Actualité

Mon école me fait mal

Ecrit par Lilou le 30 mai 2015. dans La une, Education, Actualité

Mon école me fait mal

Réformes, grèves, tas de fainéants, vivent les vacances, otages d’orgies politiques, pédagologisme contre pédagoducon… Et les élèves dans tout ça ? La réforme du collège unique ! Déjà dans son intitulé, sa consigne même, c’est compliqué ! Comment réformer ce qui est unique sinon en le rendant pluriel ? Et comment s’étonner ensuite que ce faisant, dans ce pays aux plus de 1000 variétés de fromage, ceux qui s’émeuvent de l’absence de réformes poussent ensuite au crime de la réforme qui est là ?

Mais la question principale n’est pas dans ce nécessaire virage que doit prendre ce collège-là, unique et créé par des trente glorieuses en bout de souffle. Tout le monde en est d’accord, ce collège-là a vécu, et, au-delà se réformer, doit se moderniser, sous peine de s’enfoncer dans des abysses que Pisa évoque avec les mots pudiques des statistiques. La question principale est de savoir quel virage doit prendre l’école de France pour lui permettre de donner les moyens à Jules de continuer d’être le Ferry d’une école qui doit rester républicaine, égalitaire, fraternelle et libre (dans le sens révolutionnaire du terme).

Au pouvoir précédemment, les uns répondirent par une vision comptable de la question scolaire en France : trop chère. Donc suppressions massives de postes, quadrature du cercle pour savoir si x professeurs divisés par y élèves faisaient bien les bons comptes qui font les bons cadeaux fiscaux (aux poignées de z qui depuis se sont planqués en Suisse). Ils mirent ensuite un système savant où en réduisant le nombre d’heures à l’école primaire (qui revient à sucrer une demi-journée de savoirs de diverses natures), on parvient à réduire la voilure du nombre d’instituteurs (plus joli que le mot « professeur des écoles »). Et pour enfoncer le clou d’une école à laquelle l’état républicain se doit – parce que c’est son contrat social – de donner les moyens de lui faire assumer ses devoirs régaliens de l’éducation populaire au sens le plus large possible, on supprima aussi la formation des maîtres, trop chère et puis parce que Nico Premier le décréta, « on se forme sur le tas ma pov p’tite dame ». Faut dire qu’en matière de tas, le brave savait de quoi il parlait. Non, non, non, je ne souhaite pas évoquer ici la jolie Carlita, mais les autres tas qui, comme les hirondelles sur le fil, prirent le chemin du retour plutôt que celui du départ. Bref, patatras, l’école était mal partie, nous n’étions plus qu’une variable d’ajustement budgétaire.

François arriva. Tel le pommier sortant ses branches de la forêt de Chambord, lui et ses destriers ouvrirent les cahiers d’une école aux abois comme d’autres auraient tordu les poulailles de la vieille Pythie de Delphes. Constats noirs, comme des taxis londoniens, échecs et décrochages agitèrent la rue de Grenelle en faisant tomber sur l’école une mousseline d’urgences (s’ils nous avaient demandé, on aurait tout dit depuis un moment…). La glace de l’inaction ou plutôt de l’action par le négativisme entrouvert dans l’expérience Nico fut alors brisée. Et il fallait agir ! Et l’action ce coup-ci s’appellerait « nouveau collège 2016 ». Le moins que l’on puisse dire c’est que ce fut franc, massif et porteur de la modernité accommodatrice avec un monde en plein bouleversement.

L’œil de Claude : Dany le Français et le désespoir de Palmyre

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 30 mai 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : Dany le Français et le désespoir de Palmyre

Dany le Rouge

« L’Humeur de Dany » (Robert Laffont, 2014) doit sûrement être au beau fixe car ayant enfin obtenu la nationalité française, il jouit désormais de la double nationalité franco-allemande !

