Actualité

Elles et leurs mères...

Ecrit par Martine L. Petauton le 24 mai 2014. dans La une, Actualité, Littérature

« Duras, Beauvoir, Colette – Trois filles et leurs mères », Sophie Carquain, Editions Charleston, illustrée, mars 2014, 294 pages, 18,50 €

Elles et leurs mères...

Et « bonne fête maman ! », enfin, si l’on veut…

Ainsi donc, elles avaient des mères, ces femmes puissantes, chacune à leur façon, et dans leur temps ; ces icônes de la littérature – mais, tellement plus encore – qui hantent nos tables de chevet depuis le fond de nos adolescences. Des mères, comme chacune d’entre nous. Pas moins, plutôt plus. De drôles de fantômes qui coiffent, protègent, s’insinuent, fascinent, et – bien entendu – castrent, limitent, interdisent… tout en nageant dans cette ambivalence, propre à la mère, en étant crainte, redoutée, mais tant adorée. Bref, un lien unique en son genre.

Sophie Carquain pratique ici la « biographie romancée », le biopic littéraire qui se lit d’un coup, glissant au fond de nos mémoires, à la manière du soda de l’été : sensuel, essentiel, très agréable !

Ce sont des enfances et des adolescences, surtout, dont il s’agit ; là où l’ombre de la mère porte en gloire. La Cochinchine coloniale de Duras – réussite d’évocation ; on en sent presque la touffeur et on cille devant sa lumière ; le Paris bordure du jardin du Luxembourg de Beauvoir ; les cris des petits des bourgeois et de leur nounou emplissent nos oreilles ; la Bourgogne et ses insectes, ses chats, toutes ses fleurs ! crissant longtemps après dans notre mémoire, comme un halo familier autour de la coiffure unique de Gabri-Colette. Jeunesse, mais aussi – ce n’est pas le moindre intérêt du livre – traces quasi indélébiles des mots et gestes de la mère, dans l’adulte et l’écrivain qu’elles sont toutes les trois devenues. Et puis, la mort ; ce curieux arrachement qui se coupe (enfin, semble-t-il) un jour…

« J’ai eu ce paradis d’une mère qui était tout à la fois, le malheur, l’amour, l’injustice, l’horreur ». Signé, Duras. Autour de Barrage contre le Pacifique, puis de L’amant, Carquain pioche avec maestria ce drôle de couple Marguerite et Marie Donadieu. Remarquable moment du triptyque, moins connu, moins écrit, que la vie des deux autres. Éclairé, par un rendu historique de grande qualité, depuis les rizières et les grands bateaux qui ramènent de France : « Ici, à Saigon, les blanches font des frais de toilette. Toutes de blanc vêtues, le blanc des coloniaux ». Deux personnages de roman à égalité que ces femmes, à part, tragiques, ou picaresques. Des trajectoires.

Beauvoir, ses crises de colère, défendant déjà, haute comme trois pommes, son « je » contre une mère altière et intervenante – Françoise – dont la présence émaille les Mémoires d’une jeune fille rangée ou La force de l’âge, dont la vie fut probablement moins « douce » que la mort dont parlera sa fille…

OPINION Refonder l’Europe… au risque de la crise ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 24 mai 2014. dans La une, Politique, Actualité

OPINION  Refonder l’Europe… au risque de la crise ?

Refonder l’Europe ! Tel est le slogan du Front de Gauche. Belle idée, difficile à mettre en pratique toutefois. Par quoi cela passerait-il ?

D’abord par les institutions. Celles-ci ont toujours été bancales : un directoire – lieu du véritable pouvoir – formé des chefs d’état ou de gouvernement des pays membres : le conseil européen ; un exécutif non élu, mais nommé et irresponsable politiquement : la commission ; enfin un parlement, aux compétences croissantes mais encore très limitées. Le conseil est un club d’états-nations, copropriété improbable, qui – à l’instar des immeubles – est paralysée par les intérêts divergents. La substitution de la règle de l’unanimité par celle de la majorité qualifiée, voulue par le traité de Lisbonne, a certes rendu la situation moins inextricable ; mais, même ainsi, le processus de décision à 27 est lent et laborieux.

