Actualité

Je me suis donc retrouvée ce matin face à mes collégiens

Ecrit par Christelle Mafille, Christelle Angano le 21 novembre 2015. dans La une, Education, Actualité

Je me suis donc retrouvée ce matin face à mes collégiens

Que dire et comment le dire, aussi ? Comment leur dire qu’il ne faut pas avoir peur, alors que moi… j’ai peur ?

D’ailleurs, pourquoi n’aurions-nous pas le droit d’avoir peur ? Du moment que nous ne devenons pas « frileux ».

Alors oui, j’ai fait de mon mieux.

Consciente de la gravité du moment et émue face aux visages graves de nos enfants.

Peur… peur aussi de ne pas être à la hauteur, de répondre de travers. Et le poids de l’attente des parents. Oui, on comptait sur nous pour dire l’indicible.

– On est en guerre madame ?

– On va mourir ?

– Mon père et mon frère vont partir se battre

– Hein que ce ne sont pas des musulmans comme moi ?

Tant de questions, tant d’inquiétude, tant de sagesse aussi auxquelles j’ai essayé, je dis bien, essayé de répondre.

Alors nous avons décidé d’un commun accord que notre façon de résister serait de nous tourner vers des esprits lumineux, cette lumière qu’ils détestent tant. Nous avons fait appel à Molière, avons joué des extraits du Malade imaginaire.

Le théâtre, comme un symbole de la Liberté ; Molière, fleuron de notre impertinence. Un caricaturiste en sorte…

Je pense que mes élèves alors ont compris un des enjeux de la littérature, et de l’art en général. Écrire, jouer, rire pour vivre, pour exister, pour résister aussi. Jouer, lire, pour dire non ; envers et contre tout, et contre tous, aussi.

L’esprit de Molière était parmi nous, j’en suis convaincue et je dois dire que je me suis sentie à ma place, entourée de ces ados qui n’ont qu’une envie : croire et espérer et aussi, être rassurés, enfin.

Enfin, ne pas oublier que comme l’écrivait Pablo Neruda :

« Ils pourront couper toutes les fleurs,

Ils n’empêcheront pas la venue du printemps ».

Parions sur la vie (et si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être)

Ecrit par Myriam Hamouda le 21 novembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Parions sur la vie (et si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être)

Dis-moi, elle ressemble à quoi la vie, vu de tes yeux à toi ? Toi qui n’en finis pas de bondir, de sortir les griffes pour de faux et de ronronner comme si de rien n’était. Toi qui n’en finis pas de t’amuser de tous ces petits riens que les grands cons dans mon genre ne savent plus voir. Toi qui n’en finis pas de te frotter aux gambettes de la vie malgré les coups qu’elle t’a déjà donnés. Dis-moi, elle ressemble à quoi la vie vu de tes yeux de tout petit chaton ? Est-ce qu’elle fait mal parfois quand tu loupes ta dernière pirouette, dis-moi comment fais-tu pour toujours retomber sur tes pattes ? Est-ce que tu t’y sens à l’étroit souvent, dis-moi comment fais-tu pour ne pas me détester d’amocher ta liberté ? Celle à laquelle je tiens comme à la prunelle de mes yeux. Ceux qui se drapent de larmes à mesure que la bêtise humaine l’effrite. Dis-moi, il ressemble à quoi le monde pour que derrière la fenêtre tu crèves d’envie d’aller coller ton museau dedans ? Dis-moi, est-ce que ton soleil brille fort, dis-le moi je t’en prie, mes yeux à moi depuis vendredi ne distinguent plus rien qu’une interminable nuit qui n’en finit pas de tomber. Dis-moi, tu dois me trouver bien bête à laisser le temps filer en chialant sur le canapé, hein ? Toi qui la prendrais bien ma place, pour aller farfouiller dans les moindres recoins du monde, et sûrement que tu les y dénicherais ces foutus fragments d’humanité ; pour aller jouer avec le brouillard et sans aucun doute que tu le dissiperais en même temps que la haine et la peur, et peut-être aussi que t’arriverais à le faire voir aux yeux qui n’y arrivent plus : ton soleil qui brille fort. Dis-moi, y a-t-il quelque chose de mal à préférer être bête parfois, si le genre humain ça ressemble à ça ? Et toi qui regardes par la fenêtre et que je ne parviens plus à lâcher des yeux depuis, je t’assure que si je le pouvais je te la cèderais volontiers, ma foutue place que je ne sais plus occuper qu’à moitié. Alors, je te regarderais baisser la poignée de la porte d’entrée, la claquer entre mon museau et tes pieds. Alors, je miaulerais à la mort à la vie à t’en fendre le cœur, si ton cœur n’était pas déjà pris par ce parfum de liberté dont la cruelle humaine que j’étais se pensait en droit de te priver. Alors, je t’en voudrais un peu pour la forme et puis, je retournerais vaquer à mes occupations. Et je n’en finirais pas de bondir, de sortir les griffes pour de faux et de ronronner comme si de rien n’était. Et je n’en finirais pas de m’amuser de tous ces petits riens que les grands cons dans ton genre ne savent plus voir. Et je n’en finirais pas de me frotter aux gambettes de la vie malgré les coups qu’elle m’a donnés. Et le museau collé à la fenêtre, de ce monde en morceaux je ne distinguerais qu’un soleil qui n’en finit pas de briller. Et de mes yeux de tout petit chaton, le conditionnel je le mets en bouteille.

