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J’étouffe

Ecrit par Jean-François Vincent le 19 novembre 2016. dans La une, Ecrits, Actualité

Texte de Ricker Winsor, traduit de l’anglais par Jean-François Vincent

J’étouffe

J’ai l’impression d’étouffer, noyé dans le tsunami qui a frappé mon pays et le monde entier. Brusquement tout peut être remis en cause : le droit des femmes de choisir, les mesures pour combattre le changement climatique, les alliances de l’Otan, les accords commerciaux, l’immigration, bref tout le toutim. Mais je ne parlerai pas de tout ça ; tellement de choses ont été dites et sont connues de tous ceux qui lisent. Au cours des derniers dix-huit mois, les écrivains et les intellectuels les plus brillants avaient porté un jugement définitif sur Trump et l’avaient relégué dans les poubelles de l’histoire. Ils avaient tout faux.

Ce qui a été jeté par-dessus bord, c’est une vision égalitariste, compatissante et respectueuse de la vie ; une éthique fondée sur les idéaux humanitaires d’une démocratie libérale. Il n’y a pas si longtemps, tous les acteurs de la vie politique pouvaient se retrouver unis sur ces thèmes. Ce n’est plus le cas.

On a caractérisé cette débâcle par l’étiquette « révolte contre les élites » ; mais c’est plutôt une vengeance à l’égard de « tous ceux qui se croient plus malins que nous », de tous ceux qui, par leur travail, ont aiguisé leur esprit en l’éduquant et ont progressé en utilisant leur cervelle. Cela participe d’une profonde colère, d’un ressentiment et d’un sérieux complexe d’infériorité. Autrement, la populace tournerait le dos à Trump, en raison de son mépris des femmes, des Musulmans, des Mexicains, de tous ceux qui font les choses bien comme il faut (cf. Hillary et les controverses). Notre nouveau leader trouve ça très bien d’attraper les femmes « par la chatte ». Il a dit : « quand on est une star, on peut faire ce qu’on veut ». Les handicapés le font rigoler… pas besoin d’allonger la liste. Quel est le message qu’on adresse ainsi aux jeunes qui essaient de devenir adultes ? « Les braves gars, au final, arrivent les derniers », voilà le message ! C’est très bien de bousculer les autres pour avancer et gagner la course.

On m’invite, de temps en temps, au consulat américain, ici, à Surabaya, à l’est de Java, en Indonésie, la deuxième plus grande ville du pays. Aujourd’hui on m’a invité à assister au jour j de l’élection. Je m’attendais à ce qu’on me pose des questions sur mon ressenti ; mais jamais je n’aurais cru une seule seconde que Trump pourrait gagner. J’ai mis de l’ordre dans mon esprit, dans le genre : « franchement, ça me dégoûte qu’un homme comme Trump ait pu aller aussi loin dans le processus électoral. Cela discrédite, en soi, l’Amérique et ruine – pour ne pas dire annihile – l’idée selon laquelle les Américains ne sont pas comme les autres ».

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? Notre nouveau chef a la majorité à la chambre des représentants et au sénat. Presque pas de contrepouvoirs. Il a clairement gagné, très clairement. Tout le brouhaha, les femmes américaines qui se liguent contre lui, les latinos qui se mobilisent, les blacks et les minorités qui s’impliquent et prennent position ; tout cela n’a jamais existé, et nombre d’entre eux ont voté pour Trump.

Un éléphant, ça trumpe, ça trumpe…

Ecrit par Jean-François Vincent le 12 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Un éléphant, ça trumpe, ça trumpe…

L’éléphant, le symbole du Grand Old Party, le plus vieux parti des Etats-Unis, celui d’Abraham Lincoln et des anti-esclavagistes du XIXème siècle, le parti qui « vira » à droite à partir des années 30 et de Roosevelt ; ce parti rejoint-il maintenant le chœur de tous ceux qui – en Europe et ailleurs – prônent le repli identitaire ?

Passons sur l’extrême médiocrité de la campagne – frasques sexuelles de Trump, correspondance privée de Clinton, néo puritanisme affolé et avidité de nouvelles croustillantes… le fond est ailleurs.

Aucune des mesures inouïes proposées par le candidat républicain – comme l’érection d’un mur à la frontière mexicaine ou l’interdiction d’accès au sol américain pour les musulmans étrangers – mesures qui avaient suscité doutes et réprobation, voire défections, au sein même de son camp ; tout cela n’aura pas suffi : la pression était trop forte.