Refonder l’Europe, cela voudrait dire, avant tout, mettre sur pied un gouvernement (fédéral ou confédéral, peu importe les mots) digne de ce nom, c’est-à-dire transformer la commission en authentique instance décisoire, mais avec un président élu au suffrage universel direct sur l’ensemble de l’Union, et des commissaires investis par le parlement, donc censurables par lui. Les attributions du parlement devant être étendues à tous les sujets, et le conseil des états réduit à une sorte de sénat, ne disposant plus du droit d’initiative, mais seulement d’un droit de véto à la majorité des 3/5èmes. Ce serait ainsi, dans une très large mesure, la fin des souverainetés nationales, intrinsèquement obsolètes, du fait de l’impossibilité de mener une politique réellement active à l’échelle – trop étroite – des actuelles nations.

Refonder l’Europe, ce serait ensuite changer d’orientation économique. L’économie de l’offre, vulgate colportée par la plupart des « experts » et des économistes, est folie dans le cycle déflationniste où nous nous trouvons. Elle avait sa raison d’être dans les années 80, à l’époque où la politique de la demande conduite par la gauche aggravait une inflation encore à deux chiffres. Là la droite avait raison : une « désinflation compétitive » s’imposait. Mais la conjoncture a changé, ce que ne voient pas (ou à peine) les apôtres de l’orthodoxie budgétaire. Contrairement à ce que prétendait Jean-Baptiste Say – pape du monétarisme, s’il en est – l’offre ne crée pas la demande, du moins pas en période de déflation : elle étrangle les ménages et les emprisonne dans un cercle vicieux : gel des salaires, consommation en baisse, laquelle en retour entraîne une baisse des prix… paupérisation rampante dont les effets dévastateurs s’observent en Grèce ou au Portugal. Le déficit certes diminue, mais le malade meurt guéri.

Problème : l’économie de la demande inclut le protectionnisme. Ce fut le cas, dans les années 30, de pays aux régimes aussi différents que l’Amérique de Roosevelt, l’Allemagne nazie, ou la Russie de Staline. Dans un système absolument libre-échangiste, la relance par demande aboutit à un déséquilibre insupportable du commerce extérieur, en raison de la concurrence des bas coûts de production (fondés sur l’exploitation) pratiqués dans les pays émergents. Il convient donc d’ériger des barrières protectrices. Cela ne peut se faire qu’à un niveau continental, et non plus national.

« L’affaire » du Général Dumas

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 mai 2014. dans La une, Actualité, Histoire

« L’affaire » du Général Dumas

Il y a peu de temps, le Maire Front National de Villers-Cotterêts (dans l’Aisne), Monsieur Franck Briffaut, s’est illustré en refusant de commémorer l’abolition de l’esclavage, organisée dans cette ville depuis le 10 mai 2007, en rapport avec la personnalité du général métis de la Révolution, connu sous le nom de Général Dumas ! Ce Maire, membre du parti d’extrême-droite depuis plus de 35 ans, a prétexté qu’il était « contre toutes les commémorations », à propos desquelles il affirma qu’elles étaient très souvent liées à des « récupérations politiques ».

Il ne classe donc pas, apparemment, la fête de Jeanne d’Arc, qui avait lieu le 11 mai (!), ni dans la catégorie des « commémorations », ni dans celle des « récupérations politiques »… ! Pour justifier sa non-participation, il ajouta qu’il en avait assez de toutes les « repentances »… ! Et nous savons que l’actuel Premier Ministre, Manuel Valls, sans le citer, mit en cause son comportement, par rapport à des cérémonies qui étaient pourtant seulement « d’union républicaine ».

