Actualité

Vu de l’étranger

Ecrit par Jean-François Vincent le 29 avril 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Vu de l’étranger

J’ai consulté la presse européenne (du moins dans les limites de mes compétences linguistiques) pour rendre compte de la perception du premier tour dans les différents pays.

Remarque préliminaire : l’élection française a passionné l’Europe. En Belgique, la RTBF (télévision francophone) y a même consacré toute une soirée électorale.

Trois types de réaction : l’espoir, la stupeur et la perplexité.

 

L’espoir

La Stampa clame : « Emmanuel Macron a sauvé l’honneur de la France ! ».

Die Zeit, moins lyrique, confirme : « Macron donne confiance à l’Allemagne, les hommes politiques allemands congratulent le pro-européen ».

The Guardian encourage : « une victoire pour Macron et pour l’espoir. Maintenant la France doit finir le boulot, dans deux semaines, en élisant M. Macron ».

 

La stupeur

Le Soir titre : « La gifle ! Une gifle retentissante pour tout l’establishment politique ».

De Telegraaf n’est pas en reste : « cela signifie un tremblement de terre dans la politique française. C’est la première fois depuis près de 70 ans qu’il n’y a pas, au second tour, de candidat des partis ayant pignon sur rue, LR et PS ».

Idem pour le Corriere della Sera : « pour la première fois depuis qu’existe l’élection directe du président, la droite républicaine n’est pas présente au second tour ».

« Une page est tournée dans la vie politique française » déplore le quotidien flamand De Standaard.

The Daily Telegraph parlant lui de la « rebuffade donnée par Emmanuel Macron et Marine Le Pen à la classe politique ».

 

La perplexité

Elle domine.

La Neue Zürcher Zeitung évoque très métaphoriquement « Le gentil et la bête » : « l’élection présidentielle se transforme en plébiscite sur l’Union Européenne. Au second tour, s’opposent la furieuse adversaire de l’UE, Marine Le Pen et le défenseur de l’Europe, Emmanuel Macron ».

La Süddeutsche Zeitung s’interroge : « la France a le choix entre l’optimisme et la rage. Elle doit choisir entre l’ouverture au monde et la fermeture ».

 

Bref, malgré un soulagement certain, La France inquiète. Moins d’ailleurs en raison de la montée évidente de la xénophobie, que par l’éventualité d’un « frexit ». Après tout, en ajoutant Dupont-Aignan, il n’y a pas loin de 45% des votants hostiles à l’Europe. Le frexit signifierait, en effet, la mort de l’UE.

Mais heureusement, nous n’en sommes pas là…

La victoire en déchantant

Ecrit par Jean-François Vincent le 29 avril 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

La victoire en déchantant

Soulagement et amertume

Soulagement, car la France n’a pas – encore ? – basculé. Ni dans la xénophobie, ni dans l’europhobie. Les pro-européens humanistes ont sauvé la mise. Marine Le Pen déçoit par son score les espoirs que lui promettaient les sondages et Mélenchon n’est pas au second tour… youpi !

Mais amertume. Le « vainqueur » cache mal sa vacuité interne sous les paillettes du show qui lui tient lieu de programme. Ce candidat attrape-tout – moi compris – doit son succès, non à l’adhésion, mais à la peur : la peur du pire. Il sert de dénominateur commun, petit, si petit, à la kyrielle – hétéroclite et hétérogène – de tous ceux qui ne voulaient ni du néo-fascisme tranquille et faussement apaisé, ni du néo-marxisme pseudo-bolivarien.

Sa volonté de présenter des candidats dans toutes les circonscriptions aboutira à des triangulaires, voire à des quadrangulaires, lourdes de menaces. Rien n’est plus favorable au FN que ces matches à trois ou à quatre. Le résultat ? Une majorité étriquée, voire pas de majorité du tout. La IVème ressuscitée… hourra !

Un pronostic : l’état de grâce – si tant est qu’il y en ait un – sera court.

