Actualité

« In der Heimat gibt’s ein Wiedersehen »

Ecrit par Jean-François Vincent le 28 mai 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

« In der Heimat gibt’s ein Wiedersehen »

« Au pays il y a un au revoir ». Ce chant qu’entonnaient les soldats de François-Joseph, en 1914, prend désormais, en Autriche, une connotation à la fois ironique et amère. Adressé aux immigrés, aux migrants, il signifie plutôt : « au revoir ! Salut ! Dégage ! ».

Heimat. Vocable presque intraduisible ; il veut dire plus que patrie (Vaterland) : une sorte de « chez soi » (Heim, cf. anglais Home) collectif, le pays au sens tant local que national. A l’heure où j’écris ces lignes, le sort de l’élection présidentielle n’est pas scellé ; mais Hofer arrive en tête dans tous les länder, à l’exception de Vienne et du Vorarlberg. Norbert Hofer, le peut-être nouveau président FPÖ – parti « libéral » autrichien, en fait, depuis ses origines, en 1945, terre d’accueil des anciens du NSDAP et de leurs descendants (comme feu Georg Haider) – a, en effet, usé et abusé du terme. « Die Heimat braucht dich jetzt ! », le pays a besoin de toi maintenant, pouvait-on lire sur ses affiches ; « aus Liebe zur Heimat », par amour du pays, clamaient les banderoles de ses partisans.

Ce « pays » – la « terre » chez Barrès et d’autres – obsède le FPÖ. Pour le défendre, il convient de faire barrage aux étrangers. « Nous refusons une uniformisation artificielle des multiples langues et cultures européennes par un multiculturalisme, une globalisation et une immigration de masse forcées », avertit sa plate forme programmatique.

Le thème est porteur et explique la possible victoire de Hofer. « Eine Überschwemmung an Flüchtlingen in Österreich », une déferlante de réfugiés en Autriche, titrait déjà, l’année dernière, le quotidien numérique populaire Mein Bezirk (mon quartier). L’afflux des Syriens et autres terrorisés par la guerre, fuyant le Moyen Orient, affole l’Europe centrale. Tout comme Viktor Orbàn en Hongrie, l’Autriche, sous le gouvernement du précédent chancelier, Werner Faymann, SPÖ (social démocrate), aujourd’hui remplacé par Christian Kern, également SPÖ, avait déjà refusé les quotas de migrants imposés par Bruxelles et fermé les frontières, y compris celle avec l’Italie.

« Überschwemmung », inondation, invasion. La Mitteleuropa connaît : les Ottomans occupant la Hongrie et assiégeant Vienne au XVIIème siècle ; les Soviétiques communisant les Magyars et laissant la capitale autrichienne en ruines. L’envahisseur vient toujours de l’est. Les mauvais souvenirs ont la vie dure. La démagogie d’extrême-droite joue aussi là-dessus.

Alors Vienne, bastion anti Hofer, ma ville, avec Paris mon seul véritable port d’attache, n’a que ses yeux pour pleurer. Chantera-t-elle cette berceuse – à la mémoire d’un de ces saints buveurs qu’affectionnait tant Joseph Roth – que chantaient encore les mères viennoises dans les dévastations de 1945 ?

49-3 : vers la censure ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 mai 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

49-3 : vers la censure ?

A l’heure où j’écris ces lignes, le sort de la loi sur le travail n’est pas encore décidé. Hier, Manuel Valls a choisi d’engager la responsabilité de son gouvernement, conformément à l’article 49 alinéa 3 de la constitution. Aussitôt, levée de boucliers de la gauche de la gauche : Mélenchon : « une fin de règne crépusculaire », Jacqueline Fraysse (communiste) : « on est stupéfait de cet acte brutal et autoritaire (…) un coup d’état autoritaire ». Mais les « frondeurs » du Parti Socialiste y vont aussi de leurs protestations : « une erreur politique » tempête la députée Karine Berger, « un braquage démocratique » surenchérit Yann Galut, autre député PS.

Vraiment donc, une erreur politique ? Voire. Une motion de censure a été déposée par la droite ; une deuxième, venue de gauche, suivra peut-être. Aux termes de l’article 49 seuls les votes négatifs sont comptabilisés, pas les abstentions. Il faut la majorité des membres de l’Assemblée Nationale, soit 288 voix pour que la motion soit adoptée ; la droite et le centre en comptent 226. Devraient, par conséquent, se joindre à elles 62 suffrages de gauche. Difficile, mais qui sait ? Pas impossible.