Vous aimiez la mort, nous aimons la vie

Ecrit par Soufiane Zitouni le 21 novembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité

Vous aimiez la mort, nous aimons la vie

Soufiane Zitouni sait de quoi il parle. J’étais sans voix.

 Soufiane Zitouni partage la voie de la vie. La voix de Soufiane Zitouni est légitime. La mienne l’est à peine. Cette voie de la vie est la seule réponse possible. Elle est fragile mais elle appelle au partage. Car la vie se partage. C’est sa condition et son but. La mort vient du dehors pour Spinoza et Deleuze. Nous le vivons. Je ne sais pas si c’est bien ainsi, mais c’est ainsi. Merci Soufiane, je suis fier d’avoir été un de tes professeurs. Un autre aurait sans doute mieux fait le travail. Continuons à partager.

Didier Bazy

 

Chers terroristes,

Oui, dans notre monde de mangeurs de pain et de buveurs de vin, nous considérons que même des criminels barbares comme vous méritent qu’on les qualifie de « chers », parce qu’on ne vous réduit pas à vos actes et que vos vies valaient plus que vos vices. Nous essayons d’être civilisés comme vous avez essayé d’être barbares, et ce n’est facile pour personne. Quelle angoisse et quelle souffrance vous avez dû ressentir quand vous avez revêtu votre gilet plein d’explosif. Le communiqué de votre secte de fous nous a informés que vous aviez divorcé de notre bas-monde parce que vous aspiriez au martyre et à l’au-delà d’Allah. Mais tout le monde sait qu’un divorce, une séparation, ce n’est jamais facile. Comme vous avez dû souffrir de cette séparation. Votre prophète Mahomet aurait dit à ce sujet : « Le divorce est l’acte licite le plus détesté d’Allah ». Mais je ne crois pas qu’il pensait à des attentats suicides quand il a dit ça. Pourquoi haïssiez-vous tant notre bas-monde ? Que vous a-t-il fait pour que vous le détestiez à ce point ? Plus je pense à vous, plus je crois que le nerf de votre guerre perverse était l’envie, la jalousie. Je vous perçois comme des pauv’ types infiniment malheureux.

Malheureux en amour, « heureux » en armes. Je vous vois aussi comme des gosses que les jeux vidéo violents ne suffisaient plus à distraire du vide sidéral de leur existence. Alors pour retrouver l’adrénaline qui vous manquait comme l’héroïne manque au junkie, il vous fallait aller plus loin, passer de l’autre côté de l’écran et devenir vous-mêmes les personnages virtuels que vos joysticks animaient frénétiquement dans des combats fantasmés où vous étiez les plus forts et les plus beaux, mais en rêve seulement. Quand vous êtes passés de l’autre côté du miroir, les futurs martyrs écervelés que vous êtes devenus ne se sont pas demandé une seconde qui allait jouer avec leurs vies désormais. Je vais vous le dire aujourd’hui, même si c’est trop tard. Vos commanditaires sont des mangeurs de chair comme les Cyclopes et autres Lestrygons. Chair sonne comme cher. Vos gourous ont fait de vous de la chair à canon dans leur monde inhumain d’anthropophages alors que vous auriez pu être nos chers concitoyens d’un monde humain, juste humain. Maintenant, vous n’êtes plus rien tandis que nous sommes vivants. Tristes mais vivants. Vous avez voulu mourir jeunes parce que vous n’aimiez pas votre vie et la vie en général. Nous voulons vivre vieux comme Ulysse parce que nous aimons la vie. Voilà ce qui distingue le monde humain du monde inhumain. Nous aimons notre vie mortelle, aussi tragique soit-elle. Vous la détestiez. Pourtant, il n’y a pas d’autre vie possible pour les mangeurs de pain et les buveurs de vin que nous sommes. Et c’est très bien ainsi.

