Actualité

Panthéon, piège à cons ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 06 juin 2015. dans La une, Actualité

Panthéon, piège à cons ?

Le panthéon, à Rome, est le seul monument de l’antiquité païenne à avoir échappé à la rage « idoloclaste » du Christianisme triomphant : dédié à tous les dieux, il l’était aussi à celui d’Abraham, Isaac et de Jacob…

Nos « dieux » à nous sont moins glorieux. Mirabeau – le tout premier « panthéonisé » – révolutionnaire, vénal, débauché et corrompu (une gravure allégorique de novembre 1792 le représente enfermé dans l’armoire en fer où sont entreposées les pièces à conviction de la trahison royale. Au centre de la scène, le squelette de Mirabeau tient la bourse, symbole de sa corruption) inaugura le projet : mort le 2 avril 1791, ce fut le 4 avril de cette même année que l’Assemblée Nationale décida par décret que « l’église sainte Geneviève (dont la construction avait été ordonnée par Louis XV en remerciement d’une dysenterie guérie) servirait de nécropole aux personnalités qui contribuèrent à la grandeur de la France ».

Sainte Geneviève demeura – par intermittence – une église jusqu’à ce que le décret du 26 mai 1885, à l’occasion des funérailles de Victor Hugo, proclame avec solennité que le lieu désormais serait dédié aux « grands hommes ayant mérité la reconnaissance nationale ». Fournissant par là même également l’occasion de panégyriques au lyrisme ampoulé, dont le chef d’œuvre restera sans nul doute pour l’éternité le discours d’André Malraux, en 1964, prononcé à l’occasion du transfert du corps de Jean Moulin : « C’est la marche funèbre des cendres que voici. A côté de celles de Carnot avec les soldats de l’an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées. Aujourd’hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu auras approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n’avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France ».

Mais que se cache-t-il derrière ces si pompeuses pompes funèbres ? La « panthéonisation » est le stade ultime du clonage républicain des institutions ecclésiastiques. Qu’on en juge : 1792, instauration de l’état civil, destiné à « doubler » les registres paroissiaux ; dans la foulée, apparition du mariage civil « célébré », comme il se doit à la mairie, pour damner le pion à celui célébré à l’église. 1794, création du « baptême républicain », farce tombée en désuétude mais qui subsiste toujours aujourd’hui dans les textes (article 398 du code Civil).

La panthéonisation constitue ainsi le pendant laïc de la canonisation : aux saints de Dieu s’opposent les saints de la République. Preuve, s’il en était, que le jacobino-républicanisme va au-delà de la sphère politique, pour s’installer, en toute sérénité, dans celle du religieux. La République est un culte, avec ses rites d’initiation, ses rites de passage (le mariage), son au-delà sacramentel et mis en scène à grand renfort de médiatisation.

On retrouve ici le sens originel du mot religio, relier, faire du lien. Et, en effet, ces grand-messes que sont les « panthéonisations » prétendent ressouder, rassembler les foules indifférentes ou rebelles. Mais qui y croit vraiment ? Cicéron, à la fin de la res publica romaine, écrivait que « deux augures ne peuvent officier l’un devant l’autre sans rire ». Bien pauvre opium du peuple, dirait Marx. Ou pour reprendre un slogan soixante-huitard : panthéon, piège à cons !

L’œil de Claude : des Républicains tout neufs, et Une FIFA toute pourrie ?

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 06 juin 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : des Républicains tout neufs, et Une FIFA toute pourrie ?

Vous avez dit « Républicains » ?

Plus « Républicain » que moi, tu meurs… Ainsi parlait Nicolas Sarkozy lors du Congrès fondateur des « Républicains », samedi dernier. A la tribune se succédèrent la plupart des « Républicains de service », dont les principaux candidats à la primaire de 2016, et leur chef suprême, qui en a profité pour critiquer – c’est la loi du genre – le pouvoir en place et présenter sa « feuille de route » pour 2017, sous les applaudissements et les vivats de la foule qui, à y regarder de plus près, était plutôt clairsemée !