C’est là qu’intervient un pari audacieux, digne de François Mitterrand himself. De deux choses l’une, en effet. Ou bien la ou les motions sont rejetées. L’exécutif ainsi remporterait une victoire – une victoire à la Pyrrhus, diront certains – mais victoire quand même, à la fois sur la rue (Nuit Debout) et sur les socialistes dissidents. Ou bien le gouvernement Valls tombe. François Hollande doit ensuite soit nommer un nouveau premier ministre, soit – c’est l’évidence même – dissoudre et provoquer des élections législatives anticipées. Piège diabolique ! Nouvelle majorité de droite, cohabitation. Qui remplacerait Manuel Valls ? Dilemme et affrontements dans l’opposition. Sarkozy ? Gibier non pas de potence, mais de prétoire, mis en examen, demain peut-être condamné à une peine d’inéligibilité. Peu probable. Alain Juppé ? Son acceptation du poste le condamnerait pour 2017 : jamais un premier ministre de cohabitation n’est parvenu à remporter une élection présidentielle (échecs de Chirac en 1988, de Balladur en 1995 et de Jospin en 2002). Alors qui ? Fillon ? Le Maire ? Ce serait pour eux la meilleure manière de se « griller » politiquement : le pouvoir use prématurément…

Dans un an, une droite exsangue, son candidat – quel qu’il soit – affaibli, un Hollande jouant le recours (vieux truc mitterrandien). Un second tour Hollande/Le Pen ?!…

Bien joué, monsieur le Président !

Racines d’actu : le Premier Mai ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 30 avril 2016. dans La une, Actualité, Histoire

Racines d’actu : le Premier Mai ?

Lorsqu’on pense « 1er mai » aujourd’hui, cela évoque bien sûr pour nous au moins deux choses. D’abord, les débuts potentiels de l’affirmation (plus ou moins nette) du printemps, avec ses marchands de muguet souvent à la sauvette. Ajoutons à ce niveau que le 1er mai était célébré par les coutumes de l’arbre de mai (un rite de fécondité lié au retour de la frondaison et jadis répandu dans toute l’Europe occidentale). Ensuite, la « Fête du Travail », débouchant à la fois vers un jour de congé (et même souvent à la possibilité de « faire le pont » grâce à l’arrivée d’un week-end ou à la prise d’un ou plusieurs jours de RTT) et le maintien d’une « tradition », avec les défilés des syndicats. Et puis, il y a aussi ce Front National, qui célèbre, lui aussi, et ceci depuis les années 1980, son « 1er mai », en l’honneur de « Jeanne d’Arc », comme « protectrice » de la « patrie », et – en fait – en tant qu’affirmation (récupérée) du patriotisme, voire du nationalisme. Par rapport à tout ce que je viens d’écrire, quel serait le % de jeunes (notamment) qui connaîtrait vraiment les origines du 1er mai en rapport avec l’histoire du mouvement ouvrier  français et surtout sur le plan international ?

C’est aux États-Unis qu’apparut pour la première fois l’idée d’une journée de lutte des ouvriers, et ceci n’avait rien d’une fête chômée. Il s’agissait prioritairement d’une exigence de la réduction du temps de travail par jour. C’est à la fin du XIXe siècle que les syndicats américains, dans le cadre de leur congrès de l’année 1884, se donnèrent pour objectif d’imposer au patronat une journée de travail à huit heures. Et ils choisirent justement de lancer leur lutte pour cette revendication un 1er mai… En effet, la première grande action de ce type eut lieu le 1er mai 1886, sous l’influence des courants syndicalistes anarchistes ; et elle fut d’ailleurs assez largement suivie. Des morts étant tombés le 3 mai parmi les travailleurs, à Chicago, une marche de protestation se produisit à Haymarket Square, suivie de graves troubles entre manifestants et forces de l’ordre, aboutissant à un massacre. Puis, cinq syndicalistes anarchistes furent condamnés à mort et trois à l’emprisonnement à perpétuité.

