Actualité

Crépusculaire, la rentrée politique…

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 septembre 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Crépusculaire, la rentrée politique…

On hésite : ce tableau deCaspar David Friedrich, où deux hommes vêtus de noir regardent – ils sont de dos – un « paysage du soir » ? Et puis, non, car l’horizon y est ouvert sur le rougeoiement de lointains portant leurs lendemains, donc des possibles. Ou bien, plutôt, ce Gérard Garouste, « les violents contre eux-mêmes », un homme abîmé, torturé ? faisant face à un arbre-pieuvre aux têtes menaçantes, bref une image de cauchemar, fin d’époque, lugubre banquet où chacun mange le voisin...

Sombre et inquiétante à souhait, la rentrée politique 2016, basculant ses néants, d’Université d’été en causerie de place de village. Rien qui ressemble en fait à ce que nous connaissions ; nos rituels, où Majorité portait beau et bronzé au sortir de vacances reconstituantes, où Opposition glapissait, pleine d’appétit, toutes dents dehors blanchies par l’été. Chacune bien calée dans son rôle, un brin de guignol, mais encore du vrai politique. Rien, il faut dire, dans cette annus horribilis – une de plus – ne sonnant plus comme naguère.

La Droite, pardon les multiples Droites, entament en fanfare le bal, tirées au milieu de la piste par le plus agité des siens – remuant, comme on le dit d’un enfant sous Ritaline. Sarkozy mène la danse avec un son de fin de vieille récré de 10 h, comme toujours. Tire la couverture à lui avec force grognements, est de toutes les photos, à peine plus grisonnant que dans nos mémoires de 2012. Avez-vous remarqué, dans ses serrages frénétiques de mains de ses fans (seigneur ! encore fort énamourés), il ne cesse de dire : merci ! étonné probablement qu’on lui propose encore un rôle. Tout, à droite – et tous – dérivent plus ou moins bruyamment dans le « plus à droite, toute ». Décomplexée ou plus gênée la manœuvre, mais unanime. Face aux échecs électoraux à venir, supposés, de plus en plus plausibles, de la gauche de gouvernement, il faut que le drapeau claque clairement autre, alternance oblige, qu’il soit visible en haut du mât, que les signaux dits, écrits – voix plus ou moins haute et sonore – l’affichent partout : – quand on changera, ce sera pour le dur. Le Pen nous fait de l’ombre sur nos salades de demain, foin ! On va la doubler sur son extrême droite. Dans la foire de bonimenteurs à l’œuvre ces jours-ci, il y a ce qui est donné à entendre au peuple de Droite, électorat énervé et affamé, shooté par ses frustrations et le désir de revanche, plus loin du raisonnable que les chefs, et ce qui est glapi en direction des autres, des innombrables prétendants à la Primaire de novembre, du moins, de ceux du premier rang. Il y a là, les mines, la communication non verbale – Sarko plus mâle et colérique que le maire de Bordeaux, Lemaire, dont le sourire affable se perd dans l’œil sombre d’un Fillon… NKM tout en miel de surface et en aiguillons de fond. Et puis – mais qui d’entre nous a franchement perdu 3 heures chaudes à ouvrir ces textes – il y a le fond de sauce des programmes, chantant un « plus libéral que moi, tu meurs » à faire frissonner la canicule ; et pan dans les droits sociaux, pan dans les restes de l’État providence… allez donc voir vos retraites futures, vos chômages à venir, l’école de vos gamins, les soins de vos aînés… c’est là, dans le secret de pages froides et dures qu’on trouve le dénominateur des Droites, plus décidées que jamais à quitter les rivages d’union nationale conjoncturelle (réécoutez le diapason des leaders droitiers, franchement ignobles au lendemain de Nice), prenant de l’altitude (mauvais vents !) par rapport aux décisions de gouvernance qu’ils auraient prises identiquement, se voilant la face : – la République ! Quelle République ?

Tu quoque fili ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 septembre 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Tu quoque fili ?

Cette semaine, Emmanuel Macron a – gentiment – poignardé dans le dos celui à qui il devait sa – brève ? – carrière politique, tout en prenant prudemment ses marques pour les présidentielles de l’année prochaine, au cas où Hollande n’irait pas.