Fin de la course en vue…

Ecrit par La Rédaction le 21 avril 2017. dans La une, Actualité

Fin de la course en vue…

L’éthique et le respect de l’électeur, le seul qui au bout tranche ; le suivi – banal – des usages des campagnes électorales d’antan, quand à deux pas des urnes, le silence se faisait…

Parce qu’enfin, ne faut-il pas in fine laisser souffler celui qui demain va poser son bulletin, ou rester chez lui ? Ne faut-il pas, enfin, permettre de digérer toutes ces infos, redondances, scoops ; toute cette nourriture, voire parfois gavage d’oies ? Ne faut-il pas baisser le son des tonnes de sondages auxquels personne ne croit, mais que tout le monde consulte comme Pythie fatiguée en Delphes ? Ne sied-il pas au – citoyen ?? – décideur, faiseur de roi-président, de pouvoir s’isoler une miette avant l’isoloir final ? Méditer, sait-on ! Décompresser, tel l’élève au bord de son examen. Qui a enseigné, sait qu’on dit à ses élèves que – jamais – le travail, le bachotage de tout dernier moment n’accouchera de bons résultats ; par contre, débrancher, s’aérer l’esprit (et le corps !), laisser le matériel reposer, voir ce qui reste au fond du pot, qui est vraiment compris et validé, ça c’est tout bon !

Alors, à Reflets du temps, nous laisserons ce 22 Avril s’installer le silence des veilles de grandes batailles démocratiques et citoyennes. Aucun texte directement lié à la campagne – le texte sur le travail des équipes de l’IFRI, étant largement d’une autre essence.

Bon week-end, amis lecteurs et rédacteurs. Soufflez, réfléchissez – vous êtes devant vous – soufflons, nous aussi. Respirons un grand coup – du bon air, si possible, car Lundi la course reprend, et pour les derniers mètres !

L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

Ecrit par Martine L. Petauton le 21 avril 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

L’IFRI présente « L’agenda en politique étrangère du nouveau président »

… Le huitième de la Vème république, celui – ou celle – qu’on élira le 7 Mai.

Il ne s’agit pas d’une comparaison des programmes en politique étrangère, même si, à la fin de chacun des 15 articles de cette somme de travail d’analyses, un tableau synoptique présente fort utilement les propositions des grands candidats. Il s’agit des thèmes qui seront ceux auxquels le nouveau président sera confronté dès son élection. A la fois, donc, des analyses et pistes destinées aux candidats eux-mêmes et bien autant à la réflexion de nous tous, lecteurs-électeurs.

Cet important travail que présente l’IFRI rassemble 15 articles courts et pas moins de 21 rédacteurs, sous la houlette du directeur de l’Institut, Thomas Gomart, et de Marc Hecker, dirigeant les publications de l’IFRI et rédacteur en chef de la revue de Politique Étrangère, dont nous sommes devenus familiers à Reflets du temps.

Impossible de recenser – vraiment – chacun des 15 articles, tous fondamentaux. J’ai pris le parti d’en extraire quelques éléments phares, à tout le moins, d’en éclairer le titre en forme de problématique parlante. Saluant chacun des chercheurs spécialistes qui ont dégagé la substantifique moelle de leur sujet, tous de façon pédagogique et remarquable ; me sera-t-il pardonné de n’en citer, pour cause de place, aucun de leurs noms !

L’introduction cible l’importance en politique étrangère, du Président, et depuis le passage au quinquennat en 2002, l’accentuation de la rupture Gaullo-Mittérandienne.

« La – future – politique étrangère sera entravée par la dette » à hauteur de 32000 Euros / Français de dette, d’où un incontournable : la baisse des dépenses publiques.

Au-delà des « postures », « comment défendre les intérêts de la France commercialement ? » sachant que le débat actuel tourne autour d’un retour à un protectionnisme français, et qu’il faudrait chercher à influencer des réponses européennes aux défis de l’heure.

Point central, celui de « l’énergie et du climat, des enjeux de la transition énergétique »,une des réussites du quinquennat sortant, dont la progressive sortie du plein nucléaire reste à aménager.

5 défis pour la présidence à venir, autour – évidemment – du « terrorisme ». Connaître la source à travers la zone syro-irakienne ; cibler le problème des « revenants » et trouver la juste place et forme de la déradicalisation. Avoir en mire la réactivation des réseaux anciens, et « faire fonctionner » le fichier mis en place depuis 2015 des 12 à 16000 personnes susceptibles de passer directement à l’acte, de même que les « frappes obliques » venues de ressortissants étrangers.

