Actualité

L’œil de Claude : de l'éclipse à la mort de la Calypso

le 21 mars 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : de l'éclipse à la mort de la Calypso

« Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage », disait Lao Tseu… A force de nous mener en bateau, nos politiques, à bâbord surtout, risquent de faire naufrage aux prochaines élections départementales, où de grosses vagues bleu marine sont attendues… Une sorte de « marée du siècle », revue et corrigée !

 

Dans les cieux, la Lune a fait de l’ombre au Soleil… Finalement, tout est rentré dans l’ordre… A présent, place au printemps, synonyme de « plein soleil », de renouveau !

 

Cousteau, Calypso, Concarneau… En trois mots, voici résumée l’odyssée du navire océanographique du « Pacha » au bonnet rouge, accessoire vestimentaire devenu, il y a peu, le symbole d’une Bretagne tempétueuse. Cela va faire huit ans maintenant que la Calypso, abandonnée de tous, croupit dans un hangar, à Concarneau, dans le Finistère, autrement dit, là où finit la terre… Condamnée à l’oubli, elle ne reprendra sans doute plus jamais la mer !

Quelle triste fin pour cet ancien dragueur de mines qui, des décennies durant, a emmené équipage et téléspectateurs sur et sous les océans du monde entier et sera finalement vendu aux enchères, comme une vulgaire pièce de collection ! Souvenez-vous, Calypso, la nymphe, était parvenue à garder Ulysse auprès d’elle pendant sept longues années, sur les dix qu’avait duré son voyage de Troie à Ithaque !

Une histoire de gros sous, à l’origine de cette décision, nous vole une fois de plus une part importante de notre patrimoine affectif. Le bateau amiral transformé en « vaisseau fantôme » rejoindra certainement Le Monde du silence, film réalisé en 1956 par le Commandant Cousteau et Louis Malle, et Palme d’or au Festival de Cannes !

L’agonie est-elle vivable ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 mars 2015. dans La une, Actualité, Société

L’agonie est-elle vivable ?

Au moment où, à l’assemblée nationale, s’échangent, au sujet du projet de loi sur la « fin de vie », des arguments de droit : droit au respect absolu de la vie, d’un côté, droit non moins absolu à disposer de celle-ci, de l’autre, il n’est pas inutile d’en revenir aux faits, lesquels dépassent largement le problème posé par l’euthanasie dite « active » (l’administration d’une substance létale, par opposition au simple arrêt des traitements, euthanasie dite « passive, déjà prévue par la loi Léonetti d’avril 2005).

La véritable question se formule ainsi : dans nos sociétés modernes, l’agonie est-elle vivable ? L’agonie, ce compte à rebours vers la mort, qui se déclenche, de manière souvent brutale, dans n’importe quelle pathologie avancée.

Pour les familles, la réponse est : non ! Impossible de « gérer » cette situation, de supporter les accidents aigus qui surviennent au décours de cette phase : hémorragies, asphyxie, douleurs paroxystiques, convulsions, etc… l’entourage s’affole, ne sait que faire, imagine qu’il y a peut-être (sûrement ?) quelque chose à faire. D’où une occultation de l’agonie, dont la prise en charge est déléguée (reléguée ?) à la médecine. On hospitalise juste pour mourir, sans autre objet que de soulager les proches, de les libérer à la fois d’un fardeau et d’une responsabilité : impossible désormais de mourir chez soi. Mon propre père, médecin et pourtant résolu à finir à son domicile, fut malgré tout emmené par la SAMU, au moment où sa maladie de Parkinson l’empêchait de parler et de s’alimenter. « Vous comprenez, madame, dit doctement l’urgentiste à ma mère, il peut avoir des crises d’étouffement… ».

Et quid de l’intéressé lui-même, du mourant ? Là les choses se compliquent. Certains supportent ce que d’autres ne supportent pas. L’exigence de ne pas avoir mal est maintenant prise en compte dans les services de soins palliatifs et même par les généralistes en ville, lesquels ne lésinent pas sur la morphine. Mais cela suffit-il ? Une des avancées considérables du projet actuellement discuté est l’arrêt de toute manœuvre invasive visant simplement à la survie et non plus uniquement à la guérison : alimentation, hydratation. Cette dernière, en particulier, suppose la mise en place d’une sonde gastrique : un petit tuyau introduit dans l’orifice nasal et qui descend jusque dans l’estomac. Pratique courante, classée « palliative » et décidée sans l’accord du patient. Vivable ou pas vivable ?