Je t’interdis d’aller faire la guerre…

Ecrit par Sabine Aussenac le 14 novembre 2015. dans La une, Ecrits, Actualité, Histoire

Je t’interdis d’aller faire la guerre…

Chaque fois que je descends du 16, je jette un coup d’œil au Monument aux Morts de l’avenue Camille Pujol, dont les discrètes mosaïques ornent la façade de l’école primaire…

Souvent, je ne vois rien, un peu courbée par une journée ordinaire, ou pressée de rentrer vers le calme de notre écrin de verdure de la Place Pinel. Mais parfois je prends le temps de conscientiser ce lieu de mémoire et de lire quelques noms, qui, soudain, quittent le marbre éternel et l’anonymat de l’Histoire… Une lecture silencieuse qui, entre un caddy chargé de cours ou de courses, un repas à préparer, des copies à corriger, un texte à écrire, des parents à appeler, se fait mémorielle, comme si cette seconde de lettres assemblées permettait la corporéité fugace d’un nom oublié depuis des lustres…

Hier, j’ai prêté une attention particulière à Pierre Montels, disparu le 20 août 1918, à Arthur Bourgail, tombé le 5 novembre, et aux huit autres noms dont les propriétaires ont été fauchés par la Grande Guerre dans les toutes dernières semaines de barbarie… Ces dix pauvres garçons, qui, par un clair matin d’été ou par une soirée embrumée d’octobre, si près de cette journée où un wagon devint symbole de paix retrouvée après l’armistice, ont succombé à quelques encablures de la délivrance, comme, bien des années plus tard, ma petite Anne disparut peu avant la libération du camp de Bergen-Belsen.

En Allemagne, justement, en cette année 1918, de tout jeunes gens tombèrent, eux aussi ; au hasard du net je trouve ce Philipp Süglein ou ce August Schmäling, âgés de 19 ans à peine… Et je ne doute pas que des centaines de tirailleurs sénégalais et de combattants nord-africains soient tombés, de la même façon, dans les dernières heures des combats, puisque 63000 hommes avaient encore été recrutés en Afrique Occidentale pour la seule année 1918, malgré l’hécatombe du Chemin des Dames où certains « bataillons noirs » avaient pourtant perdu plus de trois-quarts de leurs effectifs…

Hier, me figeant un moment devant le Monument aux Morts de mon quartier, avant les commémorations officielles, je me la suis imaginée, la jeune fiancée de Pierre Montels, qui habitait peut-être une petite « Toulousaine » dans quelque village aux briques roses, effondrée de douleur en ce 11 novembre 1918, quand les cloches de l’église sonneront d’allégresse alors qu’elle hurlera sa douleur non tarie depuis l’été, quand le glas avait résonné pour Pierre… S’appelait-elle Augustine ? Ou Victorine, ou Marie-Louise ? Elle se souviendra longtemps de l’unique baiser échangé sous le pommier du verger de son père, quand le beau Pierre lui avait juré qu’il resterait en vie, avant que la boue ne recouvre son cadavre mutilé en quelque baie de Somme…

Négocier plutôt que travestir l’Histoire

Ecrit par JCall le 31 octobre 2015. dans Monde, La une, Actualité

Négocier plutôt que travestir l’Histoire

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a dépassé les bornes, en insultant dans une même phrase le peuple juif et le peuple palestinien.

Il y a 20 ans déjà, il osait s’afficher dans des manifestations où le Premier ministre d’alors était caricaturé en nazi, et prenait par là-même sa part de responsabilité dans le destin tragique qui allait être celui d’Itzhak Rabin. Il montrait déjà sa propension à instrumentaliser la Shoah à des fins politiques à courte vue.

Aujourd’hui, la seule réponse de Benyamin Netanyahou à la violence qui embrase Israël et la Palestine, est de « nazifier » les Palestiniens, en les assimilant tous au sinistre Mufti de Jérusalem Hadj Amin al-Husseini, et par là-même de les disqualifier en tant que partenaires possibles pour apaiser les violences.

Paralysé par son impuissance, incapable de reconnaître sa part de responsabilité dans la cascade de violence qui se répand dans la région, il en vient à insulter la mémoire du peuple juif en travestissant l’histoire au nom de ses intérêts, et en exonérant Adolphe Hitler de sa responsabilité dans le déclenchement de la Shoah.

