des contrats d’achat d’armements à l’étranger, la création des industries militaires et des industries aéronautiques, ainsi que le développement de la capacité nucléaire israélienne avec la centrale de Dimona.

Pérès est ensuite ministre de la défense dans le premier gouvernement d’Itzhak Rabin, entre 1974 et 1977. C’est dans ce cadre qu’en décembre 1975 il facilite la création de la première « implantation » israélienne en Cisjordanie, trente familles appartenant à la mouvance nationaliste religieuse s’installant dans une base militaire proche de la ville de Naplouse. Ainsi naîtront les colonies d’Elon Moreh et Kedumim. Les colonies d’Ofra et Ariel bénéficieront elles aussi de l’aide de Shimon Pérès. Ce dernier dira par la suite son regret ; il avait sous-estimé, expliquera-t-il, la volonté des colons de faire de l’occupation des territoires un acte irréversible. Il est vrai qu’à cette époque le phénomène de la « colonisation » israélienne en Cisjordanie est encore très marginal, et est souvent vu à travers le prisme du contrôle militaire qu’en l’absence d’un règlement politique global Israël veut exercer sur les territoires. La création d’implantations juives en Cisjordanie ne prendra réellement son essor qu’après la venue au pouvoir du Likoud, en 1977. La question de l’avenir politique de la Cisjordanie passera alors au premier plan des préoccupations des dirigeants travaillistes, y compris Shimon Pérès.

Colombie : la triste victoire de la résignation

Ecrit par Alexis Brunet le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Colombie : la triste victoire de la résignation

Les espoirs de paix douchés

Faisant voler en éclats les sondages qui annonçaient ces dernières semaines une large victoire du « oui » au référendum sur la paix avec les Farc, le « non » l’a emporté sur le fil dimanche dernier. Si j’étais dubitatif sur la crédibilité de ces sondages, j’ai aussi été déconcerté par l’annonce du résultat.

Santos, le président colombien, aurait pu faire passer son traité de paix avec les Farc sans consulter le peuple. Il a souhaité lui donner plus de poids en organisant un référendum. Il s’est sans doute imaginé un peu naïvement qu’on préfère une paix – même imparfaite – à une guerre. Sauf que non. L’accord n’a aucune valeur légale. Six ans de négociations pour rien. Un plan de paix de près de trois cents pages, que peu de Colombiens ont lu, pour rien. Des signatures et annonces à tout va pour rien. Les colombes et le Prix Nobel envolés. Vu ainsi ça pourrait prêter à sourire. Sauf qu’il s’agit de la tentative la plus aboutie de mettre un terme à un bien vieux et sale conflit qui s’envole avec. Pourquoi les Colombiens ont-ils rejeté cet accord dans l’isoloir ? Beaucoup ont eu peur qu’il permette aux Farc d’accéder un jour au pouvoir. L’ancien président Alvaro Uribe – grand vainqueur de ce coup de théâtre – qui n’a cessé de clamer ces derniers mois que cet accord ouvrirait la porte à une dictature communiste de type Venezuela ou Cuba, y est pour beaucoup. Il ne s’agissait pourtant que de cinq députés et cinq sénateurs des Farc qui auraient fait leur entrée dans l’arène politique. Et à moins d’un coup d’Etat, imaginer Timochenko – guide suprême des Farc – qui doit se contenter d’un taux de popularité de 3%, être couronné un jour premier roi communiste de Colombie revient à envisager que nous serions bientôt dirigés d’une main de fer par Nathalie Artaud. Une hypothèse mensongère et grotesque donc, mais qui a porté ses fruits.

Les Farc mènent le bal

L’ironie de cette histoire, c’est que la possibilité ou non de voir renaître un plan de paix est soumise au bon vouloir des Farc. Ces derniers ont affirmé à plusieurs reprises avant le vote que si le « non » l’emportait, ils ne retourneraient pas à la table des négociations. Santos a aussi dit que les hostilités reprendraient. Uribe a répété pendant des mois que cet accord devait être modifié. Sauf qu’invité aux négociations à la Havane quatre ans durant, il n’a jamais voulu y mettre les pieds. À l’annonce des résultats, tandis que Santos a affirmé vouloir lutter pour la pacification de son pays jusqu’à la fin de son mandat, Timochenko a annoncé maintenir sa volonté d’aller jusqu’à la paix. Reste à voir si les coéquipiers de ce dernier acceptent de reprendre des pourparlers et sous quelles conditions. Beaucoup de Colombiens ont estimé que ce traité n’était pas assez dur envers les Farc, et doutent de la bonne intégration des guérilléros dans la société civile. Mais ces derniers ont-ils vraiment intérêt à accepter d’aller docilement en prison – et avec le sourire – alors qu’ils n’ont jamais perdu leur guerre ?

