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Pour un autre 18 juin

Ecrit par Lilou le 18 juin 2016. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Pour un autre 18 juin

Nous ne récoltons dans nos rues que ce que nous avons semé en laissant les loups rentrer dans nos villes, nos idéologies et nos âmes. Le problème idéologique que connaît la gauche est ancien. En 1933 déjà, Léon Blum prévenait la SFIO de ce qu’il adviendrait en cas de fracture au sein de la SFIO par ces mots célèbres « je suis épouvanté » prolongés par un dernier murmure « c’est du fascisme ». On sait ce qu’il se passa ensuite dans ces dogmatiques des gauches devenus après 1936 nationaux et autoritaires (Déat, Doriot, Bergery sortez de vos tombes avec vos uniformes de la Wehrmacht et vos silences d’aout 1939). Manu, tu passeras dans l’histoire comme Blum, ton procès se déroulera comme les loups de 2016 le prévoient. Toi, moi et beaucoup d’autres ripaillerons toute une nuit attendant comme les Girondins que l’aube se lève, à la manière de celle du 30 octobre 1793. Comme en 1793 ou en 1933, ce qui est en question aujourd’hui n’est pas le cœur de la pensée mais plutôt la traduction de leurs quêtes du pouvoir avec tout son cortège habillé des fantasmes virils du parrain en fin de route.

Il ne faut pas se tromper sur ce qui se déroule en ce moment même si le sentiment qui domine est qu’il est trop tard parce que le fruit est méchamment corrompu ! Je n’aurais pas dû voyager dans le monde entier et ainsi pouvoir comparer les systèmes sociaux des autres pays avec le nôtre. Je ne me serais ainsi pas insurgé avec autant de force aujourd’hui contre vos faux semblants et vos mensonges permanents dont vous nous abreuvez sur la grande misère sociale française. La grande misère de mon si beau pays, c’est vous et votre quête permanente du pouvoir, c’est ce personnel politique de plus en plus fascisant et nourrissant les haines et les peurs, c’est votre silence assourdissant quand justement il faudrait faire preuve de la parole fondée sur le respect d’autrui et la justice sociale mesurée non pas à l’aune de son minuscule avenir d’élu politique ou syndical mais à l’échelle d’un monde qui rigole de vos privilèges de riches et qui crève de la vraie faim des misères les plus noires.

La CGT et Sud agitent en ce moment le bocal du grand soir. Comme toutes les officines de l’autre extrême du reste… Toutes les ficelles y passent à commencer par une propagande des plus nauséabondes comme aux meilleures heures d’un Thorez rentrant de Moscou et fonçant vers Boulogne Billancourt donner à ceux qui travaillent un peu du gros rouge qui tache pour leur apprendre à se révolter. Ce qui est en question pour les joyeux drilles aux drapeaux rouges (et noirs) n’est pas l’article 2 de la loi. Surtout pas ! Chacun convient en effet qu’il est préférable de taper à la porte de son entreprise pour agir et négocier, à la manière d’un syndicalisme allemand s’étant enfin débarrassé de sa paternité avec l’inénarrable Marx, plutôt que de taper aux portes dorées (n’est-ce pas Monsieur Lepaon) d’une centrale aux 14 mots de vocabulaire et qui semble ne pas comprendre les urgences humaines et humanistes du 21ème siècle. Non, ce qui est en question ce sont les élections syndicales de l’année prochaine et votre gestion prévisible des dégâts à la fois d’une abstention record (nous, gens de France, on vous emmerde à vouloir nous faire dire que vous êtes notre force de pensée et d’action, regardez vos taux de syndiqués), et d’une tannée historique car à nous, ceux qui travaillent pour de vrai et qui ne passons pas nos journées emmurés dans les cellules syndicales ou avachis sur les feuilles jaunies des pamphlets racistes de l’action française et du Manifeste de 1848, vous nous broutez menu. Vous rappelez-vous que toutes vos expériences de pouvoir se sont terminées dans le sang (toujours celui des autres du reste) ? Vous alimentez des bataillons exsangues chargés d’interdire aux autres de travailler avec des peurs et des haines et en utilisant des réflexes idéologiques que le grand soleil débile de Corée du Nord vous envie. Vous manipulez ces travailleurs qui ne comprennent pas que leur combat n’est pas le vôtre, vilement électoraliste. Vous utilisez les différences entre les uns et les autres pour construire des murs que d’autres nomment aussi des communautarismes. Agissant de la sorte, vous comptez et fixez vos troupes…

Brexit : good bye to all that ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 juin 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Brexit : good bye to all that ?