La « défense » pourrait bien être à un « moment de vérité » dans le prochain quinquennat, avec une réaffirmation de l’objectif de l’autonomie stratégique, ce qui souligne le besoin de crédits et moyens insuffisants pour le moment.

Un article très actuel sur la « maîtrise du numérique en stratégie » apporte un utile éclairage sur la course aux cyberarmements, dont la Russie, s’est fait – on sait - une spécialité.

L’article sur « reformuler le défi migratoire » est – forcément – attendu, de même, pour le coup, que le tableau synoptique des programmes des candidats. Débats qui tournent depuis la fin des années 80 autour des notions de nationalité, régularisations, immigration choisie et/ou subie. Mais, l’été 2015 et la crise des migrants, la catégorie aussi de réfugié s’invitant dans les débats, a coloré différemment la campagne. Nécessité d’un traitement de ces sujets à l’échelle européenne, mais force est de constater que des approches irréconciliables, apparemment, se sont installées entre états européens ; Allemagne, par exemple, et Hongrie. Plusieurs articles éclairent les problématiques propres à nos relations à venir avec des États ou groupes d’états.

Elle s’appelait Sarah Halimi

Ecrit par Brigitte Stora le 15 avril 2017. dans Racisme, xénophobie, La une, Actualité

Article publié le 11 avril 2017 sur le site du Huffington Post

Elle s’appelait Sarah Halimi

ACTUALITE

 

Est-ce le résumé de tout ce que je veux écrire ?

Est-ce un titre ? Un chapô, une prémonition, une conclusion, une chute ?

Elle s’appelait Sarah Halimi et ces deux noms cognent un peu trop fort à nos mémoires.

Certains réclament vengeance, d’autres sont en prière. Peut être nous faut-il des mots, ceux qui manquent. Dramatiquement, incompréhensiblement. A ce jour, pratiquement seule la presse « communautaire » en a parlé. Dans la colère, voire l’outrance, souvent, hélas*.

Nos grands médias pourtant si bavards, si prompts à décrire les frasques sexuelles d’un homme politique ou les confidences aigries d’une femme trompée… Cette presse si friande de petits riens et autres phrases débiles glanées au milieu de discours politiques, ces médias dont beaucoup auront apporté leur pierre à cette drôle de « décivilisation » qui nous défait tous lentement mais sûrement, ceux-là n’ont pas encore relaté ce terrible meurtre commis mardi dernier à Paris dans le 11e arrondissement.

Sarah Halimi, médecin et directrice de crèche, a été assassinée dans la nuit de lundi, battue puis défenestrée vivante de son balcon du 3e étage. Que ceux qui croient revoir une triste scène du Pianiste de Polanski quittent la salle et rangent leur paranoïa… à moins qu’avec de Niro, on puisse redire sa réplique : « n’oublie pas que même les paranos ont des vrais ennemis… »

Et ces ennemis tuent encore. Son assassin est un jeune homme de 27 ans, un voisin « déséquilibré ». Certains n’ont mentionné que sa religion, « musulman », car, à leurs yeux, cela devrait immédiatement signer le crime… D’autres ont écrit un peu vite qu’il parlait arabe, ce qui est peu probable chez cet homme d’origine africaine. D’autres ont parlé de coran brandi, de coups de couteau, ce qui n’est pas avéré. Mais des voisins auraient bel et bien entendu Alalou Akbar, le fils de Sarah aurait évoqué d’autres agressions, des insultes antisémites répétées. Aïcha, une voisine de Sarah, rencontrée dimanche à la marche tient pourtant à me dire : « vous savez, on vit tous ensemble finalement » et elle me murmure : « c’était un drogué, il insultait tout le monde »… Une enquête est en cours. Le procureur de Paris, François Molins a répondu aux inquiétudes en acceptant d’échanger sur l’enquête en cours. Il a expliqué qu’à ce jour, il était « impossible » de savoir s’il s’agissait « d’un acte antisémite ou pas ». Dans le « ou pas » se loge désormais la vigilance républicaine dont on doit se féliciter. Selon lui, rien ne permet de retenir le caractère antisémite et rien ne permet de l’exclure.

Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

Ecrit par Martine L. Petauton le 08 avril 2017. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Syrie... Et l'Histoire de devoir faire sens

Parce que l'homme, on peut l'espérer, est aussi bâti de mémoires, celles des grandes guerres, des Hiroshima et du Viet Nam, celle – si près, si loin peut être, des villages kurdes de Sadam, de Damas, enfin – été 2013, en Août, au mitan des plages, quand la bagatelle des 1500 morts – déjà Sarin,  s'étala en une et, que la voix de Hollande – notre honneur - fut hélas seule à tonner.

Alors, ce coup-ci ( car Bachar-l'infâme glisse ses horreurs de coup en coup, du moment que ça bouge pas trop ; tuant comme un sale gamin qui profite de ce qu'on ne le voit pas à la récré), après Alep cet hiver, l'entrée dans l'été par l'aspersion d'un quartier dit « rebelle » au Sarin – 10 mm sur la peau suffisant à  provoquer des séquelles définitives.

 En finir avec un nid d'opposants ? Impressionner un adversaire qui n'en finit pas de mourir ? Ou voir et mesurer la capacité – la volonté - de résistance des autres en face, cet « Occident » globalisé... Le cerveau tordu de Bachar Al Assad n'en finit pas de nous sidérer.

Même scénario, ou peut s'en faut, qu'en 2013, profitant pour avancer de quelques cases sur cet échiquier de malheur, d'une situation internationale  devenue d'une autre teinte : l'appui, pensé sans doute sûr de la Russie et de l'Iran ; le changement Obama / Trump ; le premier étant vécu comme couard incapable de quitter sa tanière ; le nouveau ayant eu il y a peu, d'amènes propos sur Bachar, comme à vrai dire sur tout dictateur ; l'UE au pire de sa « décomposition  démocratique », Hollande sur le départ ; une Le Pen quelque peu fascinée, sous l'égide de son mentor en géopolitique , Poutine. Bref, un excellent créneau.

C'était sans compter avec, ce qui, de fait, est presque le seul vrai tangible de l'élection surprise de Donald Trump ; sa santé mentale. On le sait – un peu tard - l'homme est un narcissique médical, prisonnier de coups de sang non maîtrisés et d' affects désordonnés. Un compulsif aux manettes. Revoyez ces dernières 48 h : les images – beaucoup d'enfants - accompagnant les faits circulent en boucle sur les chaînes d'infos – seules validées par la Maison blanche. Choqué, bombardé d'émotionnel, Trump sombre – comme nous tous, mais d'une toute autre place - dans un compassionnel déchaîné et immédiat, et décide, que contrairement à tout ce qui a accompagné et fait sa campagne et sans doute son succès, on allait « sortir » de chez soi, armé de pied en cap et « intervenir ». Ce qui signifie d'habitude, quand on est un chef d'état, un protocole, éloigné de toute précipitation. On consulte les instances internationales, on essaie  de convaincre le conseil de sécurité ( ce qu'a fait du reste sa ministre, photos à la main), on consulte, à tout le moins on avertit ses alliés ( F. Hollande baragouine en regardant ailleurs, qu'il a ( aurait) été prévenu 1 h avant, ce dont on peut douter, à peser son mécontentement visible). Or, là, intervention en solo pur des États Unis, au débotté. Foin de la coalition ; quelle coalition ?? Attaque aérienne ciblée, certes, mais dans la foulée, autant dire, réaction « personnelle » du compulsif, pas mécontent dans le champ militaire, comme dans quelques autres depuis son élection, d'utiliser tous les jouets que le pouvoir lui a remis. J'entends ça et là quelques trémolos sur le Trump nouveau ; on me permettra d'y voir le même. Exactement, et dans un « jeu » qui peut légitimement inquiéter.

Pour autant, et comme en géopolitique, la fin compte bien autant que les formes et les moyens, faut-il attendre de vrais résultats des évènements du jour ? De nature, par exemple à infléchir le cours de la guerre en Syrie, voire de reposer les rapports internationaux ? Assad reculant, transi de peur, et préparant ses valises ? Probablement pas, d'autant que l'allié russe – l'Iranien, pas moins, s'est immédiatement porté à son secours, convoquant le post factuel, en renversant le récit – ce seraient les rebelles qui couveraient de tels entrepôts de gaz...