L’œil de Claude : de l'inadmissible au soleil pour demain

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 14 mars 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : de l'inadmissible au soleil pour demain

Ils ont osé

« Ils » ont osé, osé s’attaquer à des joyaux du patrimoine irakien… Adieu, ville fortifiée de Hatra, fondée il y a plus de 2000 ans ! Adieu, cité antique de Nimroud, construite au XIIIe siècle ! Adieu, musée et bibliothèque de Mossoul ! Adieu, mausolée Nabi Younès, citadelle de Tal Afar et site archéologique de Khorsabad, l’une des capitales de l’ancien Empire assyrien !

De nouveau, des actes insensés, lourds de conséquences, qui mettent en lumière – expression malheureuse – l’obscurantisme le plus crasse… Crasse, masses et bulldozers !

Il est difficile, parfois, de mettre des mots sur la bêtise humaine, sur l’irréparable… Alors, place au recueillement !

Solar impulse 2

Voler, bien sûr, mais uniquement grâce au Soleil, ce « bienfaiteur de l’humanité ». Pourtant, on le sait bien, l’astre du jour avait fait preuve d’une incroyable cruauté envers Icare… Aujourd’hui, des milliers de cellules solaires, capables de faire tourner quatre moteurs électriques, ont remplacé la cire, fatale au héros de la mythologie grecque !

Solar Impulse 2 s’est donc envolé d’Abou Dhabi, pour un tour du monde en 12 étapes, en mettant d’abord le cap sur l’Inde et la Chine, comme dans Le Tour du monde en 80 jours. Souvenez-vous, les premières escales avaient pour nom Bombay, Calcutta et Hong Kong… Pour cette nouvelle aventure, l’aéronef de 72 m d’envergure, qui devrait parcourir quelque 35.000 km, fera sans doute oublier le chemin de fer et le paquebot, chers à Jules Verne !

L’élégant oiseau, piloté à tour de rôle par Bertrand Piccard, qui, en 1999, passa Trois semaines en ballon autour du globe, et André Borschberg, ancien pilote de chasse, fera certainement sensation pendant les cinq mois que durera le voyage. Objet de curiosité et de toutes les attentions, surtout de la part des « suiveurs », il brillera parmi ses « congénères » et révolutionnera peut-être le transport aérien du futur, en ouvrant, çà et là, de nouveaux horizons… Ce genre d’exploit, qu’on qualifierait volontiers de « solaire », réveillera sûrement en nous nos rêves les plus fous… Bon vent !

Mossoul XXIe siècle ; mon cri

Ecrit par Luce Caggini le 07 mars 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Mossoul XXIe siècle ; mon cri

Art ?

Esprit d’unicité avec la matière ?

Le mérite du mérite est la question due au doute. Je me poserai jusqu’à la fin cette question, la dernière porte franchie, je saurai, peut-être.

Eh bien en quelques coups de pioches et de marteaux piqueurs, quelques énergumènes échappés d’un monde infernal, sortis des dessous de la terre ont rapidement et brutalement répondu à ma question. Il m’arrivait de penser à une alchimie bienheureuse entre le temps et les pierres, à des accordailles immuables, une substitution ou mieux un héritage qui me liait quel que soit l’endroit où je serais dans le monde à une patrie reçue en cadeau de noces, un abri de la médiocrité.

« L’enseignement académique de la beauté est faux. L’art n’est pas l’application d’un canon de beauté, mais ce que l’instinct et le cerveau peuvent concevoir indépendamment du canon ».

A Mossoul ces jours derniers ce sont les pierres qui ont manqué de raison et d’instinct car elles qui furent paroles et sueurs méditations et fleurs célestes, vidées de leur lymphe elles perdaient leur sang pendant que des vandales arriérés, bourreaux, aveugles inassimilables assassinaient, sans le savoir, leur Dieu.

Le 8 mars, pour une journée de la paix entre les femmes et les hommes en France

Ecrit par Jean Gabard le 07 mars 2015. dans La une, Actualité, Société

Le 8 mars, pour une journée de la paix entre les femmes et les hommes en France

Contre une guerre des sexes entre de « gentilles » femmes « victimes » et de « méchants » hommes « dominants ». Non 25% n’est pas l’écart de salaire F/H pour le même temps de travail pour le même emploi pour les mêmes qualifications… ! (ne serait-ce pas plus opportun de s’indigner des salaires de 500 fois le salaire minimum ?).

Non les femmes ne sont pas les seules à être victimes des violences conjugales ! Non ce n’est pas en déniant les différences F/H que l’on améliore le « vivre ensemble ».

