Actualité

Dear British brothers,

Ecrit par Lilou le 09 juillet 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Dear British brothers,

Mais que vous est-il arrivé dans cette volonté affirmée de nous quitter ? Je réécoute en boucle depuis l’annonce du Brexit The Green Fields of France et ne vous comprends toujours pas… Me reviennent en mémoire nos batailles passées et nos arcs-en-ciel par tous les temps, overseas, dans notre si beau village du monde rien qu’à nous. Je nous revois souriant de nous tous aux 4 coins du monde où nous avons ferraillé d’amour, de bières et de rêves. Je vous revois amis de Bombay et de Curitiba, frère et sœur de burnt oak, compagnons de fortune de Twickenham ou d’Anfield Road, je ris éternellement de ces barriques de Stellenbosh descendues méthodiquement sous l’air diaboliquement bon de Don’t take me home et de celui si doux de Will Grigg’s on fire. Je songe à nos moqueries de Covent Garden et de Stonehenge où nous n’avions pas encore atteint l’âge de ne surtout pas rire de tout avant que de commencer à vieillir. Vous me l’avez toujours dit, je suis parfois plus Anglais que vous. Votre vote me confond dans une infinie rage de vous perdre dans nos communautés de valeurs.

1er juillet 1916, il y a un siècle exactement ou tout juste hier plus sûrement, à 7h28, commençait l’assaut furieux de la Somme. Je repense souvent à nos pèlerinages ensemble à Albert, à Thiepval, dans le Bois de Delville, puis le lendemain sur le Mort Homme et la Côte 304. Je me sens aujourd’hui bien seul de vous voir nous quitter au milieu de ces ruines et ces champs de souvenir qui me rappellent que nos ancêtres ont construit ensemble notre Europe. Je me sens très seul de constater que l’individualisme nationaliste béat, de ce contre quoi vos ancêtres ont combattu il y a 1 siècle, vient de triompher. Vous êtes partis en claquant la porte avec vos vociférations d’un autre âge et votre haleine pleine de haine contemplative. Je n’aime pas les portes qui se ferment, ni votre souffle à méchante haleine, cela me fait trop penser à des cœurs qui se brisent et à des marins de passage préférant Macao à Singapour…

Britons et frères vous fûtes, Britons et frères vous resterez. Mais bon, comprendrez-vous toujours que ce qui vous entoure, nous l’avons construit ensemble et que vous refusez d’en faire plus ? Et que cela m’est insupportable ?

With love, and forever yours… Deeply…

L’œil de Claude : L’Euro 2016

Ecrit par Claude Gisselbrecht le 09 juillet 2016. dans La une, Actualité, Sports

Des surprises et des Bleus comme s'il en pleuvait...

L’œil de Claude : L’Euro 2016

L’Euro 2016 se termine le 10 juillet prochain… Pendant la compétition, des équipes qu’on n’attendait pas – ou plus – ont émergé soudain et (dé)montré qu’on devait et pouvait compter avec elles, alors que d’autres, et non des moindres, ont été éliminées prématurément !

Ainsi va l’Euro, avec ses pesanteurs et ses fulgurances… Au cours des premiers matches, la plupart des joueurs semblaient avoir troqué leurs crampons contre des « semelles de plomb »… En effet, maladresses et fautes se succédèrent à un rythme effréné, et un grand nombre d’équipes avaient souvent préféré l’inertie au beau jeu !

Il aura fallu attendre les huitièmes de finale, autrement dit le début des « choses sérieuses » pour que le foot retrouve ses « semelles de vent »… Le « couple franco-allemand » était opposé à deux adversaires coriaces, l’Irlande et la Slovaquie, 2-1 pour la France avec un doublé de Griezmann « de la tête au pied », et un joli 3-0 pour la Mannschaft !

Puis ce fut au tour des Italiens de « faire le spectacle » face à l’Espagne qui, finalement, « botta » en touche sur le score de 2-0. Exit également l’Angleterre, 2-1, qui rencontrait l’Islande, une autre île, soufflant en permanence le chaud et le froid !