Mais alors, parlons un peu de ce Général Dumas, voyons quelle fut son action à l’époque de la Révolution et sous Bonaparte, en se posant – au passage – la question de fond sur ce qui a pu vraiment gêner ce Maire Front National dans cette « affaire » plus que regrettable !…

De son vrai nom Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, le Général Dumas naquit le 25 mars 1762 à Jérémie, dans l’île de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), et quitta ce monde le 26 février 1806 – justement à Villers-Cotterêts. C’était un mulâtre, ancien esclave, fils d’un blanc et d’une esclave noire, et père d’Alexandre Dumas et grand-père d’Alexandre Dumas fils. Quelle fut donc son action pendant la période allant de 1789 à 1806 ? Il faut en fait remonter à l’année 1786. Il se trouvait alors dans le cadre du régiment des dragons de la Reine, en tant que simple cavalier. En août 1789, une partie de son régiment fut envoyée à Villers-Cotterêts afin de sécuriser cette région. Il devint brigadier en février 1792. C’est probablement à ce moment-là qu’il entra dans une loge maçonnique. Sa carrière militaire connut alors une ascension fulgurante ! Son Ami, le fameux Chevalier de Saint-George, antillais comme lui, l’éleva au grade de lieutenant-colonel.

Il devint ensuite général de brigade, puis général de division – précisément le 3 septembre 1793. Ayant atteint la petite trentaine, il arriva à cette situation extraordinaire d’être le premier général d’origine afro-antillaise de l’armée française (bien avant Toussaint Louverture !). Il participa à plusieurs campagnes : Pyrénées occidentales (vers Bayonne), Vendée, Alpes, Belgique, etc. Le 17 août 1794, on le nomma Commandant en chef de l’armée de l’ouest. Dans ce cadre, il joua – pendant un temps – un rôle dans les guerres vendéennes, mais démissionna très rapidement, en raison des massacres organisés par la Convention l’année précédente. Il rédigea d’ailleurs un rapport extrêmement critique à ce propos, ce qui lui valut d’être rétrogradé dans ses responsabilités.

Pour Camille Lepage

Ecrit par Sabine Aussenac le 17 mai 2014. dans La une, Ecrits, Actualité

Pour Camille Lepage

Une rose épuisée sur la grille dormait,

Ses pétales effleurant le métal comme un ange.

 

Baiser fou, l’innocence salie et toujours piétinée,

À la grille du monde que le printemps dérange…

 

Des cerises éclataient comme la liberté,

Leurs rondeurs vers le ciel en lampions rougeoyants,

Une offrande amoureuse à un ciel si bleuté

Sur ces branches dressées comme un grand corps d’amant.

 

Ailleurs dans le grand monde mourrait la jeune fille,

Sous les balles en Afrique, ses photos des vestiges

D’une vie flamboyante comme mille escarbilles,

Dans le brasier immonde des charniers en vertige.

 

Ces pensées en mémoire de Camille Lepage,

Qui sa vie nous donna pour laisser des images.

Le chagrin du petit député socialiste…

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 mai 2014. dans La une, France, Politique, Actualité

Le chagrin du petit député socialiste…

Il pleure – non, il chougne, comme on dit en Corrèze, le petit député socialiste, et en même temps, il remonte la crête : ne fait-il pas partie de ces « frondeurs », des 41, qui – sait-on ! – dans les livres d’Histoire, joueront peut-être dans la même cour que ces 80 d’honneur, de Juin 40, face à Pétain… On peut rêver, parfois dans ce monde où c'est plus trop de saison !

Il a grondé, menacé, haussé le ton, et toisé –  bravache ! – son parti. Valls et son seau infernal de crans sur la ceinture, ce sera – je boude et je m’abstiens – ou pire – il rêve encore tout haut, le gamin – ce sera non !

Ils furent 41, qui boudèrent, ce 29 Avril, après – joie frétillante des média à leur trousse – une bonne journée d’« émotions politiques » à la française – galopades effrénées dans les couloirs de l’Assemblée, brins d’infos distillées par les attachés en gloire (il se pourrait que… mon député a fait dire au Premier Ministre…) ; comptabilité fiévreuse (avec le non des écolos, si on ajoute – allez ! – les plus durs de la gauche du PS, cela pourrait… la majorité fissurée ? frissons…), et le tout de courir la poste. Valls, du haut de son autorité, de ses bons sondages – de son courage, aussi – tonne : « j’assume le réformisme ! ». La petite troupée continue son chahut dans les couloirs ; la Gauche retient son souffle, la Droite rigole. Rideau ; fin de l’acte 1.