Macron me fait penser à Jean-Jacques Servan-Schreiber : même sourire carnassier, même tropisme vers l’Outre-Atlantique (JJSS publia son Défi américain en 1967), même libéralisme assumé, même brièveté du passage aux affaires (deux mois pour JJSS, deux ans pour Macron), enfin même positionnement aux confins de la polarité droite/gauche.

Mais il y a un « hic » qui les différencie radicalement : le parricide. L’opinion n’aime pas. En 95, Sarkozy trahit son « idole » de jeunesse, Chirac, en ralliant Balladur qu’il croyait gagnant. Résultat des courses : sept ans de traversée du désert. En 98, Bruno Mégret tenta d’assassiner Le Pen père en faisant une OPA sur le Front National. Echec, son schisme échoua et le parti croupion qu’il fut contraint de fonder Le MNR (Mouvement National Républicain) végéta lamentablement.

Les Français sont légitimistes. Le président de la république, qu’on le veuille ou non, campe le pater patriae romain. Le tuer ne pardonne pas.

La psychanalyse n’a pas sa place en politique…

Rimbaud et le burkini

Ecrit par Sabine Aussenac le 03 septembre 2016. dans La une, Actualité, Société

Rimbaud et le burkini

Elle est retrouvée.

Quoi ? – L’Éternité.

C’est la mer allée

Avec le soleil…

 

Ils sont tous là, au cénacle des bien-pensants ou des libres penseurs. Je viens de croiser Edwy Plenel et Jaurès sur Mediapart, et puis Enthoven ailleurs, dans une direction contraire, bientôt BHL et Finky donneront de leurs voix, et à la rentrée tout le monde mettra son grain de sel chez Ruquier ou même chez Hanouna…

Je ne suis rien, je ne suis personne, mais je souhaiterais élever ma petite voix au nom de la FEMME, justement, car des femmes, nous entendons certes beaucoup parler depuis 48 heures, mais sans qu’elles aient réellement voix au chapitre…

J’aimerais simplement rappeler à ces messieurs de gauche et libertaires que le burkini, surgeon de la burqa, n’est rien d’autre qu’une pratique mutilatoire, au même titre que l’excision, que les lèvres à plateau ou que les pieds bandés des petites chinoises…

Le burkini en effet, n’en déplaise à ses adorateurs, tend à empêcher l’éternité rimbaldienne qu’est « la mer alliée avec le soleil », cette éternité estivale dans laquelle chaque femme offrant son corps à Râ se fait un peu origine du monde, lorsque son corps paulinien devient « le temple de l’âme », comme le dit mon Saint préféré…

Le burkini prétend, puisque c’est son rôle, permettre à la femme musulmane – et fière de le démonter publiquement – de profiter des bains de mer, mais un peu comme en ces temps victoriens où nos consœurs se baignaient en crinoline, ou presque… Il vise surtout, comme la burqa, et comme le voile, à mutiler l’intégrité du corps charnel féminin, en couvrant chastement tout ce que les yeux avides du Mâle contempteur de formes et de plaisir pourraient en déguster au passage, entre parasols et beignets aux pommes.

Car la femme musulmane, que depuis quelques décennies, les intégristes de tout poil – auxquels s’associent aujourd’hui, et j’en vomis, cher Edwy Plenel, les pseudos défenseurs des libertés, en appelant à la loi de la séparation de l’Église et de l’État et à moults autres combats… – et de divers pays ou se prétendant tels, veulent vêtir, si possible entièrement, de ces horribles oripeaux que sont le voile, la burqa et le burkini, des plages de Corse aux déserts de l’Afghanistan, des routes saoudiennes sur lesquelles aucune femme ne conduit aux Champs-Elysées arpentés par des épouses des milliardaires du Qatar, n’a de femme que la charge ancestrale de la reproduction et de la soumission !

Burkini : que dit le droit ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 03 septembre 2016. dans La une, Actualité, Société

Burkini : que dit le droit ?