François Fillon et Alain Juppé, quant à eux, furent copieusement sifflés par « certains » militants et sympathisants. Attitude bien peu « républicaine », vous en conviendrez ! Le lendemain, l’ex-Premier ministre de Jacques Chirac s’exprimait à la radio, déclarant, en substance, qu’il avait « l’opinion » avec lui, alors que l’ancien président de la République devait, lui, se contenter du « parti » !

Souvent au coude-à-coude dans les sondages, « le meilleur d’entre eux » ne tardera pas à émerger de cette « République de la confiance » que Nicolas Sarkozy veut instaurer à tout prix. D’un côté, un grand professionnel de la politique, « droit dans ses bottes », avec de l’ambition et un bon bilan au compteur, de l’autre, un politicien plein de fougue, prêt à en découdre, mais dont la fragilité, malgré le verbe haut et les « effets de manche », est de plus en plus palpable !

 

Quand la FIFA fait fissa…

A peine réélu à la tête de la FIFA, Sepp Blatter, « honteux » – si peu – et « confus » – à peine – « jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus », promettant au passage une « opération nettoyage » de grande envergure au sein même de l’association à but non lucratif – ce n’est pas une plaisanterie – qu’il dirige depuis des lustres.

Quelques jours plus tard, il démissionne, contraint et forcé, sans doute… Sage décision, si l’on en croit les hautes instances du foot. En attendant, cela ne change pas grand-chose sur « l’état des lieux », car, tout le monde le sait, le ballon ne tourne plus très rond dans les stades depuis longtemps et à tous les niveaux : présidents de clubs, entraîneurs, joueurs, supporteurs, médias… Une gigantesque cacophonie, orchestrée par le fric tout-puissant, dont la provenance ne constitue pas toujours un modèle de transparence !

Quoi qu’il arrive, la FIFA aura toutes les difficultés du monde à se refaire une santé, car le mal est si profond qu’au fil des ans, le ballon de plomb a peu à peu remplacé le ballon d’or… A la fois dommage et dommageable, surtout auprès des plus jeunes !

État islamique : le « double bind »

Ecrit par Jean-François Vincent le 30 mai 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

État islamique : le « double bind »

L’avancée irrésistible de l’« État islamique » pose un piège diabolique aux occidentaux : ou bien ne rien faire et laisser l’ensemble de la région (Irak, Syrie voire Liban) tomber aux mains des fanatiques, ou bien envoyer un corps expéditionnaire dans la grande tradition coloniale et risquer un « syndrome du croisé » coalisant les peuples arabo-musulmans contre les envahisseurs.

C’est ce que l’on appelle, en anglais, un « double bind » : un dilemme qui lie (to bind), ligote le sujet, écartelant ainsi sa pensée entre deux impossibilités également inacceptables.

Les dirigeants de ce pseudo Etat, pour barbares qu’ils soient, n’en restent pas moins de fins psychologues : tout est fait pour défier, provoquer, choquer. Leur barbarie a un but : pousser les occidentaux dans leurs derniers retranchements jusqu’à leur faire perdre la face d’une manière ou d’une autre. Soit en étalant au grand jour leur indécision et leur impuissance (la situation actuelle), soit en les engageant dans une guérilla sans fin (style Vietnam ou Afghanistan), impopulaire tant sur place que dans les métropoles concernées.

La stratégie de « daech » garantit à celui-ci la victoire par la défaite militaire ultime de leur adversaire sur le terrain (cf. les Américains à Saigon ou les Russes à Kaboul), ou bien par l’humiliation des injures ravalées (exécutions théâtrales, vandalisme archéologique), des défis non relevés. Daech gagne à tous les coups.