Au fait, la pression de quoi ?

Les explications pullulent bien sûr : sentiment de déclin, paupérisation des classes moyennes (le syndrome du « petit blanc »), menace terroriste… allons plus loin. Frédéric Lordon a raison au moins sur un point : la politique est une affaire d’affects. D’affects plus que de raison. Ce sont les sentiments plus que la rationalité, le cœur – ou les tripes – plus que la tête qui guident les électeurs.

Or si l’affect de gauche est la colère, l’affect de droite est la peur. Une peur du chaos, en France, en 1968, qui a donné à De Gaulle une chambre introuvable ; une peur du djihadisme, en Espagne, en 2008, qui a porté à nouveau au pouvoir un PSOE, par ailleurs discrédité.

La peur. Peur du déclassement – individuel et collectif – peur de l’Arabe (terroriste ou non), peur qu’à terme, le salut au drapeau ou la dinde du Thanksgiving ne soient menacés. Peur de ne plus être soi-même (ou ce que l’on croit être).

L’Amérique avait besoin que quelqu’un la rassure, comme les Hongrois qui ont ont élu Orbàn ou les Autrichiens qui s’apprêtent à élire Norbert Hofer ; de même qu’en 1933, les Allemands – eux aussi – n’avaient de cesse que quelqu’un les rassure…

La protection, économique (protectionnisme), physique (sécurité publique), culturelle (identité nationale), focalise les aspirations. Le reste, justice sociale, droit des minorités, en un mot tout ce qui concourt à l’égalité, passe au second plan.

L’inégalité suscite l’affect colère, lequel provoque un soulèvement, voire une révolution. L’affect peur au contraire suscite un besoin de protection, un souci de conservation.

La conservation, le contraire de la révolution. Ou alors une révolution nationale ? Conservatrice ? Bref, avec un sénat et une chambre des représentants à l’unisson, une révolution « neo con »…

Trump. Etonnés ? moi, non plus...

Ecrit par Martine L. Petauton le 12 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Trump. Etonnés ? moi, non plus...

On sait  déjà qu'aux States, les sondages pédalent plus qu'à leur tour dans le maïs des grandes plaines. Il y a eu des précédents ; encore tout chaud notamment la présidentielle - Bush fils / Al Gore - en 2000, et visiblement cet immense territoire, ce continent – disent nos instituts de sondeurs européens, ne se prête guère aux pourcentages affinés, versus quasi scientifique, qui donneraient le résultat, pile juste avant la ligne d'arrivée. Plein de voix autorisées nous en rebattaient les oreilles depuis de longs mois, pourquoi aurait-il fallu que les tout derniers de ces sondages échappent à la règle ?  Alors, pourquoi ces cris de surprise effarée et pleurs suicidaires à notre matin-gueule de bois de certains, à leur nuit américaine, là-bas, dont les lampions annoncés se sont limités aux rues ( bien fréquentées) de N.Y, métropole éduquée XXL, multiculturelle depuis des lustres, ouverte aux vents de l'Atlantique et de la Mondialisation active, à prétention généreuse ; fanion d'une Amérique  se voulant résolument moderne,  qui parle au reste du monde bâti de la même chair : « notre » Amérique à nous.  Décidément, partout, le mot « représentation » campe ces temps-ci en haut de la liste... 

Sauf que d'autres Amériques, il en est plein – et, au final, davantage, au vu des résultats de cette présidentielle. Les États Unis ne sont pas toujours « un pays », mais généralement « des » pays. Ça ne date pas de ce sinistre 8 Novembre.