« Adieu à tout ça ! », « good bye to all that ! », tel est le titre d’un roman autobiographique de Robert Graves, narrant non seulement la guerre de 14-18, mais le basculement du monde du XIXème siècle – le monde d’hier de Stefan Zweig – dans celui du XXème. Par le brexit (contraction de Britain exit), une réponse négative au référendum du 23 juin, la Grande Bretagne dirait-elle adieu à 40 ans de présence dans la construction européenne ?

C’est plutôt l’inverse : l’entrée dans ce qui s’appelait encore la CEE, dans les années 70, tourna une page d’histoire britannique. 1945, l’Angleterre sort ruinée mais victorieuse du second conflit mondial ; elle a encore son Empire et peut se vanter d’être la seule puissance belligérante d’Europe à ne pas avoir été occupée par les nazis. La décolonisation – à l’inverse de la France – se fera en douceur (se souvient-on que le premier président de l’Inde indépendante ne fut autre que… le dernier vice-roi, lord Louis Mountbatten ?!) ; les anciennes colonies et dominions restant – symboliquement – réunis sous le sceptre d’Élisabeth II, dans le cadre du Commonwealth. Alors, les demandes pleurnichardes d’un Macmillan à de Gaulle – cf. le « ne pleurez pas Milord » de 1962 – ressemblaient fort à une humiliation, motivée uniquement par l’impasse que constituait l’AELE, Association Européenne de Libre Échange, cette contre-CEE ultra libérale, que la Grande Bretagne avait elle-même créée en 1960, pour faire pièce au traité de Rome de 1957.

L’Angleterre hors de l’UE donc ? Ce serait, pour elle, une catastrophe économique. La prestigieuse London School of Economics prévoit déjà, dans cette hypothèse, une baisse du PIB comprise entre 3,8 et 7,8%. Dans la city, on s’inquiète, la plupart des grandes entreprises cotées au FTSE100 (l’équivalent du CAC40 parisien) s’affichent clairement « remainers », partisanes du statu quo ; et le ministre des finances, Georges Osborne, prédit 800.000 chômeurs de plus, dans l’éventualité d’un brexit.

Mais l’essentiel est ailleurs. Il s’agit de la souveraineté. Le slogan des « leavers », de ceux qui prônent la sortie, se résume dans cette exhortation : « take control ! », prenez le contrôle ! Boris Johnson, le précédent maire de Londres, n’hésitant pas à comparer l’UE aux dictatures des années 30 : « l’UE veut un super état, dit-il, exactement comme Hitler le voulait ». La palme du lyrisme ampoulé, toutefois, revient, sans nul doute, à Nigel Farage, leader de l’UKIP – United Kingdom Independence Party, mouvement nationaliste flirtant avec l’extrémisme – qui, pas plus tard que le mercredi 8 juin, déclarait devant le parlement européen, où il est député : « la constitution européenne, rejetée par les Français et les Hollandais, sortie par la porte est rentrée en douce par la fenêtre. Ce n’est pas seulement mauvais pour le Royaume Uni ; c’est mauvais pour toute l’Europe. J’espère que le 23 juin ne sera pas uniquement le jour de l’indépendance pour nous, mais qu’il mettra un terme à l’ensemble du projet, de telle sorte que, dans quelques années, nous puissions être un état-nation souverain et démocratique ». A quoi David Cameron, le premier ministre, répond, perdant patience : « la souveraineté britannique à l’extérieur de l’UE est illusion ; y rester rendrait le Royaume Uni plus fort et plus sûr. Si vous aimez la Grande Bretagne, votez pour son maintien dans l’Europe ».

De la rage de changer le monde

Ecrit par Charlotte Meyer le 18 juin 2016. dans La une, Ecrits, Actualité

De la rage de changer le monde

Reprendre sa plume après deux mois de course avec le temps est une ambition difficile. Non seulement parce qu’elle impose l’angoisse d’avoir peut-être perdu les mots, de ne plus avoir la faculté de penser, de crier, de prier sur le papier ; mais aussi parce que cela implique de ne pas se tromper dans son choix. Il se passe tellement de choses en deux mois, et ces derniers n’ont pas été sans agitations, qu’on aurait peur de passer à côté d’un sujet nécessaire et que celui qui vous tienne actuellement à cœur ne soit déjà plus au centre des attentions du monde. Le cœur aussi, paraît-il, se laisse parfois dépasser.