Qui aurait imaginé qu’un jour, un Premier ministre de l’État d’Israël se verrait infligé un rappel à l’ordre sur la vérité historique de la Shoah par un gouvernement allemand ?

Ce comportement indigne et ses conséquences prévisibles doivent susciter l’atterrement et l’indignation des Juifs d’Israël et de la Diaspora.

Adepte de postures de défenseur de la sécurité des Juifs dans le monde, Benyamin Netanyahou contribue au contraire à l’accroissement de leur insécurité, en attisant partout les conflits entre Juifs et Arabes.

Son incapacité à prendre la moindre initiative pour mettre fin au conflit israélo-palestinien, son arrogance et son aveuglement entretiennent l’hostilité vis-à-vis de l’État d’Israël, contribuent à son isolement et aux tentatives de le délégitimer.

On ne mettra pas fin à la violence par la violence, mais seulement par un retour courageux à la table de négociations avec une volonté sérieuse des deux parties d’aboutir aux compromis nécessaires.

JCall, le 25 octobre 2015

Faut-il qu'Erdogan soit le visage de la Turquie ?

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 octobre 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Faut-il qu'Erdogan soit le visage de la Turquie ?

Recep Tayyip Erdogan, président de la République turque. Un faux air de notaire britannique qui a su – voilà quand même pas mal de temps – appâter sa Turquie, en proposant un étrange mixte de richesse socio-économique (économique surtout), à l’occidentale, ceinturée par de « bonnes et saines valeurs » religieuses. Début du film, années 2000 débutantes. L’homme fut 1er ministre de 2003 à 2014. Croissance au beau fixe ; modernité de film hollywoodien. Tant de choses étaient alors turques dans nos vêtements, ou objets divers, et, qui, à l’époque, n’était pas, chez nous, venu humer les bords du Bosphore, Sainte Sophie en gloire, les palais des Mille-et-une-nuits, cet air d’Orient express, mâtiné pour les plus âgés des récits de Pierre Benoit. La Turkish-Airlines ne quittait pas nos ciels, et Erdogan, tout sourire montrait la voie de l’entrée dans l’Union Européenne. Pas un dîner en ville ici ne finissait sans qu’on ait ferraillé, pour ou contre la Turquie et ses plus de 70 Millions d’âmes (77 à ce jour) dans l’UE. Je me souviens, du coup, combien nous tenions à cette entrée symbolique de ces Turcs non intégristes, modernes et musulmans. Presque parallèle au 11 Septembre, le ragoût turco-Erdogan nous paraissait mangeable. On sentait même comme un lointain parfum de république Kémaliste ; on se souvenait vaguement d’Atatürk. Pour autant, l’opposition de gauche laïque manifestait avec le courage de bien peu ailleurs, contre les voiles autorisés dans les Universités, en posant sur les fenêtres d’Istanbul des bougies ; belles « Lumières turques » que nous avons une fin d’été partagées ! Erdogan, matois, laissait filer ces critiques au motif qu’il aurait été un « démocrate musulman » là, où, en Occident, il y avait bien des démocrates chrétiens. Conservateur, pour sûr, porte-drapeau d’une bourgeoisie montante, qui voulait bien que « la religion reste dans le champ privé », ce qui était notre demande réitérée. A l’Est, les Kurdes, du PKK, recevaient des garanties, de nature à apaiser cet injuste et quasi éternel conflit. Une chaîne de TV était ouverte en langue kurde, on parlait du statut de la langue, voire de la culture, dans les écoles… Chez nous, ça soufflait un peu dans les cinémas d’art et d’essai, où Le troupeau et Yol du kurde Yilmaz Güney continuaient, mine de mine, de faire salle comble.