Député européen assidu (« Die Grünen », EELV, Parti Vert Européen), il quitte le Parlement de Strasbourg en 2014, après vingt années de bons et loyaux services, et devient chroniqueur à Europe 1. Toujours aux avant-postes surtout pendant les événements de mai 68, il est rapidement passé maître dans l’art de la « provoc » et de l’outrance, qu’il s’est fait un malin plaisir de peaufiner par la suite !

Bienvenue, donc, au pays du béret, du litron et de la baguette ! Pâles clichés, en vérité, comparés à la célèbre photo où il semble narguer la maréchaussée et qui fait dorénavant partie de notre patrimoine. Dany le Rouge, ou « l’apatride reconnaissant » !

 

Palmyre

Palmyre, née du désert,

Le sable est ton royaume,

Et la pierre sculptée

Ta signature pour l’éternité.

 

Cité antique aux mille facettes,

Tu continues de fasciner

Ceux pour qui les traces d’antan

Ont rejoint le sacré.

 

Jusqu’au jour où des illuminés,

Sanguinaires et impurs,

Sur toi jetèrent leur dévolu

Et tuèrent en masse, implorant le Prophète.

 

Jadis, tu t’appelais Tadmor,

Et tu rayonnais par-delà les frontières.

Aujourd’hui, une seule prière :

Que Dieu te préserve !

« Conte de fées »

Ecrit par Sabine Aussenac le 30 mai 2015. dans La une, Ecrits, Actualité, Société

« Conte de fées »

Une fois, une seule fois peut-être, dirait Desnos dans son « Conte de fées », j’ai vu, sur ma ligne de TER Auch-Toulouse, empruntée quasi quotidiennement durant sept ans, un contrôleur noir.

J’imagine qu’en région parisienne, c’est différent, mais ici, dans le Sud-Ouest, mes propres statistiques sont formelles : cela ne m’est arrivé qu’une fois, j’en avais d’ailleurs parlé avec l’intéressé.

Jamais, en trente et un  ans de carrière, je n’ai eu eu de chef d’établissement noir ou arabe. Je dis « arabe » parce que « d’origine maghrébine », c’est plus long. Et puis les gens qui ont voté FN et qui me liront comprendront plus vite…

Donc jamais de principal ou de proviseur noir ou arabe pour me donner ma note administrative, me rappeler à l’ordre à cause de mes nombreuses absences ou pour me féliciter de mon dynamisme.

Je pourrais presque dire de même en ce qui concerne les collègues…J’en ai eus, des collègues, des centaines, avec mon statut de prof itinérante…Croyez-le ou pas : les profs noirs ou arabes croisés depuis l’obtention de mon CAPES, en 1984, se comptent…sur le doigt de la main ! Je ne peux même pas compter Fabrice, un ancien « pion » de Blaise-Pascal devenu, je crois, prof d’allemand ; il était antillais…Sérieusement, hormis quelques contractuels de math ou de techno, une collègue d’anglais, elle, certifiée –Samira, je t’embrasse !- et un collègue d’allemand très compétent –Rachid, Kuss !-, rien, nada, le désert des tartares…Les salles des profs sont d’une blancheur quasi immaculée…

Jamais mes enfants n’ont eu de pédiatre noir ou arabe. Jamais je n’ai consulté d’ORL, d’ophtalmo, de dermato, de gynéco…noir ou arabe. Jamais je n’ai eu de médecin traitant noir ou arabe. Une fois, mon fils a vu spécialiste iranien dans une clinique, et, une autre fois, j’ai moi-même consulté, à Auch, un rhumato d’origine libanaise. Mais jamais un toubib black ou rebeu n’a croisé ma route.

