Actualité

L’œil de Claude : Après les attentats

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 31 janvier 2015. dans La une, Actualité

L’œil de Claude : Après les attentats

Après les attentats et les incidents survenus a posteriori dans de nombreux établissements scolaires, la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a présenté un certain nombre de mesures censées redonner du sens à la notion de laïcité.

Dès la rentrée prochaine, il sera fait une large place, entre autres, aux règles de civilité et de politesse et à l’enseignement moral et civique, dans le but de former de futurs citoyens responsables, soucieux des valeurs de la République… Sans vouloir paraître rabat-joie, cela vous a tout de même un goût de « réchauffé » !

Où l’on semble redécouvrir les « fondamentaux » de l’école républicaine sur fond de drapeau tricolore et d’hymne national… Mais sera-ce suffisant pour que l’institution retrouve de sa superbe ? Quoi qu’on dise, avant de faire appel à mille enseignants aguerris, formés à la laïcité et secondés par une « réserve citoyenne », il faudra qu’en amont les familles s’investissent davantage et fassent de l’instruction civique – au sens large – leur credo, le maître n’étant qu’un « relayeur » privilégié… Avant l’Education nationale, l’éducation tout court !

Globalement, et sans verser dans un angélisme réducteur, l’école de la République a su inculquer à bon nombre de jeunes gens les « bases citoyennes » qui leur ont permis de se construire et d’accepter l’autre tel qu’il est… Les événements tragiques de ces dernières semaines ont sans doute accéléré le rythme des réformes, mais demandons-nous si l’Ecole, « en chantier » depuis des lustres, aurait été capable, indépendamment de tout cela, d’améliorer son quotidien !

 

E comme Eglise, E comme Ecole

Avec un taux de fécondité de 1,99 enfant par femme, la France est l’un des pays les plus féconds d’Europe… Sans commune mesure avec les Philippines, par exemple, où les familles (très) nombreuses sont légion !

De retour de Manille, le pape François a déclaré en substance que le chrétien ne devait pas « faire des enfants en série »… Pour appuyer ses dires, il s’est même fendu d’une comparaison osée, fidèle à son franc-parler : « Certains croient que, pour être de bons catholiques, on doit être comme des lapins ! ».

Progressiste convaincu, et réformiste dans l’âme, il veut à tout prix « dépoussiérer » l’Eglise, prisonnière de ses dogmes et d’un mode de fonctionnement par trop sclérosant, qui, la plupart du temps, l’empêchent d’aller de l’avant, au grand dam de ceux qui la servent… Mais revenons un instant à ses propos volontairement imagés, à travers lesquels il a voulu, une nouvelle fois, mettre l’accent sur les problèmes liés à la natalité et à la contraception, dont l’acuité demeure intacte au sein même de la communauté catholique… Une manière originale – une de plus – de faire bouger les consciences !

Etre (Charlie) ou ne pas (l’)être ?

Ecrit par Kamel Daoud le 24 janvier 2015. dans Monde, La une, France, Politique, Actualité

Etre (Charlie) ou ne pas (l’)être ?

Etre Charlie ou ne pas l’être. C’est la question. Elle fracture désormais Nord/sud, Algérie/France, Occident/Couchant, morts et vifs, compassion et banalisation. Topographie du cas algérien : l’être ou ne pas l’être ? C’est selon, quand on lit, écoute, voit ou discute. Etre Charlie s’appuie sur la compassion et le choc : on ne tue pas des dessinateurs au nom de Dieu ou de son Prophète. La vie est donnée par ce Dieu, elle ne peut être ôtée que par lui, selon les tablettes anciennes.

Etre Charlie c’est être avec la vie, la liberté, l’humanité et la raison. Tu dessineras, mais tu ne tueras point. On a déjà vécu cela chez nous, en nous, avec nous-mêmes. Il ne s’agit pas de Français ou d’autres mais de la vie qui n’a pas de nationalité, seulement un droit et une flamme et une couronne. Beaucoup d’Algériens l’ont vécu ainsi. Ils sont Charlie parce que Charlie est aussi la vie.

Et « je ne suis pas Charlie » ? A cause des malentendus, de la haine en soi, ou de l’aigreur ou de la colère ou du manque de conscience ou de l’abus de différences. Les deux premières raisons sont sales, on ne va pas en parler. Reste la troisième : des Algériens ont sorti par exemple des arguments légers : nous avions été seuls à l’époque de notre guerre. Faux : les journalistes du monde se sont solidarisés avec les journalistes algériens à cette époque. Il ne faut pas mentir, ni confondre Mitterrand avec les solidarités du monde.