Au moment où j’écris, de retour dans ma province natale où les clameurs de la capitale ne sont plus que des bribes encore mystifiées, les voitures brûlent toujours place de la République. Ici, rares sont ceux qui s’intéressent à la fabrique des lois. Elles sont loin, les manifestations, les nuits blanches à habiter des places entières, les revendications qui se veulent révolutionnaires. Notre époque est peut-être à la mondialisation, mais entre Paris et ici, c’est un monde entier qui a creusé son lit. La campagne est encore un refuge solitaire qui endort les ambitions les plus folles et calme les ardeurs passionnées. On n’y va pas pour préparer un peuple à la révolution, mais pour l’oublier. Et si elle est exclue du cœur des batailles, on aurait tort de croire qu’elle s’en plaint.

Pendant deux mois, je me suis familiarisée avec les rythmes des manifestations. Il y a quelque chose de séduisant dans ces grandes mêlées hétérogènes qui avancent toutes d’un même pas, vers le même but, chaque semaine, et qui scandent leur opinion jusqu’à briser la voix. J’ai toujours eu un faible pour la persévérance ; leur ténacité était trop forte pour ne pas me laisser succomber. « Une société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil » écrivait Zola. Nous sommes peut-être tous trop jeunes pour décider si La Vérité existe ou non ; mais il me semble que celles qui agitent tout un peuple sont sûrement les plus fiables – pas à cause du nombre qu’elles agitent, mais à cause de la puissance avec laquelle elles sont exprimées. Alors que je m’écriais contre la décision du nouveau 49.3 prise par Manuel Valls il y a quelques semaines, un ami m’a répondu en tentant de m’expliquer sa nécessité sous prétexte que la démocratie serait peut-être plus écoutée « si elle arrêtait de regarder Secret Story ». Pourtant, je mettrais ma main à couper que ceux qui revendiquent leurs droits jusque sous l’averse ne sont pas les mêmes qui passent leurs journées au fond de leur canapé. Il n’y a peut-être pas de manifestations sans moutons de Panurge, mais si on a tort d’héroïser le peuple, refuser de croire en son discernement est une aberration.

CGT : les turbulences de la fin d’un règne

Ecrit par Martine L. Petauton le 28 mai 2016. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

CGT : les turbulences de la fin d’un règne

Au premier rang de la manif, imperturbable et bien rouge, la banderole de la CGT – seule, comme une grande – intime l’ordre au gouvernement, « vendu » au MEDEF, de retirer dans l’heure la loi scélérate El Khomri. Les mêmes au bord des trains, ou des palettes en flammes dans les dépôts d’essence. Les mêmes encore, à la TV, criant au « trop, c’est trop », pariant sur une fin de printemps chaud, ailleurs que dans la météo, fraîche, quant à elle. Un air de 68, de 2005, de 2010 aussi quand tout était bloqué sur les routes et que Sarkozy ramait, lui qui hier – tiens donc - s’étonnait de « l’anarchie actuelle ». Du déjà vu, le scénario ? avec les mêmes acteurs ? Croyez-vous ?

Sont-ils en train, les Cégétistes, de chausser cette panoplie du Syndicat des Métiers du Livre, d’antique mémoire (syndicat unique de la presse quotidienne française valant monopole, aux mains de la CGT) ; quelque part, une prébende, un agencement de privilèges, un apanage, comme on disait dans la France des Rois, quand même bien éloignée d’une possible définition de la vénérable centrale. Vieille dame – plus d’un tour dans sa pile de tracts, respectée bon an, mal an, écoutée plus ou moins selon saison – dont l’acte de naissance – 1895 – chantait alors, en ces temps de débuts des luttes, ce qui allait de soi dans le monde ouvrier : un syndicat pour les défendre et les représenter. Discuter après avoir cerné les attendus parfois coriaces du problème, et lancer la ou les formes d’actions qu’il fallait jusqu’à obtention des objectifs visés. Un syndicat face au patronat, et puis, progressivement, un syndicat avec d’autres, d’accord ou un peu moins, appuyé aux heures les plus chaudes – pêle-mêle 36, 45, 68 – sur des gouvernements dans un choral non plus binaire mais tripartite. La CGT, la tête familière de ses chefs, ceux qui faisaient partie de la famille ; un Séguy, bien sûr, un Krasu, cet Henri Krasucki plus cultivé que beaucoup, un Bernard Thibaut évidemment ; ceux qu’on ne reconnaîtrait pas dans la rue, ce Thierry Lepaon, qu’il faut oublier ; celui de maintenant, Philippe Martinez ; Philippe le radical, comme on aurait dit en un temps médiéval, Philippe le Hardi, à moins que Louis le Hutin, ou querelleur. Le gars, mâle moustache, œil sombre et trogne virile, ancien metalo Renault – belle carte de visite, pourtant – harangue, et, du coup, démarre chaque JT, devant chaque manif, de jour et de nuit-debout parfois, avec, non ce « tous ensemble » qui fut à un moment l’honneur des défilés, mais ce « tous contre le gouvernement honni », et peu importe pourquoi, comment. Banderole saignante – un peu carton pâte peint – parfois slogans agressifs, quand ce n’est pas simplistes, et, nous dit-on, en lieu autorisé, pas un mm de différence entre Hollande et Sarko ; estampillé Martinez… Alors !!!