En France, trois hommes furent à l’origine du 1er mai conçu comme journée de lutte, en hommage aux terribles événements de Haymarket Square. Il y eut d’abord le rôle de Jean Dormoy, socialiste et syndicaliste (qui devint maire de la ville de Montluçon dans l’Allier, l’une des premières municipalités socialistes de l’Histoire). Jean Dormoy, ami de Paul Lafargue (gendre de Karl Marx) et de Jules Guesde, fut d’ailleurs surnommé « Le forgeron du premier mai ». C’est en effet durant l’année 1888 qu’il lança – au niveau syndical – le projet d’organiser une grande manifestation populaire des travailleurs sur le plan international. Il y eut aussi l’action de Raymond Lavigne, un autre militant socialiste et syndicaliste, d’origine bordelaise, également ami de Jules Guesde, qui proposa à la IIème Internationale socialiste, en 1889 (dans le contexte du centenaire de la Révolution française et de l’exposition universelle), de faire désormais de chaque 1er mai une grande journée de manifestation destinée à obtenir les 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé. Il y eut enfin le rôle d’impulsion que joua le leader du POF (Parti Ouvrier Français), Jules Guesde, marxiste orthodoxe, qui poussa la IIème Internationale à entériner cette proposition, le 20 juillet 1889 ; c’est par ailleurs Jules Guesde qui, le premier, inventa le terme de « fêtes du travail », en 1890. Le 1er mai 1890 fut ainsi célébré pour la première fois internationalement, mais avec des niveaux de participation très divers. Comment ne pas signaler au passage les terribles événements qui se déroulèrent le 1er mai 1891 lorsqu’à Fourmies (commune du département du Nord) la manifestation aboutit à un drame, avec une fusillade, la troupe ayant tiré sur la foule, ce qui occasionna la mort de dix personnes.

Est-ce un « nous » ? Ou est-ce un « eux » ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 avril 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Est-ce un « nous » ? Ou est-ce un « eux » ?

Lors de la soirée « live » de Mediapart, du 14 avril dernier, consacrée à Nuit Debout, Edwy Plenel, tout à fait à la fin, citant Aimé Césaire, s’exclamait avec son habituel lyrisme : « l’heure du nous-même a sonné ! » ; puis, reprenant le titre de son dernier livre « Dire nous », il ajoutait parlant au nom de son journal : « nous épouserons le rythme du nous ». Le « nous », cet astre nocturne se levant sur le grand soir – tant désiré mais jamais advenu – du capitalisme, que le directeur de Mediapart appelle de ses vœux…

C’est vrai, il y a du « nous » Place de la république. Les gens discutent, des inconnus se tutoient sans se connaître ; on discute, on mange, on drague… un authentique espace de libre expression, qui me fait penser à ce que fut l’émission Droit de réponse, dans les années 80. Nuit Debout, en effet, lui ressemble jusque dans ses excès. Ainsi un « adversaire », comme Alain Finkielkraut, ne put prendre la parole et fut chassé sous les huées et les insultes. Bref, une agora, un « laboratoire populaire » ou une « séance de catharsis », comme le dit fort justement Libération.

Les idées fusent, se bousculent, inattendues, souvent saugrenues : tirage au sort des représentants locaux ou nationaux (la représentation, si représentation il doit y avoir, ne peut résulter que du hasard) ; salaire « inconditionnel, inaliénable et universel » de la naissance à la mort – il faut avoir le droit « de travailler ou de ne pas travailler » ; prix libres dans l’alimentation, chacun donnant « ce qu’il veut, en fonction de ses moyens et de la valeur qu’il donne à la nourriture qui lui est proposée ». On croirait presque entendre du Ferdinand-Lop, ce journaliste/humoriste qui préconisait l’extinction de la pauvreté à partir de dix heures du soir…

Alors serait-ce donc vrai ? Du vrai nous ? Du nous spontané, inorganisé, fantasque, certes, mais du nous véritable, exprimant directement ce que veut le peuple ?

Pas tout à fait. Un incident, qui s’est produit au cours de la soirée de Mediapart, en dit long sur ce point. Une jeune et sympathique ex-« indegnada » de la Puerta del sol, Luna Gàmez, avait été invitée, pour faire le lien entre les évènements actuels et ce qui s’était passé à Madrid, en 2011. A la question, précisément, de savoir « quelle est la différence entre les deux mouvements ? », elle répondit ingénument : « ici, ç’a été préparé ; en Espagne, ç’a été improvisé ». Un ange passa, une grimace se dessina sur le visage de Plenel : de tout évidence, Luna avait gaffé, elle avait lâché le morceau et dit ce qu’il ne fallait pas dire…

Non ! Cette Nuit Debout n’est en rien improvisée. Des « parrains », elle en a, des parrains à la sicilienne, des parrains quasi « corléonesques ». Ce sont les « eux ».

Un nuit-debout, quoi-qu’est-ce ?? Dit le petit, si je le savais… dit la mère...

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 avril 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Un nuit-debout, quoi-qu’est-ce ?? Dit le petit, si je le savais… dit la mère...