Egalité hommes/femmes : une revendication sexiste !!!

L’égalité hommes/femmes semble tellement évidente dans des pays qui se veulent démocratiques, qu’être encore obligé de la revendiquer procure un sentiment de honte. Qui oserait s’opposer à ce qui apparaît comme la plus élémentaire des justices ?… Et pourtant, il se pourrait que ce mot d’ordre partant d’une très belle intention ne soit pas seulement un malentendu, mais cache un nouveau sexisme ! Les inégalités créées par des discriminations sexistes, au cours de notre histoire ou encore aujourd’hui, rebutent le citoyen d’un pays moderne. Elles sont les traces d’une époque que nous souhaiterions révolue. Nous n’en voulons plus ! La culpabilité qu’elles engendrent encore chez tout démocrate a cependant tendance à nous aveugler et à faire rimer nos réactions, où la passion n’est pas absente, avec précipitation et confusion. Le caractère exaspérant de certaines distorsions rend en effet tout manque de parité totalement injuste et ce ne sont plus simplement les lois et les comportements sexistes que nous condamnons mais toute différence. Parce que les plus grands abus étaient souvent justifiés par la nature, toute inégalité dans les résultats ou dans les comportements devient aujourd’hui la conséquence du sexisme de l’homme dominant. Celle-ci devient alors inacceptable et toute personne éprise de progrès et de démocratie se doit de la combattre s’il ne veut pas être traité de « macho » et réactionnaire.

Il y a effectivement de très nombreuses injustices à éradiquer et il est vrai que de nombreuses inégalités dans les comportements et les résultats peuvent venir d’une construction sociale et de discriminations sexistes. Ce n’est cependant pas toujours le cas, même si les conclusions des Etudes de genre que nous avons souvent intégrées et qui se veulent scientifiques veulent nous le faire croire (ce que l’on appelle à tort la « Théorie du genre » n’est en fait qu’un postulat).

L’œil de Claude : antisémitisme, fraudes financières et, série TV

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 07 mars 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : antisémitisme, fraudes financières et, série TV

Boulevard du Palais

Parmi les séries policières françaises, il en est une qui, selon moi, dépasse toutes les autres et résonne comme une bonne adresse, Boulevard du Palais,sur France2. Chaque intrigue réunit outre les seconds rôles, toujours crédibles, un quatuor d’excellents comédiens que sont Anne Richard dans le rôle du juge Lintz, Olivier Saladin dans celui du médecin légiste, Philippe Ambrosini le fidèle lieutenant de son supérieur hiérarchique, le commandant Gabriel Rovère alias Jean-François Balmer.

Ce dernier réussit à chaque fois une époustouflante composition, celle d’un flic marqué par son passé, qui noie sa désespérance dans un torrent d’eau-de-vie qu’il savoure par fiole interposée ou dans un grand verre, en compagnie de ses amis les plus proches, à savoir Dimeglio, l’adjoint au caractère bien trempé, et le docteur Pluvinage, poète à ses heures, déclamant des vers ou les siens propres à un public plutôt hermétique. C’est l’occasion rêvée d’évoquer l’enquête en cours ou, plus sérieusement, de refaire le monde en s’appuyant sur une philosophie de comptoir !

La tendre amitié qui lie Madame la juge et le policier imbibé d’alcool sert également de fil conducteur à la série. Deux êtres inséparables qui avancent souvent en titubant, jusqu’à la fin.

Une série où la plupart du temps la dimension humaine prend le dessus, sans nuire à l’énigme pour autant, grâce à un judicieux équilibre !

 

De l’obscurantisme

A Sarre-Union, le cimetière juif a été profané par une bande de mineurs dont l’irresponsabilité, sans creuser très profond, saute aux yeux. Mélange de désœuvrement et d’inculture qui constituent un véritable danger pour la collectivité ! Pas d’inscriptions vengeresses, pas de revendications précises, juste un geste gratuit, stupide.

La communauté juive est sous le choc et craint pour son avenir, ce qui est parfaitement compréhensible !

Hélas, l’antisémitisme continue de se propager un peu partout, comme une traînée de poudre. Il y a forcément péril en la demeure, et le Président de la République qui, pour l’occasion, s’est rendu en Alsace, a eu raison d’insister sur l’importance de l’éducation à tous les niveaux, principalement au sein des familles et à l’école. Le travail de Titan qui attend les éducateurs, au sens large, doit bien sûr se faire en amont, faute de quoi les irresponsables de tous bords l’emporteront sur l’intelligence et le savoir.