« In der Heimat gibt’s ein Wiedersehen »

Ecrit par Jean-François Vincent le 28 mai 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

« In der Heimat gibt’s ein Wiedersehen »

« Au pays il y a un au revoir ». Ce chant qu’entonnaient les soldats de François-Joseph, en 1914, prend désormais, en Autriche, une connotation à la fois ironique et amère. Adressé aux immigrés, aux migrants, il signifie plutôt : « au revoir ! Salut ! Dégage ! ».

Heimat. Vocable presque intraduisible ; il veut dire plus que patrie (Vaterland) : une sorte de « chez soi » (Heim, cf. anglais Home) collectif, le pays au sens tant local que national. A l’heure où j’écris ces lignes, le sort de l’élection présidentielle n’est pas scellé ; mais Hofer arrive en tête dans tous les länder, à l’exception de Vienne et du Vorarlberg. Norbert Hofer, le peut-être nouveau président FPÖ – parti « libéral » autrichien, en fait, depuis ses origines, en 1945, terre d’accueil des anciens du NSDAP et de leurs descendants (comme feu Georg Haider) – a, en effet, usé et abusé du terme. « Die Heimat braucht dich jetzt ! », le pays a besoin de toi maintenant, pouvait-on lire sur ses affiches ; « aus Liebe zur Heimat », par amour du pays, clamaient les banderoles de ses partisans.

Ce « pays » – la « terre » chez Barrès et d’autres – obsède le FPÖ. Pour le défendre, il convient de faire barrage aux étrangers. « Nous refusons une uniformisation artificielle des multiples langues et cultures européennes par un multiculturalisme, une globalisation et une immigration de masse forcées », avertit sa plate forme programmatique.

Le thème est porteur et explique la possible victoire de Hofer. « Eine Überschwemmung an Flüchtlingen in Österreich », une déferlante de réfugiés en Autriche, titrait déjà, l’année dernière, le quotidien numérique populaire Mein Bezirk (mon quartier). L’afflux des Syriens et autres terrorisés par la guerre, fuyant le Moyen Orient, affole l’Europe centrale. Tout comme Viktor Orbàn en Hongrie, l’Autriche, sous le gouvernement du précédent chancelier, Werner Faymann, SPÖ (social démocrate), aujourd’hui remplacé par Christian Kern, également SPÖ, avait déjà refusé les quotas de migrants imposés par Bruxelles et fermé les frontières, y compris celle avec l’Italie.

« Überschwemmung », inondation, invasion. La Mitteleuropa connaît : les Ottomans occupant la Hongrie et assiégeant Vienne au XVIIème siècle ; les Soviétiques communisant les Magyars et laissant la capitale autrichienne en ruines. L’envahisseur vient toujours de l’est. Les mauvais souvenirs ont la vie dure. La démagogie d’extrême-droite joue aussi là-dessus.

Alors Vienne, bastion anti Hofer, ma ville, avec Paris mon seul véritable port d’attache, n’a que ses yeux pour pleurer. Chantera-t-elle cette berceuse – à la mémoire d’un de ces saints buveurs qu’affectionnait tant Joseph Roth – que chantaient encore les mères viennoises dans les dévastations de 1945 ?

49-3 : vers la censure ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 mai 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

49-3 : vers la censure ?

A l’heure où j’écris ces lignes, le sort de la loi sur le travail n’est pas encore décidé. Hier, Manuel Valls a choisi d’engager la responsabilité de son gouvernement, conformément à l’article 49 alinéa 3 de la constitution. Aussitôt, levée de boucliers de la gauche de la gauche : Mélenchon : « une fin de règne crépusculaire », Jacqueline Fraysse (communiste) : « on est stupéfait de cet acte brutal et autoritaire (…) un coup d’état autoritaire ». Mais les « frondeurs » du Parti Socialiste y vont aussi de leurs protestations : « une erreur politique » tempête la députée Karine Berger, « un braquage démocratique » surenchérit Yann Galut, autre député PS.