J’ai eu hélas affaire à de nombreux avocats et juges… Entre les huit longues années de mon divorce et le cauchemar de mon surendettement, sans oublier la longue procédure internationale pour récupérer quatre ans de pension alimentaire, j’en ai croisés, des hommes en robe, des jeunes, des vieux, des beaux, des moches, des sympas, des cons finis, des compétents, des imbéciles… Mais jamais, je vous l’assure, j’ai croisé d’avocat ou de juge arabe. Par contre, un avocat black, oui. - Il y a toujours des exceptions à une règle, n’est-ce pas ? (coucou, Hervé, si tu me lis… )

Enseigner en projet ; le projet phare de la Réforme des collèges

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 mai 2015. dans La une, Education, Actualité

Enseigner en projet ; le  projet phare de la Réforme des collèges

La réforme concoctée pour le collège par Najat Vallaud-Belkacem a comme un cœur de cible qui scintille (ou aveugle, selon cet enseignant ou cet autre) : un chemin, un seul, l’interdisciplinarité.

Depuis presque toujours, l’enseignant est une espèce qui se conjugue au singulier, « le » maître, le professeur, « sa » matière ; accessoirement, « ses » élèves (même si, quand c’est dur, il veut bien les partager !). Curieux, comme en France (allez donc voir ailleurs et dans le camp scandinave en particulier) on n’envisage pas de mutualiser ? – ouvrir ? – l’autorité qu’on est censé avoir du haut vers le bas, sur nos chères têtes blondes ou autres. Peut-être est-ce, du reste, parce que dans les dernières années, cette « autorité » tant recherchée ratait tous ses essais, que l' interdisciplinarité non seulement demandée, exigée, est apparue comme étant in-négociable… Voyons si, à plusieurs…

Pas aussi simple, toutefois. Enseigner en interdisciplinarité dépasse la concertation formelle ou informelle (« de cafetière ») qui, jamais, n’a échappé aux professeurs, lesquels (j’insiste) passent tout le temps des courtes pauses récré à échanger sur leurs troupeaux. Est-il besoin de redire que c’est comprendre – et tenir compte – que notre élève apprend ailleurs que chez nous des méthodes, des savoirs, des savoir-être aussi ; que ce pourrait du coup, être fort productif que d’essayer de fabriquer des positionnements, des exigences, communs. Que les programmes des autres matières intéressent la mienne, que c’est un peu inutile, de ce fait, la redondance absolue, mais, que, par contre, enseigner, c’est l’art de perdre son temps à dire autrement, à répéter. Chaque professeur a un angle d’attaque, et c’est bien tout l’intérêt d’en avoir plusieurs. Le char ne peut qu'avancer plus vite s'il est mené par plusieurs chevaux. Simple comme Ben-Hur en Jeans.

Mais l’interdisciplinarité ne peut se décliner dans le réel d’une classe et dans la perception de l’élève, que si elle s’appuie, s’architecture sur un – des – projet(s). Un outil commun – qui peut être modeste, ne couvrir qu’une partie du temps scolaire – dont les objectifs et les procédures vont ancrer dans les représentations de notre classe ce quelque chose d’incontournable : on apprend à plusieurs profs, matières, et apprendre n’a rien à voir avec le saucisson de la cantine. Il y a autant de formes de projets que de collèges, d’enseignants, d’enfants. « Le » projet-type n’existe pas. Je ne peux, quant à moi,   que parler  des projets que j’ai initiés, fait vivre, dans un collège dit facile, de petite ville. Cependant – partout et tout le temps - quelques ingrédients sont obligatoirement au menu : le croisement des programmes, le repérage des besoins des élèves (évitons de faire « manger » tout au long de la scolarité le même menu à l’enfant), les objectifs qui varieront avec les niveaux, les pré-acquis,  les pré-requis évidemment, le déroulé des procédures et les évaluations. Le projet ne peut pas « emmener » tous les champs disciplinaires, mais pas mal peuvent, et doivent s’y retrouver. Chaque matière place ses objectifs, et fait glisser vers le pot commun ses façons de les atteindre, dans cet échiquier géant qu’est le train du projet. On se gardera bien – c'est, je crois, l'intelligence de la Réforme 2016 – de «  larguer » le projet, comme un ballon rouge lancé n'importe où dans l’Éther – hors des obligations de programme. Absolue erreur que pas mal de dispositifs passés ont décliné  à l'envie. Non, le projet « est » dans les programmes, mais, simplement, il permet de les conduire ( et, complètement) autrement. C'est là, sans doute, que se situe cette « envie d'apprendre » dont parle notre ministre, et, qui, pour certains esprits chagrins, pisse-froid, bouche serrée de – oui – pseudo conseilleurs en éducation ( donc, à vrai dire, tout le monde ou s'en faut) équivaudrait à gros mot de la mal élevée, qu'elle est à n'en pas douter...