D’autres parlent de Palestine. Oui, absolument. Les solidarités ne doivent pas être sélectives. On l’est avec la vie ôtée et la douleur restée, partout. Mais curieusement le refus de la solidarité sélective ne conduit par certains à la solidarité totale mais à la désolidarisation calculée. Paradoxe : je ne suis pas Charlie car Charlie n’est pas la Palestine puis la Palestine n’est pas Charlie et donc je ne fais rien pour les deux au nom de l’un. Question alors : la Palestine demande-t-elle que l’on se désolidarise avec le reste du monde au nom de la solidarité avec la Palestine ? Non, j’en suis sûr.

« Je ne suis pas Charlie » évoque aussi la religion. Laquelle ? Pas l’islam, mais la sienne, celle de ses colères : inhumaine. Selon les tablettes anciennes, l’islam est la religion de tous. Charlie compris ou pas ? Qui décide ? Si je ne suis pas Charlie, cela donne-t-il droit exclusif d’être Mohammed ? Si je ne représente pas Charlie cela autorise-t-il à se présenter comme représentant exclusif de Mohammed ? Non. Mohammed aurait-il voulu la peau de Charlie ou son sourire ? La religion est le lien avec Dieu, pas l’entrave avec le reste des hommes. Tuer n’est pas créer. Et dessiner n’est pas tuer. Si on veut partager cette religion avec le reste de l’humanité, il ne faut pas commencer par tuer pour ensuite discuter car on ne peut dialoguer avec un cadavre. Charlie a le droit de dessiner.

L’œil de Claude : Incrustation

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 24 janvier 2015. dans La une, France, Politique, Actualité

L’œil de Claude : Incrustation

Dimanche 11 janvier, lors de la marche républicaine, Nicolas Sarkozy a quelque peu bousculé le protocole et réussi à se faufiler au premier rang, celui des chefs d’Etat et de gouvernement en exercice. Etre ou ne pas être sur la photo, tel fut sans doute son principal dilemme, lui qui, on le sait, n’a de cesse de se repositionner dans l’arène politique !

Malgré le recueillement et l’unité affichée, il n’a pu s’empêcher d’apparaître comme une personnalité « de premier rang », avec la complicité à peine voilée de Carla… Fort heureusement, tous deux furent recadrés juste avant la minute de silence !

Chassez le naturel, il revient au galop… L’ex-président de la République s’est souvent inspiré de ce proverbe pour asseoir sa légitimité, mais il devrait savoir qu’une photo ou une caricature en disent peut-être plus long qu’un discours !

 

Sous l’angle du CSA

Il y a peu, le CSA convoquait télévisions et radios pour évoquer la couverture des attentats, réunion au cours de laquelle on a surtout pratiqué « l’art de la conversation »… Télévisions trop « présentes », radios trop « bavardes »… Ce sont là quelques-uns des reproches qui leur furent adressés, car elles risquaient à tout moment de mettre leurs équipes en danger et de gêner le travail des forces de l’ordre !

Cette « connivence », parfois surprenante, en a choqué plus d’un, étant donné que certaines informations divulguées sur les antennes auraient pu intéresser les terroristes et, par voie de conséquence, aggraver la situation… Une manière d’appréhender le réel, spécifique aux chaînes « tout info », mais « reprise » également par d’autres chaînes, privées ou publiques !

Au nom du droit à l’information, dont il faudrait repenser les limites, les médias prennent de plus en plus de risques et font songer à ce qui se passe notamment aux Etats-Unis, où l’on ne lésine pas sur les moyens pour faire de l’audience… Certains faits divers ressemblent même à des « scènes scénarisées », dont l’issue semble « écrite à l’avance »… Un comble !

A Paris, Montrouge et Porte de Vincennes, le téléspectateur lambda eut lui aussi parfois l’impression d’assister à un « film d’action » qui passait en boucle, avec plans d’ensemble, plans moyens et gros plans… En définitive, une prédilection pour le « cinéma-scoop », où, hélas, trop d’infos tuent l’info !

Nous n'oublierons jamais...

Ecrit par La Rédaction le 17 janvier 2015. dans La une, Actualité

Nous n'oublierons jamais...