Vraiment donc, une erreur politique ? Voire. Une motion de censure a été déposée par la droite ; une deuxième, venue de gauche, suivra peut-être. Aux termes de l’article 49 seuls les votes négatifs sont comptabilisés, pas les abstentions. Il faut la majorité des membres de l’Assemblée Nationale, soit 288 voix pour que la motion soit adoptée ; la droite et le centre en comptent 226. Devraient, par conséquent, se joindre à elles 62 suffrages de gauche. Difficile, mais qui sait ? Pas impossible.

C’est là qu’intervient un pari audacieux, digne de François Mitterrand himself. De deux choses l’une, en effet. Ou bien la ou les motions sont rejetées. L’exécutif ainsi remporterait une victoire – une victoire à la Pyrrhus, diront certains – mais victoire quand même, à la fois sur la rue (Nuit Debout) et sur les socialistes dissidents. Ou bien le gouvernement Valls tombe. François Hollande doit ensuite soit nommer un nouveau premier ministre, soit – c’est l’évidence même – dissoudre et provoquer des élections législatives anticipées. Piège diabolique ! Nouvelle majorité de droite, cohabitation. Qui remplacerait Manuel Valls ? Dilemme et affrontements dans l’opposition. Sarkozy ? Gibier non pas de potence, mais de prétoire, mis en examen, demain peut-être condamné à une peine d’inéligibilité. Peu probable. Alain Juppé ? Son acceptation du poste le condamnerait pour 2017 : jamais un premier ministre de cohabitation n’est parvenu à remporter une élection présidentielle (échecs de Chirac en 1988, de Balladur en 1995 et de Jospin en 2002). Alors qui ? Fillon ? Le Maire ? Ce serait pour eux la meilleure manière de se « griller » politiquement : le pouvoir use prématurément…

Dans un an, une droite exsangue, son candidat – quel qu’il soit – affaibli, un Hollande jouant le recours (vieux truc mitterrandien). Un second tour Hollande/Le Pen ?!…

Bien joué, monsieur le Président !

Racines d’actu : le Premier Mai ?

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 30 avril 2016. dans La une, Actualité, Histoire

Racines d’actu : le Premier Mai ?

Lorsqu’on pense « 1er mai » aujourd’hui, cela évoque bien sûr pour nous au moins deux choses. D’abord, les débuts potentiels de l’affirmation (plus ou moins nette) du printemps, avec ses marchands de muguet souvent à la sauvette. Ajoutons à ce niveau que le 1er mai était célébré par les coutumes de l’arbre de mai (un rite de fécondité lié au retour de la frondaison et jadis répandu dans toute l’Europe occidentale). Ensuite, la « Fête du Travail », débouchant à la fois vers un jour de congé (et même souvent à la possibilité de « faire le pont » grâce à l’arrivée d’un week-end ou à la prise d’un ou plusieurs jours de RTT) et le maintien d’une « tradition », avec les défilés des syndicats. Et puis, il y a aussi ce Front National, qui célèbre, lui aussi, et ceci depuis les années 1980, son « 1er mai », en l’honneur de « Jeanne d’Arc », comme « protectrice » de la « patrie », et – en fait – en tant qu’affirmation (récupérée) du patriotisme, voire du nationalisme. Par rapport à tout ce que je viens d’écrire, quel serait le % de jeunes (notamment) qui connaîtrait vraiment les origines du 1er mai en rapport avec l’histoire du mouvement ouvrier  français et surtout sur le plan international ?

C’est aux États-Unis qu’apparut pour la première fois l’idée d’une journée de lutte des ouvriers, et ceci n’avait rien d’une fête chômée. Il s’agissait prioritairement d’une exigence de la réduction du temps de travail par jour. C’est à la fin du XIXe siècle que les syndicats américains, dans le cadre de leur congrès de l’année 1884, se donnèrent pour objectif d’imposer au patronat une journée de travail à huit heures. Et ils choisirent justement de lancer leur lutte pour cette revendication un 1er mai… En effet, la première grande action de ce type eut lieu le 1er mai 1886, sous l’influence des courants syndicalistes anarchistes ; et elle fut d’ailleurs assez largement suivie. Des morts étant tombés le 3 mai parmi les travailleurs, à Chicago, une marche de protestation se produisit à Haymarket Square, suivie de graves troubles entre manifestants et forces de l’ordre, aboutissant à un massacre. Puis, cinq syndicalistes anarchistes furent condamnés à mort et trois à l’emprisonnement à perpétuité.