Le feuilleton – piteux et clochemerlesque – de l’été a suscité sur les réseaux sociaux des commentaires qui manifestent une ignorance dommageable du droit. Pour combler cette regrettable lacune, je me propose de faire ici une mise au point.

Il convient de garder en mémoire plusieurs points importants :

1) La loi de 1905 n’interdit le port de signes religieux qu’à l’état lui-même, aux collectivités publiques et à leurs agents. Pas au simple citoyen.

2) La loi de 2004 interdisant lesdits signes à l’école (et seulement à l’école), ainsi que celle de 2010 prohibant le niqab sur tout l’espace public sont des exceptions à la loi de 1905 et non la règle.

3) Un principe fondamental du droit, notamment du droit pénal, est l’adage selon lequel « tout ce qui n’est pas interdit est permis ».

En conséquence de quoi, le conseil d’état a très logiquement censuré l’arrêt municipal interdisant le burkini. Ce n’est d’ailleurs pas une nouveauté, la jurisprudence en la matière est d’une grande constance : le 19 février 1909, dans l’arrêt abbé Olivier, la plus haute juridiction de l’ordre administratif (il convient de rappeler ici la double hiérarchie juridictionnelle, l’ordre judiciaire pour les litiges entre particuliers et l’ordre administratif pour les litiges entre les particuliers et l’état) annulait l’arrêté d’un maire cherchant à empêcher un curé de mener, en soutane, une procession dans sa commune.

Le seul argument juridique qui pouvait valablement être invoqué, dans cette affaire, était celui de l’ordre public : le spectacle de burkinis sur une plage peut-il entraîner des violences et des affrontements, comme cela s’est produit en Corse ? La réponse, bien sûr, comme tout ce qui concerne des notions floues – les « bonnes mœurs » en sont une autre – ne saurait échapper à l’appréciation, nécessairement subjective, du juge. En l’état, le moins que l’on puisse dire est que les preuves de la réalité d’une telle menace faisaient défaut.

En conclusion, aux citoyens et à l’état de prendre ses responsabilités : si l’on veut ajouter un codicille à la loi de 1905, proscrivant les signes religieux sur tout l’espace public, alors il convient de légiférer. Mais il s’agirait, dans une telle hypothèse, d’un ajout, de quelque chose qui n’existe pas encore dans notre droit.

Le burkini n’étant toujours pas interdit, il ne peut qu’être autorisé.

Rocard, notre jeunesse

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 juillet 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Pour Robert

Rocard, notre jeunesse

La 1ère fois, on l’avait entendu sur l’estrade encore bien gauchisante d’une salle de Clermont. Juste avant les présidentielles de 74, dans un vent de ralliement de son PSU à la campagne de Mitterrand. Nous, jeunes socialistes, on n’était pas peu fiers, de ses crochets de la gauche à Giscard – quelque part, l’autre lui d’en face, qui regardait alors le monde du haut de la finance. Déjà, il avait cette nervosité d’homme pressé quand il traversait les travées et ce regard intransigeant, percutant, qui mesurait la salle comme du haut d’une chaire – voyons un peu s’ils vont suivre… Et c’était difficile de ne pas être emporté par le brio, mais plus encore la pédagogie d’une voix presque sévère – n’était-il pas Protestant – qui expliquait l’économie, et la société, donc leur outil, la politique. Tout paraissait limpide, mais jamais simpliste. Plus tard, beaucoup plus tard naîtrait une légende imbécile, celle du Ha-na-ha de la marionnette qui n’arrivait même pas à finir ses phrases.

La politique et la gauche de ces années-là avaient trouvé une intelligence à la mesure de leurs ambitions, et tout ce temps après – 83 ans, dans le très bel interview de Delahousse que repassait ce dimanche la 2 en guise d’hommage – c’est toujours cette acuité, ce souci du mot juste et cette sincérité d’altitude qui prévaut.

 On vient de perdre une référence, plus, une conscience, et, incontestablement, une morale, mot parfois incongru, en politique, avec ce petit bonhomme, ce Tintin, dit-on, avec belle révérence, le même jour que l’immense Elie Wiesel, et loin après Mendes, le cher Mendes. Ceux dont on se dit qu’ils nous manquent, à peine tourné le chemin ; des bornes allumées sur le bord des nuits noires, qui se seraient éteintes ; métaphore facile mais sincère dans notre chagrin.