Les quarts de finale, ensuite, avec de belles affiches. Pologne-Portugal, pour commencer. C’est finalement l’équipe portugaise emmenée par Ronaldo qui l’a emporté, sans avoir brillé pour autant. Quant aux « petits-enfants de Kopa », ils n’ont pas eu à rougir de leur défaite !

Un peu plus tard, le Pays de Galles rencontrait la Belgique. Le « dragon rouge » a littéralement foudroyé les « diables rouges », 3-1. Le match, riche en rebondissements, a sacré une équipe galloise ô combien talentueuse, surprenante à bien des égards. Lorsqu’on sait que Wales a deux amours, le rugby et le foot, on se dit que ce petit pays du Royaume-Uni n’a pas fini de nous surprendre !

Puis ce fut l’Italie, qui tomba au « champ d’honneur », ou presque, face à la Mannschaft, pas au mieux de sa forme. Tirs au but fatals pour les Italiens, dont la « botte », toujours aussi puissante, aura fait son effet !

Enfin, les Bleus étaient opposés aux Islandais, ces joueurs venus du froid… Ce qui les a surtout douchés, c’est le 4-0 à la mi-temps. Superbe match de la part de l’équipe de France, qui s’est terminé sur le « score fleuve » de 5-2 !

 

le 4 Juillet 2016

Monarchie républicaine française : fin de partie

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 juin 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

Monarchie républicaine française : fin de partie

Les Français sont un peuple à la fois régicide et légitimiste. La décapitation de Louis XVI avait une vertu symbolique : abattre, d’un coup, les deux corps du roi, le physique et, comme le décrit Kantorowicz, le surnaturel, celui qui, sur le modèle christologique, représente le royaume comme une personnalité corporative dont le souverain est la tête et les sujets les membres. « Louis doit mourir, parce qu’il faut que la patrie vive », s’exclamait, à regret, Robespierre, pourtant hostile à la peine de mort, dans un discours à la tribune de la Convention, le 3 décembre 1792.
Régicides donc, les Français ; mais et non moins légitimistes. Le référendum du 28 octobre 1962, instituant l’élection du président de la république au suffrage universel, si juridiquement contestable (de Gaulle utilisa l’article 11 de la constitution de 1958, et non son article 89, pourtant prévu à cet effet) qu’il ait été, inaugura une formidable « success story » : celle des scrutins présidentiels, les seuls à résister à l’érosion de la participation. L’heureux élu put ainsi trôner, de présidence en présidence – en majesté, tel un basileus kosmocrator byzantin – hiératique, distribuant éloges ou petites phrases assassines, dans des conférences de presse, devant un parterre de ministres et de journalistes, ou bien de façon plus intimiste, dans un tête à tête avec un interviewer complice.
Ces images, dignes du Livre des cérémonies de Constantin VII porphyrogénète, ont subi, petit à petit, les assauts d’un iconoclasme impie. Ce fut, tout d’abord Giscard. L’homme à l’accordéon, qui s’invitait à dîner chez le gens du peuple, enterra définitivement les photos officielles (autre legs monarchique) en costume de sacre – frac et grand collier de la légion d’honneur – au profit d’autres, plus modestes. Après la restauration mitterrandienne – celui qu’on appelait « le florentin » adorait la solennité et la distance – le côté « popu » d’un Chirac (tape sur le cul des vaches et demi pression) reprit le processus de désacralisation, prolongé par Sarkozy – tenue de jogging et Carla Bruni en guise de Jackie Kennedy à la clef.
Mais François Hollande vient de donner à la sublimité présidentielle le coup de grâce. Celui qui se voulait « normal » pousse, en effet, la normalité jusqu’à concourir avec les candidats socialistes à la candidature, pour l’investiture du PS en vue du scrutin de l’année prochaine. « Si je ne suis pas en mesure de remporter la primaire, a-t-il confié à des proches, comment pourrais-je espérer remporter la présidentielle ? »
Sacrilège. Aux États-Unis, un président sortant qui se représente pour un second mandat, est dispensé de primaire : sa candidature va de soi et n’est contesté par personne dans son camp. Hollande, en acceptant de passer sous ces fourches caudines, achève la banalisation complète de sa fonction : le président désormais se veut tellement ordinaire qu’il ne bénéficie pas de la plus petite rente de situation…
Mais ne serait-ce pas, au fond, un calcul ? Au vu des sondages, il est, somme toute, moins humiliant de se faire battre dans le cadre d’une compétition interne plutôt qu’à l’issue du premier tour de la véritable élection (chose sans aucun précédent sous la Vème république : Giscard comme Sarkozy furent défaits au second tour et de peu). Qu’un autre socialiste se voit désigné pour cette mission de sacrifice ménagerait un amour propre déjà passablement flétri… et un possible avenir politique, que ne manquerait pas de sceller pareil Waterloo électoral.
Hollande, après tout, un florentin lui aussi ?