En France, trois hommes furent à l’origine du 1er mai conçu comme journée de lutte, en hommage aux terribles événements de Haymarket Square. Il y eut d’abord le rôle de Jean Dormoy, socialiste et syndicaliste (qui devint maire de la ville de Montluçon dans l’Allier, l’une des premières municipalités socialistes de l’Histoire). Jean Dormoy, ami de Paul Lafargue (gendre de Karl Marx) et de Jules Guesde, fut d’ailleurs surnommé « Le forgeron du premier mai ». C’est en effet durant l’année 1888 qu’il lança – au niveau syndical – le projet d’organiser une grande manifestation populaire des travailleurs sur le plan international. Il y eut aussi l’action de Raymond Lavigne, un autre militant socialiste et syndicaliste, d’origine bordelaise, également ami de Jules Guesde, qui proposa à la IIème Internationale socialiste, en 1889 (dans le contexte du centenaire de la Révolution française et de l’exposition universelle), de faire désormais de chaque 1er mai une grande journée de manifestation destinée à obtenir les 48 heures hebdomadaires, le dimanche seul étant chômé. Il y eut enfin le rôle d’impulsion que joua le leader du POF (Parti Ouvrier Français), Jules Guesde, marxiste orthodoxe, qui poussa la IIème Internationale à entériner cette proposition, le 20 juillet 1889 ; c’est par ailleurs Jules Guesde qui, le premier, inventa le terme de « fêtes du travail », en 1890. Le 1er mai 1890 fut ainsi célébré pour la première fois internationalement, mais avec des niveaux de participation très divers. Comment ne pas signaler au passage les terribles événements qui se déroulèrent le 1er mai 1891 lorsqu’à Fourmies (commune du département du Nord) la manifestation aboutit à un drame, avec une fusillade, la troupe ayant tiré sur la foule, ce qui occasionna la mort de dix personnes.

Est-ce un « nous » ? Ou est-ce un « eux » ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 avril 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Est-ce un « nous » ? Ou est-ce un « eux » ?

Lors de la soirée « live » de Mediapart, du 14 avril dernier, consacrée à Nuit Debout, Edwy Plenel, tout à fait à la fin, citant Aimé Césaire, s’exclamait avec son habituel lyrisme : « l’heure du nous-même a sonné ! » ; puis, reprenant le titre de son dernier livre « Dire nous », il ajoutait parlant au nom de son journal : « nous épouserons le rythme du nous ». Le « nous », cet astre nocturne se levant sur le grand soir – tant désiré mais jamais advenu – du capitalisme, que le directeur de Mediapart appelle de ses vœux…

C’est vrai, il y a du « nous » Place de la république. Les gens discutent, des inconnus se tutoient sans se connaître ; on discute, on mange, on drague… un authentique espace de libre expression, qui me fait penser à ce que fut l’émission Droit de réponse, dans les années 80. Nuit Debout, en effet, lui ressemble jusque dans ses excès. Ainsi un « adversaire », comme Alain Finkielkraut, ne put prendre la parole et fut chassé sous les huées et les insultes. Bref, une agora, un « laboratoire populaire » ou une « séance de catharsis », comme le dit fort justement Libération.

Les idées fusent, se bousculent, inattendues, souvent saugrenues : tirage au sort des représentants locaux ou nationaux (la représentation, si représentation il doit y avoir, ne peut résulter que du hasard) ; salaire « inconditionnel, inaliénable et universel » de la naissance à la mort – il faut avoir le droit « de travailler ou de ne pas travailler » ; prix libres dans l’alimentation, chacun donnant « ce qu’il veut, en fonction de ses moyens et de la valeur qu’il donne à la nourriture qui lui est proposée ». On croirait presque entendre du Ferdinand-Lop, ce journaliste/humoriste qui préconisait l’extinction de la pauvreté à partir de dix heures du soir…

Alors serait-ce donc vrai ? Du vrai nous ? Du nous spontané, inorganisé, fantasque, certes, mais du nous véritable, exprimant directement ce que veut le peuple ?

Pas tout à fait. Un incident, qui s’est produit au cours de la soirée de Mediapart, en dit long sur ce point. Une jeune et sympathique ex-« indegnada » de la Puerta del sol, Luna Gàmez, avait été invitée, pour faire le lien entre les évènements actuels et ce qui s’était passé à Madrid, en 2011. A la question, précisément, de savoir « quelle est la différence entre les deux mouvements ? », elle répondit ingénument : « ici, ç’a été préparé ; en Espagne, ç’a été improvisé ». Un ange passa, une grimace se dessina sur le visage de Plenel : de tout évidence, Luna avait gaffé, elle avait lâché le morceau et dit ce qu’il ne fallait pas dire…

Non ! Cette Nuit Debout n’est en rien improvisée. Des « parrains », elle en a, des parrains à la sicilienne, des parrains quasi « corléonesques ». Ce sont les « eux ».