Mais, en remontant plus loin dans le temps, l’État islamique témoigne simplement de l’échec politique des vainqueurs de 1918, des accords Sykes-Picot de 1916, ouvrant la voie au démembrement de la partie arabe (coloniale) de l’empire ottoman, finalisée par le traité de Sèvres de 1920. Les pseudo Etats « bricolés » de la sorte ne reposant sur aucune homogénéité des populations, ni sur une quelconque conscience nationale : quid de l’« irakitude » ou de la « syritude » ?

Les révolutions arabes ont fait éclater les baudruches de 1920, ouvrant un vide qui servit de terreau à l’islamisme. Mais le vide était originel. Une nation ne se crée pas ex-nihilo par la volonté de quelque démiurge apprenti sorcier. Les « inventions » franco-britanniques des années 20 se sont révélées désastreuses : la « grande Serbie », bidouillée en Yougoslavie, s’est écroulée en un conflit sanglant, et si l’éclatement de la Tchécoslovaquie fut plus pacifique, ce n’est qu’à cause de l’intelligence des instigateurs de la « révolution de velours ».

La gifle que subit actuellement l’occident ne fait que solder de vieux comptes. Ignorance des réalités locales, hubris démiurgique de ceux qui – à l’instar des Sykes Picot ou des Bush père et fils – jouent avec les peuples comme s’il s’agissait de mécanos ; tout cela un jour se paie. Et ce jour est arrivé.

Mon école me fait mal

Ecrit par Lilou le 30 mai 2015. dans La une, Education, Actualité

Mon école me fait mal

Réformes, grèves, tas de fainéants, vivent les vacances, otages d’orgies politiques, pédagologisme contre pédagoducon… Et les élèves dans tout ça ? La réforme du collège unique ! Déjà dans son intitulé, sa consigne même, c’est compliqué ! Comment réformer ce qui est unique sinon en le rendant pluriel ? Et comment s’étonner ensuite que ce faisant, dans ce pays aux plus de 1000 variétés de fromage, ceux qui s’émeuvent de l’absence de réformes poussent ensuite au crime de la réforme qui est là ?

Mais la question principale n’est pas dans ce nécessaire virage que doit prendre ce collège-là, unique et créé par des trente glorieuses en bout de souffle. Tout le monde en est d’accord, ce collège-là a vécu, et, au-delà se réformer, doit se moderniser, sous peine de s’enfoncer dans des abysses que Pisa évoque avec les mots pudiques des statistiques. La question principale est de savoir quel virage doit prendre l’école de France pour lui permettre de donner les moyens à Jules de continuer d’être le Ferry d’une école qui doit rester républicaine, égalitaire, fraternelle et libre (dans le sens révolutionnaire du terme).

Au pouvoir précédemment, les uns répondirent par une vision comptable de la question scolaire en France : trop chère. Donc suppressions massives de postes, quadrature du cercle pour savoir si x professeurs divisés par y élèves faisaient bien les bons comptes qui font les bons cadeaux fiscaux (aux poignées de z qui depuis se sont planqués en Suisse). Ils mirent ensuite un système savant où en réduisant le nombre d’heures à l’école primaire (qui revient à sucrer une demi-journée de savoirs de diverses natures), on parvient à réduire la voilure du nombre d’instituteurs (plus joli que le mot « professeur des écoles »). Et pour enfoncer le clou d’une école à laquelle l’état républicain se doit – parce que c’est son contrat social – de donner les moyens de lui faire assumer ses devoirs régaliens de l’éducation populaire au sens le plus large possible, on supprima aussi la formation des maîtres, trop chère et puis parce que Nico Premier le décréta, « on se forme sur le tas ma pov p’tite dame ». Faut dire qu’en matière de tas, le brave savait de quoi il parlait. Non, non, non, je ne souhaite pas évoquer ici la jolie Carlita, mais les autres tas qui, comme les hirondelles sur le fil, prirent le chemin du retour plutôt que celui du départ. Bref, patatras, l’école était mal partie, nous n’étions plus qu’une variable d’ajustement budgétaire.