« L’œil de Claude : regards sur l'Allemagne et sur le Panthéon »

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 23 mai 2015. dans La une, Actualité

« L’œil de Claude : regards sur l'Allemagne et sur le Panthéon »

D’Allemagne

Lundi 18 et mardi 19 mai, Angela Merkel et François Hollande se retrouvaient à Berlin, à l’occasion du 6è « Dialogue de Petersberg » consacré à la lutte contre le dérèglement climatique. Climat des plus cordiaux et entente parfaite affichée au sein du « couple ». A noter que cette rencontre avait pour objectif principal la préparation de la Conférence « Paris Climat 2015 », qui aura lieu dans la capitale, du 30 novembre au 11 décembre.

Cela dit, le climat semble beaucoup moins serein dans le dernier pamphlet signé Jean-Luc Mélenchon, Le Hareng de Bismarck / Le poison allemand. Où l’on constate que le cofondateur du Parti de gauche continue de tirer à boulets rouges sur notre principal partenaire, qui, selon lui, est « le premier émetteur de gaz à effet de serre de l’UE ». Il y a peut-être du vrai dans cette affirmation, mais l’« acharnement thérapeutique » dont il fait preuve vis-à-vis de la chancelière et des Allemands en général a quelque chose d’outrancier, frisant parfois le ridicule, Jusqu’à l’os, titre d’un de ses ouvrages paru en 1991, et dont le sous-titre, Pour arrêter, en politique, la machine à se donner des claques, est toujours d’actualité !

 

Panthéonisation

Le 27 mai prochain, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay entreront au Panthéon. Quatre grandes figures de la Résistance reposeront désormais aux côtés de Voltaire, Rousseau, Zola, Dumas et Hugo. A propos de l’auteur des Misérables, Nicolas Sarkozy a dit récemment tout le bien qu’il pensait de son roman « 1793 », dont le titre exact est Quatre-Vingt-Treize, et qui montre l’Ancien Régime aux prises avec l’idéalisme révolutionnaire et républicain !

Entre ici, Jean Zay. Ministre de l’Education et des Beaux-Arts – oui, des Beaux-Arts – du Front populaire, il fait aujourd’hui l’objet d’un nombre important de publications dont Souvenirs et solitude préfacé par l’historien Antoine Prost, président de l’Association nationale des amis de Jean Zay. Ce dernier déclarait récemment, dans Marianne : « Il a mis l’Education nationale en mouvement, laissant les maîtres innover avant de réglementer, en expérimentant, grande première, les réformes avant de les généraliser ». A l’opposé de ce qui se fait aujourd’hui, en somme !

A ces professeurs-là… Chronique de colère

Ecrit par Martine L. Petauton le 16 mai 2015. dans La une, France, Education, Politique, Actualité

A ces professeurs-là… Chronique  de colère

A ces collègues, les immobiles, les pires de pires, ceux qui étaient là, le stylo au poing, quand je suis rentrée dans la carrière ; ceux (leurs enfants, peut-être ?) qui sont encore là, la souris au poing, des années après ma retraite sonnée. Quand cela finira-t-il, la litanie des plaintes en tremolos, souvent faux qui plus est, de ceux qui ne veulent JAMAIS entendre ni les raisons, ni les façons de réformer (juste un peu) l’Éducation Nationale.