Élu président au suffrage direct, de la république, en août 2014, le chef du parti Justice et développement vint – comme on dit dans le raconté des histoires – à s’essouffler. Croissance ralentie, société plus tendue, montée comme ailleurs des folies intégristes, et djihadistes. Plus à l’Est, la terre tremblait depuis si longtemps, le son de la mitraille se rapprochait, et l’Irak, embourbé, et la Syrie, bien sûr… Sur fond de Kurdistan bougeant – le grand objet géopolitique de ces dernières saisons ne fut-il pas le peuple Kurde ? Ankara, ces mois derniers, oscilla entre un rapprochement avec Téhéran et Moscou, n’oubliant pas pour autant sa traditionnelle alliance avec le « camp occidental » ; tête de pont de la parole Otanienne en bordure du Proche-Orient. Plus que périlleuse, la politique turque, ces temps-ci ! Difficile à jouer cette partition qui fait d'elle – et depuis, longtemps – une interface. Précieuse, incontournable, qui devrait comme le veut l'emploi, la fixer dans un immobilisme partisan, et lui interdire au fond d'être un acteur franc. Or, c'est bien de ce changement de position qu'il s'agit : les Turcs veulent agir, dire leur mot, être vus autrement qu'un territoire utilisé par d'autres. Ankara veut peser, au même titre que Téhéran, agir comme grande puissance régionale, en capacité de faire bouger l'Histoire. Depuis en gros 2014, la parole de son président s'est faite  largement plus islamophile, bâillonnant les confettis douteux de laïcité qui émaillaient les discours officiels. On peut y voir une volonté de se dessiner aux yeux des partenaires occidentaux, autant que de son peuple.  Affichant, à satiété,  l’incontestable autoritarisme qui – cela, au moins, c’est du sûr – risque d’être la marque de fabrique d’Erdogan dans les pages d’Histoire.

Vers une troisième intifada ?

Ecrit par JCall le 17 octobre 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Vers une troisième intifada ?

Nous ne sommes hélas pas surpris de voir une situation où une nouvelle fois les territoires occupés sont au bord de l’explosion. Depuis longtemps nous répétons que n’offrir comme seule perspective politique aux Israéliens et aux Palestiniens que le maintien du statu quo, comme le fait depuis des années Benjamin Netanyahou, c’est jouer avec le feu. Imaginer qu’Israël et la Cisjordanie puissent être un ilot privilégié de stabilité et de sécurité dans une région en plein chaos depuis quatre ans, c’est encore faire preuve d’une cécité dangereuse.

Maintenant qu’un nouveau degré dans la violence a été franchi avec le meurtre de Eitam and Naama Henkin, assassinés devant leurs quatre enfants sur une route de Cisjordanie la semaine dernière, puis celui de Juifs poignardés alors qu’ils se rendaient avec leur familles au Mur des lamentations le septième soir de Souccot, tout le monde craint une nouvelle intifada. Mais ces actes de terrorisme, commandités probablement, au moins pour l’un d’entre eux, par le Hamas, ainsi que la multitude d’incidents qui émaillent chaque jour qui passe, ne font que refléter le désespoir de la population palestinienne qui, comme chaque fois, fait le jeu des extrémistes.

Mais tout en condamnant avec force ces actes de terrorisme, ce que n’a pas fait Mahmoud Abbas, nous ne pouvons ignorer la succession d’évènements qui les ont précédés : la poursuite continuelle de la colonisation, la mort de plusieurs Palestiniens tués au cours des derniers mois par l’armée, comme celle d’Ahmed Khatatbeh dont la surdité l’avait empêché d’entendre l’ordre de s’arrêter à un barrage, la non-arrestation des responsables de l’attentat de Douma où une famille palestinienne a été brûlée vive alors qu’aux dires mêmes du ministre de la défense, ils sont connus de tous… Il est temps de tirer une conclusion de cette litanie sans fin où chaque camp oppose ses propres victimes à celles de l’autre.

Malgré tous les appels au calme qui commencent à se faire entendre du côté de l’Autorité palestinienne qui, critiquée de plus en plus par sa population, avait depuis plusieurs semaines encouragé les manifestations sur le Mont du Temple, la situation risque à tout instant de dégénérer. Le premier ministre israélien, critiqué par ses alliés d’extrême-droite, et même au sein de son propre parti, a de plus en plus de mal à contenir ses extrémistes. Dans le contexte actuel, alors que des incidents se sont produits à Jaffa, il y a tout lieu de craindre les conséquences d’une troisième intifada qui ne ferait le jeu que des forces islamistes dans la région.

Syrie ; la carte française

Ecrit par Martine L. Petauton le 10 octobre 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Syrie ; la carte française

Et Daech de nuire encore et encore, pile sous le feu des média. Palmyre et son arc de triomphe, ces heures-ci, par exemple ; ils en ont mesuré le spectaculaire depuis longtemps, pensent que ces « Antiquités » ont le pouvoir, plus que tout, de nous remuer. Ils savent, ces gens-là, comment « nous parler ». Nous terroriser, évidemment, aussi, menaçant (jour après jour, dit le Quai) la main sur la grenade. Daech, le digne fils – plus moderne, plus armé, plus réel dans nos imaginaires au final, par son travail de construction d’un État quelque part sur les cartes – d’Al-Qaïda, une vraie et constante Grande Peur de l’Occident à lui seul.