 Il faut avoir quitté la géante pomme de l'Est, Manhattan si petite, et le minuscule Greenwitch village de dessins animés, simplement avoir pris ces turnpikes qui n'en finissent pas de tracer l'immensité, avoir mangé un morceau – vraiment particulier - dans ces relais au bord de nulle part, au milieu des gens qui ne sont pas de N.Y, pas plus que de L.A ou de Frisco , pour ressentir qu'il existe un peuple américain en dehors de celui de nos imaginaires. Celui à qui Trump, cet étonnant spécimen du « populaire », a parlé, susurré - oreille,  cœur,  ego, et pourquoi pas, couilles,  dans chacun de  ses meetings.  Il faut avoir, même vite, mis le bout de l'orteil  dans ces terres de l'Amérique de tous les jours, une autre que celle des films, des livres et des chansons, fussent-elles celles du barde nobélisé. Avoir, sous un ciel blanc de chaleur plombée, par exemple, dans le bleu-rose étrangement layette de Miami, vu ces «  vieux et vieilles américains » de Floride, saturés d' héliotropisme dans leur parc-à personnes-âgées-apeurées, garantis sans émigrés, enfants, ni parfois, animaux.   Mauvais goût définitivement hors concours. Et que dire de tous ces vrais-faux Cow-boys des Grandes Plaines, plus blancs et racistes épais qu'on ne peut l'imaginer, territoires plus perdus que nos villages du Cantal, ceux qu'on voit si bien dans «  Brokeback mountain », ce film-chef d’œuvre qui dit Trump avant Trump... Étrange peuple, de notre point de vue, et différent, vivace ou plus assourdi depuis toujours ou presque, tout au long de l'Histoire américaine, depuis  1945, au bas mot. Petites classes moyennes agrippées à l'avoir, à cet américan dream du pionnier ayant posé son sac, d'une way of life, dessinée par la voiture, le réfrigérateur en attendant l'ordinateur. Ils ont cahoté  au rythme de la croissance généreuse,  et des inquiétudes des interventions ou des initiatives dans les guerres de ce qu'ils nomment en iliens qu'ils sont, le « rest » du monde, se sont trouvés immergés dans la crise des « Subprimes », ont chuté en 2001 avec les Tours... Comment de tels marqueurs auraient-ils pu s'effacer, ni même s'amoindrir – en vrai, ou via les TV et réseaux sociaux, dans la cacophonie actuelle des migrations, du terrorisme, menaces cauchemardesques d'invasions définitives... Tout le bruit de la victoire de Trump est là, mais était perceptible dans son raffut bien avant la nuit du 8 ; non ?

Suis-je de ces 4% ?… ou d’ailleurs…

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 novembre 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Suis-je de ces 4% ?… ou d’ailleurs…

… 4%, dont dégouline chaque « une » – quotidien, hebdo, voire pseudo-journal-photos du coiffeur –, dont résonnent en étrange boucle tous – j’ai dit, tous – les 1/4 d’heure des radio-infos (du café du matin, qui vous sale la tartine de confiture, comme un coup de mer inattendu, au repas de 13h juste derrière le jeu des 1000 euro – écoutez bien, machin : quel est le président de la Vème république le plus mal en point dans les sondages ? Réfléchissez ! Mais machin n’en a pas besoin, il fuse, il sait, et lève le doigt comme le petiot de la maternelle : François Hollande ; salve d’applaudissements : il a gagné !

Qui n’imaginerait le président, par ces heures glaçantes ou brûlantes, ces mal-heur(e)s médiévaux, se lever le matin – bon sommeil, on en doute une miette – ouvrant sa boîte à infos perso – presque intéressé, au fond – en se demandant, si c’est le jour où il va se trouver en-dessous de 0% d’opinion favorable et enfin être sûr d’entrer dans les livres d’histoire…

Oui-da, le Hollande-Bashing le plus hard du quinquennat s’annonce en fanfare. Bruits de tous genres, du concours de pets malodorants aux restes de tonitruances quasi wagnériennes, en passant par toutes les imitations de cris d’animaux, saugrenus, dangereux, inconnus et peut-être même inventés de toutes pièces. De ci, de là, glisse la mielleuse fadeur d’un Mozart raté, en guise de peau de banane bien sûr. On se demande finalement comment ça tient, un Hollande, là maintenant, et on interprète la hargne perfectionniste qui l’accable, par des interrogations du type : – C’est pas vrai, pas encore mort ! S’agite encore, la bête ! Remettons-en une couche, qu’on en finisse enfin ! Et les pelles de s’abattre, de Droite, de Gauche – on en compte vraiment beaucoup, là : Hollande lâché par son camp, par les siens, la meute hurle contre le président… un livre, pour le coup, de tous ces titres alléchants. Que d’honneurs on lui fait finalement… Serait-il si gênant ? Si important, incontournable ? Sait-on. Dans les temps médiévaux ou de la si douce inquisition, n’en doutons pas, le bûcher fumerait dare-dare… l’hérétique Hollande… on hallucine.