Bien sûr, la mère pourrait tout de go répondre : c’en est un qui ne dort pas ; un noctambule errant, plutôt dans les cœurs de villes. Et le petit d’imaginer un type un peu bourré sortant d’un bar-techno, la canette à la main.

 Et déjà, pas ça ; pas que.

Alors, quoi-qu’est-ce ? continue le gosse. Un gamin, ça veut savoir ; ça débusque les approximations, et – pauvre bonne mère ! – la nuit pourrait être longue…

Des jeunes en partance pour le rituel printanier (le plus souvent) cher à leur classe d’âge, un peu rite initiatique d’entrée chez les adultes ? La révolte type-16-22, démarrant juste à l’entrée de la Seconde des lycées, et finissant en Fac, juste avant les examens ou concours sérieux. Le grand boucan qu’on fait, comme d’autres artistes « font le Zénith »… – et après, vous entamez une tournée en province ? Oui, et on pense (peut-être) à une saison à l’étranger. Moue approbative du journaliste du 20h… Un peu, mais vraiment, pas que ça, convient la mère – tout sauf le genre vieille réac anti-jeune.

Des gens à pancartes politiques exclusivement façon basique ? férocement anti-Hollande et les siens, mixte savoureux de vieux (déjà, oui) fond de Podemos-période Indignés, chauffant la Place d’Espagne, de cris des Syriza grecs d’avant le fameux été de la veste habilement tournée du beau Tsipras, plus quelques ingrédients chopés ici ou là en vieille ou plus jeune Europe – leur nom de petite guerre échappant à la mère, tout autant qu’à moi même.

De sympathiques campements, donc – jeans effrangés, catogans noués, casquettes et – mais si – vieilles dentelles dépassant des vestes plutôt martiales – qu’on a croisés, qu’on croise et croisera, tant dans les champs de Notre-Dame des Landes, qu’au bord de lacs menacés du Sud-Ouest, et sans doute en vue d’une centrale nucléaire dont le sort, menacé en 2012, se ragaillardit au fur et à mesure de l’avancée du quinquennat. – Des manifestants, dit le petit ? – A coup sûr, dit la mère. Dubitativement, quand même, car le fait de manifester n’a jamais fabriqué un cortège cohérent de manifestants. C’est comme ça, que des tenants du « Hollande, dégage » d’un Printemps Français, qui n’a toujours pas eu lieu (forte revendication, du coup), se sont invités à la bonne franquette et à la fraîche, à la fête de la République. Auréolés de leurs diverses croyances gueulées : Vive le Front National ! À quand notre Marine ? Et au gnouf, Hollande (c’est pas celui qu’avait violé des p’tits gars ? Ah ! On croyait)…

– Quoi qu’on lit sur leurs pancartes ? insiste le futur citoyen, en s’agrippant à un vieux doudou qui n’en est pas à sa première manif. – Eh biennn… soupire la mère, c’est vaste et différent : ils parlent du boulot qu’ils ont peur de ne pas avoir – mais ils font les études ! Oui, mais plus tard. De la Loi Travail qu’ils ne veulent pas – Pourquoi ? – c’est compliqué ; ça dépend des pancartes. Du logement trop cher, et trop rare ; des Droits particuliers, aux étudiants, aux jeunes qu’ils voudraient obtenir. La larme à l’œil, le minot s’émeut : – on ne discute pas avec eux !! C’est pas ça qu’on appelle une dictature ? – Pas quand même ! Ceux qui dirigent et font les lois, ont mis en place pas mal de droits (on dit qu’il y en a rarement eu autant, dans les décennies précédentes), mais les jeunes sont pressés – ils regarderont tout ça à la fin des Nuits debout.

Journalistes ; après la victoire...

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 avril 2016. dans Monde, La une, Média/Web, Actualité

Journalistes ; après la victoire...

Pêle-mêle, faisant la joie des « une » – toutes – ricochant de nouvelle dénonciation en goûteuse trouvaille, le « Panama papers » – nom simple, qui dit les choses – avance en gloire, énorme sandwich pour ces démocraties qui – jusqu’à ces heures haletantes d’un lundi d’Avril, à deux coudées du jour des poissons – marchaient tête haute et mains propres. Ou s’en donnaient l’air.