Un nuit-debout, quoi-qu’est-ce ?? Dit le petit, si je le savais… dit la mère...

Ecrit par Martine L. Petauton le 23 avril 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Un nuit-debout, quoi-qu’est-ce ?? Dit le petit, si je le savais… dit la mère...

Bien sûr, la mère pourrait tout de go répondre : c’en est un qui ne dort pas ; un noctambule errant, plutôt dans les cœurs de villes. Et le petit d’imaginer un type un peu bourré sortant d’un bar-techno, la canette à la main.

 Et déjà, pas ça ; pas que.

Alors, quoi-qu’est-ce ? continue le gosse. Un gamin, ça veut savoir ; ça débusque les approximations, et – pauvre bonne mère ! – la nuit pourrait être longue…

Des jeunes en partance pour le rituel printanier (le plus souvent) cher à leur classe d’âge, un peu rite initiatique d’entrée chez les adultes ? La révolte type-16-22, démarrant juste à l’entrée de la Seconde des lycées, et finissant en Fac, juste avant les examens ou concours sérieux. Le grand boucan qu’on fait, comme d’autres artistes « font le Zénith »… – et après, vous entamez une tournée en province ? Oui, et on pense (peut-être) à une saison à l’étranger. Moue approbative du journaliste du 20h… Un peu, mais vraiment, pas que ça, convient la mère – tout sauf le genre vieille réac anti-jeune.

Des gens à pancartes politiques exclusivement façon basique ? férocement anti-Hollande et les siens, mixte savoureux de vieux (déjà, oui) fond de Podemos-période Indignés, chauffant la Place d’Espagne, de cris des Syriza grecs d’avant le fameux été de la veste habilement tournée du beau Tsipras, plus quelques ingrédients chopés ici ou là en vieille ou plus jeune Europe – leur nom de petite guerre échappant à la mère, tout autant qu’à moi même.

De sympathiques campements, donc – jeans effrangés, catogans noués, casquettes et – mais si – vieilles dentelles dépassant des vestes plutôt martiales – qu’on a croisés, qu’on croise et croisera, tant dans les champs de Notre-Dame des Landes, qu’au bord de lacs menacés du Sud-Ouest, et sans doute en vue d’une centrale nucléaire dont le sort, menacé en 2012, se ragaillardit au fur et à mesure de l’avancée du quinquennat. – Des manifestants, dit le petit ? – A coup sûr, dit la mère. Dubitativement, quand même, car le fait de manifester n’a jamais fabriqué un cortège cohérent de manifestants. C’est comme ça, que des tenants du « Hollande, dégage » d’un Printemps Français, qui n’a toujours pas eu lieu (forte revendication, du coup), se sont invités à la bonne franquette et à la fraîche, à la fête de la République. Auréolés de leurs diverses croyances gueulées : Vive le Front National ! À quand notre Marine ? Et au gnouf, Hollande (c’est pas celui qu’avait violé des p’tits gars ? Ah ! On croyait)…

– Quoi qu’on lit sur leurs pancartes ? insiste le futur citoyen, en s’agrippant à un vieux doudou qui n’en est pas à sa première manif. – Eh biennn… soupire la mère, c’est vaste et différent : ils parlent du boulot qu’ils ont peur de ne pas avoir – mais ils font les études ! Oui, mais plus tard. De la Loi Travail qu’ils ne veulent pas – Pourquoi ? – c’est compliqué ; ça dépend des pancartes. Du logement trop cher, et trop rare ; des Droits particuliers, aux étudiants, aux jeunes qu’ils voudraient obtenir. La larme à l’œil, le minot s’émeut : – on ne discute pas avec eux !! C’est pas ça qu’on appelle une dictature ? – Pas quand même ! Ceux qui dirigent et font les lois, ont mis en place pas mal de droits (on dit qu’il y en a rarement eu autant, dans les décennies précédentes), mais les jeunes sont pressés – ils regarderont tout ça à la fin des Nuits debout.

Journalistes ; après la victoire...

Ecrit par Martine L. Petauton le 09 avril 2016. dans Monde, La une, Média/Web, Actualité

Journalistes ; après la victoire...

Pêle-mêle, faisant la joie des « une » – toutes – ricochant de nouvelle dénonciation en goûteuse trouvaille, le « Panama papers » – nom simple, qui dit les choses – avance en gloire, énorme sandwich pour ces démocraties qui – jusqu’à ces heures haletantes d’un lundi d’Avril, à deux coudées du jour des poissons – marchaient tête haute et mains propres. Ou s’en donnaient l’air.