L’accusation fulmine avec dans les mains deux – définitives – pièces à charge. Le fameux livre de confidences, dont je vous ai parlé dans une précédente chronique avec l’ire qu’on aura remarquée. Je maintiens à cette heure que l’absence de congruence historique quant au temps de parution du livre, est l’erreur majeure de l’affaire. En doublette avec cette non moins curieuse absence de volonté de relecture. Par contre, j’ai eu depuis l’occasion de lire de forts pertinents articles, ainsi que de très hauts débats Facebook, signalant que chaque élément « confié » était bien assorti de son contexte (ce dont je doutais). Résultat fort différent du coup et éclairage cru du côté tronqué des phrases ou bouts de conversation hachés, hors-contexte – ainsi, le fameux passage sur les magistrats, entre autres : en pleine affaire Taubira-savait-elle, il défend sa garde des sceaux, bec et ongles, arguments solides à l’appui. Difficile de l’appréhender hors du livre lui-même, convenons-en. Pour autant, le président bavasseur, jacassant au comptoir de la république sur un tel et l’autre, est-il défendable ? Je ne pense toujours pas. Mais la façon dont les médias ont alimenté le feu de jour en jour – pages ouvertes sous le nez – tendant le micro à tout ce qui arpentait le chemin, pour s’ébaudir sur ces « tronqueries », est plus qu’indélicat, c’est obscène. Manipulation, malhonnêteté intellectuelle ? Évidemment. Comment se prétendre, dès lors, encore favorables à une candidature d’honneur, à défaut de gagnable, d’un tel personnage ? Et, pour le président, comment ne pas faiblir dans son projet de candidature ? Si l’on ajoute – fabuleuse coïncidence – la valse des Concurrents se jetant sur l’aubaine en se voilant tout soudain la face – Cambadélis ? Bartolone ? Et pourquoi pas Valls (au jeu des chaises musicales, qui resterait en piste ?). Tous ont eu des propos où la honte le partageait au déshonneur, les larmes de déception nous aspergeant presque dans le bruit feutré des vestes se tournant à moins que ce soit ce chuintement des rats quittant le navire… Vous savez bien.

CETA ; Incorrigible Belgique

Ecrit par Jean-François Vincent le 05 novembre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

CETA ; Incorrigible Belgique

Grand émoi dans le plat pays, la Belgique avait dit « non » au traité de libre échange avec le Canada. La Belgique ? Plutôt la Wallonie. Paul Magnette, son ministre président, clôturant comme suit le débat : « Nous avons toujours dit que nous n’avions jamais été contre d’avoir un accord avec le Canada. Mais nous ne voulons pas – ni maintenant, ni plus tard – d’arbitrage privé. Les conflits entre multinationales et Etats doivent être tranchés par des juridictions publiques ». C’était la raison officielle : des juridictions commerciales, parallèles, supranationales, suspectes de partialité envers les grands groupes d’outre-Atlantique. En réalité les Wallons, dont les industries traditionnelles (charbonnage, textile, sidérurgie) sont – tout comme celles du nord de la France – en pleine déconfiture, craignent de perdre toujours plus d’emplois.

Bref, l’Europe institutionnelle, après le Brexit, était à nouveau en berne. Cinq ans de négociations menées par la commission de Bruxelles pour rien…

Une histoire belge, en quelque sorte. Le royaume, en effet, se compose d’un gouvernement fédéral et de quatre « entités fédérées », dotée chacune d’un exécutif et d’un corps législatif : la communauté flamande, la communauté française (sic !), la communauté germanophone (Eupen) et la région de Bruxelles-capitale. L’horreur « communautariste » pour un Français républicain ! Une « réunion de concertation intrabelge » réunissant tous les protagonistes s’était tenue mardi dernier. En vain, Magnette n’en démordait pas… et sans unanimité, pas de « oui » possible.

D’où une cascade de conflits avec à la clef le spectre – à nouveau ! – de la partition. Conflit d’abord entre Charles Michel, le premier ministre démocrate-chrétien, et le socialiste Paul Magnette. Michel cherchant encore, à l’heure où j’écris ces lignes, un compromis de dernière minute. Conflit ensuite à l’intérieur des socialistes européens : le PS français soutient le traité et le président du groupe socialiste à l’assemblée de Strasbourg, Gianni Pitella, a vertement critiqué son camarade wallon : « C’est évident que si une petite communauté est capable de tenir en otages 500 millions de citoyens de l’UE, il y a un problème clair dans le processus de décision et le système de mise en œuvre en Europe ». Conflit enfin et surtout avec les Flamands, chauds partisans du Ceta. Bart De Wever, le leader du N-VA (Nieuw Vlaamse Alliantie, indépendantiste, très à droite) et bourgmestre d’Anvers, a déclaré tout de go : « Magnette double Syriza sur sa gauche ; le PS porte atteinte non seulement à La Flandre, mais également à l’Europe et au monde du commerce » – Syriza, le parti très radical du Grec Alexis Tsipras – et De Wever d’ajouter « Wat een hovaardigheid ! », Quelle arrogance !