Il est peut-être, notre petit député, venu de ces plateaux battus des vents du Massif Central, où il connaît – non, il commence à connaître – chaque éleveur, et plus d’un chômeur, ou, d’une banlieue triste encore largement sinistrée, ou encore du Sud menacé par le vent du Front. Il côtoie, à l’Assemblée, à Solférino, des jeunes qui « y croient », de la diversité (gênant, ça, pour le pouvoir et nous tous avec lui), des dames, dont Delphine Batho – celle qui a osé. La parole de l’ancêtre-Emmanuelli en logique de rupture depuis si longtemps, lui sert de viatique. Jérôme Guedj – bonne tête de type de gauche – est celui qui cause à la TV, depuis pas loin de 2 ans maintenant, quand il s’agit de tancer, et surtout de rappeler les Écritures. A ce titre, il est validé comme le leader de la gauche agitée du Parti. PS – grand navire fissuré mais tenant encore la mer - toujours mouvant, bruissant de tant d’idées, s’honorant – et, avec belle raison – depuis si longtemps, de la capacité à dire non, à rouspéter, à lever le front. Une seule tête au PS ? cherchez ailleurs, vous vous êtes trompés de porte ! Classe indocile de très bons élèves tenant tête facilement au prof…

 Quelque chose de grisant, se dit le jeune camarade, cette esbroufe de la Chambre, à deux pas du 1er de Mai, dans un sillage – un souffle – du grand Mai lui-même…

Fraîchement élu, dans l’ombre portée du « Tous Hollande » de Mai 2012 ; surfait alors (avec quelle facilité, quand il y songe) sur ce mécontentement sans précédent, associé au nom seul de Nicolas Sarkozy. Ce « changement, c’est maintenant » – douce chanson de la Campagne, y-avait-il seulement cru, ou s’était-il dit, comme tant d’autres – on verra en marchant ; plus tard, sur le chemin… Et la route, on le sait, se fit épineuse ; le temps se chargea de nuages lourds. La métaphore depuis sait se faire abondante pour accompagner « le-chemin-de-croix-du-Président-aux-commandes-du-navire-en-prise-avec-les-tempêtes ». Bruits de fond : cris et larmes… un grand thriller, que cette gauche au pouvoir dans l'enfer de la crise...

Sur fauteuil roulant

Ecrit par Kamel Daoud le 26 avril 2014. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Sur fauteuil roulant

Bouteflika a gagné mais le bouteflikisme y gagne encore plus.

Finalement, le bouteflikisme a gagné. Qu’est-ce que le bouteflikisme ? C’est d’abord une façon de boire, de manger et de ne pas bouger. Le régime est un régime alimentaire. Les gens, beaucoup, ont voté pour ce mode alimentaire dit de « dépenses sociales » faramineuses. Comprendre : on vous paye les trois quarts des prix du sucre, électricité, essence, semoule, eau, gaz, ciment, toits et autres. Et on vous donne de l’argent pendant que les Chinois travaillent. Rares sont les gens qui peuvent résister à l’inertie sucrée. On ne change pas une équipe qui travaille à votre place pendant que vous vous reposez à sa place et qui paye vos factures. Quinze ans de règne rusé ont produit une addiction au moindre effort, avec de meilleurs salaires.

Ensuite le bouteflikisme est une peur. De l’avenir, du passé, du mouvement, de la rupture, du changement et du désordre. Apres deux mille ans de colonisation, une dernière guerre de décolonisation et une guerre civile, des gens, beaucoup de gens, ont peur de la peur. Et le régime le sait et y puise sa légitimité de gardien du peuple contre la menace du peuple. Terrorisés par eux-mêmes, les gens préfèrent le choix du même et tuer le temps plutôt que se tuer les uns les autres. Le bouteflikisme est aussi un souvenir, mauvais. Les gens se souviennent du vote sanction 90 et, surtout, de la sanction contre ce vote.

Ensuite le bouteflikisme est un réflexe sécuritaire du régime : la transition, le changement ou les réformes sont tous, profondément, perçus comme une menace. Il n’y a que deux options : on reste ou ils nous chassent. Pas de réconciliation, pas d’amour, pas de deal, pas d’entente. Soit on gagne, soit on perd tout.