François Hollande et les primaires

Ecrit par Jean-Luc Lamouché le 25 juin 2016. dans La une, France, Politique, Actualité

François Hollande et les primaires

Après avoir, il y a quelques semaines, annoncé qu’il n’y aurait pas de primaires pour la gauche, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, vient de changer complètement sa position, et l’on peut douter que cette décision n’ait été prise sans une consultation préalable auprès du chef de l’État François Hollande. Dans ce papier, je vais tenter de cerner les éléments de cette affaire qui fait les choux gras des grands médias, ce « Léviathan » toujours avide de nouvelles nourritures, quitte à se comporter comme le Saturne de notre démocratie ! Quelles sont donc les bases de réflexion que l’on pourrait envisager pour ce nouveau « grain à moudre » médiatique ?
D’abord, il convient de relever le côté exceptionnel de ce qui est, en l’occurrence, décidé. En effet, ce sera la première fois qu’un président sortant – se présentant donc pour un second mandat – ne sera pas automatiquement le candidat naturel de son parti. Même aux États-Unis, où les primaires sont une très ancienne tradition, l’intronisation du président Démocrate ou Républicain est automatique ; on ne fait que respecter certaines formes, mais il n’y a pas d’exemple de candidat à la candidature et à sa propre succession qui se soit produit dans le cadre des traditions de la grande nation américaine.
Ensuite, n’oublions pas de signaler que ces primaires ne vont concerner que la « gauche de gouvernement », c’est-à-dire le PS, le PRG (Parti Radical De Gauche) et les Écologistes favorables à la participation à l’action du gouvernement dirigé par Manuel Valls. En effet, « la gauche de la gauche » a refusé il y a déjà longtemps d’envisager des primaires de toutes les gauches : Jean-Luc Mélenchon, bien sûr, qui s’est déjà déclaré candidat, prenant à contre-pied ses amis du FDG (Front De Gauche), et le PC – qui tente actuellement la mise en place d’une « candidature citoyenne » pour les présidentielles à venir.
Puis, mais alors pourquoi, ce revirement de Jean-Christophe Cambadélis ? L’explication la plus probable réside dans deux points. En premier lieu, faire sortir un vainqueur des primaires de « la gauche de gouvernement » qui serait, une fois élu, un candidat globalement incontestable, religitimé. Soit une façon de remettre de l’ordre « dans la maison », tout en calmant les ardeurs critiques des « frondeurs » du PS, plutôt satisfaits de cette annonce des primaires. Remarquons au passage que ce procédé, qui apparaît à certains comme « politicien », me semble au contraire indéniablement démocratique. En second lieu, l’espoir, pour François Hollande, qui est donné actuellement dans les sondages au coude à coude avec Jean-Luc Mélenchon (même si nous sommes à un an environ des futures présidentielles et que la situation économique semble s’améliorer assez nettement), de ne pas être humilié. Je rappelle en effet que ces derniers jours 4 à 5% seulement des Français souhaitaient qu’il se représente… Il y aurait donc là comme une sorte de pari, voire de politique – comme on dit – du va tout, si c’est bien François Hollande qui s’est mis d’accord avec l’actuel premier secrétaire du PS pour organiser ces primaires de « la gauche de gouvernement » – qui auraient lieu en janvier 2017, un moment où l’on connaîtra le candidat de la droite classique (dont les primaires se dérouleront en novembre) ; soit un atout important pour l’actuel président de la République, surtout si Nicolas Sarkozy gagne les primaires en question (on sait qu’en effet celui-ci est un excellent catalyseur des gauches par détestation à la fois de sa personne et de sa reprise des thèmes d’extrême droite).