Bref les Belges, tel un vieux couple qui ne s’entend plus mais ne veut pas divorcer, s’entredéchirent comme d’habitude. Au-delà d’un énième Clochemerle, la question se pose de la démocratie en Europe : une seule région a-t-elle le pouvoir de bloquer le continent tout entier ? Le principe de subsidiarité confie aux états les ratifications des traités. Aux états, mais pas aux régions, fussent-elles autonomes. La flagrante contradiction entre le droit européen et le droit constitutionnel belge devrait, d’une manière ou d’une autre, pouvoir se trancher. Et si, au final, la meilleure solution ne consistait pas à faire ratifier le Ceta par le parlement de l’Union, en lieu et place des parlements nationaux ?

To vote or not to vote ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 15 octobre 2016. dans La une, Politique, Actualité

To vote or not to vote ?

C’est, en effet, la question qui se pose aux les électeurs de gauche vis à vis de la primaire de droite. On estime de 260.000 à 560.000 ces possibles intrus trublions sur les quelques 3 millions de votants attendus.

Grands émois chez les candidats à la candidature.

Fillon plein d’espoirs : « Si on est gaulliste, on considère qu’il y a un peuple français, on n’a pas des hommes et des femmes qui sont génétiquement à gauche et génétiquement à droite ». Il faut dire qu’il est mal placé dans les sondages, bon troisième…

Juppé, patelin, souhaite ouvrir les bras aux « déçus du hollandisme » ; ben voyons : c’est pour lui que voteraient les sous-marins du camp adverse.

Quant à Sarkozy, il écume : « On m’a dit “il faut une primaire loyale”. Où est la loyauté quand on appelle des électeurs de gauche à voter, à signer, parjures, un papier dans lequel ils s’engageraient à partager les valeurs de la droite ? ». Bien sûr ! Lui, il serait la cible principale de ces pirates gauchistes…

Côté majorité, l’on ne se réjouit pas trop : Sarkozy redonnerait quelques couleurs à un champion socialiste – quel qu’il soit – promis à une élimination dès le premier tour. Najat Vallaud-Belkacem met en garde : « à un électeur de gauche qui s’interrogerait, je lui répondrais de ne surtout pas y aller, ce serait totalement malsain que de s’occuper d’une primaire Les Républicains basée sur les valeurs de la droite ».

Alors, quels arguments pour ou contre ?

Le pour saute aux yeux : un duel Sarkozy-Le Pen, au second tour, représente pour la gauche l’horreur absolue, génératrice d’une abstention massive : entre la peste et le choléra, inutile de choisir (moi-même, dans un tel cas de figure, je m’abstiendrais). Qui plus est, dans l’hypothèse probable d’une absence de la gauche en finale, la participation à la primaire de droite constituerait la seule et unique manière de peser – négativement – mais de peser quand même sur l’issue du scrutin.

Le contre maintenant. Pour les puristes, il est humiliant de signer un texte où l’on « se reconnaît dans les valeurs de droite » et d’apporter une obole de deux euros à la « cause ». A la guerre, comme à la guerre, soit ! Mais il y a des limites… Plus sérieusement une forte mobilisation de l’électorat de gauche susciterait, en retour, une mobilisation comparable de l’électorat de droite. Un jeu à somme nulle, au total. D’autant plus que l’histoire politique américaine montre qu’un déplacement de 5% de démocrates ou de républicains votant à la primaire ennemie, non seulement ne change pas le résultat définitif, mais, au contraire, ne fait que l’amplifier.

Tout bien pensé, pour ma part, j’irai quand même… écraser l’infâme.

Atterrée à moins que sidérée...

Ecrit par Martine L. Petauton le 15 octobre 2016. dans La une, Politique, Actualité

Atterrée à moins que sidérée...

L'actualité – c'est formidable pour RDT – nous alimente avec une constance de mère nourricière, et cette semaine, le choix s'est présenté vaste comme ces buffets où l'on peut pour un prix x, se goinfrer à l'infini.  Quid des premières lances brisées au tournoi des Primaires de la Droite, tandis que, presque dans le même temps médiatique il nous fallut dresser l'oreille – à défaut de l’œil, au vrombissement du «  Confidences d'un président qui ne devrait pas dire... », si l'on me permet d'en bidouiller le titre.