Le migrant et les deux Europe

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Le migrant et les deux Europe

L’autre ne fait décidément plus recette en Europe… et cela, même si, quelques centimètres avant le précipice, le projet de Victor Orban, le Hongrois, a butté hier sur l’abstention massive (près d’1 Hongrois sur 2 n’a pas voté) avec pour conséquences la non-validation juridique de la consultation. Mais on sent bien que c’est reculer pour mieux sauter, demain n’est plus sûr. La falaise d’Etretat est pilonnée patiemment à sa base…

Ce 2 octobre, en Hongrie, à l’abri de murs hérissés de barbelés, gardés par des chiens et des milices, Victor Orban voulait consolider un pouvoir largement populiste, si ce n’est fascisant, en faisant voter non à la question simpliste de son référendum :« Voulez-vous que la Hongrie accepte des réfugiés venus de Syrie ? »(on aura compris que la phrase est modulable à toutes autres origines de migrants). Sur le total exprimé, pas moins de 95% se sont prononcés pour ce « non ! » Le pays, à ce titre, peut devenir un modèle générique que d’autres déclineront à l’envie : ceux qui s’opposent aux « hordes » venues d’ailleurs, aux « invasions barbares », à ceux qui ne sont pas comme nous, en ça ou en ça, à l’ailleurs simplement. Ceux qui « en ont » ! Ceux que l’étrange étranger transit. Prototype de gens, de pays qui prônent la fermeture, le mur, la frontière de fer, comme seuls viatiques et programmes… Hongrie des grandes plaines où passèrent les Huns, où mugissait Gengis Khan en son temps. Unique ?? ou, malheureusement, première de cordée dans une foule de semblables ?

Cohérent, en tous cas, le petit pays nageant avec les autres de l’Est en dehors du communisme, partageant avec certains voisins cette signalétique, hors du système soviétique, dont il a souffert, hésitations multiples sur les voies « démocratiques » à choisir, adhésion à l’UE, moitié pour avoir une identité, moitié pour les mannes diverses et trébuchantes. Comme ailleurs – plus qu’ailleurs – un penchant pour des pouvoirs forts en gueule, une fabrication sur le tard et à la va-vite d’un type-hongrois mitonné à l’ombre d’un récit national (lisez donc les livres d’histoire des petits), insistant sur une identité, y compris chrétienne, dont les façons de vivre ne sauraient cohabiter avec d’autres, et surtout pas des musulmans. Ce qui correspond aussi au « sentiment national » des frères polonais, actuellement. Résumons : racisme, nationalisme, lecture pour le moins originale des valeurs des Lumières droits-de-l’hommiste et du christianisme, vision lointaine et fantasmée de l’UE à laquelle ce dimanche un défi – signe d’un pouvoir dangereusement hargneux – avait été lancé ; a été bel et bien lancé. Comme un autre Brexit qui aurait sonné au soir du 2 octobre… voilà ce qui se cuisine à l’Est. Un Est dans les 28, pourtant, car, chaque pays de l’union n’a-t-il pas accepté l’obligation de recevoir et de traiter au mieux des Droits de l’homme son quota de migrants ? La Hongrie européenne, de facto, également, mais la Hongrie de Orban s’autorise autre chose – schizophrénie curieuse. Au nom du pouvoir souverain de son peuple aux opinions évidemment mouvantes, comme c’est le cas de tous les peuples, ce peuple tout d’un coup idolâtré, en capacité de s’affranchir du Droit de la collectivité à laquelle il appartient. Référendum bonapartiste à la clé, qui ficherait à la poubelle des engagements du vivre ensemble, à plusieurs. Colocation à la hongroise, particulière. Modèle futur de vie dans une Europe à plusieurs vitesses et cercles, image de moins en moins floue de ce choc à venir entre le projet collectif et les valeurs et le repli sur un souverainisme encore frétillant. Pour lors, UE dont les « diktats » passant au-dessus de la tête des peuples serait devenue insupportable – ce que dit le vote de Budapest du jour – pour ces pays nouveaux adhérents, dont on analyse sans fin chez nous la faible maturité politique, la difficulté d’accepter la dose de collectif que porte l’UE, ceci au nom de leur récente histoire et de leur besoin inextinguible de libertés. C’est d’une autre Europe que la nôtre, dont parlent – même – certains intellectuels de ces pays d’Europe Centrale – laissons de côté la prétendue « populace » propre à tous les fascismes. On y dessine une Europe ferme, arc-boutée sur sa « civilisation » chrétienne, sur des frontières moins poreuses, militairement défendues. A l’intérieur, nous tous, à l’extérieur, les autres. On se croirait revenu au fameux choc de civilisations et à ses bulles, au siège de Vienne, au XVIème siècle, face à Soliman ; un monde en morceaux bien délimités. Un univers, des mentalités qui disent bruyamment : tout sauf cette globalisation, des marchandises – passe encore – mais des hommes ! Halte là. J’entendais dans un sujet TV, un responsable hongrois, tout sourire, présenter son pays comme le fer de lance de la défense de l’Europe, façon / poussez-vous de là, on s’en occupe…