L'évidence est là , nous n'oublions pas ; nous n'oublierons jamais, et le drame, et la République debout, et ce qui reste de ciel noir... nos mémoires, nos écritures, nos paroles échangées et celles qu'on garde en soi. L'oubli, depuis ce début Janvier n'est plus un mot usuel. A moins qu'il ne l'ait trop été ; avant.

Nous avons beaucoup publié la semaine passée, sur «  les évènements ». Un magazine – fût-il modeste, comme le nôtre, se sent investi, dans un tel cas, de quelque chose d'unique, après ce moment de sidération, où rien ne peut s'écrire...

  Beaucoup d'entre nos rédacteurs, et aussi des nouveaux, nous ont proposé des textes – souvent, d'ailleurs des poèmes, comme si ce genre si proche du chant, ou de la prière, était ce qui semblait naturellement adapté à son ressenti.

 Merci à eux tous, d'avoir honoré, ainsi Reflets, pour lors, d'un temps si dur.

 Mais, nous ne publierons plus – ou si peu – ces retours sur l’Événement lui-même ; nous ne voulons plus publier face à l'avenir, que les analyses ou les prospectives. Que chacun veuille bien le comprendre.

"L'ESPRIT DU 11 JANVIER 2015 "

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 17 janvier 2015. dans La une, France, Actualité, Politique, Société, Histoire

Après l'horreur des jours qui ont précédé le 11 janvier - l'attentat contre Charlie Hebdo, puis les prises d'otages -, ayant entraîné un total de 17 morts, les "marches républicaines" du 11 janvier furent un considérable succès citoyen : près de cinq millions de personnes dans les rues (en comptant les 700.000 de la veille), record inégalé depuis la Libération  , avec, d'une manière exemplaire au niveau de la gestion de la sécurité, les représentants des familles des victimes, ceux des grandes religions, des syndicats et de diverses associations, plus 50 chefs d’État et de gouvernement du monde entier... ! Après le temps de l'émotion, bien naturel, puisque d'abord fondée sur les drames, il y a eu le désir de se retrouver d'un "Peuple debout" ( titre repris par de nombreux quotidiens)... ! Et maintenant va commencer celui de la réflexion. Je ne vais ici que tenter de donner mes premières impressions à ce sujet, incluant des limites, car nous ne devons pas nous enflammer, même si ce 11 janvier fut un phénomène "inouï" (pour reprendre l'expression employée par Laurent Joffrin, directeur de la rédaction de Libération et éditorialiste au Nouvel Observateur)...

Il est incontestable que ce qui s'est passé, dans notre France, si souvent vue, et de plus en plus depuis l'accentuation de la crise, comme hyper-individualiste et repliée sur elle-même, peut devenir - d'une certaine façon - une sorte de "révolution culturelle" fondée sur la Fraternité (entre les composantes de base de notre société). Ces citoyens, qui se retrouvaient dans les rues, aussi bien à Paris qu'à Lyon, Marseille, ou au cœur des autres grandes, moyennes et petites villes de notre pays (et parfois même de simples bourgs), et qui - malgré le chagrin - étaient venus pour un espoir de refonder du "vivre ensemble", tombant souvent dans les bras les uns des autres, me rappellent (comme historien), "l'esprit de Février 1848" ! Ce fut en effet à cette époque-là, lorsque chuta presque pacifiquement le régime du roi Louis-Philippe (la Monarchie de Juillet), que l'on ajouta véritablement le mot de Fraternité à la devise républicaine... Le 11 janvier 2015, la France s'est retrouvée et le monde a retrouvé la France qu'elle Aime, cette France éternelle, humaniste, démocratique et ouverte sur les autres, annonçant peut-être cette "République universelle" que Victor Hugo avait prophétisée (au milieu du XIXe siècle), et que la très grande majorité des Français avaient oubliée... Une France n'ayant rien à voir avec l'extrémisme des marchands de haine quels qu'ils soient, aussi bien ceux qui soutiennent l'action des terroristes islamistes que ceux qui ont tenté une sorte de "hold up" sur ses symboles depuis les années 1980 et dont la cheftaine blonde a tenté ces jours-ci de se faire passer pour une "victime" tandis que  le père éructait ses "Je ne suis pas Charlie !" - à l'instar, remarquons-le, de certains intégristes franco-musulmans favorables aux "djihadistes"... !! Mais, tout ceci - en tout cas pour ce dernier - dans un quasi silence général assourdissant, comme si le Front National et les partis d'extrême droite européens (y compris les islamophobes de Pediga en Allemagne) étaient tétanisés par ce qui vient de se passer...