Et le bouteflikisme dans ce sens n’est que le vieux réflexe du propriétaire depuis l’indépendance. Les siens se mobilisent d’instinct, au plus bas de l’échelle comme au plus haut, pour réussir une cooptation sous forme de réélection.

Ensuite le bouteflikisme c’est surtout plusieurs milieux : des légitimistes de la propriété mystique de la terre nationale au nom de la sécurité et de la guerre de Libération. De nombreux parents au nom du sang, de la région ou de l’obédience. Des fidèles, un Général ou quatre, des dizaines de ministres et des hommes de main. Ils y ont le choix entre le prix du sang ou sauver le lien de sang.

Putréfaction Algérienne

Ecrit par Ahmed Slama le 26 avril 2014. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Putréfaction Algérienne

C’est un sentiment étrange ; croiser une femme que l’on a aimée, avec qui l’on a vécu vingt ans, dont on a ressassé les souvenirs des années durant, on se remémore ses gestes, pas toujours tendres envers vous, son caractère lunatique… Jamais on n’a osé renouer les liens avec cette femme, trop douloureux, trop compliqué, on veut se reposer, et puis… Bam ! La claque ! La voilà, elle ! au coin de la rue, la voilà, elle ! qui vous salue !…

En gros, c’est ce sentiment qui me prend en ces jours d’élections algériennes, moi, l’exilé (volontaire et estudiantin) de l’autre côté de la Méditerranée. Je me sens merdeux de ne jamais avoir rappelé ! De ne jamais avoir demandé de nouvelles !

Torturé par la culpabilité, je me rue sur les journaux (en ligne et en papier) histoire de me renseigner sur sa vie, comment a-t-elle a évolué ! Ce qu’elle fait aujourd’hui… ça me laisse un goût amer dans la bouche, déception quand tu nous tiens ! Une déception mâtinée de mauvais souvenirs, l’ennui, la stagnation, l’air nauséabond. Je n’ai pas mal à mon Algérie, non ! J’ai mal aux Algériens ! Mes amis ; mes ennemis et ma famille. Tous ceux que j’ai abandonnés. Jamais je ne leur ai écrit. Trop honteux d’être ici ; eux, là-bas. Je jette un œil au réseau social à la barre bleue, un parasite, je me glisse entre leur vie et le compte rendu virtuel qu’ils en font, ainsi, je tente de saisir leur ressenti… Mes larmes roulent alors au rythme de la barre de défilement, rien, ou presque n’a changé, leurs publications coulent d’ennuis…

Ce sont devenus des enseignants, des chômeurs, des ingénieurs, des femmes au foyer… Je n’ai rien avoir là-dedans, mais j’en suis fier ! Pourtant leurs phrases, leurs mots ont, à mes yeux, toujours cette résonance métallique, celle de l’ennui, du désespoir, un ciel, bas, désespérément voilé de gris ! Un son que je connais, je l’ai pratiqué avec eux dans la cour du lycée, sur les bancs de la faculté ! Oui, rien n’a changé ! Les rêves de sexe, d’amour, d’alcool, d’oubli se succèdent…

J’ai fait mon bonhomme de chemin depuis l’Algérie, je ne les ai pas oubliés, pire, je les ai abandonnés, trop honteux, moi le fuyard, d’être ici ; eux là-bas !

Par l’union, il brisera toutes les attaques… Adieu à Dominique Baudis

Ecrit par Sabine Aussenac le 19 avril 2014. dans La une, France, Politique, Actualité

Par l’union, il brisera toutes les attaques… Adieu à Dominique Baudis

Quand j’ai lu les avis dans le Carnet du Monde, j’ai compris que je ne pourrais vous dire au-revoir. Car aujourd’hui, je suis dans votre Ville Rose, quand un hommage vous sera rendu aux Invalides, tandis que demain, lorsque votre ville vous pleurera, je serai, exceptionnellement, à Paris…

Ces quelques mots pour vous assurer, Dominique, de mon profond respect et de ma gratitude. La France perd un Juste, et Toulouse l’un de ses pères bienfaiteurs.