Quant à ceux à qui plaisait – le Munichois étant une espèce consubstantielle à l'homme, et hélas éternelle – l'idée d'une planète où les Grands, USA, Russie, se seraient « entendus », vaille que vaille, ces évènements là sont de nature à les faire déchanter.

L'avenir demeure donc  bien embrouillé, sur le théâtre syrien et j'entendais, hier, notre précédent ministre des Affaires étrangères – Laurent Fabius, un très bon cru ! commentant les évènements du sinistre Août 2013, en ces termes : - plusieurs hypothèses se présentent ; toutes se discutent avec les autres ;  parmi elles,  il n'y en a qu'une que je réfute absolument, celle qui dirait qu'il ne faut rien faire...

Et pour en finir, tentons donc ce bon vieux complot…

Ecrit par Martine L. Petauton le 01 avril 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Et pour en finir, tentons donc ce bon vieux complot…

Parce quand même, « le chemin de croix » de la Droite (ça va comme un costume au cher Fillon, cette formule) est tellement dur… Ces affaires qui tombent comme à Gravelotte ; de riche objet offert comme au temps des Rois – et alors ! – en mises en examen en cascade ; ces concerts de casseroles amusants, mais dont la pertinence est peu citoyenne au bout : qu’on laisse donc faire la justice ; qu’on laisse s’empêtrer à moins que le contraire, nos « camarades » LR dans leur conscience, morale et autres instruments poussant d’usage en cœur et cervelle chrétiennes. Bref, basta. Tournons le regard en attendant – en espérant, que l’électeur saura tourner la page…

Mais on comprend bien cette colère inextinguible des troupes, des concitoyens ; on leur a volé la fin du film, le happy end de l’alternance assurée, et c’est intolérable. On les voit – on en connaît tous, quelques-uns de ces gens de Droite – leur mine défaite avant l’heure, leur aigreur de futur mauvais perdant, leur air ahuri de lendemain de fête qu’aurait mal tourné. Chaque soir, quand l’heure, un quasi rituel, de « C dans l’air » sonne celle des dernières news – une sorte de moisson, vous voyez – on les attend avec gourmandise, ceux des experts (faut-il vraiment les citer) qui penchent nettement à droite, et s’étaient faits raseurs de murs tout leur chemin de croix à eux. Alors…

Eh bien, si l’on pouvait – n’importe où – trouver, dégoter, 3 pincées d’infos de nature à détourner les feux… ce serait assistance à personne en danger, faire souffler un peu le bœuf, ce serait humain finalement. On se dit – magnanime – oui, soyons sportif ; pouce !

Or, les voilà, utilisant leurs minutes de perm, nos LR fillonistes, tout « rebéqués » (« pas contents » en langage Ancien régime), galopant jusqu’à la librairie du coin de la rue, pour acheter un bouquin spécialisé dans le thriller politico-judiciaire, un brin fouillis renseignements généraux, une miette tout ce qu’il faut savoir sur les systèmes divers et variés de surveillance par le pouvoir en place, avant, et après, même. « Bienvenue Place Beauvau », voilà la pépite et pourquoi pas la goupille.

Qu’en disent les auteurs ?

1) Que tout pouvoir en place, notamment l’Intérieur, certainement l’Exécutif dans son entier, savent plein de choses ; infos de première importance, nécessaires ou moins, infos sans beaucoup d’importance ni d’urgence, à garder sous le coude, s’il s’agit de gens à surveiller ou d’opposants politiques. Qui en douterait ? De là à exploiter tout de façon perverse, malveillante (voyez « Clearstream », un must), à déguiser en bombes assurément mortelles des bribes pour en faire des affaires capables de gagner une présidentielle, il y a ce qui sépare un Richelieu, un Mazarin, un Talleyrand – autre must – d’un Hollande. Peut-être – à peine – un Absolutisme d’un État démocratique, car cet homme à qui on peut reprocher tant de choses, est plus que d’autres dans la constance du respect de l’État de Droit.

2) Le livre précise que l’Affaire Fillon n’est pas à son menu, que de « Cabinet noir » tirant ficelles en chambre, aucune preuve tangible ne court la rue dans l’état actuel des connaissances, mais, peu chaut à l’heure où nous sommes et dans le trip Filloniste, tel qu’il fonctionne : le « post verity » servira de viatique ; peu importe les faits, le raisonnement, les analyses ; ce que vous devez croire est ce qu’on vous raconte… récit, roman, même mot, pas loin.