Ceux qui ont la gorge trop serrée

Ecrit par Myriam Hamouda le 17 janvier 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Ceux qui ont la gorge trop serrée

Que ceux qui défendent soudain la liberté d’expression laissent à ceux qui ont la gorge trop serrée la liberté de ne pas s’exprimer. La douleur n’est pas une matière enseignée sur les bancs de l’école, et personne ne nous a jamais appris à la dompter pour en faire un petit chaton trop mignon qu’il suffirait de caresser pour le calmer quand il est en colère ; chacun s’arrange toujours avec sa douleur du mieux qu’il le peut. Il y en a qui ont besoin de parler, beaucoup, à toute vitesse, pour faire sortir ce mal qui les ronge de l’intérieur, pour fuir ce silence dont le gouffre s’ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ont peur de tomber. Il y en a qui ont besoin de prendre l’air, comme depuis que la douleur les en a privés ils n’arrivent plus à respirer ; ils marchent d’un pas aussi lourd que leur cœur dans le bois d’à côté, ils galopent autour d’un stade la nuit tombée en espérant qu’à force de tourner en rond ils arriveront à fabriquer une tornade qui aspirera leur mal-être. Il y en a qui ont besoin de laisser leur douleur sur le paillasson de l’entrée et de troquer leurs idées avec celles de leur voisin de palier ou celles de n’importe qui tant qu’elles sont sages et les laissent tranquilles, ils essayent d’en rire comme les lames de leur plancher sont déjà imbibées de leurs larmes trop salées, ils jouent à candy crush comme ils savent pourtant que les vies ne se cumulent pas, que le monde n’est pas un gros bonbon rose, mais ils aimeraient pouvoir y croire encore un peu comme avant. Il y en a qui ont besoin de se taire et de tendre l’oreille pour écouter le silence derrière le brouhaha.

Et depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne savent plus ce qui leur fait le plus mal. La barbarie de ces types remplis de haine qui ont confondu kalachnikov et crayon-mine, ou ces discours venimeux qui jaillissent de tous les côtés chaque minute. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; c’est des images choc des slogans qui claquent des gorges trop serrées qui craquent sous les draps et que le monde pointe du doigt parce qu’elles n’ont jamais appris à répandre leurs larmes sur le trottoir d’en bas. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; quand la minute de silence passée les langues se délient les cagoules valsent et que sous ce si bel élan de solidarité se faufile la haine d’une meute en pleine confusion. Et même si leur appartement reste propre à coup de troubles obsessionnels compulsifs et d’eau de javel, depuis mercredi ceux qui ont la gorge trop serrée passent pourtant toutes les minutes de leurs jours et de leurs nuits au-dessus de la cuvette des waters. Et si elles pouvaient parler les gorges trop serrées, elles hurleraient aussi fort que vous qu’elles ont mal, aussi mal que vous ; et elles tendraient leurs mains comme elles vous souhaiteraient pour cette nouvelle année de laisser votre haine désordonnée de côté, juste un instant celui d’apprendre à nous aimer avant de prononcer ces mots qu’on ne pense jamais vraiment quand c’est la colère qui les lâche en dérapant sur le verglas. Mais, depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne parlent plus, comme ils ont perdu le sommeil les mots et leur bienveillance.

Bye Charlie

Ecrit par Luce Caggini le 17 janvier 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Bye Charlie

Epouser Dieu au plus haut des cieux une fois dans sa vie sur un coup de tête.

Immortaliser un amour avec le même flamboiement que Dieu a mis à naître.

Faire l’amour dans une BD avec Charlie.

Générer le pardon.

Nommer Allah gisant à terre ou à genoux et narguer une croix en même temps.

Porter en pendentif un croissant une croix ou une étoile pendant toute une vie et permuter.

Amasser une quantité de générosités dans un géant petit moment de vie terrestre.

Rire.

Trois versions d’un Dieu multiple et ravi de ne parler ni français ni arabe ni hébreu mais organisé pour nomadiser entre les rives de la Méditerranée comme marin, comme arpenteur des montagnes, comme miraculé après une chute de pierres sous ses pieds ou encore comme un mortel numérotant les grains de sable entre Oran et Jérusalem.