Gauche / Police ; état des lieux

Ecrit par Martine L. Petauton le 18 juin 2016. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Gauche / Police ; état des lieux

A l’autre bout de l’Histoire, de la nôtre, à nous, les anciens, il y a eu ces « CRS, SS » venus de 68. Raccourci difficile à justifier – historiquement, justement – même si l’on se souvient de la dureté des affrontements dans ces années gaulliennes de la fin, qui étaient, disons, une forme de démocratie pour le moins musclée. L’état était de droit, mais, souvent sur les bords. Depuis, de manif hard en défilé hargneux, de l’eau – plutôt pas trop salée – est passée sous les ponts. Mitterrand, en particulier a installé dans ce domaine comme dans d’autres des masses de granite aux angles peu coupants et fixé cet État de droit qui, si l’on réfléchit bien, est un de ses héritages les plus nobles…

En vieillissant, la Gauche aux affaires ou devant la porte s’est approprié ce versant répressif-passage obligé, qui, dans la tête du Janus policier, voisine avec la protection avenante. On a fini, bon an, mal an par convenir que la police, au fond, sans elle pas d’État de droit, de démocratie pas davantage ; elle en protège les membres, et, pour ce, réprime et chasse le déviant. Les « forces de l’ordre » font partie du bagage, et il n’est pas question que seul le camp droitier revendique comme appartenance naturelle ses images et son fonctionnement. Les gens de gauche ont  longuement marché dans la « Cité », vous et moi en faisons partie, probablement. Nos enfants, au fait, aussi, qui ne se planquent pas direct sous la couette quand sonne un gars de la police. Autre temps, semble-t-il ; autres peurs. Il y a, du reste, des syndiqués policiers qui portent avec panache la République et ses valeurs, pas moins que l’enseignante que j’étais, tentait de les faire vivre à chaque heure de cours (et de récré). On se souvient aussi des jours de Charlie, des nuits de Novembre, de populations gratifiantes auprès d’une police largement humanisée, choquée, à hauteur du citoyen, risquant sa vie dans la guerre nouvelle qui s’annonçait.

Alors ? Que dire ces jours-ci, dans les queues de manifs, de ces slogans haineux, ces pancartes brandies : « tout le monde déteste la police », « une balle, un policier »

Et ce, face à des policiers, dont les protocoles actuels sont avant tout d’éviter évidemment tout dérapage ou bavure, mieux, de porter haut ce « tenir ses nerfs d’abord » qui les honore. J’en veux pour souvenir ce jeune policier de base, dans l’affaire de la voiture de police incendiée, il y a peu, qui – les images le prouvent – ne sortit pas son arme, ni même ses répliques verbales. Chapeau. C’est ce genre de police responsable, compétente et mesurant chaque conséquence de geste, de décision, qu’il faut à la société d’aujourd’hui malmenée, déchirée, confite dans les peurs.

Pour un autre 18 juin

Ecrit par Lilou le 18 juin 2016. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

Pour un autre 18 juin

Nous ne récoltons dans nos rues que ce que nous avons semé en laissant les loups rentrer dans nos villes, nos idéologies et nos âmes. Le problème idéologique que connaît la gauche est ancien. En 1933 déjà, Léon Blum prévenait la SFIO de ce qu’il adviendrait en cas de fracture au sein de la SFIO par ces mots célèbres « je suis épouvanté » prolongés par un dernier murmure « c’est du fascisme ». On sait ce qu’il se passa ensuite dans ces dogmatiques des gauches devenus après 1936 nationaux et autoritaires (Déat, Doriot, Bergery sortez de vos tombes avec vos uniformes de la Wehrmacht et vos silences d’aout 1939). Manu, tu passeras dans l’histoire comme Blum, ton procès se déroulera comme les loups de 2016 le prévoient. Toi, moi et beaucoup d’autres ripaillerons toute une nuit attendant comme les Girondins que l’aube se lève, à la manière de celle du 30 octobre 1793. Comme en 1793 ou en 1933, ce qui est en question aujourd’hui n’est pas le cœur de la pensée mais plutôt la traduction de leurs quêtes du pouvoir avec tout son cortège habillé des fantasmes virils du parrain en fin de route.