Recette d’un mitonné classique : vous avez des (gros, très gros) avoirs, qui font une allergie massive au fisc de votre pays d’attache. Vous cherchez cette évasion fiscale vieille comme l’impôt, mais modernisée. Un paradis à quelques heures de vol attend vos « petites choses », du type de ce cabinet panaméen Mossack Fonseca, dont on parle (si c’est plein, il y en a d’autres de par le monde ; plus de 60 pays s’honorant du titre). On va vous y monter une société-écran, dite joliment off-shore. Et hop, plus d’impôts ou tellement moins. On aura au passage repéré la sémiologie du terme, amusant, « paradis » fiscal , comme quoi l’idéalité serait forcément assortie du non-paiement de taxes collectives. Bon.

Le Panama Papers a quelque chose de ces grilles structurales que j’affectionnais tant dans mon métier d’enseignante : l’évasion fiscale, comment ça marche ? Simple et jouissif. La fraude à l’heure de la mondialisation. Un raisonnement à la hauteur du minot pas trop sot : – comme dans les contes, la vie allait son train, et le paradis des sous itou… susurre la maîtresse, jusqu’à ce que… what else ? disent les bouches en cœur des petits. Ça nous est donné comme une super production hollywoodienne, effets spéciaux en sus ; il y a du grand huit hurlant dans la façon dont nous arrivent ces vagues de noms d’éminences, de chefs d’entreprises, de chefs d’état, présidents, rois, stars du sport, et autres têtes bien connues. Tout ce qui compte dans le monde, du Gala-Voici aux lettres des sommets du pouvoir, passant par les sites des grandes banques et autres journaux de l’entreprise, vient d’être pris les mains dans le pot de confiture. Bingo ; on se croirait au feu d’artifice de Juillet – vois, la rouge ! là, le bouquet ! Encore, encore ! C’est remis, comme un trophée ramené par des chercheurs d’or, dans nos mains innocentes de payeur d’impôt de base, d’honnête travailleur et même chômeur, pardi.  On est baba – on avait déjà vu pas mal de feuilletons dans le même genre, mais là, à coup sûr, c’est l’Oscar en vue… Ainsi donc, le monde entier – Chine et Russie se partageant pas mal de rôles – va mal ; le monde entier triche – pas de pauvres dans le film, rien que du riche – et la morale, m’dame, s’est tirée sur une autre planète… Et forcément, bruyant comme un vol noir de Rafales, monte l'attendu grondement : « tous pourris »,  s'apprêtant à un envol en gloire, type jeux olympiques. A noter que ceux qui, par chez nous, chassent haut et fort les mains sales de tout un chacun – vous aurez reconnu le cher Front – demeurent le bec clos, leurs nippes ayant trempé dans la sauce…

 Mais, au fait, qui nous raconte la chose ?

Le héros des gamins ? Celui qui rétablit – sa cape et son masque de Batman battant le grand ouragan des fraudes – l’ordre moral et financier, parce que là-aussi, il en faut, na ! Que nenni. Des officines internationales dépendant de quelque ONU supposé donner au monde un sens ? Un ou deux (pourquoi pas le nôtre) pays, via ses institutions démocratiquement élues, ayant encore en caisse un reste de code de l’honneur ? Que non pas ! Le vent de la justice nous vient des journalistes. Banal, pas trop romantique, mais, bon… Journalistes, mais pas ceux, causeurs et besogneux ( pas trop validés des populistes, du reste) qui sont en train de nous narrer, jaloux, jusque dans les trémolos de la voix, l’épique aventure des autres, ceux qui ont décroché la queue du Mickey du manège, ceux « d’investigation ». Moins héroïque, certes, que les grands reporters de guerre, sentant l’ombre des bureaux poussiéreux, et seulement armée de ses ordis, l’espèce est un rien bizarre, mystérieuse, paraissant croisée avec le flair et la dégaine du policier, façon Colombo. Enquêteur, à sa façon non labellisée, c’est l’inévitable « investiga » qu’on a maintenant – vous l’aurez remarqué – comme à égalité avec le capitaine, dans chaque série TV. Fouineur, perturbateur, ne lâchant pas grand-chose, laissant les dents, il cherche, en parallèle, un peu « au noir ». Dans les temps anciens, il secouait la poussière de vieux journaux d’archives au fond des bibliothèques, et, pan, en faisait tomber le vrai coupable ; à présent, il surfe et pan… « panama papers » !… Des p’tits gars de Médiapart, quoi.

L’imposture de l’anarchie

Ecrit par Jean-François Vincent le 09 avril 2016. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

L’imposture de l’anarchie

Depuis quelques jours, l’on voit fleurir, Place de la république à Paris, des rassemblements « spontanés », qui s’autoproclament « Nuit debout ». Officiellement, il s’agit de lutter contre la loi EL Khomry pour en obtenir le retrait. En réalité, les objectifs sont bien plus ambitieux.