Sautant en plein branle-bas des murs du Kotel aux murs de Médine, esquissant un signe de croix dans le Jardin des Oliviers, magistral maître du rêve de l’humanité, ondulant entre rien et moins que rien, entre immensité et particule de noosphère, Lui, le Maître des nuls et des grands rêveurs des mers incolores, maître initial uni à l’onde à l’air aux mers et aux terres, amant des Trois Orange glorifie mort et vie, musulmans, juifs et chrétiens d’un mot : adoration en l’amour de l’autre.

Vendre une imitation de vérité c’est mettre un doute sur le mot divin. Vendre une demi-vérité c’est être malade de réalité sans le moindre symptôme de fièvre, marginaliser le cri des marginaux qui exaltent les rois du massacre des dessinateurs c’est aussi mettre quarante années de lutte du monde réactionnaire sous la même narcose que Madame Le Pen.

Attenter aux amoureux du rire avant de partir du paradis terrestre sur un tapis persan de la République, et faire un pas dans un cratère brulant de l’autre coté du monde des momies de la Mer Morte dans le génie du Mal.

Artistes amants, marins et capitaines n’arrivèrent pas à en croire leurs yeux de radieux marginaux et comme au théâtre, avec malice, ils tirèrent leur révérence.

La volonté de la France

Ecrit par Luc Sénécal le 17 janvier 2015. dans La une, Actualité

La volonté de la France

La volonté de la France est d’être une et solidaire. Devant des actes de barbarie elle se lève et se tient debout face à la sauvagerie et à l’imbécilité rétrograde de celles et ceux qui prônent un djihad qui n’a rien à voir avec la religion qu’ils ou elles revendiquent. Aussi maintenant qu’elle a manifesté sa volonté, il convient de tirer les leçons du deuil profond dans lequel elle est entrée entière et unie.

Pour ce faire, plusieurs axes de réflexion sont à définir. Car ce sont les causes de cette situation qu’il convient de déterminer. Toutes les causes, que ce soit des manques à caractère politique, social ou individuel, comme celles venant par le manque de cohérence dans ses relations extérieures. Donc on peut se poser des questions comme :

– Pourquoi et comment des jeunes gens nés en France, de nationalité française, éduqués dans notre pays peuvent en venir à de telles extrémités ?

– Pourquoi l’éducation de ces jeunes gens a failli à ce point. Ce, en faisant bien attention à ne pas faire d’amalgame avec « l’éducation nationale » qui ne devrait pas avoir ce rôle, car essentiellement dévolue, elle à l’enseignement (changer déjà ce titre devrait apporter un meilleur éclairage).

– Pourquoi existe-t-il une marginalisation de ces jeunes de la part des adultes, tant à titre individuel que de la part des regroupements associatifs. Question corollaire, comment ces jeunes utilisent cette marginalisation comme justification de leurs actes illégaux ?

– Pourquoi nos politiques de quelques partis qu’ils soient, n’ont pas pris en compte cette minorité très active dans notre jeunesse, à part des effets d’annonces peu suivis et inefficaces. Ce, en laissant sur le terrain des fonctionnaires en face à face presque désavoués dans leur rôle car ignorés par ce qui semblait être alors de l’indifférence.

– Pourquoi avoir laissé s’installer ce prosélytisme musulman non seulement dans les mosquées mais aussi dans les milieux carcéraux et dans les regroupements de jeunes sans activité, sans emploi, laissés à eux-mêmes ?

– Enfin, pourquoi une petite partie de la population se réfugie derrière un refus de principe pour aborder cette problématique et encourage les amalgames de toutes sortes pour espérer se protéger par le déni, sa peur ou sa propre haine.

Le piège

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 janvier 2015. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Le piège

Les faits. Ce 7 Janvier de malheur absolu et 10 ans avant, les caricatures de Mahomet (certaines, des danoises d’origine) relayées avec un courage bien rare par les « une » de Charlie Hebdo.

Le séisme. Touchant (à ce point, c’est l’unique réconfort), toutes ces foules françaises mélangées, rebondissant dans les dires justes, de presque tous bords, des Politiques, hiérarchies religieuses et autres grandes voix intellectuelles.