La peau de chagrin de la gauche radicale

Ecrit par Jean-François Vincent le 01 avril 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

La peau de chagrin de la gauche radicale

J’aurais pu d’ailleurs dire « la peau de chagrin de la gauche tout court ». Jamais depuis 1958, celle-ci ne s’est trouvée à un étiage aussi bas dans l’opinion, moins de 25% au total (si l’on en exclut, bien sûr, Emmanuel Macron qui se déclare, tel feu Michel Jobert, « ailleurs » et refuse la latéralisation bipartisane du paysage politique) ; même en 1969, l’année terrible pour la SFIO agonisante (5,01% au premier tour pour Gaston Deferre), le PCF affichait un 21,27% qui ferait rêver Jean-Luc Mélenchon…

Le soutien officiel de Manuel Valls – faisant suite à celui, officieux, de Ségolène Royal – à l’ancien ministre des finances de François Hollande, souligne le hiatus dont le résultat de la primaire dite de la « belle alliance » était déjà le symptôme : le fossé infrangible qui désormais sépare un appareil et des élus centristes (hollandais) d’une base radicalisée mais sociologiquement rétrécie. Cette base file le – mauvais – coton de celle des travaillistes britanniques, qui ont réélu l’archaïque Jeremy Corbyn, revenant naphtaliné du paléo-étatisme des années 70 et meilleur gage de pérennité gouvernementale pour le parti conservateur. L’actuel naufrage de Benoît Hamon dans les sondages – il a dégringolé de 6 points depuis sa « victoire » – démontre que l’électorat dans sa globalité diverge dramatiquement de celui du PS.

Alors pourquoi ? Pourquoi cette purge, ce purgatoire de la radicalité progressiste, quand l’autre, la radicalité réactionnaire (MLP + Fillon = 45%) a, elle, le vent en poupe ?

Certes, on incriminera le quinquennat de Hollande, dont la volte face sur la déchéance de la nationalité, aggravée par le lever de bouclier que provoqua la loi travail, a transformé le parti d’Epinay en champ de bataille, voire en champ de ruines. Mais le mal vient de beaucoup plus loin. D’un point de vue gramscien, la bataille des idées a été définitivement perdue avec l’effondrement de l’URSS et la chute du bloc de l’est ; car ce n’est pas seulement le marxisme sous sa forme léniniste qui fut dès lors mis à bas, mais toute la matrice de la pensée de gauche, à commencer par ses valeurs premières, l’égalité et l’émancipation.

Le peuple – le démos populaire et populiste – n’a cure de l’égalité : pire il revendique l’inégalité des étrangers par rapport au Français (refus du droit de vote des premiers aux élections locales, repoussé sine die depuis 1981, tentation de la préférence nationale à l’embauche). Quant à l’émancipation, les Français lui préfèrent la protection : les droits des minorités de tous ordres passent après, bien après la sécurité – économique (protectionnisme), culturelle (identitarisme) – et naturellement la sécurité tout court, peur du terrorisme.

Les mouvements comme Nuit Debout ne doivent pas faire illusion : impressionnant médiatiquement parlant, leur socle n’en demeure pas moins minime numériquement : celui des « inclus », selon la classification de Patrick Buisson, « métropolitains » selon celle de Christophe Guilluy ; des diplômés, mais qui craignent un déclassement du fait de leur précarisation croissante. Suffisamment nombreux pour faire pencher la balance du côté d’un Hamon, dans le cadre – limité – de la primaire, ils ne sauraient constituer une lame de fond susceptible d’influencer une présidentielle.

La France n’ira jamais plus loin que le centre gauche, et encore, à condition que celui-ci – Macron – se présente comme « franchisé » de toute appartenance à la gauche de gouvernement antérieure.

La peau de chagrin, en réalité, se réduit à ce rôle de cordon sanitaire face aux droites extrêmes ou extrémisantes, auquel se voient réduits les progressistes qui entendent malgré tout résister.

La résistance donc, un combat d’arrière garde, mais qui a sa noblesse.

Ceux qui vont voter ; ceux-là...

Ecrit par Martine L. Petauton le 25 mars 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Ceux qui vont voter ; ceux-là...