Inspiré par des organisations noyautées par des trotskistes – le collectif Les engraineurs ou Droit Au Logement – le mouvement s’affiche anarchisant dans ses slogans : « désobéis ! », « l’insoumission est la solution », « occupons la république sans l’état et la police », ou encore, sur un mode humoristique « préavis de rêve ».

Il y a à boire et à manger dans cette foule hétérogène qui « occupe » chaque nuit la place. Mais, à côté de badauds sincères (ou mystifiés), on trouve beaucoup de militants endurcis, issus – notamment – des rangs des « zadistes », opposés à la construction de l’aéroport Notre-Dame-des-landes. Ces « zadistes », gueux en guenilles, tentant de fonder une république sylvestre et autogestionnaire à la fois, au fonctionnement indéterminé, et qui ressemble plus à une décharge qu’à une utopie…

Alors beaucoup, à la gauche de la gauche, applaudissent ; « la réinvention de l’autre et du nous qui lie » s’exclame – lyriquement, comme à son habitude – Mediapart. Certes, Mitterrand avait autrefois parlé de la « force injuste de la loi » et Gandhi avait prôné la désobéissance civile pour se débarrasser du colonialisme britannique. Mais – que je sache – la France n’est ni colonisée, ni sous l’emprise d’un pouvoir dictatorial. Si injustice législative il y a, le lieu pour en discuter est le parlement (ou le conseil constitutionnel) et non la rue.

Car nous touchons ici au fond du problème : ce qu’entend remettre en cause la « Nuit Debout » n’est autre que le principe même de la représentation. Imposture des AG prétendant parler au nom de l’ensemble, alors qu’elles ne sont qu’une – petite – partie, supercherie de la soi-disant « absence » de leaders, alors qu’ils existent, mais demeurent invisibles.

Au mieux, c’est-à-dire si autant le vent ne les emporte pas, « Nuit Debout » finira comme les « indignados » de la Puerta del sol, à Madrid : en un parti politique, Podemos, radical évidemment, mais un parti politique cependant. Lequel, d’ailleurs, a baissé d’un ton depuis le naufrage de son alter ego grec, Syriza.

Tout mécontentement a le droit de s’exprimer. Toutefois, sans la représentation, sans le filtre que constitue le vote, sans le décompte des voix, sans le contrôle juridique des leaders, obligés de se présenter à visage découvert, de solliciter les suffrages des citoyens et de remettre le pouvoir entre les mains de ceux-ci à l’issue de leur mandature, sans tout ceci, le spontanéisme de façade se dégrade en arbitraire, la démocratie, de directe qu’elle se croyait, finit détournée par quelques uns et l’anarchie se mue en oligarchie.

Méfions-nous d’une égalité sans règles et rappelons-nous de la phrase finale de l’Animal farm de Georges Orwell : « tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ».

Le luth s’est brisé… # Jesuis Lahore

Ecrit par Sabine Aussenac le 02 avril 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Le luth s’est brisé… # Jesuis Lahore

Mariam sourit à Mishael et Karen. Ses jumeaux, ses pépites, ses diamants, qu’elle a mis du temps à avoir, qu’elle désespérait de connaître un jour… Il fait un temps merveilleux à Lahore, un véritable temps de Pâques, la lumière semble vibrer de cette joie de la Résurrection, et à l’église, le matin, Mariam a senti toute l’espérance pascale lui redonner confiance, malgré les obscurités du monde…

Mishael est en train de pousser Karen sur les balançoires, au beau milieu du grand parc d’attraction de Gulshan-i-Iqbal. Elle les observe de loin, regarde la jupe à volants de la fillette et la casquette du petit garçon, autour d’eux des dizaines d’enfants s’ébattent, tous unis dans la joie de ce dimanche, heureux de cette pause festive. Les mamans sont assises, comme Mariam, sur les bancs, il y a aussi beaucoup de grands-mères qui dodelinent un peu de la tête ou qui sourient de leur bouche édentée. Aujourd’hui, il y a surtout des familles chrétiennes qui sont venues se détendre au milieu des pelouses et des manèges, en majorité des mamans, des grandes sœurs, des aïeules, toutes accompagnées de nombreux enfants, puisque les hommes sont plutôt rassemblés dans les cafés de Lahore…