Plus tard, jeunes enseignants, dans le Nord, mais plus que jamais socialistes, notre camarade de section, l’ami Bérégovoy, l’avait invité, et c’est à « l’abri » de la fumée de ses cigarettes – qu’est-ce qu’on fumait, alors ! être de gauche sans la cibiche était quasi impensable… – qu’il alimentait les débats de l’avant 81 ; Rocard et ses troupes avaient rejoint le PS, son programme, ses rêves. Nos camarades communistes tordaient déjà le nez sur l’animal ; Mitterrand, ce sphinx et le littéraire infini et lyrique de son intelligence, peut-être pas encore, quoique… Nous, on prenait en bloc, on discutait des « nuit-debout » entières ; parfum idéologique de bon niveau, réflexion partout au menu, prière d’argumenter en cas de désaccord. Plutôt plus riche que maintenant, la politique et le militantisme, je crois... « Je suis un militant qui a essayé de comprendre ce qu’il faisait », assène-t-il du haut de ses 83 piges. Et comment !

Dear British brothers,

Ecrit par Lilou le 09 juillet 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Dear British brothers,

Mais que vous est-il arrivé dans cette volonté affirmée de nous quitter ? Je réécoute en boucle depuis l’annonce du Brexit The Green Fields of France et ne vous comprends toujours pas… Me reviennent en mémoire nos batailles passées et nos arcs-en-ciel par tous les temps, overseas, dans notre si beau village du monde rien qu’à nous. Je nous revois souriant de nous tous aux 4 coins du monde où nous avons ferraillé d’amour, de bières et de rêves. Je vous revois amis de Bombay et de Curitiba, frère et sœur de burnt oak, compagnons de fortune de Twickenham ou d’Anfield Road, je ris éternellement de ces barriques de Stellenbosh descendues méthodiquement sous l’air diaboliquement bon de Don’t take me home et de celui si doux de Will Grigg’s on fire. Je songe à nos moqueries de Covent Garden et de Stonehenge où nous n’avions pas encore atteint l’âge de ne surtout pas rire de tout avant que de commencer à vieillir. Vous me l’avez toujours dit, je suis parfois plus Anglais que vous. Votre vote me confond dans une infinie rage de vous perdre dans nos communautés de valeurs.

1er juillet 1916, il y a un siècle exactement ou tout juste hier plus sûrement, à 7h28, commençait l’assaut furieux de la Somme. Je repense souvent à nos pèlerinages ensemble à Albert, à Thiepval, dans le Bois de Delville, puis le lendemain sur le Mort Homme et la Côte 304. Je me sens aujourd’hui bien seul de vous voir nous quitter au milieu de ces ruines et ces champs de souvenir qui me rappellent que nos ancêtres ont construit ensemble notre Europe. Je me sens très seul de constater que l’individualisme nationaliste béat, de ce contre quoi vos ancêtres ont combattu il y a 1 siècle, vient de triompher. Vous êtes partis en claquant la porte avec vos vociférations d’un autre âge et votre haleine pleine de haine contemplative. Je n’aime pas les portes qui se ferment, ni votre souffle à méchante haleine, cela me fait trop penser à des cœurs qui se brisent et à des marins de passage préférant Macao à Singapour…

Britons et frères vous fûtes, Britons et frères vous resterez. Mais bon, comprendrez-vous toujours que ce qui vous entoure, nous l’avons construit ensemble et que vous refusez d’en faire plus ? Et que cela m’est insupportable ?

With love, and forever yours… Deeply…

L’œil de Claude : L’Euro 2016

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 09 juillet 2016. dans La une, Actualité, Sports

Des surprises et des Bleus comme s'il en pleuvait...

L’œil de Claude : L’Euro 2016

L’Euro 2016 se termine le 10 juillet prochain… Pendant la compétition, des équipes qu’on n’attendait pas – ou plus – ont émergé soudain et (dé)montré qu’on devait et pouvait compter avec elles, alors que d’autres, et non des moindres, ont été éliminées prématurément !