Il ne faut pas se tromper sur ce qui se déroule en ce moment même si le sentiment qui domine est qu’il est trop tard parce que le fruit est méchamment corrompu ! Je n’aurais pas dû voyager dans le monde entier et ainsi pouvoir comparer les systèmes sociaux des autres pays avec le nôtre. Je ne me serais ainsi pas insurgé avec autant de force aujourd’hui contre vos faux semblants et vos mensonges permanents dont vous nous abreuvez sur la grande misère sociale française. La grande misère de mon si beau pays, c’est vous et votre quête permanente du pouvoir, c’est ce personnel politique de plus en plus fascisant et nourrissant les haines et les peurs, c’est votre silence assourdissant quand justement il faudrait faire preuve de la parole fondée sur le respect d’autrui et la justice sociale mesurée non pas à l’aune de son minuscule avenir d’élu politique ou syndical mais à l’échelle d’un monde qui rigole de vos privilèges de riches et qui crève de la vraie faim des misères les plus noires.

La CGT et Sud agitent en ce moment le bocal du grand soir. Comme toutes les officines de l’autre extrême du reste… Toutes les ficelles y passent à commencer par une propagande des plus nauséabondes comme aux meilleures heures d’un Thorez rentrant de Moscou et fonçant vers Boulogne Billancourt donner à ceux qui travaillent un peu du gros rouge qui tache pour leur apprendre à se révolter. Ce qui est en question pour les joyeux drilles aux drapeaux rouges (et noirs) n’est pas l’article 2 de la loi. Surtout pas ! Chacun convient en effet qu’il est préférable de taper à la porte de son entreprise pour agir et négocier, à la manière d’un syndicalisme allemand s’étant enfin débarrassé de sa paternité avec l’inénarrable Marx, plutôt que de taper aux portes dorées (n’est-ce pas Monsieur Lepaon) d’une centrale aux 14 mots de vocabulaire et qui semble ne pas comprendre les urgences humaines et humanistes du 21ème siècle. Non, ce qui est en question ce sont les élections syndicales de l’année prochaine et votre gestion prévisible des dégâts à la fois d’une abstention record (nous, gens de France, on vous emmerde à vouloir nous faire dire que vous êtes notre force de pensée et d’action, regardez vos taux de syndiqués), et d’une tannée historique car à nous, ceux qui travaillent pour de vrai et qui ne passons pas nos journées emmurés dans les cellules syndicales ou avachis sur les feuilles jaunies des pamphlets racistes de l’action française et du Manifeste de 1848, vous nous broutez menu. Vous rappelez-vous que toutes vos expériences de pouvoir se sont terminées dans le sang (toujours celui des autres du reste) ? Vous alimentez des bataillons exsangues chargés d’interdire aux autres de travailler avec des peurs et des haines et en utilisant des réflexes idéologiques que le grand soleil débile de Corée du Nord vous envie. Vous manipulez ces travailleurs qui ne comprennent pas que leur combat n’est pas le vôtre, vilement électoraliste. Vous utilisez les différences entre les uns et les autres pour construire des murs que d’autres nomment aussi des communautarismes. Agissant de la sorte, vous comptez et fixez vos troupes…

Brexit : good bye to all that ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 juin 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

Brexit : good bye to all that ?

« Adieu à tout ça ! », « good bye to all that ! », tel est le titre d’un roman autobiographique de Robert Graves, narrant non seulement la guerre de 14-18, mais le basculement du monde du XIXème siècle – le monde d’hier de Stefan Zweig – dans celui du XXème. Par le brexit (contraction de Britain exit), une réponse négative au référendum du 23 juin, la Grande Bretagne dirait-elle adieu à 40 ans de présence dans la construction européenne ?