Mariam fait un signe à la famille de Noor, sa meilleure amie depuis les bancs de l’université. Noor est médecin, et aussi maman de quatre enfants, qui courent à la rencontre des jumeaux en les appelant gaiement. Il y a l’aîné, Sunny, un beau garçon de 11 ans, dont les joues ont encore la rondeur de l’enfance, puis le petit Addy, qui vacille sur ses jambes potelées, suivis par leurs sœurs dont les tresses volent au-dessus de leurs belles robes à dentelles, Sana et Anam. Noor lui renvoie son signe, et malgré le brouhaha des rires d’enfants, malgré les bruits de la fête foraine qui bat son plein, Mariam l’entend appeler son prénom avec allégresse, et elle se réjouit de serrer dans ses bras celle qui lui est aussi proche qu’une sœur. Ensemble, elles ont lutté pour avoir le droit d’aller étudier, comme leurs frères, en Angleterre, dont elles sont revenues diplômées, émancipées, fières de faire partie d’un pays en mouvement, dont elles espèrent qu’un jour il deviendra une démocratie.

Les deux amies avaient décidé de se rencontrer au parc pour deviser un peu en surveillant les enfants, avant de célébrer ensemble le repas du soir, en compagnie de leurs époux, eux aussi amis, et heureux de se retrouver pour les fêtes de Pâques. La maison de Mariam et Yasir embaume déjà du curry d’agneau et des parfums du gâteau à la carotte, les époux attendent le retour de leurs familles en fumant et en devisant de l’actualité internationale si agitée… Yasir vient d’échapper de peu à l’attentat de Bruxelles, il est rentré la veille de la capitale belge et a raconté à Mariam, épouvantée, les scènes de carnage auxquelles il avait assisté à Zaventem…

« Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » Isaïe (22,13)

Ecrit par Jean-François Vincent le 26 mars 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

« Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » Isaïe (22,13)

Sage conseil du prophète, en effet, car la preuve est faite – s’il en était besoin – que toute idée de sécurité ou de sécurisation est chimérique. Ce qui était visé, ce mardi, ce fut l’aéroport de Bruxelles : non pas un spectacle jugé « décadent », comme celui du Bataclan, ni des journalistes « blasphémateurs », comme ceux de Charlie Hebdo, mais vraiment tout le monde, tout sexe, religion et nationalité confondus. De même, le deuxième attentat à la station de métro de Maalbeek visait, quant à lui, les fonctionnaires – nombreux à se presser là, à cette heure de pointe – du parlement européen et de la commission, qui se trouvent à deux pas…

La Belgique – à la différence de la France – n’est pas partie prenante dans la campagne aérienne contre Daech, pas plus que les institutions européennes. Les terroristes ciblent ainsi indistinctement tout ce qui – de près ou de loin – a rapport avec l’occident. Autrement dit, vous, moi, n’importe qui. J’avais toujours pensé que les mesures prises par les gouvernements étaient illusoires. J’avais spécifiquement pensé aux halls d’aéroport ou de gare (comment filtrer la foule à toutes les entrées). Idem pour le métro. La palme du ridicule revenant sans doute aux vrais-faux portiques de détecteurs de métaux de la gare du nord, à Paris, qui « bipent » frénétiquement à chaque voyageur qui passe, sans que personne ne s’en émeuve.

Seulement voilà, cette vérité est inaudible voire politiquement suicidaire pour un exécutif : quel premier ministre, quel président oserait dire à ses concitoyens : « oui, peut-être bien que vous mourrez demain, en allant à votre travail ou en en revenant. Et nous ne pouvons rien y changer ». Cette situation, les Israéliens l’ont vécue et la vivent encore. Question d’habitude.

La destruction de Daech, d’ailleurs, n’y changerait rien. La spirale du fanatisme se concentre dans ce que décrit Dostoïevski dans Crime et châtiment. Razoumikhine, après avoir lu un article de son ami, le nihiliste Raskolnikov, analyse : « il me semble que c’est là l’idée principale de ton article : l’autorisation morale de tuer et elle me paraît plus terrible que ne le serait une autorisation officielle ou légale ». Ce permis de tuer – quelle qu’en soit la justification ou le prétexte, politique ou religieux – correspond à ce qui s’appellerait, en psychiatrie, une levée de l’inhibition : une levée jubilatoire du tabou de l’homicide et/ou du suicide, les deux souvent coïncidant.

Dans ces conditions, mieux vaut ne pas avoir cure du danger et de la possibilité – très réelle – de la mort. Que les épicuriens saisissent le jour, que les érudits continuent de s’adonner à l’étude et que tous agissent comme si de rien n’était.

Rien ne serait plus odieux aux terroristes que de ne pas faire peur…

Comme du reste, Bruxelles...