Ainsi va l’Euro, avec ses pesanteurs et ses fulgurances… Au cours des premiers matches, la plupart des joueurs semblaient avoir troqué leurs crampons contre des « semelles de plomb »… En effet, maladresses et fautes se succédèrent à un rythme effréné, et un grand nombre d’équipes avaient souvent préféré l’inertie au beau jeu !

Il aura fallu attendre les huitièmes de finale, autrement dit le début des « choses sérieuses » pour que le foot retrouve ses « semelles de vent »… Le « couple franco-allemand » était opposé à deux adversaires coriaces, l’Irlande et la Slovaquie, 2-1 pour la France avec un doublé de Griezmann « de la tête au pied », et un joli 3-0 pour la Mannschaft !

Puis ce fut au tour des Italiens de « faire le spectacle » face à l’Espagne qui, finalement, « botta » en touche sur le score de 2-0. Exit également l’Angleterre, 2-1, qui rencontrait l’Islande, une autre île, soufflant en permanence le chaud et le froid !

Les quarts de finale, ensuite, avec de belles affiches. Pologne-Portugal, pour commencer. C’est finalement l’équipe portugaise emmenée par Ronaldo qui l’a emporté, sans avoir brillé pour autant. Quant aux « petits-enfants de Kopa », ils n’ont pas eu à rougir de leur défaite !

Un peu plus tard, le Pays de Galles rencontrait la Belgique. Le « dragon rouge » a littéralement foudroyé les « diables rouges », 3-1. Le match, riche en rebondissements, a sacré une équipe galloise ô combien talentueuse, surprenante à bien des égards. Lorsqu’on sait que Wales a deux amours, le rugby et le foot, on se dit que ce petit pays du Royaume-Uni n’a pas fini de nous surprendre !

Puis ce fut l’Italie, qui tomba au « champ d’honneur », ou presque, face à la Mannschaft, pas au mieux de sa forme. Tirs au but fatals pour les Italiens, dont la « botte », toujours aussi puissante, aura fait son effet !

Enfin, les Bleus étaient opposés aux Islandais, ces joueurs venus du froid… Ce qui les a surtout douchés, c’est le 4-0 à la mi-temps. Superbe match de la part de l’équipe de France, qui s’est terminé sur le « score fleuve » de 5-2 !

 

le 4 Juillet 2016

Monarchie républicaine française : fin de partie

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 juin 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Monarchie républicaine française : fin de partie