 Dans les deux cas, j'en ressors atterrée, c'est à dire consternée, et sidérée, comme arrêtée en vol, rassouillée plus que par notre épisode cévenol Héraultais ; de la flotte froide qui vous étouffe et un vent de tempête qui submerge le peu de sérénité que vous aviez encore au fond des poches.

 Les 7 chevaliers tout sauf blancs des Droites, agencés comme à la messe, pas toujours à l'aise – ce genre de ballet démocratique n'étant pas si usuel dans ce camp – nous en ont donné pour feu notre redevance. Tant, par le dessous des programmes aux hampes ( il faut tendre l'oreille à ce – plus libéral que moi, tu meurs, et à ce simplet défaire le quinquennat Hollande, et tout baignera), que par – jouissif – ce parfum saturant le studio de haines recuites ou plus fraîches, dont le spectacle fut vraiment à la hauteur. Tout ça nageait dans un XVIème siècle des guerres de religion, des Guise aux abois ou des lansquenets de Henri III, planqués dans l'escalier de Blois, aux petites heures. Les regards, les postures gestuelles, les mimiques retenues ; parfois le bruit d'une arme tombant : ce marmonnement de Fillon à Coppé – tu réécris l'Histoire, ce glaçant – tu n'étais pas assez important pour traiter de cette loi sur la  Burka, à Coppé encore,  venu d'un Sarkozy, impérator fulminant égaré dans ce peuple ... J'encourage ceux qui ont loupé ce volet 1 de la série à s'y précipiter en replay d' urgence...

A tout seigneur... il convient aussi de s'occuper du  président... le mien, notamment. Premier exploit, il y a peu, souvenons-nous : avoir accepté la manœuvre quasi folle d'acheter des trains – foin de la SNCF, pour contenter un petit nombre d'employés d'Alstom-Belfort, que l'on voulait « déporter » quelques miles au Nord. Trains qu'on donne à fabriquer, puis à faire rouler, si j'ai bien compris, sur d'improbables et non nécessaires trajets, assortis de contraintes techniques, donnant au projet un air de conte pour enfants quelque peu crédules... Grands travaux du XIXème à moins qu' image de ces rois – d'Ancien Régime bien sûr, octroyant de baroques cadeaux à leurs sujets. Carie  déjà fort dérangeante. Non content de ça,  et quasi dans la foulée, le livre, non du siècle mais du quinquennat, ce Verbatim au petit pied, pas d'un conseiller partant de sa position pour regarder et causer sur le règne, mais – autre façon,  sorte de fenêtre ouverte sur l'Exécutif  dans ses œuvres, au quotidien, observant « tout » et le reste ( à quatre yeux et oreilles de deux journalistes choisis, comment et sur quels critères, mystère) pour en faire un rendu-somme – plus de 600 pages – censé  être un Mon quinquennat vu par moi,  par  François Hollande... La démarche m'échappe un peu, si ce n'est la certitude de la maladresse et de l'inopportunité.  La façon dont on l'exploite, triturant bribe de confidence et reste de phrase tronquée, par contre, n'échappe à personne, en ces temps difficiles et délicats de fin de mandat. Il fallait s'y attendre et  il est impossible, pour autant, me semble-t-il de défendre là, quelque chose ou quelqu'un.

Shimon Peres : vis pacem, para bellum

Ecrit par Jean-François Vincent le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Shimon Peres : vis pacem, para bellum

Shimon Peres est probablement le plus populaire de tous les hommes politiques israéliens, à l’intérieur comme à l’extérieur, voire jusque chez les Palestiniens. Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, a tenu à assister personnellement à ses obsèques.

Il restera, bien sûr, comme une colombe : prix Nobel de la paix 1994, initiateur avec Yitzhak Rabin des accords d’Oslo, artisan la même année du traité de paix avec la Jordanie, fondateur en 1996 du Centre Peres pour la paix. La paix, toujours la paix donc.

Mais si Peres était pacifique, il n’était en rien pacifiste.

En tant qu’adjoint au ministre de la défense, il fut le père de l’arme atomique israélienne, maître d’œuvre du projet « Dimona », qui le vit négocier, au nom d’Israël, à Sèvres, dans la banlieue parisienne, la livraison d’un réacteur nucléaire civil ; lequel permit la fission d’uranium et de plutonium, indispensable à la fabrication de la bombe.