François arriva. Tel le pommier sortant ses branches de la forêt de Chambord, lui et ses destriers ouvrirent les cahiers d’une école aux abois comme d’autres auraient tordu les poulailles de la vieille Pythie de Delphes. Constats noirs, comme des taxis londoniens, échecs et décrochages agitèrent la rue de Grenelle en faisant tomber sur l’école une mousseline d’urgences (s’ils nous avaient demandé, on aurait tout dit depuis un moment…). La glace de l’inaction ou plutôt de l’action par le négativisme entrouvert dans l’expérience Nico fut alors brisée. Et il fallait agir ! Et l’action ce coup-ci s’appellerait « nouveau collège 2016 ». Le moins que l’on puisse dire c’est que ce fut franc, massif et porteur de la modernité accommodatrice avec un monde en plein bouleversement.

L’œil de Claude : Dany le Français et le désespoir de Palmyre

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 30 mai 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : Dany le Français et le désespoir de Palmyre

Dany le Rouge

« L’Humeur de Dany » (Robert Laffont, 2014) doit sûrement être au beau fixe car ayant enfin obtenu la nationalité française, il jouit désormais de la double nationalité franco-allemande !

Député européen assidu (« Die Grünen », EELV, Parti Vert Européen), il quitte le Parlement de Strasbourg en 2014, après vingt années de bons et loyaux services, et devient chroniqueur à Europe 1. Toujours aux avant-postes surtout pendant les événements de mai 68, il est rapidement passé maître dans l’art de la « provoc » et de l’outrance, qu’il s’est fait un malin plaisir de peaufiner par la suite !

Bienvenue, donc, au pays du béret, du litron et de la baguette ! Pâles clichés, en vérité, comparés à la célèbre photo où il semble narguer la maréchaussée et qui fait dorénavant partie de notre patrimoine. Dany le Rouge, ou « l’apatride reconnaissant » !

 

Palmyre

Palmyre, née du désert,

Le sable est ton royaume,

Et la pierre sculptée

Ta signature pour l’éternité.

 

Cité antique aux mille facettes,

Tu continues de fasciner

Ceux pour qui les traces d’antan

Ont rejoint le sacré.

 

Jusqu’au jour où des illuminés,

Sanguinaires et impurs,

Sur toi jetèrent leur dévolu

Et tuèrent en masse, implorant le Prophète.

 

Jadis, tu t’appelais Tadmor,

Et tu rayonnais par-delà les frontières.

Aujourd’hui, une seule prière :

Que Dieu te préserve !

« Conte de fées »

Ecrit par Sabine Aussenac le 30 mai 2015. dans La une, Ecrits, Actualité, Société

« Conte de fées »

Une fois, une seule fois peut-être, dirait Desnos dans son « Conte de fées », j’ai vu, sur ma ligne de TER Auch-Toulouse, empruntée quasi quotidiennement durant sept ans, un contrôleur noir.

J’imagine qu’en région parisienne, c’est différent, mais ici, dans le Sud-Ouest, mes propres statistiques sont formelles : cela ne m’est arrivé qu’une fois, j’en avais d’ailleurs parlé avec l’intéressé.

Jamais, en trente et un  ans de carrière, je n’ai eu eu de chef d’établissement noir ou arabe. Je dis « arabe » parce que « d’origine maghrébine », c’est plus long. Et puis les gens qui ont voté FN et qui me liront comprendront plus vite…

Donc jamais de principal ou de proviseur noir ou arabe pour me donner ma note administrative, me rappeler à l’ordre à cause de mes nombreuses absences ou pour me féliciter de mon dynamisme.