Alors, lutter contre Daech, chez nous – vigilance orange de chaque matin, c’est clair – là-bas, sur le terrain militaire (au sol ? ou plus haut), se coltiner à ces hommes en noir, juchés, toutes bannières-suie déployées, sur leurs pick-up, leurs chars et… leurs missiles. L’enfer des tympans de notre Moyen-Age, revenu. La guerre incontournable.

Un affrontement qui ne devra pas être ce temps long, presque suspendu, interrogeant sur son efficacité ou sa contre-productivité, de la présence occidentale en Afghanistan, qui ne devra pas bavarder à l’infini, sur le contenu et l’amplitude de X coalitions, avant que de se noyer dans la vaste mer des procédures, des façons, et des limites ! Ah, les limites…

Là, on est dans l’urgence. D’agir. Ce qui, hélas, ne protège pas des précipitations ni des mauvais chemins. Pour ne rien dire des voies sans issues.

Agir, mais avec qui ? Si l’on veut bien de mémoire consentir le courage et la détermination qu’il a fallu à F. Hollande, un jour d’hiver passé, pour – quasi seul contre tous – faire donner ses troupes au Mali, pour protéger le sol sahélien, certes, mais bien autant les rues de nos villes de la nouvelle Peste brune. Si votre mémoire est encore assez vive pour ranimer le souvenir – un été, cette fois, pas si loin – de la ferme volonté de la diplomatie française d’aller voir de près cet État Islamique alors à ses débuts, que jamais Hollande – avec quelle justesse symbolique – n’a nommé autrement que Daech. L’Amérique se disait prête ; Obama recula (pas banal) mais l’honnêteté exige qu’on se souvînt que son Congrès en est le premier responsable. Depuis, de mouvantes coalitions – passant presque au panier dans les média – s’agitent sur le sol Irakien – le sol quasi natal des Djihadistes Sunnites. Gênant, probablement, les ambitions de Daech, mais, pourrissant aussi dans le marigot d’un Irak en proie à ses démons d’origine : l’éclatement en marche, à l’ombre des conflits inter-groupaux, notamment inter-religieux. Seulement, réellement ? confronté à l’opposition héroïque des Kurdes, Daech, on le sait, depuis, s’approprie des pans entiers de l’État Syrien, que sa guerre civile interminable fragilise à n’en plus finir.

Aussi, carrefour géopolitique de première importance que les évènements actuels ; cartes rebattues. Comment fabriquer la « bonne » coalition, suffisamment cohérente et forte pour abattre – ici, au moins, ici, pour commencer – les hordes noires ? C’est alors, dira peut-être l’Histoire, que l’Occident pût découvrir une carte majeure ; l’entrée dans la danse de la Russie de Poutine. Cette « puissance faible » dont ma recension de la revue de politique étrangère de l’IFRI, début Septembre, vous a tenu informés. Une Russie bien décidée à revenir bruyamment dans le jeu international du Moyen-Orient – son lieu d’accès, après la Crimée, l’Ukraine, aux mers chaudes – à se faire voir et mesurer comme une grande puissance nouveau-style, qui a nom Russie, et qui veut ouvrir boutique, à son compte, loin de tous les souvenirs de L’Union Soviétique. Dans ses valises, une autre carte, bien gênante, on en conviendra, qui s’appelle Bachar El-Assad ; pas moins. Le deal est net : pas de coalitions sans le boucher de Damas, ses quelques 250.000 morts en bandoulière… Bouche bée, les diplomaties occidentales mesurent, mégotent, observant celui-là, qui, depuis tant d’années, combat l’ennemi Daech au-dedans de chez lui, se donnant – l’air matois – la vêture du pourfendeur du pire, du choléra face à la peste, du choix de Staline contre Hitler (rappelé de sa voix douce par « notre » Hubert Védrine, qu’on a connu plus inspiré). S’allier ? (pour un temps) avec ce diable camouflé dans ses costumes à l’occidentale, parlant anglais comme les livres de ses études, contre ces diables en djellaba, hirsutes, éructant un langage de tribu barbare. Étranger, au sens romain ; celui dont je ne connais rien… Accepter celui qui nous ferait moins peur. Et, pour cela, se voiler la face sur les crimes contre l’humanité ou pas loin, de la carte gênante. D’autant – et, là, ce n’est pas mince – que l’Iran, enfin revenue dans le concert des Nations, Chiite, à grand bruit, pourrait être de la partie. L’Iran, la grande puissance régionale…

Va te coucher, Nadine !!