C’est plutôt l’inverse : l’entrée dans ce qui s’appelait encore la CEE, dans les années 70, tourna une page d’histoire britannique. 1945, l’Angleterre sort ruinée mais victorieuse du second conflit mondial ; elle a encore son Empire et peut se vanter d’être la seule puissance belligérante d’Europe à ne pas avoir été occupée par les nazis. La décolonisation – à l’inverse de la France – se fera en douceur (se souvient-on que le premier président de l’Inde indépendante ne fut autre que… le dernier vice-roi, lord Louis Mountbatten ?!) ; les anciennes colonies et dominions restant – symboliquement – réunis sous le sceptre d’Élisabeth II, dans le cadre du Commonwealth. Alors, les demandes pleurnichardes d’un Macmillan à de Gaulle – cf. le « ne pleurez pas Milord » de 1962 – ressemblaient fort à une humiliation, motivée uniquement par l’impasse que constituait l’AELE, Association Européenne de Libre Échange, cette contre-CEE ultra libérale, que la Grande Bretagne avait elle-même créée en 1960, pour faire pièce au traité de Rome de 1957.

L’Angleterre hors de l’UE donc ? Ce serait, pour elle, une catastrophe économique. La prestigieuse London School of Economics prévoit déjà, dans cette hypothèse, une baisse du PIB comprise entre 3,8 et 7,8%. Dans la city, on s’inquiète, la plupart des grandes entreprises cotées au FTSE100 (l’équivalent du CAC40 parisien) s’affichent clairement « remainers », partisanes du statu quo ; et le ministre des finances, Georges Osborne, prédit 800.000 chômeurs de plus, dans l’éventualité d’un brexit.

Mais l’essentiel est ailleurs. Il s’agit de la souveraineté. Le slogan des « leavers », de ceux qui prônent la sortie, se résume dans cette exhortation : « take control ! », prenez le contrôle ! Boris Johnson, le précédent maire de Londres, n’hésitant pas à comparer l’UE aux dictatures des années 30 : « l’UE veut un super état, dit-il, exactement comme Hitler le voulait ». La palme du lyrisme ampoulé, toutefois, revient, sans nul doute, à Nigel Farage, leader de l’UKIP – United Kingdom Independence Party, mouvement nationaliste flirtant avec l’extrémisme – qui, pas plus tard que le mercredi 8 juin, déclarait devant le parlement européen, où il est député : « la constitution européenne, rejetée par les Français et les Hollandais, sortie par la porte est rentrée en douce par la fenêtre. Ce n’est pas seulement mauvais pour le Royaume Uni ; c’est mauvais pour toute l’Europe. J’espère que le 23 juin ne sera pas uniquement le jour de l’indépendance pour nous, mais qu’il mettra un terme à l’ensemble du projet, de telle sorte que, dans quelques années, nous puissions être un état-nation souverain et démocratique ». A quoi David Cameron, le premier ministre, répond, perdant patience : « la souveraineté britannique à l’extérieur de l’UE est illusion ; y rester rendrait le Royaume Uni plus fort et plus sûr. Si vous aimez la Grande Bretagne, votez pour son maintien dans l’Europe ».

De la rage de changer le monde

Ecrit par Charlotte Meyer le 18 juin 2016. dans La une, Ecrits, Actualité

De la rage de changer le monde

Reprendre sa plume après deux mois de course avec le temps est une ambition difficile. Non seulement parce qu’elle impose l’angoisse d’avoir peut-être perdu les mots, de ne plus avoir la faculté de penser, de crier, de prier sur le papier ; mais aussi parce que cela implique de ne pas se tromper dans son choix. Il se passe tellement de choses en deux mois, et ces derniers n’ont pas été sans agitations, qu’on aurait peur de passer à côté d’un sujet nécessaire et que celui qui vous tienne actuellement à cœur ne soit déjà plus au centre des attentions du monde. Le cœur aussi, paraît-il, se laisse parfois dépasser.