Sur le plan militaire, il coordonna en 1956 la riposte franco-anglo-israélienne à l’occupation par Nasser du canal de Suez ; et en 1996, il fut, cette fois en qualité de premier ministre, à l’origine d’une guerre – baptisée « opération raisins de la colère » – contre le Hezbollah libanais, en réponse au bombardement par celui-ci du nord du pays, au moyen de roquettes de type Katioucha.

Devenu président, Peres, bien que n’ayant plus qu’un rôle représentatif, approuva l’offensive « plomb durci » contre la bande de Gaza, dont le coût matériel et humain fut considérable. « Nous ne comprenions pas, expliqua-t-il dans un discours devant l’Agence Juive à Jérusalem, et nous ne comprenons pas encore maintenant, pourquoi, après avoir évacué Gaza, ses dirigeants commencèrent à tirer des milliers de missiles contre nos civils. Pour quelle raison ? Dans quel but ? ». Parallèlement, Peres soutint le – très controversé – blocus de Gaza : « Israël lèverait le blocus, affirma-t-il, si le Hamas montrait quelque intérêt à faire la paix ».

D’où l’épitaphe, mi-figue, mi-raisin, que lui réserva le quotidien de gauche Haaretz : « si Israël se trouve au bord d’un abyme moral, peut-on lire dans son numéro du 28 septembre, Peres y a sa part. Si c’est un pays en route vers l’apartheid, il en fut le co-fondateur ».

Jugement sévère. Peres était avant tout un réaliste, conscient de ce qu’un compromis est très difficile avec les leaders palestiniens actuels, en particulier ceux du Hamas, et plus difficile encore avec l’allié du Hamas, via le Hezbollah : l’Iran.

Ainsi qu’il l’écrit lui-même dans ses mémoires : « La paix ressemble beaucoup à l’amour. C’est un processus romantique. Il faut y vivre, il faut s’y investir, il faut y croire. De même qu’on ne peut imposer l’amour, de même, on ne peut imposer la paix ».

Si tu veux la paix, prépare la guerre. Oui, M. Peres, vous avez eu raison.

L’adieu à Shimon Pérès, homme de sécurité et homme de paix

Ecrit par JCall le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

L’adieu à Shimon Pérès, homme de sécurité et homme de paix

Shimon Pérès, qui vient de nous quitter à l’âge de 93 ans, a consacré toute sa vie au service d’Israël. Durant cette longue et remarquable carrière, la sécurité et le développement de l’Etat juif ont toujours été ses objectifs majeurs. Mais sa perception de l’ordre des priorités a nettement évolué au fil du temps : autant le jeune Pérès passait pour un « faucon », autant le Pérès de l’âge mûr était devenu un combattant de la paix. Cette évolution reflète une prise de conscience de l’impérieuse nécessité de la paix, et aussi une inquiétude croissante face aux phénomènes négatifs apparus au sein de la société israélienne, travaillée par les logiques perverses de l’occupation et de la répression – à telle enseigne que vers la fin de sa vie, selon le témoignage de l’ancien dirigeant travailliste Ouzi Baram (Haaretz, 28 septembre 2016), Pérès en était venu à penser que « le gouvernement de la droite tourne le dos aux principes démocratiques d’Israël ».

Si Shimon Pérès a passé la première partie de sa carrière dans le domaine de la défense nationale, c’est parce que David Ben Gourion lui avait très tôt confié des tâches de premier plan. Avant même la naissance de l’Etat, ce jeune homme de 24 ans, arrivé treize ans auparavant de sa Pologne natale, était responsable des achats d’armes pour la Haganah. Quelques années plus tard, âgé de 30 ans à peine, il devint directeur général du ministère de la défense. En 1959, à l’âge de 35 ans, il passa du statut de fonctionnaire à celui d’homme politique et entra au gouvernement comme ministre adjoint de la défense. Il y resta jusqu’en 1965.

Durant cette longue période, Shimon Pérès initia et géra des projets majeurs pour la sécurité du pays, notamment la diversification des contrats d’achat d’armements à l’étranger, la création des industries militaires et des industries aéronautiques, ainsi que le développement de la capacité nucléaire israélienne avec la centrale de Dimona.