Laissons à Goethe le dernier mot : Le véritable obscurantisme ne consiste pas à s’opposer à la propagation des idées vraies, claires et utiles, mais à en répandre de fausses !

Juifs de France : partir ou rester ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 février 2015. dans La une, Actualité, Société, Littérature

Recension/commentaire du livre de Pierre Birnbaum, Sur un nouveau moment antisémite, « Jour de colère », Paris, Fayard, 2015

Juifs de France : partir ou rester ?

Attentats de Paris, attentats de Copenhague, agressions contre des magasins casher, profanations de cimetières : l’antisémitisme flambe, explose, un peu partout en Europe – et tout particulièrement en France – dans des proportions jamais vues depuis l’époque nazie… Pierre Birnbaum, professeur émérite à Paris-I, que l’on présente plus tant il a écrit de livres, a commis ce dernier petit essai sur le « jour de colère », la manifestation du 26 janvier 2014, où l’on a entendu des slogans tels que « Juif ! Juif ! La France n’est pas ta France », ou encore « la France aux Français », et « mort aux sionistes ! ».

Pierre Birnbaum appartient à ce qu’il appelle lui-même les « Juifs d’état », autrement nommés « Juifs des Lumières » : ces Juifs gardant une vive mémoire de l’émancipation de la fin du XIXème siècle et très attachés au jacobinisme ainsi qu’aux idéaux « républicains ». Sa consternation n’en est que plus grande, son incompréhension aussi… il cherche désespérément des explications au phénomène que nous vivons, qui soient conformes à ses idées, ou, à tout le moins, qui ne les malmènent pas trop.

Et il en trouve évidemment : « le déclin de l’État (avec majuscule, sic !), devenu de moins en moins capable d’assurer l’ordre républicain et la pérennité de ses institutions socialisatrices aux valeurs universalistes, a contribué à la montée de la xénophobie ». Ce n’est pas faux, mais c’est un peu court : le bon vieux radical-socialisme des années 30 n’a jamais empêché la fureur antisémite de l’Action française ou de Je suis partout.

Autre cause possible de ce à quoi nous assistons : le renouveau du cléricalisme dans le sillage de la protestation contre la loi Taubira : « dans ce contexte de forte mobilisation culturelle catholique considérée comme l’unique socle solide de la nation », le « jour de colère », inspiré du Dies Irae liturgique, suscita « la grande satisfaction de la frange extrême du catholicisme incarnée par les curés et abbés de la mouvance de Mgr Lefebvre ». Sans doute, mais, si les intégristes furent les chevilles ouvrières des « manifs pour tous », ils n’ont rien à voir avec les violences de cette année.

Reste le vieil antisémitisme d’extrême-droite. Celle-ci, c’est exact, fut active le 26 janvier 2014 ; ainsi le Renouveau français, qui, nous dit Birnbaum « défile aux flambeaux dans les rues de Paris tous les 6 février, en hommage aux morts du 6 février 1934 ». Dans son éditorial du 6 février 2014 d’ailleurs, l’Action française se réjouit bruyamment : « les mânes des patriotes tombés le 6 février 1934, il y a tout juste 80 ans, auraient-elles inspiré à François Hollande la sage décision de reculer sur le projet de loi familiophobe ? » Soit, néanmoins les post/néofascistes, tout judéophobes qu’ils soient, restent innocents des crimes commis récemment au nom de l’islam.

LE CAS CUKIERMAN

Ecrit par Martine L. Petauton, JCall le 27 février 2015. dans La une, France, Politique, Actualité

Ce qui incombe à Roger Cukierman…

LE CAS CUKIERMAN

Ce n’est pas tant le fond que la forme – forcément agressive, et peut-être provocatrice – de ce qu’il a dit (d’ailleurs des redites, pour lui), ainsi du « toutes les violences aujourd’hui sont commises par de jeunes musulmans ». Ce n’est pas tant ce qui est dit, que « qui » le dit et « où ». Ajoutons « à qui ? », selon l’équation bien classique du rapport de communication locuteur / récepteur.

Vous êtes, Roger Cukierman, l’influent président du CRIF ; vous parliez juste avant son fameux et médiatique dîner. 78 ans, l’assise de celui qui préside cette institution, pour la 3ème fois, et campe sur un passé impeccable de Juif d’origine polonaise, dont les grands-parents ont disparu à Treblinka. Vous savez, d’ordinaire, ce que vous dites, comment le dire, et à qui.