Au moment où j’écris, de retour dans ma province natale où les clameurs de la capitale ne sont plus que des bribes encore mystifiées, les voitures brûlent toujours place de la République. Ici, rares sont ceux qui s’intéressent à la fabrique des lois. Elles sont loin, les manifestations, les nuits blanches à habiter des places entières, les revendications qui se veulent révolutionnaires. Notre époque est peut-être à la mondialisation, mais entre Paris et ici, c’est un monde entier qui a creusé son lit. La campagne est encore un refuge solitaire qui endort les ambitions les plus folles et calme les ardeurs passionnées. On n’y va pas pour préparer un peuple à la révolution, mais pour l’oublier. Et si elle est exclue du cœur des batailles, on aurait tort de croire qu’elle s’en plaint.

Pendant deux mois, je me suis familiarisée avec les rythmes des manifestations. Il y a quelque chose de séduisant dans ces grandes mêlées hétérogènes qui avancent toutes d’un même pas, vers le même but, chaque semaine, et qui scandent leur opinion jusqu’à briser la voix. J’ai toujours eu un faible pour la persévérance ; leur ténacité était trop forte pour ne pas me laisser succomber. « Une société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil » écrivait Zola. Nous sommes peut-être tous trop jeunes pour décider si La Vérité existe ou non ; mais il me semble que celles qui agitent tout un peuple sont sûrement les plus fiables – pas à cause du nombre qu’elles agitent, mais à cause de la puissance avec laquelle elles sont exprimées. Alors que je m’écriais contre la décision du nouveau 49.3 prise par Manuel Valls il y a quelques semaines, un ami m’a répondu en tentant de m’expliquer sa nécessité sous prétexte que la démocratie serait peut-être plus écoutée « si elle arrêtait de regarder Secret Story ». Pourtant, je mettrais ma main à couper que ceux qui revendiquent leurs droits jusque sous l’averse ne sont pas les mêmes qui passent leurs journées au fond de leur canapé. Il n’y a peut-être pas de manifestations sans moutons de Panurge, mais si on a tort d’héroïser le peuple, refuser de croire en son discernement est une aberration.

CGT : les turbulences de la fin d’un règne

Ecrit par Martine L. Petauton le 28 mai 2016. dans La une, France, Actualité, Politique, Société

CGT : les turbulences de la fin d’un règne

Au premier rang de la manif, imperturbable et bien rouge, la banderole de la CGT – seule, comme une grande – intime l’ordre au gouvernement, « vendu » au MEDEF, de retirer dans l’heure la loi scélérate El Khomri. Les mêmes au bord des trains, ou des palettes en flammes dans les dépôts d’essence. Les mêmes encore, à la TV, criant au « trop, c’est trop », pariant sur une fin de printemps chaud, ailleurs que dans la météo, fraîche, quant à elle. Un air de 68, de 2005, de 2010 aussi quand tout était bloqué sur les routes et que Sarkozy ramait, lui qui hier – tiens donc - s’étonnait de « l’anarchie actuelle ». Du déjà vu, le scénario ? avec les mêmes acteurs ? Croyez-vous ?

Sont-ils en train, les Cégétistes, de chausser cette panoplie du Syndicat des Métiers du Livre, d’antique mémoire (syndicat unique de la presse quotidienne française valant monopole, aux mains de la CGT) ; quelque part, une prébende, un agencement de privilèges, un apanage, comme on disait dans la France des Rois, quand même bien éloignée d’une possible définition de la vénérable centrale. Vieille dame – plus d’un tour dans sa pile de tracts, respectée bon an, mal an, écoutée plus ou moins selon saison – dont l’acte de naissance – 1895 – chantait alors, en ces temps de débuts des luttes, ce qui allait de soi dans le monde ouvrier : un syndicat pour les défendre et les représenter. Discuter après avoir cerné les attendus parfois coriaces du problème, et lancer la ou les formes d’actions qu’il fallait jusqu’à obtention des objectifs visés. Un syndicat face au patronat, et puis, progressivement, un syndicat avec d’autres, d’accord ou un peu moins, appuyé aux heures les plus chaudes – pêle-mêle 36, 45, 68 – sur des gouvernements dans un choral non plus binaire mais tripartite. La CGT, la tête familière de ses chefs, ceux qui faisaient partie de la famille ; un Séguy, bien sûr, un Krasu, cet Henri Krasucki plus cultivé que beaucoup, un Bernard Thibaut évidemment ; ceux qu’on ne reconnaîtrait pas dans la rue, ce Thierry Lepaon, qu’il faut oublier ; celui de maintenant, Philippe Martinez ; Philippe le radical, comme on aurait dit en un temps médiéval, Philippe le Hardi, à moins que Louis le Hutin, ou querelleur. Le gars, mâle moustache, œil sombre et trogne virile, ancien metalo Renault – belle carte de visite, pourtant – harangue, et, du coup, démarre chaque JT, devant chaque manif, de jour et de nuit-debout parfois, avec, non ce « tous ensemble » qui fut à un moment l’honneur des défilés, mais ce « tous contre le gouvernement honni », et peu importe pourquoi, comment. Banderole saignante – un peu carton pâte peint – parfois slogans agressifs, quand ce n’est pas simplistes, et, nous dit-on, en lieu autorisé, pas un mm de différence entre Hollande et Sarko ; estampillé Martinez… Alors !!!