Énième projet de réforme des collèges. Gauche au pouvoir ; on vote pour eux, non ? Les affects compliquent la crise…

 Que le collège soit le maillon faible du circuit et de plus en plus dramatiquement, c’est un fait aussi dur que le système solaire et son fonctionnement. Que l’élève de collège, naviguant au plus juste entre vague réformette de l’orthographe, bidouillage des obligations en mathématiques, et changements prétendument structuraux en Histoire-Géo, ne retrouve plus depuis des lunes son chemin – ni les donnés pour bons, ni les considérés comme nuls – c’est aussi acté que 2 et 2 font 4. Mais, baste, peu leur chaut, semble-t-il, à ces gens dont le métier, que dis-je, la mission est la plus haute qui soit : former l’élève, l’élever – un avant, un après.

Qu’on me comprenne bien. Je ne saurais m’en prendre – même après toutes ces années de bonheur d’avoir enseigné, devant classes pleines, l’Histoire, la géographie, l’éducation civique, et la citoyenneté dans un collège en Corrèze – à ces collègues, ou ces anciens professeurs stagiaires que j’ai fréquentés, épaulés, parfois conseillés, et qui, pleins de bonne volonté, flanchaient, ça et là, au détour d’obligations, de modifications, dont les noms seuls surnagent dans ma mémoire (Projet d’action éducative, 10%, Parcours diversifiés…). Qu’on fléchisse un peu sous l’averse poétique et si notoirement lisible des contenus d’obligations de programme pondus par le ministère, si loin des rangées de nos classes, ce n’est que normal, humain. Sain, même. Non, ce ne sont pas d’eux, dont je parle ici – autrement dit, je ne m’adresse pas à la majorité des professeurs. Mais à une petite, solide troupée qui campe, voyez-vous, dans le Non perpétuel – idem, les concessions des cimetières ! – et dans le « moi-je, mes cours à moi, mon emploi du temps-le mien, mes élèves à part, tellement mieux que la masse, et le toutim ». Vous les connaissez, que vous soyez parent d’élève, collègue, chef d’établissement. Les inspecteurs les connaissent. Chikungunyas de malheurs : ceux qui bloquent l’avancée du train, en se couchant sur les rails.

Que nous serinent-ils encore cette année – copié-collé de ce que polycopiaient au bleu qui tache, leurs quasi grands-parents : comme à chaque projet de réforme ! le niveau baisse, ma pov’dame, on tire vers le bas. Dans le grand trou – l’Inferno des images d’Epinal, pas moins – les gamins, happés par les plus faibles ; les leurs, les dites têtes de classe. Sachant que leur définition de « tête de classe » est facile, simplette, fausse ; c’est l’excellence scolaire en caricaturée : mémoire récitative et accumulative, capable – fi l’ordi – de vous cracher en un temps record les déclinaisons de ce pauvre latin menacé, les dates de l'Histoire de Mallet (enfin, les dates !!), salivant, ou pas loin, – las, ça ne se fait plus -  sur les départements, leurs préfectures… cliquer sur Google ? vous n’y pensez pas ! Où serait l’élégance, ou le goût du sport… Je vous entends d’ici : – elle en a contre le Latin, l’Allemand première langue, elle ne comprend pas les attendus culturels et gratuits de ces types d’apprentissages ; chut ! elle cautionne le nivellement, mais elle est de mèche avec le gouvernement... Sus à la traître…

Badiou, théoricien d’une nouvelle utopie ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 16 mai 2015. dans Philosophie, La une, Actualité

Recension/commentaire du livre d’Alain Badiou, A la recherche du réel perdu, Paris, Fayard, 2015

Badiou, théoricien d’une nouvelle utopie ?

Badiou est l’un des principaux personnages de la scène philosophique française. On le compare – et le confronte ! – souvent à Onfray, l’autre « star » médiatique dans ce domaine. Rien à voir pourtant : Badiou est plus perspicace qu’érudit ; non que sa culture ne soit pas immense, mais ses références sont limitées, juste ce qu’il faut pour venir à l’appui de l’acuité de sa pensée (avec Onfray, c’est exactement l’inverse : plus érudit que perspicace !).