Je pourrais presque dire de même en ce qui concerne les collègues…J’en ai eus, des collègues, des centaines, avec mon statut de prof itinérante…Croyez-le ou pas : les profs noirs ou arabes croisés depuis l’obtention de mon CAPES, en 1984, se comptent…sur le doigt de la main ! Je ne peux même pas compter Fabrice, un ancien « pion » de Blaise-Pascal devenu, je crois, prof d’allemand ; il était antillais…Sérieusement, hormis quelques contractuels de math ou de techno, une collègue d’anglais, elle, certifiée –Samira, je t’embrasse !- et un collègue d’allemand très compétent –Rachid, Kuss !-, rien, nada, le désert des tartares…Les salles des profs sont d’une blancheur quasi immaculée…

Jamais mes enfants n’ont eu de pédiatre noir ou arabe. Jamais je n’ai consulté d’ORL, d’ophtalmo, de dermato, de gynéco…noir ou arabe. Jamais je n’ai eu de médecin traitant noir ou arabe. Une fois, mon fils a vu spécialiste iranien dans une clinique, et, une autre fois, j’ai moi-même consulté, à Auch, un rhumato d’origine libanaise. Mais jamais un toubib black ou rebeu n’a croisé ma route.

J’ai eu hélas affaire à de nombreux avocats et juges… Entre les huit longues années de mon divorce et le cauchemar de mon surendettement, sans oublier la longue procédure internationale pour récupérer quatre ans de pension alimentaire, j’en ai croisés, des hommes en robe, des jeunes, des vieux, des beaux, des moches, des sympas, des cons finis, des compétents, des imbéciles… Mais jamais, je vous l’assure, j’ai croisé d’avocat ou de juge arabe. Par contre, un avocat black, oui. - Il y a toujours des exceptions à une règle, n’est-ce pas ? (coucou, Hervé, si tu me lis… )

Enseigner en projet ; le projet phare de la Réforme des collèges

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 mai 2015. dans La une, Education, Actualité

Enseigner en projet ; le  projet phare de la Réforme des collèges

La réforme concoctée pour le collège par Najat Vallaud-Belkacem a comme un cœur de cible qui scintille (ou aveugle, selon cet enseignant ou cet autre) : un chemin, un seul, l’interdisciplinarité.

Depuis presque toujours, l’enseignant est une espèce qui se conjugue au singulier, « le » maître, le professeur, « sa » matière ; accessoirement, « ses » élèves (même si, quand c’est dur, il veut bien les partager !). Curieux, comme en France (allez donc voir ailleurs et dans le camp scandinave en particulier) on n’envisage pas de mutualiser ? – ouvrir ? – l’autorité qu’on est censé avoir du haut vers le bas, sur nos chères têtes blondes ou autres. Peut-être est-ce, du reste, parce que dans les dernières années, cette « autorité » tant recherchée ratait tous ses essais, que l' interdisciplinarité non seulement demandée, exigée, est apparue comme étant in-négociable… Voyons si, à plusieurs…

Pas aussi simple, toutefois. Enseigner en interdisciplinarité dépasse la concertation formelle ou informelle (« de cafetière ») qui, jamais, n’a échappé aux professeurs, lesquels (j’insiste) passent tout le temps des courtes pauses récré à échanger sur leurs troupeaux. Est-il besoin de redire que c’est comprendre – et tenir compte – que notre élève apprend ailleurs que chez nous des méthodes, des savoirs, des savoir-être aussi ; que ce pourrait du coup, être fort productif que d’essayer de fabriquer des positionnements, des exigences, communs. Que les programmes des autres matières intéressent la mienne, que c’est un peu inutile, de ce fait, la redondance absolue, mais, que, par contre, enseigner, c’est l’art de perdre son temps à dire autrement, à répéter. Chaque professeur a un angle d’attaque, et c’est bien tout l’intérêt d’en avoir plusieurs. Le char ne peut qu'avancer plus vite s'il est mené par plusieurs chevaux. Simple comme Ben-Hur en Jeans.