Ecrit par Martine L. Petauton le 03 octobre 2015. dans La une, France, Politique, Actualité

Va te coucher, Nadine !!

« Allez ! Va te coucher ! », comme me disait mon père, excédé, quand l’ado que j’étais, lui en faisait voir, au point que toute discussion devenait inutile. Alors, le dire à Nadine Morano, ces jours-ci, pourrait sembler la seule solution. Fin de la chronique, en somme ?

Regardons de plus près, quand même : la « douce » Morano à l’abri de sa crinière de fausse blonde, de sa gouaille qu’elle voudrait légendaire, a dégainé sur, justement, le plateau TV d’On n’est pas couché, en ces termes alléchants : « et, ben, quoi, on habite un pays aux racines judéo-chrétiennes, un pays de race blanche ; ben, quoi ? ». Et pan dans la face chafouine de Ménard le Biterrois, qui, pourtant, ces derniers temps, s’en est donné du mal pour relooker son image de facho de terroir ; et vlan, dans celle de la Marinette fourbissant ses coutelas en vue des régionales… C’est que la Nadine,  elle a – on le sait – pas la langue de fer (blanc) dans sa poche…

Nadine Morano, une fille de l’Est, comme le chante Patricia ; une fille du peuple, aussi. Et, ça, c’est respectable, parce que pas si fréquent dans sa boutique « Républicaine », souvent bon chic-bon XVIème. Touchante, par son itinéraire personnel – courageux, incontestablement – par sa façon d’enfoncer les portes, de n’avoir pas froid aux yeux, de sauter sur le ring, pour dire « sa » République, sa morale citoyenne, à elle. Vulgaire ? Pas tant que ça ; j’en connais dans son camp, des huppées qui le sont plus. C’est du reste cette énergie culottée qui fait que – jusqu’à ce jour – Sarkozy la soutenait, avec une belle fidélité – on l’espère pour elle, et bien plus pour lui – à moins que le bon nez politique, simplement, pour débusquer les gens utiles ? vous savez, ces cartes qu’on garde prudemment sous le coude, genre « une agitée pour la soif de voix bien à droite ». Car, la dame était efficace, en parlant cette langue devenue précieuse et à la mode : la populiste raciste, juste ce qu’il faut, pour émoustiller l’électeur (qui n’est pas de gauche, non de non, parce qu’à droite ; et Dieu sait s’il en reste). Cette façon – vous diriez populaire, vous ? – d’haranguer, de chauffer les meetings, avec la voix qu’il faut, cette sonorité adaptée, pour dire « tout haut… », pour flatter ces bas instincts qui sont en (presque) nous tous. Et, en plus, à la rigolade, aux propos de comptoir, gras, si nécessaires. Nadine, la tricoteuse de Sarko. Parce qu’évidemment, il la fallait. Juste à la charnière Droite extrême / Extrême Droite ; à portée de voie (de voix aussi) de Marine. La ramasseuse de quelques électeurs en fuite. Comme une sous-marque, capable (elle vient de le prouver une fois de plus) d’assurer le rôle. Dans la rubrique – loucher vers les valeurs et le discours de l’Extrême Droite est une nécessité vitale – la Morano, manière d’une Diva en son genre, tient la partition plancher des vaches, qu’ailleurs, dans les nuées prétendument intellectuelles, occupa en son temps l’infâme Buisson.

Alors, le chef des Républicains, tous tics et dents dehors, qui siffle la fin de la partie ? Sarkozy qui lâche son aboyeuse, comme si de tels propos – a-t-il martelé – ne « définissaient pas les valeurs défendues par son Parti ». Et, le verdict, pas mince, de tomber sur la tête blonde de la dame : pas d’investiture pour la liste aux Régionales. Pan. « Je le dézinguerai » se répand partout la méchante… On n’ose dire, dans ce pays aux « racines chrétiennes », un ange passe…

Mais, quoi ! Flirter de trop près avec le FN, serait peut-être devenu inutile ? L’électeur tenté ira de toutes façons directement à l’original qui a le vent en poupe. Le silence des Juppéistes, et autres Centres bordiers, en dit long sur l’urgence de ne pas leur laisser le monopole de la morale citoyenne et le toutim ? Sarkozy en partance pour les Primaires doit – plus que nécessaire – donner à son nom, à son camp, une ligne plus claire et plus lisible, moins louvoyante. Même s’il faut « liquider » au passage quelques gains à venir dans des Régionales, qui de toutes façons seront gagnées, tout mis bout à bout, par la Droite. Donc, le dérapage, bien assumé (dans sa région, elle va devoir parler seule, et il restera dans une Lorraine encore bien naufragée quelques oreilles favorables) de Morano est une occasion – encore une – de peaufiner le produit Républicain, de lui donner une ossature plus marquée. L’élue de l’Est a-t-elle bramé sa bavure de sa seule initiative, ou « couverte » par sa hiérarchie, demeurant, au final, la vraie question.