Mais maintenant, le piège, la tenaille, ses dents de fer, se refermant si l’on n’y prend garde sur une société, telle qu’elle est aujourd’hui, dans l’état – pas brillant – où une armada multifactorielle l’a mise ; et depuis longtemps. Le piège qui les ferait gagner – double bingo – eux, ces démons des temps modernes. Gagner, et pour si longtemps. « On a tué Charlie », hurlaient-ils, et si s’ajoutait : « on a éclaté la société, la République ! ». Parce que chez nous, se tenir les coudes devant l’adversité, négocier le temps du vent mauvais, croyez-vous que ce soit de saison ? De même que, repérer – et savoir s’y tenir – les lignes, non de fracture, mais de points communs, être dans l’ensemble et non dans le moi, face aux autres, franchement, avez-vous souvenirs que ce soit là, le portrait de la société française, des banlieues aux rues chic, en baguenaudant sur les chemins de campagne. « Ma France » aurait chanté l’autre, n’a plus beaucoup de traits d’union… Elle n’est plus que clivages aboutis ou en gestation, déchirements, chagrins et contrariétés tels que seule la chasse au bouc-émissaire la soulage. En tous cas, on dirait ! Et, là, on ne manque de rien, ni de personne : assistés, émigrés, marginaux de tous poils, font l’affaire des ires bruyantes à tous les étages, et – morceau de choix – les Musulmans, madame ! les Arabes, c’est bien pareil, ma chère ! tenant haut le rôle anciennement dévolu aux Juifs, dans cette partition de malheur. Clivage, du reste, encore, que seraient ces positionnements faussement bonhommes et généreux, qui se tourneraient vers nos concitoyens de confession musulmane, en leur demandant de « donner l’exemple », autant dire de répondre des « leurs » ?? de devoir, finalement, présenter plus de preuves de citoyenneté que le Français Lambda ?

Alors, si l’on croise les Événements actuels avec cette grille particulièrement tolérante et apte au vivre ensemble, convenez qu’il y a péril en la demeure… et que c’est effrayant ; la vague, la plus grosse à l’horizon de la plage, dans l’Océan Indien de l’hiver 2004. Le piège est là, tendu, silencieux, derrière la fusillade, presque autant menaçant, presque aussi mortifère, achevant nos amis de Charlie et les policiers, d’un coup de grâce implacable, et pour longtemps, puisque là, c’est le tissu républicain tout entier qui peut en ressortir troué à mort.

Mourir pour la libre parole ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 janvier 2015. dans Monde, La une, France, Politique, Actualité

Mourir pour la libre parole ?

Il faut bien distinguer deux choses dans ce drame : la barbarie terroriste et la censure par intimidation.

La barbarie ? Que dire ? Sinon que deux figures (sans parler des autres) qui ont rythmé ma jeunesse par leurs dessins nous ont été enlevées : Wolinski et Cabu. La mort de Cabu me touche particulièrement. Dans mon enfance et mon adolescence, je lisais Pilote et les aventures du grand Duduche (c’est-à-dire lui-même !). C’était un homme d’une extrême gentillesse et déjà durement frappé par le destin (un fils mort du sida).

Mais au-delà de l’horreur et du deuil – ferments d’une inévitable poussée islamophobe – la question posée est celle de la liberté d’expression non pas seulement formelle (garantie par la loi) mais réelle. Je n’aime pas le blasphème et trouvais les caricatures parues dans Charlie Hebdo d’un goût douteux. Mais c’était un acte de courage, le courage de dire ce que l’on pense. C’est ce courage que les barbares entendent intimider par leurs crimes et leurs menaces. Menaces tout sauf en l’air, on vient de le voir. Bien des journalistes et écrivains – musulmans ou non – furent et sont toujours frappés par une fatwa qui les condamne à mort. Ils se trouvent de la sorte confrontés à un dilemme : se taire pour sauver leur peau ou continuer à s’exprimer au péril de leur vie…ce qu’ils font généralement.

  Comme Cabu, demain peut-être, ils mourront. Comme eux, Cabu, en tout cas, n’a pas eu peur… la peur, justement : là git le piège diabolique de l’attentat de mercredi. Combien de Cabu y aura-t-il demain ? Qui acceptera de se sacrifier pour des idées, fussent-elles justes ? Personne n’a vocation au martyr. Salman Rushdie lui-même n’a plus rien écrit de « dangereux » après les Versets sataniques… défiler pour la liberté, c’est bien, c’est consensuel, tout le monde applaudit. Mais qui portera le fer – par la dérision ou la réflexion – contre les barbus sanguinaires et leurs idées ?

Le risque, c’est que les barbares ne réussissent dans leur tentative de censure : qui osera caricaturer Mahomet désormais ? Qui osera défier une idéologie meurtrière et mortifère ? L’autocensure serait la pire des victoires pour les assassins et la pire des défaites pour la démocratie.

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