Savez-vous que nous avons été en opposition politique, lorsque, jeune étudiante, on m’avait demandé d’occuper la fin de la toute première liste verte, il y a mille ans, quand notre score a été si ridicule que nous, modestes militants de la première heure, avons été obligés de rembourser la campagne ? La petite étudiante rêveuse, qui ne connaissait de la politique que les cartes de vœux du RPR que son Conseiller Général de père l’obligeait à mettre sous enveloppe en famille, s’était émancipée, portant des Birkenstocks bien avant l’heure et achetant des graines de sésame au Marché du Capitole à la sortie de Fermat… Mon hypokhâgne ratée, pleine de lectures de Kerouac et de rêves américains, ressembla bien peu à votre brillant parcours étudiant, mais quelque part, déjà, nous avions les mêmes ambitions : changer la vie, ou peut-être même transformer le monde…

C’est que votre regard, toujours, a su voir au-delà de Garonne les méandres de l’Histoire. Vous aimiez les hommes, leur passé, leur avenir, vous aimiez aussi nous dire le monde. Vos activités de grand reporter ont, tout naturellement, convergé vers la fenêtre du petit écran lorsque, au gré des JT, vous donniez aux Français des nouvelles de notre terre. C’est qu’elle vous était précieuse, notre planète, et vous l’aimiez, de ces terres méditerranéennes que vous avez su magnifier lors de votre présence à l’Institut du Monde Arabe jusqu’à vos engagements européens… Oui, le Cèdre du Liban a été comme un emblème de tous vos chiasmes et métissages, car comme lui vous avez, toujours, défendu la paix et la conscience.

C’est Toulouse qui a, avant vos futurs engagements,  profité la première de vos clairvoyances. Quelle différence entre la modeste bourgade presque ensommeillée que j’ai découverte en arrivant de ma campagne tarnaise et la métropole européenne qui rutile de mille feux, quand non seulement le soleil berce le clocher de St Sernin en rougeoyant sur la brique, mais fait miroiter les ailes de nos avions et fusées… Vous avez su, Dominique, participer à cette naissance, et faire de Toulouse l’Occitane une capitale européenne. Vous avez fait, pour notre ville, l’habile transition entre tradition et modernité, et la Croix du Capitole se souvient de la liesse des soirs d’élection… Les petits quartiers sont aujourd’hui toujours là, Toulouse reste un grand village, avec ses marchés de plein vent, ses tilleuls qui embaument autour de St Sernin et la faconde de ses habitants ; mais on y parle à présent aussi, au-delà des annonces en occitan dans le métro, la langue du futur.

La parité… Yes !!

Ecrit par La Rédaction le 12 avril 2014. dans La une, France, Politique, Actualité

La parité… Yes !!

Et 4 chroniques ou rubriques sur Reflets, en l’honneur de ces « femelles, diablesses, et autres femmes » ! cette semaine, dont on va dire qu’elle est celle de la parité ; c’est à dire de l’égalité. Un gouvernement, pile à l’heure avec un exact balancement homme/femme. Bravo ! Non pas tant sur le principe qu’il avait lui-même acté définitivement, dès 2012, mais sur le fait étrange et bienvenu qu’on ne les remarque plus, comme telles, les femmes du perron de l’Elysée !! On pourrait même croire parfois que le compte n’y est pas ! On s’en frotte les yeux – elles y sont – « nos » femmes ? s’interroge le plus machiste des citoyens du comptoir. Elles y sont, et dans chaque mairie itou, et le flot continue. C’est peut-être ça, la démocratie en marche ! Parmi elles, une ( icône paritaire ou «une fait causer » ? ) Ségolène. Elle l'incarne, cette parité, dans son parcours, son visage, et mériterait à elle seule, bien plus que ces deux ou trois mots. De la gamine un peu Cosette qui a gardé l'accent de l'Est travailleur et a gagné ses galons «  avec les dents », à celle qui n'a pas craint d'afficher sa réussite politique en couple, qui, en 2012,  marchait au pas des  parités de tous ordres et voulait nous affranchir toutes, jusqu'aux larmes et aux chausse-trappe de ces dernières années... parité – semble-t-il,  rendue à celle à qui on la devait. Anecdote impayable pour finir ; à ce journaliste presque bêlant, qui lui demandait, il y a peu : « - mais, comment vous allez l'appeler, F Hollande, en conseil des ministres, Madame Royal ??, et elle de répondre, le regard assorti : - mais, Monsieur le Président... ». Parité de toutes les bêtises?