Il vous est bien sûr arrivé – en riant, ou pas, en privé ou moins – d’oser ce : mais faut-il vraiment que le suffrage reste universel ?? Ce que d’autres résument – à peine le pli d’un sourire amer au coin de la bouche – par un tonitruant : il faut dissoudre le peuple…

Au cœur du malaise de la Campagne qui commence (officiellement, en fait depuis tellement longtemps en piste), est ce regard sur ceux qui s’apprêtent à voter demain ; vous aurez compris, ceux-là… et nous en face, sautant d’un pied inquiet sur l’autre douloureux, un blanc dans une main, un Macron dans l’autre.

Car, indéniablement, bien plus que les « dits », genre chanson de geste, multiples et caracolant, redondants, des Fillon, Le Pen – les deux bêtes noires de la pièce (ce que ça peut rabâcher, résumer, cette campagne ! un temps d’abstracts bien plus que d’analyses, le temps des tweets de Trump toquant à la porte…), bien plus que les personnes et leurs travers a-démocratiques épais comme camions, davantage même que le dessous plus qu’inquiétant de programmes que la foire actuelle empêche de lire à tête reposée, au-delà de tout ça, ce qui colore mes nuits blanches de cauchemars bien noirs, c’est – je vous le donne comme tels – la masse des gens qui vont voter pour « ça », qui en parlent, parfois énamourés, qui tracent, obstinés – foin des affaires-complots ! – vers ce qu’ils veulent être leur ligne d’arrivée. C’est le bruit de ces étranges légions en marche qui m’angoisse. Et le mot n’est pas trop fort, comme on dit des films horrifiques. Vous voyez, ces films où les visages se déforment sur fond de musique à vous scier les nerfs ; le petit chaperon rouge devient le loup, le chat (le chat !!) vire à la gueule du léopard… ça tient de ça, mes rêves actuels.

Parce que notre bon peuple valeureux, de nos livres d’histoire, de nos vies citoyennes et militantes, industrieux, manifestant au son du « tous ensemble » ; celui que, depuis la grande Révolution, on pose à gauche toute, celui qui a fait des kms à pieds pour aller voter la première fois, au suffrage universel masculin, en 48 l’éclairée, celui des barricades ici et là, des résistances plus souvent qu’à son tour, celui-là, m’sieur-dame, est sans doute parti sur la lune. A c’t’heure, la « candidate du peuple » est toute en dents de requin sous son drapeau bleu-marine.  L'autre soir, dans le débat TV où elle trônait, elle n'en pouvait plus de scander – moulin à prières à sa façon, ces – mais, le peuple a dit, mais le peuple ne veut pas, mais je défends le peuple qui... Le FN – celui du Nord, d’abord, qui chante « on est chez nous » pas seulement dans le remarquable film de Delvaux (à voir si ce n’est fait ; urgence citoyenne !) – a capté – dérouté serait le mot plus approprié – tout ce qui bougeait encore à gauche depuis des générations, dans les ruines du post industriel, post boulot, post dignité populaire. Il y a à présent un peuple qui marche au soleil et face découverte, à l’extrême droite, ni nazi, ni parfois même raciste, écœuré et déçu de tout, apeuré surtout pour le devenir de la nichée. Et c’est patent que pour nous, socialistes de crédo, Hollandais de raison, ce serait difficile de réciter en face de leurs colères la réalité des faits politiques d’un quinquennat, qui – ce n’est pas vrai ! – n’a aucunement préparé leurs tombes. Difficile, mais s’il y a demain dans la campagne, ou plus tard, à demeurer un militant, c’est – aussi – face à eux qu’il faudra tenter de se dresser, et c’est une litote que de penser que le vent sera fort. Quand je vous dis, cauchemar…

Mais – comme vous, sans doute – ceux-là, ça fait un p’tit bout qu’on les a repérés, analysés aussi. Dans notre serrage de gorge, on est – petite consolation – en terrain déjà connu (ce qui est de première importance dans toute guérilla). Par contre, la masse des autres…

Présidentielles ; noir, c’est noir

Ecrit par Martine L. Petauton le 11 mars 2017. dans La une, France, Politique, Actualité

Présidentielles ; noir, c’est noir

…Chantait Johnny, bêlant, là-dessus, un « il n’y a plus d’espoir », si j’ai bonne souvenance… Atmosphère…

…Noir, bien sûr, comme ce qui qualifie l’offre formidablement déroutante, la période, les questions sans réponses ; des points d’interrogation, en guise de seule ponctuation. Noire, la couleur de tout, de matines en JT du soir (si, d’aventure, on ne prend pas les infos de midi, on perd le fil). Noir-suie ; genre on voit rien, on respire mal (vraiment loin de l’Outrenoir du Seigneur Soulages).