Pour lire ce petit livre (59 pages), nul besoin d’un bagage préalable autre que ce qu’un lycéen est censé avoir appris en classe de terminale. Le style est clair, le raisonnement limpide. Même les néophytes peuvent se plonger dans l’ouvrage sans appréhension.

Prémisse fondamentale : le réel, le véritable réel, est perdu, ou du moins délibérément occulté ; se substitue à lui un pseudo réel, que tout le monde prend pour une vérité d’évangile. C’est une « loi d’airain », une vulgate à laquelle il convient de se soumettre. Notamment en économie. Badiou parle abondamment de la « prévalence intimidante du discours économique », « figure de l’abstraction », construction de l’esprit à la Hegel, « pathologie pure », qui n’offre « aucune possibilité d’émancipation ». On pense ici au fameux « TINA » de Margaret Thatcher (there is no alternative).

Badiou reprend la métaphore platonicienne de la caverne, du livre VII de la République ; cette prétendue loi d’airain n’est qu’apparence, un théâtre d’ombres qui travestit la réalité : « le point que nous signifie Platon, écrit Badiou, c’est que pour savoir qu’un monde est sous la loi d’un semblant, il faut sortir de la caverne, il faut échapper au lieu que ce semblant organise sous la forme d’un discours contraignant ». Petite erreur d’interprétation ici : les formes sensibles, les apparences qui se projettent sur les parois de la caverne, ne sont en rien, pour Platon, une « loi ». Les idées du monde intelligible, règles éternelles dont s’est servi le Démiurge pour créer le monde sensible, sont, elles, plus vraies que le vrai ; elles fondent les nomoi, les lois humaines, qui n’en sont que la copie parfois dégradée. Le « mé on » que l’on voit et qui nous entoure, à mi chemin entre l’être et le non être, ne saurait, en aucune manière, mériter le beau nom de « loi ».

Mais passons ; pour Badiou, il faut donc – c’est le message essentiel – se libérer du faux réel. Il existe différentes manières d’y parvenir. Tout d’abord la manière « subjectiviste », la révolte, l’indignation, dirait Stéphane Hessel. Cette manière-là expose à de grands dangers « puisque l’Histoire doit accoucher d’un monde émancipé, on peut sans états d’âme accepter et même organiser une destruction maximale ».

Non, mieux vaut procéder par la logique : « tout accès au réel en est la division (…) il faut toujours qu’un masque soit arraché, un acte qui cependant, s’il institue activement la distinction entre le réel et le semblant, doit aussi assumer qu’il y a un réel du semblant, qu’il y a un réel du masque ». Ce serait trop simple, en effet, si le faux réel n’était que pur non être : il ne tromperait personne ; c’est parce qu’il recèle une parcelle de vérité qu’il est ambigu et donc trompeur.

L’œil de Claude : « attention, école et coquins, encore »

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 16 mai 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : «  attention, école  et coquins, encore »

Attention, école !

En France, c’est devenu une tradition, chaque ministre de l’Education nationale travaille pour la postérité. Ainsi se sont succédé une pléthore de réformes qui, au fil des années, se sont avérées plus ou moins efficaces pour diverses raisons, essentiellement politiques et pédagogiques !

Qui se souvient encore de la réforme Fouchet-Capelle (1963), qui donna naissance aux Collèges d’Enseignement Secondaire et à leurs filières, de la réforme Haby (1975), qui instaura le collège unique, ou de la réforme Savary (1981) qui tenta de le rénover pour lutter contre les inégalités scolaires ? Parmi les ministres dont le passage, rue de Grenelle, fut remarqué, à défaut d’avoir été remarquable de bout en bout, citons Ségolène Royal et Jack Lang, François Bayrou et François Fillon, qui, à propos de la réforme du collège proposée par Najat Vallaud-Belkacem, s’est écrié : « Réforme du collège : médiocrité pour tous » !

De son côté, Jean d’Ormesson, qui n’a rien d’un « pseudo-intellectuel », vient d’adresser une missive à François Hollande, dans laquelle il dit sa préoccupation de voir disparaître ce qui fait notre richesse, à savoir notre culture, stigmatisant au passage les « rêveries meurtrières » de la jeune ministre, cette « dédaigneuse ingénue »… Toujours ce style et cette élégance à fleur de peau chez cet amoureux de notre langue et de notre littérature !