 

Amicale et citoyenne dédicace aux 3 de 36 :

Cecile Brunschvicg, sous-secrétaire d’Etat à l’Education Nationale

Suzanne Lacore, sous-secrétaire d’Etat à la Santé Publique

Irène Joliot-Curie, sous-secrétaire d’Etat à la Recherche Scientifique

Valls, le choix du peuple ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 05 avril 2014. dans La une, France, Politique, Actualité

Valls, le choix du peuple ?

La déroute a eu un parfum de Waterloo. C’est vrai que le bicentenaire n’est pas loin ! Pas même un Victor Hugo pour pleurer « dans ton cirque de bois de coteaux de vallons / la pâle mort mêlait les sombres bataillons ». Juste un Pujadas presque hilare ! Sinistre machine à laver d’une démocratie mal en point ; la carte a viré du rose au bleu, avec de loin en loin de vilaines taches bleu-marine… la France devient importable et difficilement gouvernable… derrière le bruit des urnes, le fracas du peuple dans la rue ? Difficile d’évacuer l’idée et de ne pas entendre.

Entre une abstention brouillonne mais probablement très signifiante, et ce vote de colère incarnée dans l’exécutif Hollande/Ayrault, même combat, même défaite ; que devait faire ce capitaine – du Titanic – se plaisent à rire les bonnes gens à l’abri du besoin ? Continuer encore quelques miles (jusqu’aux Européennes) avec le vieil ami de toujours, dont l’intégrité, la bonne volonté et le gris-sérieux – ça, surtout ; ça, hélas – ne sont pas à remettre en cause. Ce n’est en rien un scoop, je crois savoir que le président le souhaitait. On a – voyez-vous – un président qui ne traite pas les hommes comme de vieilles chaussettes usées. Patte, par ailleurs, toujours prudente du chat qu’il est, avançant sur le chemin en mesurant les obstacles au risque de se voir reprocher à l’envi d’être un tortueux, un hésitant.

Car, chez nous – vieux pays latin, scie de chaque ligne de journal – qui n’agit pas en tapant sur la table, en tempêtant à la tonitruante, est un pauvre hère balbutiant figé au sol – autrement dit, un indécis, donc un Hollande (« un pauvre homme passait dans le givre et le vent » ; j’ai décidément le Hugo actif, ces temps-ci !)… on me dira, et j’en suis bien d’accord, que réfléchir n’empêche pas d’expliquer « encore et encore » ! Mais, garder Ayrault en charge d’un gouvernement fortement resserré, n’était-ce pas rester dans le terne et le flou, bien peu à la mode ; le délavé, le sans couleur. Cela aurait également conforté l’image – représentation installée – d’un président tergiversant. Un entre chien et loup crépusculaire. Cependant, cela aurait marqué une volonté, un cap, un ferme dire : « j’ai entendu, mais pas tout de suite » du parent qui garde la main. C’était aussi valider l’institutionnel et le politique pur – tant honni de nos jours ; souligner la prévalence des « grandes » élections, législatives et présidentielles, sur les municipales (on dit ça et là que jamais, sous la Vème, on n’a fait autant de barouf autour d’élections locales). Pour autant, dans ces cris de dimanche, ces grondements, cette tempête, pouvait-il ?

Opter pour Valls, c’est redonner les cartes au peuple souverain. Un homme béni de hauts sondages, rassemblant républicains de droite et de gauche, dans l’image d’une gouvernance active et volontaire, qui « en a » pour faire face au vilain grain. Cela sonne, certes, un peu comme un Bonaparte auréolé de la gloire d’Italie face aux Assemblées, même si je ne dis pas ici que Brumaire toque à la porte ! Mais, il y a chez – non, pas Valls, mais l’idée qu’on s’en fait - les couleurs flamboyantes, le bruit des bottes, les drapeaux ! Le dur, là, où on subodorait du mou ; allez ! le mâle face à… Valls, c’est la TV-couleur à la place du noir-et-blanc. Or,  c’est en couleurs et avec effets spéciaux, que les gens veulent regarder l’Histoire passer. Probablement.

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