Chacun s’accorde à en convenir : nous sommes dans la campagne électorale la plus sombre, indécise, la plus ahurissante, grotesque et par moments pitoyable, de la Vème République. Drôle de tableau pochoir coloré quasi uniquement au « contre ça », la menace FN, bien entendu.

Un couloir de cave, mal éclairé, aux pavés disjoints ; des chausse-trappes à gogo, partout, et en guise de sol, du glissant, du moisi… une odeur, je ne vous dis pas ; mais où-c’est-y-que je m’en vais poser mes cartons d’archives – moi, qui émerge à peine de mon déménagement, ça m’inspire…

Vous, je ne sais pas, moi, j’ai un mal fou à me repérer dans la chose, pour tout dire, à certains moments, je n’y vois goutte. Dans un peu plus de 40 jours, les urnes ! C’est peu dire que c’est bien ma première année d’électrice vaccinée, où j’en suis là (« tombée là » disait-on chez moi) : un mélange d’épuisement, de lassitude intense, d’absence de route en vue ; une espèce de coupure nette dans l’arrivée d’énergie, moi, dont la passion pour la chose publique était d’ordinaire à un niveau plutôt de bon aloi, en intérêt, voire en enthousiasme, quand sonnait l’heure des Présidentielles en partance. Bernique, tout ça ; oublié, loin dans des siècles passés. J’ai comme l’impression, parfois, qu’il ne manque plus que le service psychologues pour traumatisme, auprès de nos hésitations et de notre désarroi parkinsoniens.

Cul par dessus tête, la temporalité de la campagne, et c’est peut-être là que siège une partie du malaise – le mien, c’est sûr. Une autre dimension. Quelque chose d’un voyage intergalactique, ses troubles, et par pulsions, sa bizarre et dangereuse euphorie. Une musique contemporaine, aussi, sérielle, par moments, tuant certaines oreilles, en ravissant d’autres. Assurément, guère harmonieuse. Coups d’accélérateurs – on s’en souvient à peine – depuis le « se présente ou pas » du Président, suivi de son renoncement début décembre (combien de jours, au fait, cette Préhistoire là ?) ; symphonie – concertante, je n’oserai dire – des Primaires de la Droite. Résultats à la hauteur des amateurs d’émotions fortes. Primaires de la gauche, dans la foulée. Re-résultats ; re-grand huit des manèges. Valls au cœur de la tourmente ; mais, Valls, qui s’en souvient à c’t’heure… ? Et puis le roman Fillon ; mieux que les « mystères » d’Eugène Sue le feuilletoniste ; même process, l’écriture au jour le jour du suspense du moment… la totale du manège. En une pincée de jours – autour de 30, pas plus – tout le « plus belle la vie » d’un quinquennat entier, ses personnages, ses presque morts, puis résurrections fulgurantes, ses répliques « tellement vraies » : « mais c’est qu’ils vont me le faire suicider ! » frissonnait une vieille voisine au fond de mes bois de Corrèze… Dans une même journée, des retournements dignes d’Agatha ; démissionne, renonce, s’accroche (et se ré-accroche), plan B, C, que sais-je ; tous les mardi, un Canard, tous les soirs, un C dans l’air vibrant… elle est pas belle la vie du militant de gauche, donné mourant, il y a peu, qu’en peut plus de ce Noël juste un peu en retard ! C’est vrai qu’on s’amuse, jusqu’au moment – pile – où on s’arrête de rire devant ce passage imminent de la démocratie (la nôtre aussi, bigre) dans son cercueil. Quant à la Droite « raisonnable » des alternances, celle de gouvernement, celle des Institutions respectées et du pouvoir judiciaire reconnu, je ne vois guère plus que Juppé pour tenter de lui correspondre, et ce jour, je l’en remercie.

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