D’autres voix, moins « littéraires », continuent de s’élever çà et là contre la « réforme Vallaud-Belkacem », qui suscite une véritable levée de boucliers à tous les étages. Tout le monde a son idée sur la question, la plupart étant d’avis qu’on ne va pas forcément dans le bon sens, après avoir exclu l’élève du cœur du système… Laissons à François Bayrou le mot de la fin, qui pourrait équivaloir à la principale mission de l’école, « viser l’élitisme pour tous » ! Soit, mais cela ressemble encore trop à un vœu pieux… Alors, femmes et hommes de bonne volonté et de talent – il y en a beaucoup dans ce pays –, ne perdez plus de temps et attelez-vous à la tâche !

 

Copains et coquins

On prend les mêmes et on recommence… Bis repetita placent… En 2013, Bernard Tapie était mis en examen pour escroquerie en bande organisée. Cette fois-ci, nouvelle mise en examen pour détournement de fonds publics par une personne privée… de morale, surtout !

Quelques jours plus tard, Nicolas Sarkozy était à son tour mis en examen pour corruption active et trafic d’influence dans l’affaire dite des « écoutes ». Après un placement en garde à vue, en 2014, il risque ultérieurement un renvoi en correctionnelle !

Où l’on s’aperçoit que le champ lexical des « affaires » ne cesse de s’élargir : escroquerie, bande, détournement, corruption, trafic, correctionnelle. Et lorsqu’on y regarde de plus près, on croirait qu’il est question d’une vulgaire « association de malfaiteurs », qui ne détonnerait absolument pas dans « le milieu » !

Depuis un certain temps déjà, on se rend compte qu’on a dépassé, et de loin, la simple gravité des faits et atteint une sorte de « pérennité » institutionnalisée, où le « tout est permis » tient lieu de précepte. Finalement, entre « homme d’affaires » et « homme aux affaires », la frontière est plus que poreuse, et c’est bien là le problème !

Nomade de ma vie, Dieu est un homme comme les autres

Ecrit par Luce Caggini le 16 mai 2015. dans La une, Ecrits, Religions, Actualité

Nomade de ma vie, Dieu est un homme comme les autres

« La fondation Al-Kawakibi, dont l’objectif est d’organiser un Forum mondial pour une réforme islamique en 2016, a été officiellement lancée mardi 21 avril. Pour marquer le coup médiatique, un débat a réuni sur une même scène le philosophe Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, et Alain Finkielkraut, “dont les positions critiques sur l’islam et les musulmans ne nous laissent pas indifférents” ».

Manifestement même la brillante conférence de deux brillantissimes érudits tels deux aigles empanachés, musclés, puissants et merveilleusement empruntés de courtoisie n’a pu venir à bout d’un rituel sans aucune autre armure miraculeuse que la médaille de Lourdes.

Rimant tous deux avec médina et yashiva ils n’auront pas été intimement chagrinés par le même Dieu dans ce passionnant marathon duo des frères ondoyés par la même intention : montrer leur magistral amour de la vérité et leur partage entre marginalité et analogie de redimensionner la planète entre deux mondes animés par des artistes de génie, deux méthodiques manières de parler de l’islam et la vanité des religions révélées. En effet agneaux et loups ne peuvent co-générer deux amants et deux amantes sans perdre leur identité.

Agneau divin, Agneau araméen, Agneau adrénaline, Agneau cépage contrôlé, Agneau nombril, Agneau Adonaï, Agneau andalousé, Agneau muselé, Agneau répudié, Agneau endormi, Agneau purgatoire, Agneau panthéonisé, Agneau naphtalisé, Agneau purifié, Agneau peinturluré, Agneau muet comme une montagne de moines en pénitence, Agneaux armés de munitions angéliques montrant leur dorure parcimonieusement, Agneaux mendiants errant parmi des milliards de morts, minaudeurs rageurs et courtois, Agneaux murés et mugissant de douleur miraculeusement purifiés au milieu d’un monde immonde ruminant le même mot répété des millions de fois par des milliards de moribonds minés par leur marabout, leurs idolâtres argentiers nomadisant d’un puits de pétrodollars à un mur de purifications avec un maître-mot, Dieu.