Pérès est ensuite ministre de la défense dans le premier gouvernement d’Itzhak Rabin, entre 1974 et 1977. C’est dans ce cadre qu’en décembre 1975 il facilite la création de la première « implantation » israélienne en Cisjordanie, trente familles appartenant à la mouvance nationaliste religieuse s’installant dans une base militaire proche de la ville de Naplouse. Ainsi naîtront les colonies d’Elon Moreh et Kedumim. Les colonies d’Ofra et Ariel bénéficieront elles aussi de l’aide de Shimon Pérès. Ce dernier dira par la suite son regret ; il avait sous-estimé, expliquera-t-il, la volonté des colons de faire de l’occupation des territoires un acte irréversible. Il est vrai qu’à cette époque le phénomène de la « colonisation » israélienne en Cisjordanie est encore très marginal, et est souvent vu à travers le prisme du contrôle militaire qu’en l’absence d’un règlement politique global Israël veut exercer sur les territoires. La création d’implantations juives en Cisjordanie ne prendra réellement son essor qu’après la venue au pouvoir du Likoud, en 1977. La question de l’avenir politique de la Cisjordanie passera alors au premier plan des préoccupations des dirigeants travaillistes, y compris Shimon Pérès.

Colombie : la triste victoire de la résignation

Ecrit par Alexis Brunet le 08 octobre 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Colombie : la triste victoire de la résignation

Les espoirs de paix douchés

Faisant voler en éclats les sondages qui annonçaient ces dernières semaines une large victoire du « oui » au référendum sur la paix avec les Farc, le « non » l’a emporté sur le fil dimanche dernier. Si j’étais dubitatif sur la crédibilité de ces sondages, j’ai aussi été déconcerté par l’annonce du résultat.

Santos, le président colombien, aurait pu faire passer son traité de paix avec les Farc sans consulter le peuple. Il a souhaité lui donner plus de poids en organisant un référendum. Il s’est sans doute imaginé un peu naïvement qu’on préfère une paix – même imparfaite – à une guerre. Sauf que non. L’accord n’a aucune valeur légale. Six ans de négociations pour rien. Un plan de paix de près de trois cents pages, que peu de Colombiens ont lu, pour rien. Des signatures et annonces à tout va pour rien. Les colombes et le Prix Nobel envolés. Vu ainsi ça pourrait prêter à sourire. Sauf qu’il s’agit de la tentative la plus aboutie de mettre un terme à un bien vieux et sale conflit qui s’envole avec. Pourquoi les Colombiens ont-ils rejeté cet accord dans l’isoloir ? Beaucoup ont eu peur qu’il permette aux Farc d’accéder un jour au pouvoir. L’ancien président Alvaro Uribe – grand vainqueur de ce coup de théâtre – qui n’a cessé de clamer ces derniers mois que cet accord ouvrirait la porte à une dictature communiste de type Venezuela ou Cuba, y est pour beaucoup. Il ne s’agissait pourtant que de cinq députés et cinq sénateurs des Farc qui auraient fait leur entrée dans l’arène politique. Et à moins d’un coup d’Etat, imaginer Timochenko – guide suprême des Farc – qui doit se contenter d’un taux de popularité de 3%, être couronné un jour premier roi communiste de Colombie revient à envisager que nous serions bientôt dirigés d’une main de fer par Nathalie Artaud. Une hypothèse mensongère et grotesque donc, mais qui a porté ses fruits.

Les Farc mènent le bal

L’ironie de cette histoire, c’est que la possibilité ou non de voir renaître un plan de paix est soumise au bon vouloir des Farc. Ces derniers ont affirmé à plusieurs reprises avant le vote que si le « non » l’emportait, ils ne retourneraient pas à la table des négociations. Santos a aussi dit que les hostilités reprendraient. Uribe a répété pendant des mois que cet accord devait être modifié. Sauf qu’invité aux négociations à la Havane quatre ans durant, il n’a jamais voulu y mettre les pieds. À l’annonce des résultats, tandis que Santos a affirmé vouloir lutter pour la pacification de son pays jusqu’à la fin de son mandat, Timochenko a annoncé maintenir sa volonté d’aller jusqu’à la paix. Reste à voir si les coéquipiers de ce dernier acceptent de reprendre des pourparlers et sous quelles conditions. Beaucoup de Colombiens ont estimé que ce traité n’était pas assez dur envers les Farc, et doutent de la bonne intégration des guérilléros dans la société civile. Mais ces derniers ont-ils vraiment intérêt à accepter d’aller docilement en prison – et avec le sourire – alors qu’ils n’ont jamais perdu leur guerre ?

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