Recette d’un mitonné classique : vous avez des (gros, très gros) avoirs, qui font une allergie massive au fisc de votre pays d’attache. Vous cherchez cette évasion fiscale vieille comme l’impôt, mais modernisée. Un paradis à quelques heures de vol attend vos « petites choses », du type de ce cabinet panaméen Mossack Fonseca, dont on parle (si c’est plein, il y en a d’autres de par le monde ; plus de 60 pays s’honorant du titre). On va vous y monter une société-écran, dite joliment off-shore. Et hop, plus d’impôts ou tellement moins. On aura au passage repéré la sémiologie du terme, amusant, « paradis » fiscal , comme quoi l’idéalité serait forcément assortie du non-paiement de taxes collectives. Bon.

Le Panama Papers a quelque chose de ces grilles structurales que j’affectionnais tant dans mon métier d’enseignante : l’évasion fiscale, comment ça marche ? Simple et jouissif. La fraude à l’heure de la mondialisation. Un raisonnement à la hauteur du minot pas trop sot : – comme dans les contes, la vie allait son train, et le paradis des sous itou… susurre la maîtresse, jusqu’à ce que… what else ? disent les bouches en cœur des petits. Ça nous est donné comme une super production hollywoodienne, effets spéciaux en sus ; il y a du grand huit hurlant dans la façon dont nous arrivent ces vagues de noms d’éminences, de chefs d’entreprises, de chefs d’état, présidents, rois, stars du sport, et autres têtes bien connues. Tout ce qui compte dans le monde, du Gala-Voici aux lettres des sommets du pouvoir, passant par les sites des grandes banques et autres journaux de l’entreprise, vient d’être pris les mains dans le pot de confiture. Bingo ; on se croirait au feu d’artifice de Juillet – vois, la rouge ! là, le bouquet ! Encore, encore ! C’est remis, comme un trophée ramené par des chercheurs d’or, dans nos mains innocentes de payeur d’impôt de base, d’honnête travailleur et même chômeur, pardi.  On est baba – on avait déjà vu pas mal de feuilletons dans le même genre, mais là, à coup sûr, c’est l’Oscar en vue… Ainsi donc, le monde entier – Chine et Russie se partageant pas mal de rôles – va mal ; le monde entier triche – pas de pauvres dans le film, rien que du riche – et la morale, m’dame, s’est tirée sur une autre planète… Et forcément, bruyant comme un vol noir de Rafales, monte l'attendu grondement : « tous pourris »,  s'apprêtant à un envol en gloire, type jeux olympiques. A noter que ceux qui, par chez nous, chassent haut et fort les mains sales de tout un chacun – vous aurez reconnu le cher Front – demeurent le bec clos, leurs nippes ayant trempé dans la sauce…

 Mais, au fait, qui nous raconte la chose ?

Le héros des gamins ? Celui qui rétablit – sa cape et son masque de Batman battant le grand ouragan des fraudes – l’ordre moral et financier, parce que là-aussi, il en faut, na ! Que nenni. Des officines internationales dépendant de quelque ONU supposé donner au monde un sens ? Un ou deux (pourquoi pas le nôtre) pays, via ses institutions démocratiquement élues, ayant encore en caisse un reste de code de l’honneur ? Que non pas ! Le vent de la justice nous vient des journalistes. Banal, pas trop romantique, mais, bon… Journalistes, mais pas ceux, causeurs et besogneux ( pas trop validés des populistes, du reste) qui sont en train de nous narrer, jaloux, jusque dans les trémolos de la voix, l’épique aventure des autres, ceux qui ont décroché la queue du Mickey du manège, ceux « d’investigation ». Moins héroïque, certes, que les grands reporters de guerre, sentant l’ombre des bureaux poussiéreux, et seulement armée de ses ordis, l’espèce est un rien bizarre, mystérieuse, paraissant croisée avec le flair et la dégaine du policier, façon Colombo. Enquêteur, à sa façon non labellisée, c’est l’inévitable « investiga » qu’on a maintenant – vous l’aurez remarqué – comme à égalité avec le capitaine, dans chaque série TV. Fouineur, perturbateur, ne lâchant pas grand-chose, laissant les dents, il cherche, en parallèle, un peu « au noir ». Dans les temps anciens, il secouait la poussière de vieux journaux d’archives au fond des bibliothèques, et, pan, en faisait tomber le vrai coupable ; à présent, il surfe et pan… « panama papers » !… Des p’tits gars de Médiapart, quoi.

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