Alors ? Là, ce Février 2015, à deux pas des marches républicaines de l’« esprit du 11 Janvier » (qu’ainsi vous contribuez à faire éclater avec violence), lancer cette phrase lapidaire, sans vraiment d’avant ni d’après (sauf, et ce n’est pas rien, des propos annexes autour de « la majorité des musulmans auxquels on ne saurait reprocher quelque chose », mais qui se sont perdus depuis, ou déplacés, ou, qui n’ont pas été prononcés avec la même forte détermination).

 Vrai – évident même – que le contexte des jours derniers, où l’antisémitisme a fait feu de tous bois, pourrait avoir « encoléré » votre verbe, vénérable président. Comme tout un chacun, au comptoir, au coin de ma rue : – en fait, c’est vrai, qu’on constate que… vous pensez comme moi ? Et de hochement de tête en petite moue dubitative, le petit bruit trace sa route, presque habituelle, jusqu’aux chiffres posés dans telle émission d’experts le soir à la TV, qui infléchissent notre perception, et – heureusement – affinent notre jugement.

Mais, voyez-vous, Roger Cukierman, vous n’êtes pas la « base ». Vous êtes  quelqu’un qui parle d' en haut, dont la parole pèse (et, détermine). Vous êtes le leader d’un Think tank et pas le moindre. Dire ça, à ce moment-là, est signifiant, et vaut quasi  signal. Déclaration de guerre – sans doute pas – bien que le boycott des autorités musulmanes qui a suivi a fait un raffut qui y ressemble.

Que doit-on entendre, en vos propos ?

 Cette généralisation propre à tous les racismes ? fleuron de l’antisémitisme de page d’Histoire ancienne en page plus immédiate, du « toutes » et du « commises par les » (« pas quelques ») qui nous fait tourner le regard vers les banlieues, leur (et, non pas leurs) population (s), et presque en même temps, active notre mémoire immédiate, et les Kouachi, et Coulibaly s’incrustent en fond d’écran ! Mécanisme presque inévitable ! Piège de l’amalgame, monsieur Cukierman ! comment vous, depuis l’endroit d’où vous parlez, pouvez en tomber là ? Bavure unique ? Pas vraiment : en Novembre 2014, on entend de vous : « il y a deux groupes qui posent problème ; les musulmans et le front national ». « Groupes » ? décidément, il vous faut recopier 100 fois la définition du mot généralisation !

Déni de judaïsme

Ecrit par Sabine Aussenac le 27 février 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Déni de judaïsme

Ils sont venus tuer les pierres, lapider les morts de leur bêtise crasse. Ils ont griffé la terre de leurs doigts ignorants, fossoyeurs de l’immonde, dépeçant le silence. Tels des vautours affamés, ils ont conspué l’Éternité, crevant les yeux du granit, éventrant le sein des marbres : charognards de l’Indicible.

Qu’on ne vienne pas me parler de leur jeunesse, de leur innocence, de leur maladresse. Seraient-ils simples d’esprit qu’ils auraient pu voir la différence entre un cimetière « catholique », avec ses grands caveaux, ses cyprès, ses lourdes croix rouillées, et ce cimetière juif, dont les pierres taisantes dormaient, ornées simplement de quelques étoiles, envahies par l’oubli des errements des hommes.

Certes, profaner un cimetière chrétien aurait été tout aussi atroce, répréhensible, odieux. Détrousser les cadavres de leurs ultimes honneurs, dépouiller les victimes du dernier rempart de leur humanité, voilà qui insulte à la fois l’Humain et le Divin, en un acte sacrilège qui défie la raison.

Mais profaner un cimetière juif, à quelques heures d’un nouvel attentat antisémite commis sous le regard de bronze de la « petite sirène », alors que des badauds se pressent, sans être arrêtés, pour fleurir le lieu où le terroriste a été abattu par la police danoise, quand la France pleure encore les victimes de l’Hyper Cascher, est inexcusable.

Même pour des mineurs.

Qui sont ces ados ? Ont-ils ri, en écoutant les pitoyables vomissures du prétendu humoriste, visionnant quelque vidéo où le massacre de millions de juifs est repris en chansons ? Ont-ils « kiffé » les derniers faits de guerre des barbares islamo-fascistes qui coupent des têtes comme on moissonnerait un champ ?

Que faire de ces ados ? Leur montrer des documentaires de la Shoah ? Leur faire lire Primo Lévi, Simone Veil ? Les emmener à Auschwitz ?