Mais l’interdisciplinarité ne peut se décliner dans le réel d’une classe et dans la perception de l’élève, que si elle s’appuie, s’architecture sur un – des – projet(s). Un outil commun – qui peut être modeste, ne couvrir qu’une partie du temps scolaire – dont les objectifs et les procédures vont ancrer dans les représentations de notre classe ce quelque chose d’incontournable : on apprend à plusieurs profs, matières, et apprendre n’a rien à voir avec le saucisson de la cantine. Il y a autant de formes de projets que de collèges, d’enseignants, d’enfants. « Le » projet-type n’existe pas. Je ne peux, quant à moi,   que parler  des projets que j’ai initiés, fait vivre, dans un collège dit facile, de petite ville. Cependant – partout et tout le temps - quelques ingrédients sont obligatoirement au menu : le croisement des programmes, le repérage des besoins des élèves (évitons de faire « manger » tout au long de la scolarité le même menu à l’enfant), les objectifs qui varieront avec les niveaux, les pré-acquis,  les pré-requis évidemment, le déroulé des procédures et les évaluations. Le projet ne peut pas « emmener » tous les champs disciplinaires, mais pas mal peuvent, et doivent s’y retrouver. Chaque matière place ses objectifs, et fait glisser vers le pot commun ses façons de les atteindre, dans cet échiquier géant qu’est le train du projet. On se gardera bien – c'est, je crois, l'intelligence de la Réforme 2016 – de «  larguer » le projet, comme un ballon rouge lancé n'importe où dans l’Éther – hors des obligations de programme. Absolue erreur que pas mal de dispositifs passés ont décliné  à l'envie. Non, le projet « est » dans les programmes, mais, simplement, il permet de les conduire ( et, complètement) autrement. C'est là, sans doute, que se situe cette « envie d'apprendre » dont parle notre ministre, et, qui, pour certains esprits chagrins, pisse-froid, bouche serrée de – oui – pseudo conseilleurs en éducation ( donc, à vrai dire, tout le monde ou s'en faut) équivaudrait à gros mot de la mal élevée, qu'elle est à n'en pas douter...

« L’œil de Claude : regards sur l'Allemagne et sur le Panthéon »

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 23 mai 2015. dans La une, Actualité

« L’œil de Claude : regards sur l'Allemagne et sur le Panthéon »

D’Allemagne

Lundi 18 et mardi 19 mai, Angela Merkel et François Hollande se retrouvaient à Berlin, à l’occasion du 6è « Dialogue de Petersberg » consacré à la lutte contre le dérèglement climatique. Climat des plus cordiaux et entente parfaite affichée au sein du « couple ». A noter que cette rencontre avait pour objectif principal la préparation de la Conférence « Paris Climat 2015 », qui aura lieu dans la capitale, du 30 novembre au 11 décembre.

Cela dit, le climat semble beaucoup moins serein dans le dernier pamphlet signé Jean-Luc Mélenchon, Le Hareng de Bismarck / Le poison allemand. Où l’on constate que le cofondateur du Parti de gauche continue de tirer à boulets rouges sur notre principal partenaire, qui, selon lui, est « le premier émetteur de gaz à effet de serre de l’UE ». Il y a peut-être du vrai dans cette affirmation, mais l’« acharnement thérapeutique » dont il fait preuve vis-à-vis de la chancelière et des Allemands en général a quelque chose d’outrancier, frisant parfois le ridicule, Jusqu’à l’os, titre d’un de ses ouvrages paru en 1991, et dont le sous-titre, Pour arrêter, en politique, la machine à se donner des claques, est toujours d’actualité !

 

Panthéonisation

Le 27 mai prochain, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay entreront au Panthéon. Quatre grandes figures de la Résistance reposeront désormais aux côtés de Voltaire, Rousseau, Zola, Dumas et Hugo. A propos de l’auteur des Misérables, Nicolas Sarkozy a dit récemment tout le bien qu’il pensait de son roman « 1793 », dont le titre exact est Quatre-Vingt-Treize, et qui montre l’Ancien Régime aux prises avec l’idéalisme révolutionnaire et républicain !