A Gauche, et dans le pays républicain, pour autant – le Parlement, debout, saluant la députée de l’Ile de la Réunion au micro, et Valls lui décernant, avec le panache qui le caractérise, ce « Vous êtes, aujourd’hui, notre Marianne, Madame » – coule la seule parole politique qui vaille.

Ouvrir, fermer ; le pari de l’Europe de demain

Ecrit par Martine L. Petauton le 19 septembre 2015. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Ouvrir, fermer ; le pari de l’Europe de demain

Notre rédactrice Mélisande le disait la semaine dernière : derrière l’affaire des réfugiés/migrants, se profile simplement l’humanité ou son contraire. Une fois de plus, une fois encore.

S’ouvrir au monde, à ce qui se passe ailleurs ; ouvrir l’œil, autrement qu’à travers le ronron soporifique de reportages – fussent-ils de belle qualité – de la TV. Tendre la main à la poignée de ces persécutés ; pas guère plus (« 300.000 migrants en Europe, cette année, soit moins de 0,5% de la population européenne ; 61500 demandeurs d’asile en France, soit 0,1% de sa population » me dit Michel Crespy, dans la Gazette de Montpellier, qui fait bien plus que nous donner les résultats de l’Euro de Basket, à l’Arena). Car, c’est un fait et des chiffres : les Invasions Barbares, c’était bel et bien au Vème siècle de notre ère. S’ouvrir à des réfugiés Syriens, persécutés, en majorité musulmans (les préférés de Daech, quant aux mauvais traitements, ne l’oublions pas) ; des gens, qui fuient la peur, la mort des leurs, et, qui se jettent dans les bateaux, ou sur des itinéraires aux détours invraisemblables, uniquement parce que vivre dans leurs quartiers ou villages bien aimés, n’est plus possible. Où l’on voit que venir, tels des corbeaux de légende, « nous » voler travail, et droits sociaux ne tient, pour lors, guère l’analyse. Réfugiés, dit-on doctement ça et là, pas Migrants. Délicate répartition en boîtes… Hommes et femmes – enfants aux yeux ronds de fatigue, de déroute, mais aussi d’appétit de découverte. Humanité en marche, en tous cas. En regardant ces groupes hétéroclites mais débordant de l’urgence de vie, passant les frontières européennes, l’autre soir au 20h ; leur mise, leurs bardas, ma grand-mère – qui en avait accueilli en son temps – m’aurait dit : les Espagnols ! ceux qui fuyaient la mort de Franco et de ses phalanges ; de simples gens, des politiques, aussi en deuil de leur république et du Frente popular. Comment ne pas y penser ?

Alors, chez nous, ces municipalités, ces simples citoyens, ces décisions gouvernementales, régionales, institutionnelles de tous horizons, qui lèvent tout simplement la main et disent : – on en prend ! On ne peut qu’adhérer. L’Europe bouge – et Merkel donne l’exemple, certes, mais la France tient son rang ; avec honneur. S’ouvrir, comme la réponse naturelle aux Droits de l’Homme (mais cela fait un bail que c’est de saison et sur le même sujet). Alors, d’où surgit ce déclic ? Si l’on veut bien ne pas mettre en avant la mort – une idée en boucle plus qu’une image saturante – du tout petit Syrien et ses baskets, sortant d’une Égée noire. L’enfant de tous. L’idée s’est-elle imposée que, quoi qu’on fasse, ou veuille, les frontières sont définitivement poreuses, que les gens passent, et passeront ; donc, il faut gérer. Nous habitons le monde, et de moins en moins un pays, une région ! A moins, qu’on ait fini par sentir, que malgré les plaintes et les inconforts, il reste une Europe riche – encore assez, pour tendre la main, sans risquer la mort par famine. Et – pas mince argument – à plus long terme la démographie a fini par se faire entendre : face aux besoins d’une Europe vieillissante, sinon déjà très âgée de ci, de là – Allemagne en tête, des bras jeunes, costauds, des têtes bien faites, ne « déferlent » pas ; ils viennent aider, relayer, donc à termes enrichir.

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