 

http://www.saphirnews.com/Al-Kawakibi-Ghaleb-Bencheikh-Alain-Finkielkraut-le-debat-en-video_a20726.html

L’œil de Claude : des Primaires à venir au 1er mai de théâtre

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 08 mai 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : des Primaires à venir au 1er mai de théâtre

Primaires

A droite toute, et cap sur 2016 ! Actuellement, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé sont au coude à coude, devançant assez nettement les Fillon, Le Maire et consorts. Et ce ne sont pas tant leurs lignes politiques que leurs personnalités respectives qui sont par trop divergentes !

L’ancien président de la République, pour qui le changement ce n’est pas pour tout de suite, ne cesse d’osciller entre séduction appuyée et hâblerie. Prêt à tout pour la reconquête du pouvoir, et sans vraiment se soucier de l’épée de Damoclès que constituent les affaires auxquelles il est mêlé, il veut apparaître comme serein. Malheureusement, il est souvent dans l’excès, ce qui le fragilise encore plus aux yeux de beaucoup et rend sa stratégie un tantinet illisible.

L’ancien Premier ministre, quant à lui, continue d’avancer droit dans ses bottes… Adepte d’un antisarkozysme primaire, son atout majeur il en joue merveilleusement chaque fois qu’il le peut. Plus globalement, ce qui le distingue de son adversaire, c’est son pragmatisme à toute épreuve, qui le pousserait volontiers vers un rapprochement avec le centre, et son côté rassurant d’homme de la situation, à la fois discret et efficace.

Selon que vous serez sympathisants ou électrons libres – de gauche, peut-être – vous tiendrez compte davantage sans doute de votre sensibilité propre que de votre sensibilité politique. Car la vie publique est dans un tel état de délabrement que nous sommes tous en droit d’attendre un homme nouveau, capable de reprendre les rênes de l’Etat !

A gauche, pas de primaire en vue pour le moment, mais il est clair que François Hollande travaille sans relâche à sa propre succession d’ici à 2017. Néanmoins, si l’on tient compte des résultats de certains sondages proposant un tel cas de figure, c’est Manuel Valls qui serait le mieux placé (29%), suivi de Martine Aubry (19%) et de l’actuel chef de l’Etat (18%). Là aussi, on assisterait à un combat singulier entre un Premier ministre, qui plie souvent, mais ne rompt point, et un président de la République, effacé et quelque peu maladroit, dont la cote de popularité va decrescendo. On en est là pour le moment, mais je pense que nous, citoyens de ce pays, sommes conscients de l’enjeu qui nous attend et ferons preuve jusqu’au bout d’un civisme exemplaire !

 

Théâtralement vôtre

1er mai 2015, place de l’Opéra. Marine Le Pen est sur scène et s’apprête à réciter sa tirade, lorsque son père, ce héros, surgit soudain, tout de rouge vêtu. Bien décidé à lui voler la vedette, il se met à saluer le public, bras levés !

Quelques jours plus tard, le Roi Lear est poussé vers la sortie du parti qu’il a lui-même fondé, accusant l’une de ses trois filles de félonie et la répudiant sur-le-champ. Le drame shakespearien qui se joue là, sous nos yeux, aura, c’est certain, de graves retombées sur les plans personnel et politique !

Car Le Menhir, qui n’est pas du genre à s’en laisser conter, fera front, et son rôle d’empêcheur de tourner en rond, il continuera sans doute de l’interpréter jusqu’au tomber de rideau. Pour ce qui est de l’avenir du parti et du sien propre, Marine a incontestablement du souci à se faire !

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