Ecrit par Lilou le 26 mars 2016. dans Monde, La une, Ecrits, Politique, Actualité

Comme du reste, Bruxelles...

Frappés comme les Français le 13 novembre dernier à Paris avec ses 130 hectolitres de larmes (comme du reste le 12 janvier à Charlie Hebdo et à l’hyper Cacher et ses 17 morts, je suis Charliiiiiiie, comme du reste le 27 janvier 2015 et ses 9 morts de l’hôtel Corinthia de Tripoli, comme du reste le 30 janvier 2015 au Pakistan et ses 61 morts, comme du reste les 11 et 12 février 2015 à Copenhague et ses deux morts par fusillades, comme du reste le 24 février 2015 et ses 34 morts de la gare routière de Kano, comme du reste le 18 mars 2015 et ses 24 morts du musée du Bardo, comme du reste le 2 avril 2015 et ses 148 étudiants morts debout dans les allées de l’université de Garissa, comme du reste le 22 mai 2015 et ses 21 morts de la mosquée chiite de Koudeih, comme du reste le 17 juin 2015 et ses 37 morts de N’Djamena, comme du reste le 26 juin 2015 et ses 38 morts sur la plage de Port El Kantaoui, comme du reste le 16 juillet 2015 et ses 5 morts de Chattanooga au cœur de la Caroline du Mort, comme du reste le 7 aout 2015 et ses 20 morts de Kaboul, comme du reste le 17 aout 2015 et ses 20 morts de Bangkok, comme du reste le 4 septembre 2015 et ses 30 morts du Cameroun, comme du reste le 20 septembre 2015 et ses 117 morts de Maiduguri, comme du reste le 10 octobre 2015 et ses 102 morts d’Ankara, comme du reste le 31 octobre 2015 et ses 224 russes vaporisés dans leur avion au-dessus du Sinaï, comme du reste le 12 novembre 2015 et ses 43 morts de Beyrouth, comme du reste le 24 novembre 2015 et ses 12 morts de Tunis, comme du reste le 2 décembre 2015 et ses 14 morts de San Bernardino, comme du reste le 8 décembre 2015 et ses 50 morts pour la plupart dans une école de Kandahar, comme du reste le 19 décembre 2015 et ses 4 morts de Mogadiscio…), je me permets de vous envoyer, chers amis belges, tout plein d’amour et de tendresses sans aucune ombre ni nuance.

C’est idiot, je le sais et j’adore à l’avance votre délicieux sens du verbe et de sa mise en bouche qui me le dira, de commencer une gentille lettre dans laquelle je vous glisse aussi toute la compassion d’un quidam de Toulouse (putaingggggg on célèbre chez nous ces jours derniers la 4ème année sans voir le sourire vivant et joyeux des enfants d’Ozar Hatorah et de celui de Imad Ibn Ziaten, j’aime me souvenir de ton nom comme ceux de Jonathan, Yaakov et des autres…), pour vous offrir bien malgré moi quelques augures de réconfort surmontés d’une pincée de « courage, on les aura ». C’est idiot aussi parce qu’au lieu de vous dire simplement les choses, j’ajoute une parenthèse longue comme un dimanche d’hiver 1943 à Ravensbrück. Professeur d’Histoire que je suis, il n’était pas question que j’oublie les autres violences aveugles de ces abrutis opposés au genre humain. Je ne me suis pourtant contenté que de 2 attentats par mois dans le temps long de la souffrance, que de 2 crimes contre l’humanité pour moi dans le temps court des gens heureux. J’aurais trop étiré mes peines sinon et nous aurions trop pleuré et cultivé à notre tour la haine. Et puis je me suis arrêté à 2015. En 2014 il y a eu 32658 morts dans des attentats de part le monde… Reflets du Temps quand tu me tiens…

Je l’ai décrété en fin de matinée à mon travail. Aujourd’hui 22 mars 2015 est instituée par la vox personae une journée mondiale sans blague belge. Ni blague tout court (du reste…) Les images sont malheureusement connues et célèbres depuis des années dans notre monde hyper médiatisé et coutumièrement violenté : des cohortes affolées d’autres quidams que moi parcourent des rues tremblantes pendant que des sirènes de pompiers déchirent Itélé, BFM et CNN alors que les pâtes au fromage vont refroidir sur la table familiale. Pendant ce temps là, des agences de pubs se creusent la tête pour trouver le bon mot espérant percer la gloire médiatique avec le prochain je suis tartempion (cette idée-là était géniale pour Charlie, après on rentre dans le matraquage publicitaire façon TF1 le dimanche soir).

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