Les Français sont un peuple à la fois régicide et légitimiste. La décapitation de Louis XVI avait une vertu symbolique : abattre, d’un coup, les deux corps du roi, le physique et, comme le décrit Kantorowicz, le surnaturel, celui qui, sur le modèle christologique, représente le royaume comme une personnalité corporative dont le souverain est la tête et les sujets les membres. « Louis doit mourir, parce qu’il faut que la patrie vive », s’exclamait, à regret, Robespierre, pourtant hostile à la peine de mort, dans un discours à la tribune de la Convention, le 3 décembre 1792.
Régicides donc, les Français ; mais et non moins légitimistes. Le référendum du 28 octobre 1962, instituant l’élection du président de la république au suffrage universel, si juridiquement contestable (de Gaulle utilisa l’article 11 de la constitution de 1958, et non son article 89, pourtant prévu à cet effet) qu’il ait été, inaugura une formidable « success story » : celle des scrutins présidentiels, les seuls à résister à l’érosion de la participation. L’heureux élu put ainsi trôner, de présidence en présidence – en majesté, tel un basileus kosmocrator byzantin – hiératique, distribuant éloges ou petites phrases assassines, dans des conférences de presse, devant un parterre de ministres et de journalistes, ou bien de façon plus intimiste, dans un tête à tête avec un interviewer complice.
Ces images, dignes du Livre des cérémonies de Constantin VII porphyrogénète, ont subi, petit à petit, les assauts d’un iconoclasme impie. Ce fut, tout d’abord Giscard. L’homme à l’accordéon, qui s’invitait à dîner chez le gens du peuple, enterra définitivement les photos officielles (autre legs monarchique) en costume de sacre – frac et grand collier de la légion d’honneur – au profit d’autres, plus modestes. Après la restauration mitterrandienne – celui qu’on appelait « le florentin » adorait la solennité et la distance – le côté « popu » d’un Chirac (tape sur le cul des vaches et demi pression) reprit le processus de désacralisation, prolongé par Sarkozy – tenue de jogging et Carla Bruni en guise de Jackie Kennedy à la clef.
Mais François Hollande vient de donner à la sublimité présidentielle le coup de grâce. Celui qui se voulait « normal » pousse, en effet, la normalité jusqu’à concourir avec les candidats socialistes à la candidature, pour l’investiture du PS en vue du scrutin de l’année prochaine. « Si je ne suis pas en mesure de remporter la primaire, a-t-il confié à des proches, comment pourrais-je espérer remporter la présidentielle ? »
Sacrilège. Aux États-Unis, un président sortant qui se représente pour un second mandat, est dispensé de primaire : sa candidature va de soi et n’est contesté par personne dans son camp. Hollande, en acceptant de passer sous ces fourches caudines, achève la banalisation complète de sa fonction : le président désormais se veut tellement ordinaire qu’il ne bénéficie pas de la plus petite rente de situation…
Mais ne serait-ce pas, au fond, un calcul ? Au vu des sondages, il est, somme toute, moins humiliant de se faire battre dans le cadre d’une compétition interne plutôt qu’à l’issue du premier tour de la véritable élection (chose sans aucun précédent sous la Vème république : Giscard comme Sarkozy furent défaits au second tour et de peu). Qu’un autre socialiste se voit désigné pour cette mission de sacrifice ménagerait un amour propre déjà passablement flétri… et un possible avenir politique, que ne manquerait pas de sceller pareil Waterloo électoral.
Hollande, après tout, un florentin lui aussi ?

François Hollande et les primaires

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 juin 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

François Hollande et les primaires

Après avoir, il y a quelques semaines, annoncé qu’il n’y aurait pas de primaires pour la gauche, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, vient de changer complètement sa position, et l’on peut douter que cette décision n’ait été prise sans une consultation préalable auprès du chef de l’État François Hollande. Dans ce papier, je vais tenter de cerner les éléments de cette affaire qui fait les choux gras des grands médias, ce « Léviathan » toujours avide de nouvelles nourritures, quitte à se comporter comme le Saturne de notre démocratie ! Quelles sont donc les bases de réflexion que l’on pourrait envisager pour ce nouveau « grain à moudre » médiatique ?
D’abord, il convient de relever le côté exceptionnel de ce qui est, en l’occurrence, décidé. En effet, ce sera la première fois qu’un président sortant – se présentant donc pour un second mandat – ne sera pas automatiquement le candidat naturel de son parti. Même aux États-Unis, où les primaires sont une très ancienne tradition, l’intronisation du président Démocrate ou Républicain est automatique ; on ne fait que respecter certaines formes, mais il n’y a pas d’exemple de candidat à la candidature et à sa propre succession qui se soit produit dans le cadre des traditions de la grande nation américaine.
Ensuite, n’oublions pas de signaler que ces primaires ne vont concerner que la « gauche de gouvernement », c’est-à-dire le PS, le PRG (Parti Radical De Gauche) et les Écologistes favorables à la participation à l’action du gouvernement dirigé par Manuel Valls. En effet, « la gauche de la gauche » a refusé il y a déjà longtemps d’envisager des primaires de toutes les gauches : Jean-Luc Mélenchon, bien sûr, qui s’est déjà déclaré candidat, prenant à contre-pied ses amis du FDG (Front De Gauche), et le PC – qui tente actuellement la mise en place d’une « candidature citoyenne » pour les présidentielles à venir.
Puis, mais alors pourquoi, ce revirement de Jean-Christophe Cambadélis ? L’explication la plus probable réside dans deux points. En premier lieu, faire sortir un vainqueur des primaires de « la gauche de gouvernement » qui serait, une fois élu, un candidat globalement incontestable, religitimé. Soit une façon de remettre de l’ordre « dans la maison », tout en calmant les ardeurs critiques des « frondeurs » du PS, plutôt satisfaits de cette annonce des primaires. Remarquons au passage que ce procédé, qui apparaît à certains comme « politicien », me semble au contraire indéniablement démocratique. En second lieu, l’espoir, pour François Hollande, qui est donné actuellement dans les sondages au coude à coude avec Jean-Luc Mélenchon (même si nous sommes à un an environ des futures présidentielles et que la situation économique semble s’améliorer assez nettement), de ne pas être humilié. Je rappelle en effet que ces derniers jours 4 à 5% seulement des Français souhaitaient qu’il se représente… Il y aurait donc là comme une sorte de pari, voire de politique – comme on dit – du va tout, si c’est bien François Hollande qui s’est mis d’accord avec l’actuel premier secrétaire du PS pour organiser ces primaires de « la gauche de gouvernement » – qui auraient lieu en janvier 2017, un moment où l’on connaîtra le candidat de la droite classique (dont les primaires se dérouleront en novembre) ; soit un atout important pour l’actuel président de la République, surtout si Nicolas Sarkozy gagne les primaires en question (on sait qu’en effet celui-ci est un excellent catalyseur des gauches par détestation à la fois de sa personne et de sa reprise des thèmes d’extrême droite).