Entre ici, Jean Zay. Ministre de l’Education et des Beaux-Arts – oui, des Beaux-Arts – du Front populaire, il fait aujourd’hui l’objet d’un nombre important de publications dont Souvenirs et solitude préfacé par l’historien Antoine Prost, président de l’Association nationale des amis de Jean Zay. Ce dernier déclarait récemment, dans Marianne : « Il a mis l’Education nationale en mouvement, laissant les maîtres innover avant de réglementer, en expérimentant, grande première, les réformes avant de les généraliser ». A l’opposé de ce qui se fait aujourd’hui, en somme !

A ces professeurs-là… Chronique de colère

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 mai 2015. dans La une, France, Education, Politique, Actualité

A ces professeurs-là… Chronique  de colère

A ces collègues, les immobiles, les pires de pires, ceux qui étaient là, le stylo au poing, quand je suis rentrée dans la carrière ; ceux (leurs enfants, peut-être ?) qui sont encore là, la souris au poing, des années après ma retraite sonnée. Quand cela finira-t-il, la litanie des plaintes en tremolos, souvent faux qui plus est, de ceux qui ne veulent JAMAIS entendre ni les raisons, ni les façons de réformer (juste un peu) l’Éducation Nationale.

Énième projet de réforme des collèges. Gauche au pouvoir ; on vote pour eux, non ? Les affects compliquent la crise…

 Que le collège soit le maillon faible du circuit et de plus en plus dramatiquement, c’est un fait aussi dur que le système solaire et son fonctionnement. Que l’élève de collège, naviguant au plus juste entre vague réformette de l’orthographe, bidouillage des obligations en mathématiques, et changements prétendument structuraux en Histoire-Géo, ne retrouve plus depuis des lunes son chemin – ni les donnés pour bons, ni les considérés comme nuls – c’est aussi acté que 2 et 2 font 4. Mais, baste, peu leur chaut, semble-t-il, à ces gens dont le métier, que dis-je, la mission est la plus haute qui soit : former l’élève, l’élever – un avant, un après.

Qu’on me comprenne bien. Je ne saurais m’en prendre – même après toutes ces années de bonheur d’avoir enseigné, devant classes pleines, l’Histoire, la géographie, l’éducation civique, et la citoyenneté dans un collège en Corrèze – à ces collègues, ou ces anciens professeurs stagiaires que j’ai fréquentés, épaulés, parfois conseillés, et qui, pleins de bonne volonté, flanchaient, ça et là, au détour d’obligations, de modifications, dont les noms seuls surnagent dans ma mémoire (Projet d’action éducative, 10%, Parcours diversifiés…). Qu’on fléchisse un peu sous l’averse poétique et si notoirement lisible des contenus d’obligations de programme pondus par le ministère, si loin des rangées de nos classes, ce n’est que normal, humain. Sain, même. Non, ce ne sont pas d’eux, dont je parle ici – autrement dit, je ne m’adresse pas à la majorité des professeurs. Mais à une petite, solide troupée qui campe, voyez-vous, dans le Non perpétuel – idem, les concessions des cimetières ! – et dans le « moi-je, mes cours à moi, mon emploi du temps-le mien, mes élèves à part, tellement mieux que la masse, et le toutim ». Vous les connaissez, que vous soyez parent d’élève, collègue, chef d’établissement. Les inspecteurs les connaissent. Chikungunyas de malheurs : ceux qui bloquent l’avancée du train, en se couchant sur les rails.

Que nous serinent-ils encore cette année – copié-collé de ce que polycopiaient au bleu qui tache, leurs quasi grands-parents : comme à chaque projet de réforme ! le niveau baisse, ma pov’dame, on tire vers le bas. Dans le grand trou – l’Inferno des images d’Epinal, pas moins – les gamins, happés par les plus faibles ; les leurs, les dites têtes de classe. Sachant que leur définition de « tête de classe » est facile, simplette, fausse ; c’est l’excellence scolaire en caricaturée : mémoire récitative et accumulative, capable – fi l’ordi – de vous cracher en un temps record les déclinaisons de ce pauvre latin menacé, les dates de l'Histoire de Mallet (enfin, les dates !!), salivant, ou pas loin, – las, ça ne se fait plus -  sur les départements, leurs préfectures… cliquer sur Google ? vous n’y pensez pas ! Où serait l’élégance, ou le goût du sport… Je vous entends d’ici : – elle en a contre le Latin, l’Allemand première langue, elle ne comprend pas les attendus culturels et gratuits de ces types d’apprentissages ; chut ! elle cautionne le nivellement, mais elle est de mèche avec le gouvernement... Sus à la traître…