« In der Heimat gibt’s ein Wiedersehen »

Ecrit par Jean-François Vincent le 28 mai 2016. dans Monde, La une, Politique, Actualité

« In der Heimat gibt’s ein Wiedersehen »

« Au pays il y a un au revoir ». Ce chant qu’entonnaient les soldats de François-Joseph, en 1914, prend désormais, en Autriche, une connotation à la fois ironique et amère. Adressé aux immigrés, aux migrants, il signifie plutôt : « au revoir ! Salut ! Dégage ! ».

Heimat. Vocable presque intraduisible ; il veut dire plus que patrie (Vaterland) : une sorte de « chez soi » (Heim, cf. anglais Home) collectif, le pays au sens tant local que national. A l’heure où j’écris ces lignes, le sort de l’élection présidentielle n’est pas scellé ; mais Hofer arrive en tête dans tous les länder, à l’exception de Vienne et du Vorarlberg. Norbert Hofer, le peut-être nouveau président FPÖ – parti « libéral » autrichien, en fait, depuis ses origines, en 1945, terre d’accueil des anciens du NSDAP et de leurs descendants (comme feu Georg Haider) – a, en effet, usé et abusé du terme. « Die Heimat braucht dich jetzt ! », le pays a besoin de toi maintenant, pouvait-on lire sur ses affiches ; « aus Liebe zur Heimat », par amour du pays, clamaient les banderoles de ses partisans.

Ce « pays » – la « terre » chez Barrès et d’autres – obsède le FPÖ. Pour le défendre, il convient de faire barrage aux étrangers. « Nous refusons une uniformisation artificielle des multiples langues et cultures européennes par un multiculturalisme, une globalisation et une immigration de masse forcées », avertit sa plate forme programmatique.

Le thème est porteur et explique la possible victoire de Hofer. « Eine Überschwemmung an Flüchtlingen in Österreich », une déferlante de réfugiés en Autriche, titrait déjà, l’année dernière, le quotidien numérique populaire Mein Bezirk (mon quartier). L’afflux des Syriens et autres terrorisés par la guerre, fuyant le Moyen Orient, affole l’Europe centrale. Tout comme Viktor Orbàn en Hongrie, l’Autriche, sous le gouvernement du précédent chancelier, Werner Faymann, SPÖ (social démocrate), aujourd’hui remplacé par Christian Kern, également SPÖ, avait déjà refusé les quotas de migrants imposés par Bruxelles et fermé les frontières, y compris celle avec l’Italie.

« Überschwemmung », inondation, invasion. La Mitteleuropa connaît : les Ottomans occupant la Hongrie et assiégeant Vienne au XVIIème siècle ; les Soviétiques communisant les Magyars et laissant la capitale autrichienne en ruines. L’envahisseur vient toujours de l’est. Les mauvais souvenirs ont la vie dure. La démagogie d’extrême-droite joue aussi là-dessus.

Alors Vienne, bastion anti Hofer, ma ville, avec Paris mon seul véritable port d’attache, n’a que ses yeux pour pleurer. Chantera-t-elle cette berceuse – à la mémoire d’un de ces saints buveurs qu’affectionnait tant Joseph Roth – que chantaient encore les mères viennoises dans les dévastations de 1945 ?

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