Gauche / Police ; état des lieux

Ecrit par Martine L. Petauton le 18 juin 2016. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Gauche / Police ; état des lieux

A l’autre bout de l’Histoire, de la nôtre, à nous, les anciens, il y a eu ces « CRS, SS » venus de 68. Raccourci difficile à justifier – historiquement, justement – même si l’on se souvient de la dureté des affrontements dans ces années gaulliennes de la fin, qui étaient, disons, une forme de démocratie pour le moins musclée. L’état était de droit, mais, souvent sur les bords. Depuis, de manif hard en défilé hargneux, de l’eau – plutôt pas trop salée – est passée sous les ponts. Mitterrand, en particulier a installé dans ce domaine comme dans d’autres des masses de granite aux angles peu coupants et fixé cet État de droit qui, si l’on réfléchit bien, est un de ses héritages les plus nobles…

En vieillissant, la Gauche aux affaires ou devant la porte s’est approprié ce versant répressif-passage obligé, qui, dans la tête du Janus policier, voisine avec la protection avenante. On a fini, bon an, mal an par convenir que la police, au fond, sans elle pas d’État de droit, de démocratie pas davantage ; elle en protège les membres, et, pour ce, réprime et chasse le déviant. Les « forces de l’ordre » font partie du bagage, et il n’est pas question que seul le camp droitier revendique comme appartenance naturelle ses images et son fonctionnement. Les gens de gauche ont  longuement marché dans la « Cité », vous et moi en faisons partie, probablement. Nos enfants, au fait, aussi, qui ne se planquent pas direct sous la couette quand sonne un gars de la police. Autre temps, semble-t-il ; autres peurs. Il y a, du reste, des syndiqués policiers qui portent avec panache la République et ses valeurs, pas moins que l’enseignante que j’étais, tentait de les faire vivre à chaque heure de cours (et de récré). On se souvient aussi des jours de Charlie, des nuits de Novembre, de populations gratifiantes auprès d’une police largement humanisée, choquée, à hauteur du citoyen, risquant sa vie dans la guerre nouvelle qui s’annonçait.

Alors ? Que dire ces jours-ci, dans les queues de manifs, de ces slogans haineux, ces pancartes brandies : « tout le monde déteste la police », « une balle, un policier »

Et ce, face à des policiers, dont les protocoles actuels sont avant tout d’éviter évidemment tout dérapage ou bavure, mieux, de porter haut ce « tenir ses nerfs d’abord » qui les honore. J’en veux pour souvenir ce jeune policier de base, dans l’affaire de la voiture de police incendiée, il y a peu, qui – les images le prouvent – ne sortit pas son arme, ni même ses répliques verbales. Chapeau. C’est ce genre de police responsable, compétente et mesurant chaque conséquence de geste, de décision, qu’il faut à la société d’aujourd’hui malmenée, déchirée, confite dans les peurs.

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