L'Histoire, le retour de Vichy ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 01 octobre 2016. dans La une, France, Education, Politique, Actualité

L'Histoire, le retour de Vichy ?

L’Histoire et son enseignement ont toujours été une sorte de champ de bataille idéologique entre les politiques, parfois pour le meilleur (de vrais débats), mais le plus souvent pour le pire. Il y eut une époque où la gauche, prise dans son ensemble, apparaissait comme relativement hégémonique, dans le cadre de la grande tradition issue des recherches d’universitaires éminents, depuis la IIIème République (Albert Mathiez, Albert Soboul, puis l’École des Annales avec son « pape » Fernand Braudel, etc.). De plus, qui pourrait oublier notamment en ce qui concerne les politiques la célèbre formule prononcée devant les députés le 29 janvier 1891 par Georges Clémenceau : « La Révolution française est un bloc » ? Ajoutons qu’à partir des lendemains de la Seconde Guerre mondiale, sur la forme, une pédagogie active et individualisée commença à se mettre en place avec des hommes de talent tel que Célestin Freinet, et que par la suite d’autres pédagogues de renommée internationale, comme le philosophe et chercheur (sur la gestion mentale) Antoine de La Garanderie (décédé en 2010), apportèrent des ouvertures insoupçonnées. Or, il se trouve que, depuis quelque temps, nous assistons à une offensive de type conservatrice, voire réactionnaire, à la fois sur le fond et la forme de l’Histoire et de son enseignement à venir, en liaison avec les déjà relativement proches élections présidentielles de 2017.

Il y eut tout d’abord les déclarations récentes de Nicolas Sarkozy et de François Fillon. Le premier par ses propos (affirmés par deux fois) choqua la plus grande partie (voire l’intégralité) des professeurs d’Histoire et des historiens chercheurs. Rappelons en effet que le candidat aux primaires de la droite et du centre affirma que « pour être et se dire français, il faut devenir gaulois ». Plus idiot que cela, on ne pouvait dire, puisque tous les spécialistes savent que la Gaule n’était qu’une expression géographique (employée essentiellement par les Romains, dans l’Antiquité), et que de multiples cultures et civilisations peuplaient notre territoire, dont notamment (mais pas seulement) les Celtes. Il y eut aussi les annonces d’un autre important candidat à ces primaires, en l’occurrence François Fillon. Celui-ci déclara que s’il devenait président de la république, l’enseignement de l’Histoire se fixerait comme objectif – au moins dans le primaire pour un premier temps – de tout fonder sur « le récit national » ; en somme, une Histoire de France, mais avec forcément (en parallèle) une diminution de la place accordée à celle des Français (fait qui fut un acquis absolument considérable de l’École des Annales).

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