Badiou, théoricien d’une nouvelle utopie ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 mai 2015. dans Philosophie, La une, Actualité

Recension/commentaire du livre d’Alain Badiou, A la recherche du réel perdu, Paris, Fayard, 2015

Badiou, théoricien d’une nouvelle utopie ?

Badiou est l’un des principaux personnages de la scène philosophique française. On le compare – et le confronte ! – souvent à Onfray, l’autre « star » médiatique dans ce domaine. Rien à voir pourtant : Badiou est plus perspicace qu’érudit ; non que sa culture ne soit pas immense, mais ses références sont limitées, juste ce qu’il faut pour venir à l’appui de l’acuité de sa pensée (avec Onfray, c’est exactement l’inverse : plus érudit que perspicace !).

Pour lire ce petit livre (59 pages), nul besoin d’un bagage préalable autre que ce qu’un lycéen est censé avoir appris en classe de terminale. Le style est clair, le raisonnement limpide. Même les néophytes peuvent se plonger dans l’ouvrage sans appréhension.

Prémisse fondamentale : le réel, le véritable réel, est perdu, ou du moins délibérément occulté ; se substitue à lui un pseudo réel, que tout le monde prend pour une vérité d’évangile. C’est une « loi d’airain », une vulgate à laquelle il convient de se soumettre. Notamment en économie. Badiou parle abondamment de la « prévalence intimidante du discours économique », « figure de l’abstraction », construction de l’esprit à la Hegel, « pathologie pure », qui n’offre « aucune possibilité d’émancipation ». On pense ici au fameux « TINA » de Margaret Thatcher (there is no alternative).

Badiou reprend la métaphore platonicienne de la caverne, du livre VII de la République ; cette prétendue loi d’airain n’est qu’apparence, un théâtre d’ombres qui travestit la réalité : « le point que nous signifie Platon, écrit Badiou, c’est que pour savoir qu’un monde est sous la loi d’un semblant, il faut sortir de la caverne, il faut échapper au lieu que ce semblant organise sous la forme d’un discours contraignant ». Petite erreur d’interprétation ici : les formes sensibles, les apparences qui se projettent sur les parois de la caverne, ne sont en rien, pour Platon, une « loi ». Les idées du monde intelligible, règles éternelles dont s’est servi le Démiurge pour créer le monde sensible, sont, elles, plus vraies que le vrai ; elles fondent les nomoi, les lois humaines, qui n’en sont que la copie parfois dégradée. Le « mé on » que l’on voit et qui nous entoure, à mi chemin entre l’être et le non être, ne saurait, en aucune manière, mériter le beau nom de « loi ».

Mais passons ; pour Badiou, il faut donc – c’est le message essentiel – se libérer du faux réel. Il existe différentes manières d’y parvenir. Tout d’abord la manière « subjectiviste », la révolte, l’indignation, dirait Stéphane Hessel. Cette manière-là expose à de grands dangers « puisque l’Histoire doit accoucher d’un monde émancipé, on peut sans états d’âme accepter et même organiser une destruction maximale ».

Non, mieux vaut procéder par la logique : « tout accès au réel en est la division (…) il faut toujours qu’un masque soit arraché, un acte qui cependant, s’il institue activement la distinction entre le réel et le semblant, doit aussi assumer qu’il y a un réel du semblant, qu’il y a un réel du masque ». Ce serait trop simple, en effet, si le faux réel n’était que pur non être : il ne tromperait personne ; c’est parce qu’il recèle une parcelle de vérité qu’il est ambigu et donc trompeur.

<<  1 [23 4 5 6  >>