Comment leur cerveau a-t-il pu, en France, en 2015, alors que l’école est obligatoire jusqu’à seize ans, alors qu’on étudie l’Holocauste et le nazisme en classe de troisième, et les différentes religions monothéistes en classe de sixième et de cinquième, être assez poreux pour ignorer le massacre de millions d’êtres humains qu’ils sont venus, de leur abjecte intention, de leur actes barbares, assassiner une nouvelle fois ?

Il me semble, encore une fois, que l’école est en grande partie responsable de ce manque de culture générale. Quelque part, la France, la République et l’Éducation Nationale ont failli. Laissant des adolescents aller plus encore que dans le caillassage de voitures de flics, dans le deal ou dans la simple délinquance. Laissant des jeunes commettre un crime contre l’humanité. On nous a assez répété, ces derniers temps, cette magnifique phrase du Coran qui dit que quand un homme tue son prochain, c’est comme s’il tuait toute l’humanité…

La République, l’école, le bien, le mal

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 février 2015. dans La une, Education, Actualité, Société

La République, l’école, le bien, le mal

Hier, ces presqu’enfants au pied de la forêt des tombes profanées, dans le brouillard de l’Est. Avant-hier, ce jeune homme au visage vaguement innocent, perdu dans la foule conviviale, se voulant probablement tolérante à la Scandinave, des rues de Copenhague. Et, bien entendu, juste avant, les deux frères Kouachi et leur chemin d’orphelins des Centres pour l’enfance, en passant par Coulibaly, petite bouille souriante, au milieu de ses petits camarades, sur les bancs de notre école républicaine… même programme pour tout le monde, du B à BA à « c’est quoi la Shoah ? ».

Tous, élevés, éduqués, nés du reste souvent là, dans ces terreaux européens de démocraties installées et rodées, ayant – comme on dit – « sucé les valeurs de la République à la mamelle », et, dedans, comme une évidence, un tabou suprême, le refus de l’antisémitisme.

Tabou, c’est-à-dire, morale et son vaste champ, relevant du religieux, du familial – donc, de l’intime – mais, aussi – jadis – au tableau noir des écoles des hussards noirs. Qu’on ânonnait (ma toute petite enfance l’a connu) en tout début de classe (je ne sais plus si on expliquait, je ne crois pas, ces commandements laïcs). Parce que la morale ne s’explique pas ; elle s’entend, dans un pseudo consensus, puis elle s’applique, vaille que vaille. Mais elle retourne, en fait, dans le secret de chacun, dans les arrière-cuisines de l’intime, la famille, les copains, et elle subit les transformations accouchant de ce que notre société affiche ces temps-ci, si, benoitement, elle n’a pas été carrément oubliée… « L’homme peut-il vivre sans morale ? », sujet de Philosophie à l’autre bout de ma vie, un jour.

Alors, ces dernières heures, l’affaire du cimetière, après et dans le contexte de  Charlie, Copenhague, et de tant d’autres évènements signant un antisémitisme toujours aux portes de nos sociétés, de nos têtes. Revenu ? Ou jamais parti ? Ne fait-il pas partie intégrante de l’homme social et moral, puisqu’il est en l’homme la haine de l’autre…

Et, les bonnes gens de s’interroger – vraie et sincère indignation : – mais, que fait l’école ? Ses professeurs d’Histoire ? Remettre la morale, vite ! J’entends donc, au tableau à présent devenu blanc, vite fait-bien fait, avant le cours de maths (et, moment baptisé, j’en ai peur, « éveil à la citoyenneté »…).

Manquent, ces gosses (« ces », pas « nos » !), de culture générale ! savent pas lire, et le toutim, désignant à la fois et dans le même geste le coupable et le responsable, l’école (« ils »). On s’arrêtera une fois de plus, au bien, au mal, à ce qu’on doit, qu’on ne peut pas… et les têtes brûlées ou perdues, ou les deux, sur lesquels tomberont ces injonctions venues du haut, donc, d’ailleurs, ne comprendront goutte à cette République qui parle une autre langue…

L’école n’est-elle pas la société, ses manquements, sa façon de trébucher, de se relever, aussi ? Elle n’est pas, me semble-t-il, hors sol, et à ce titre, les gens auraient mauvais genre de lui renvoyer la patate chaude et de repartir s’endormir. Difficile tout ça ! On en est, certes, à la phase de la déploration, mais, pour ne pas en rester là, avancer, et, mieux, et plus efficacement, quels chemins ?

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